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« Le sport a toujours été le meilleur ambassadeur de la nation albanaise »

94 sélections au compteur et un énorme aigle bicéphale tatoué sur l’épaule gauche. Lorik Cana (36 ans) est passé du PSG à l’OM, car sa fidélité, il ne la destinait qu’à un seul blason : celui de l’équipe nationale d’Albanie.

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Tu as terminé ta carrière à l’issue de l’Euro 2016. Qu’est-ce qui a marqué ta vie depuis trois ans ?
J’ai voyagé. J’ai passé du temps avec ma famille et mes proches. J’ai profité un peu plus de la gastronomie. (Rires.) La première année, c’était détente, j’ai pris du poids. Ensuite, j’ai passé mes premiers diplômes de directeur sportif. Et, depuis deux ans, il y a le projet de ma fondation qui me tient à cœur pour promouvoir le sport chez les petits, en Albanie et au Kosovo. D’ici la fin 2019, on aura environ 1000 enfants qui seront sous le programme de la fondation : c’est par exemple construire des mini-terrains de sport dans les crèches publiques et accompagner les enfants dans les activités sportives avec des éducateurs. On a commencé à Tirana, et on s’étend peu à peu.

En 2009, tu évoquais dans SO FOOT(1) ta passion pour la civilisation illyrienne et ton désir de consacrer un jour une fondation à la recherche archéologique au Kosovo...
Ma fondation est axée sur deux grands pôles. D’abord, le sport, c’est tout naturel. L’autre pôle, c’est le patrimoine archéologique. À nous de trouver des partenariats avec des ministères et des grandes organisations pour le promouvoir, ce qui n’a pas été assez fait ces dernières années... En Albanie, le taux de chômage est assez élevé (il concerne 12,3% de la population, en 2018, N.D.L.R.). La population est très jeune, surtout au Kosovo. Et les jeunes voient l’immigration vers les pays riches comme la seule solution pour aider leur famille. Donc il y a tellement de défis pour l’Albanie que l’aspect du patrimoine national n’a pas encore l’importance qu’il mérite.

Les moments les plus forts de ta carrière sont avec la sélection d’Albanie ?
« Les plus grandes joies et les plus grandes déceptions sont avec l’équipe nationale. »
Les plus grandes joies et les plus grandes déceptions sont avec l’équipe nationale. Les défaites, ce n’est pas une en particulier. Quand tu n’arrives pas à rendre aux gens l’attente qu’ils portaient en toi, tu ressens de la culpabilité. Après les défaites, j’avais extrêmement de mal à dormir pendant deux ou trois nuits quand je retrouvais mon club, même en sachant que l’adversaire était plus fort.

Tu te souviens de ta première sélection ?
En juin 2003, à Genève, Suisse-Albanie.

La Suisse, le pays où tu as grandi.
C’était très spécial. J’avais reçu ma première convocation pour un amical en 2002. Cette année-là, j’avais intégré l’équipe pro du PSG, mais je jouais la plupart des matchs avec l’équipe réserve, qui était dirigée par Antoine Kombouaré, celui qui m’a fait venir au PSG. Je me souviens encore d’un match au Camp des Loges où Luis Fernandez rigolait sur le fait que l’Albanie appelait un joueur de la réserve du PSG à jouer en équipe nationale A. C’était un rire qui me complimentait plus qu’autre chose. Donc, en juin 2003, je suis entré pour jouer la deuxième période du match en Suisse. Le match se jouait à une cinquantaine de kilomètres de là où j’avais grandi.


Pourquoi c’était si clair dans ta tête que tu jouerais pour l’Albanie, sachant que Raymond Domenech t’avait contacté en vue d’intégrer les Bleus ?
« Dans mon for intérieur, je sentais depuis tout petit le besoin et l’envie d’accomplir quelque chose pour mon pays. »
Mon grand-père a été de la génération qui a proclamé la première indépendance du Kosovo en 1990. Un des oncles de mon papa, écrivain et journaliste, a été l’un des plus grands activistes de la cause albanaise au Kosovo. Mon papa a été joueur pour le FC Pristina et a représenté la minorité albanaise en ex-Yougoslavie à travers le football. On a vécu ce conflit dans les années 1990. Dans mon for intérieur, je sentais depuis tout petit le besoin et l’envie d’accomplir quelque chose pour mon pays.

