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Les trois frères

Véritable outsider de l'Euro, la Russie joue sa qualification contre la Grèce aujourd'hui. Derrière les stars que sont Dzagoev, Arshavine ou Zirkhov, se cache un trio habitué aux joutes collectives sous la moquette du Zenit St. Petersburg.

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Igor Denisov, échecs et match

Le plus jeune des trois milieux ne s'arrête jamais de tacler. C'est une machine qui adore aller au charbon, surtout contre les armoires à glace. En gros, il ne faut pas le faire chier, le Igor. Alors qu'Arshavine l'avait pris sous son aile au début de sa carrière, le départ d'Andreï vers Arsenal a permis au milieu de terrain de prendre du grade dans l'équipe du Zenit. Forcément, quand l'ancienne icône revient au pays en janvier dernier, Igor n'a pas envie de lâcher sa place. Il faut dire que le mec est un nerveux. Une fois, il s'est emmanché avec le directeur sportif du club - Vladislav Radimov -, un autre jour, il a pris quatre matches de suspension pour avoir fait de la délégation du Spartak Moscou sa chose en conférence de presse. Pis, lors de l'Euro 2008, le lascar refuse carrément de répondre à la convocation de Guus Hiddink. Il ne prend même pas le temps de se justifier. Il n'avait pas envie d'aller en Autriche et en Suisse. Tout simplement. Derrière ce caractère de connard se cache un mec brillant. À la différence de nombreux joueurs, Denisov se sert avant tout de ses capacités intellectuelles pour faire la loi au milieu de terrain. C'est simple, le type est un surdoué aux échecs. Il s'est même coltiné de nombreuses parties avec Petr Svidler, un grand maître de la discipline et fervent supporter du Zenit (la légende urbaine annonce que le milieu de terrain a même contraint Svidler à un match nul). Cette faculté de concentration et d'analyse permet au Russe d'être un redoutable milieu. Pas besoin d'envoyer les crampons, en fait.



Konstantin Zyrianov, le survivant

2 août 2002, Konstantin joue au Torpedo de Moscou après six années dans son club sibérien de Perm. Tout va bien pour le milieu qui enquille les matches sous la liquette moscovite. Il se forge une solide réputation et entrevoit l'avenir avec sérénité. Il envisage même de s'acheter un canapé d'angle et un tapis en forme de tortue. Un matin, sa femme - accroc aux drogues dures - décide de tester la véracité des théories d'Isaac Newton et se jette de l'appartement situé au huitième étage. Dans l'histoire, Zyrianov aura également laissé sur le bitume sa fille de quatre ans, Irina, que sa femme tenait dans ses bras au moment de son dernier geste. Quand on a traversé pareille épreuve, gratter la gonfle dans les pieds adverses s'apparente à un exercice ô combien futile. À 34 ans, le milieu du Zenit a, depuis, reconstruit sa vie. Il s'est retrouvé femme et enfants (une fille et un fils) ainsi qu'un nouveau club. Meilleur joueur russe en 2007, dans le XI type de l'Euro 2008, Konstantin traîne sa vieille carcasse de 34 piges depuis bien trop longtemps pour ne pas kiffer un dernier bail en équipe nationale avec ses potes de Saint-Pétersourg. Sa force, il l'a puise dans son mental. Pour le moment, ça suffit largement à en faire le meilleur ratisseur du tournoi.



Roman Shirokov, le mal-aimé

« Roma, va te faire enculer ! » Ça, c'est la prose affichée par certains fans du Zenit, lors d'un match à l'extérieur, sur le terrain du Rubin Kazan. Bien entendu, aucun rapport avec le club de la capitale italienne. Roma, c'est Roman Shirokov, le milieu de terrain de Saint-Pétersbourg. La raison de ce courroux ? La manière dont Shirokov se branle de ses propres supporters : son refus systématique de jeter son maillot dans les virages du Zenit, ses nombreuses menaces (après la banderole, il a confié aux fans qu'au prochain message vexatoire, il viendrait casser quelques gueules en tribune), sans parler de sa célèbre punchline médiatique. Interrogé en direct sur un média local, Shirokov s'était vu poser une question tout simple : « Pour qui jouez-vous au football ? » La réponse fut dantesque : « Pas pour une merde comme toi. » Bref, l'enfant terrible du football russe est une vraie pute dans la vie. Sur le pré, c'est l'opposé. Mec de devoir, milieu intelligent et travailleur, Shirokov essuie pourtant les moqueries de ses collègues. En 2008, l'Espagnol David Villa avouait facilement que le mec « n'avait pas le niveau international » . Mais personne ne se laisse tromper au pays : dans l'entrejeu, le facteur X, c'est lui. Il donne le tempo, accélère et donne très souvent le ton. Un vrai métronome. Et quand il faut aller montrer les biceps, il est là. En même temps, Shirokov est un mordu de hockey sur glace. Un sport où le faible nombre de ratiches est synonyme de fécondité.

Par Mathieu Faure
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