Tu t’imaginais à 20 ans que tu représenterais un jour l’Albanie lors d’une phase finale d’une grande compétition ?
Sincèrement, pendant de longues années, se qualifier pour un grand tournoi, c’était un rêve quasiment intouchable. Quand je suis arrivé, on avait des super joueurs qui évoluaient en Bundesliga, mais on n’a pas réussi à tirer le meilleur de la génération. Je me rappelle une victoire contre la Grèce, qui venait d’être sacrée championne d’Europe, 2-1 en Albanie (4 septembre 2004, N.D.L.R.). À partir de 2006 jusqu’en 2012, on a vécu des hauts et des bas. Après, un sélectionneur italien est arrivé : Gianni De Biasi. Il a énormément travaillé sur et en dehors du terrain pour donner la possibilité aux Albanais qui n’étaient pas nés en Albanie de représenter leur nation. Des Albanais ont toujours joué dans des gros clubs, mais certains représentaient l’Allemagne, d’autres la Suisse ou la Belgique, d’autres la Grèce ou la Turquie... Pour la première fois, on a réussi à utiliser ce moment clef de l’histoire pour ramener tous les Albanais de naissance ou d’origine en équipe nationale. Et on est parvenu, avec une gamme de joueurs plus large, à nous qualifier pour l’Euro.

Tu t’impliquais dans cet appel sous les drapeaux ?
Bien sûr. Il y a eu le cas des frères Xhaka. Je me souviens que le petit frère, Granit, qui joue à Arsenal, m’avait appelé, car il souhaitait venir jouer en équipe nationale. À ce moment-là, la FIFA ne donnait pas son feu vert, car il n’avait pas le passeport albanais. L’un des premiers qui a pu jouer pour l’Albanie après avoir évolué pour les sélections de jeunes de la Suisse, c’est (Migjen) Basha - qui a joué en Serie A pendant des années, notamment à Frosinone et au Torino.

Sur la route de l’Euro 2016, il y a une date marquante : votre déplacement en Serbie, le 14 octobre 2014. Un drone arrive sur la pelouse accompagné d’un drapeau de la Grande Albanie. Des supporters serbes débarquent sur la pelouse pour se battre, l’un d’eux fracasse un tabouret sur la tête de ton coéquipier. Tu lui sautes dessus. Et, vous, les joueurs albanais, êtes obligés de rentrer au vestiaire pour vous protéger...
« Des supporters serbes ont agressé nos joueurs sur le terrain. C’était quasiment irréel. »
On avait commencé la campagne des éliminatoires en battant le Portugal, pour ce qui reste comme la seule défaite du Portugal jusqu’à leur victoire finale à l’Euro. On arrivait en position de force. L’hostilité en Serbie, on s’y attendait depuis le tirage au sort, mais à aucun moment on ne pensait être en danger physique sur un terrain de football. Des supporters serbes ont agressé nos joueurs sur le terrain. C’était quasiment irréel.

Vidéo

Qu’est-ce qui se passe dans ta tête à ce moment-là ? Tu as peur ?
Non, pas du tout. Tu réagis de manière naturelle. On a une telle complicité entre nous que si quelqu’un attaque l’un de tes frères, tu as un réflexe de protection. Ce n’est qu’après que tu te rends compte que ça aurait pu tourner encore plus mal. Heureusement, il n’y a pas eu de blessés graves.


Dans la poule A de l’Euro 2016, le tirage au sort rassemble (outre la Roumanie) : l’Albanie, ta nation, la Suisse, le pays où tu as grandi, et la France, le pays où tu as vécu une grande partie de ta carrière.
« Lors du premier match de l’Euro, Albanie-Suisse, cinq joueurs du XI de la Suisse étaient d’origine albanaise. »
Lors du premier match, cinq joueurs du XI de départ de l’équipe nationale suisse étaient d’origine albanaise (Granit Xhaka, Valon Behrami, Admir Mehmedi, Blerim Džemaili et Xherdan Shaqiri, N.D.L.R.). On parlait albanais – pas sur le terrain, tu ne parles pas trop, mais avant.

Dès la 36e minute, tu reçois un carton rouge. Sur le coup, tu sais tout de suite que tu vas être exclu et donc suspendu contre la France ?
Si l’arbitre siffle pour eux, je sais que je suis dehors. Comme Seferović me tire le maillot vers le bas, j’avais un petit espoir qu’il siffle pour nous. Lorsque je glisse, j’ai deux centièmes de seconde pour prendre une décision : tenter de me relever en sachant qu’il allait être tout seul pour marquer le but du 2-0 ou arrêter la balle par tous les moyens avant qu’elle n’entre dans la surface. J’ai pris la décision d’arrêter la balle... et ça a failli marcher, car on n’était pas loin d’égaliser à la fin.



Malgré une victoire contre la Roumanie (1-0), votre parcours s’arrête en poule. Des regrets ?
Le seul regret, c’est la manière dont on a entamé le match face à la Suisse. On avait la pression pendant 20 minutes. Ensuite, on a fait une super prestation. Le match suivant, on tenait le match nul contre la France jusque dans les arrêts de jeu. Puis, on a réussi à gagner le match contre la Roumanie. J’avais grand espoir que l’on finisse parmi les meilleurs troisièmes, mais cela ne nous a pas aidés d’être dans le groupe A. Derrière, il y a ce match nul Hongrie-Portugal où ils étaient tous contents (3-3, N.D.L.R.), parce qu’ils savaient d’avance les résultats qui les qualifiaient...

La participation de l’Albanie à l’Euro 2016 a eu un impact sur la pratique du foot chez les jeunes au pays ?
« La plupart des familles albanaises ne peuvent pas se permettre de payer, ne serait-ce que 25 euros, pour que leur enfant fasse partie d’une équipe. »
La grande majorité des jeunes joue au football et regarde le football. De plus en plus, les filles s’y mettent. Mais, chez nous, l’aspect licencié n’est pas comme en France, car les accès aux infrastructures ne sont pas à la portée de tous. En Albanie, si tu veux faire partie d’une équipe, tu dois intégrer une académie, et la plupart des familles albanaises ne peuvent pas se permettre de payer, ne serait-ce que 25 euros, pour que leur enfant fasse partie d’une équipe... Le succès de notre équipe a surtout été basé sur des joueurs qui ont grandi à l’extérieur – dont moi-même –, qui ont eu la possibilité d’avoir des super terrains et des super coachs. Le grand défi de notre pays, c’est de pouvoir donner la plus grande chance possible aux jeunes qui naissent en Albanie, au Kosovo ou en Macédoine du Nord de pouvoir pratiquer le football quand ils grandissent.


Edoardo Reja est le nouveau sélectionneur de l’Albanie depuis avril dernier. Comment tu le perçois ?
C’est un coach italien qui a énormément d’expérience – pas tant en dehors de l’Italie, mais l’Albanie est très tournée vers l’Italie. Je l’avais connu quand je jouais à la Lazio. Je pense qu’il a changé dans le relationnel. Il a compris que l’atmosphère en équipe nationale est très importante : les joueurs ne doivent pas se sentir emprisonnés dans la mise au vert. Il faut que les joueurs puissent voir leur famille et sentir l’apport du public. Sportivement, l’équipe d’Albanie ne vit pas sa meilleure période. La mayonnaise n’a pas pris avec l’ancien sélectionneur Christian Panucci après l’Euro. Et on ne peut pas demander si tôt des grands résultats aux jeunes joueurs qui arrivent.

Tu disais cette semaine dans Le Parisien que le creux générationnel actuel de l’Albanie s’explique notamment par l’éparpillement des nouveaux talents entre la sélection d’Albanie et celles du Kosovo et de Macédoine du Nord, qui ont récemment intégré la FIFA et l’UEFA.
« On aura beaucoup de peine à retrouver des générations capables de prétendre à nouveau à une qualification pour l’Euro. »
On savait depuis des années que les Albanais originaires du Kosovo allaient se tourner naturellement vers le Kosovo. On se retrouve non plus avec une équipe nationale d’Albanie, mais avec deux équipes représentant deux États albanais : l’Albanie et le Kosovo. Et les plus grands talents actuels jouent pour le Kosovo. Dans le futur, on aura beaucoup de peine à retrouver des générations capables de prétendre à nouveau à une qualification pour l’Euro. Et, si un jour le Kosovo se qualifie pour une grande compétition, l’Albanie sera indéniablement derrière le Kosovo. D’ailleurs, dans l’équipe d’Albanie qui s’était qualifiée pour l’Euro 2016, la moitié était originaire du Kosovo.

Dont toi, puisque ta famille est originaire de Gjakovë, au Kosovo. Est-ce que tu penses que tu verras un jour, dans un futur lointain, une sélection de la Grande Albanie, si l’Albanie et le Kosovo ne font plus qu’un ?
Je ne sais pas. Il s’agit déjà de consolider le Kosovo sur la scène internationale, car il est reconnu par une centaine de pays, mais il n’est pas encore membre des Nations unies. Le Kosovo doit trouver une entente avec la Serbie afin qu’ils soient reconnus réciproquement comme deux États indépendants et que les gens du Kosovo puissent circuler librement en Europe. Pour nous, Albanais, l’union nationale, c’est notre rêve, mais on a beaucoup de choses à régler avant. Ce qui est sûr, c’est que le sport a toujours été le meilleur ambassadeur de la nation albanaise.

Propos recueillis par Florian Lefèvre (1) lire « L’Exil et le Royaume » , le portrait de Lorik Cana, dans le SO FOOT #79