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  1. // Coupe du monde 2014
  2. // Groupe B
  3. // Espagne/Pays-Bas (1-5)

Les Pays-Bas volent au-dessus de l'Espagne

La première grosse affiche de cette Coupe du monde a tourné au naufrage pour l'Espagne, tombée sous les coups d'une attaque néerlandaise intenable (1-5) et au-dessus de tout. Juste fou.

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Espagne - Pays-Bas
(1-5)
Xabi Alonso (26') pour Espagne , R. Van Persie (43'), A. Robben (52'), S. De Vrij (61'), R. Van Persie (72'), A. Robben (80') pour Pays-Bas.


C'était la revanche de la dernière finale de Coupe du monde, et un peu plus encore : dans la chaleur moite de Salvador de Bahia, c'était ce soir deux conceptions du football qui s'affrontaient. Celle où le déséquilibre vient du collectif, des jeux en triangle, des redoublements de passe, des changements de côté : l'Espagne. En face, la croyance atavique dans le génie individuel, le talent, les passements de jambe et les coups de folie. Les Pays-Bas de Van Persie, Sneijder et Robben. À 17h45, heure locale, résultat : le massacre. Solides derrière, fous devant, les artistes néerlandais ont fait tomber les ingénieurs espagnols (5–1). Xabi Alonso avait pourtant ouvert les hostilités en transformant un penalty litigieux accordé à Diego Costa sur un régal de jeu à trois, Xavi – Silva – Iniesta. Mais cela n'a pas suffi face au talent néerlandais. Celui de Robin van Persie déjà, qui a ouvert le score sur une indicible « tête lobée saut de l'ange » avant de planter son épée dans le crâne espagnol en profitant d'une erreur d'Iker Casillas. Arjen Robben ne pouvait pas rester à l'écart et il ne l'a pas fait : quelques slaloms, peu de crochets, un enchaînement contrôle aérien – crochet qui donnait l'avantage aux Pays-Bas (53'), et enfin la crucifixion : sprint de 40m face à Ramos, fanfaronnade dans la surface, goal. Le reste : des olas, des talonnades, des slaloms et, peut-être, la fin d'un règne.

L'Espagne en crise

Avant même le début du match, Salvador de Bahia avait démontré ne pas être tout à fait prête pour accueillir la Coupe. Des bouchons monstres quatre heures avant le début du match et deux kilomètres de marche pour se finir, sous un soleil qui tue les hommes et leurs chevaux. Autre test, pour l'Espagne cette fois. Le choc contre les Pays-Bas devait surtout dire si la Roja était prête à piétiner une nouvelle fois le reste du monde. La dépression idéologique du Barça, la fatigue de certains cadres, l'avènement d'un joueur hors norme – Diego Costa – difficile à intégrer dans un système qui a inventé le football sans numéro 9, laissaient en effet penser que l'Espagne pouvait enfin perdre. Première surprise, Vicente del Bosque, qui avait promis de ne rien changer, a menti : l'entraîneur espagnol choisit d'aligner d'entrée l'attaquant de l'Atlético Madrid. Dépucelage difficile : copieusement sifflé tout au long du match – apparemment, on n'aime pas les traîtres au Brésil -, Costa commence par s'emmêler les crayons seul face aux cages (13'), puis par frapper au-dessus (19'). Mais voilà : Diego Costa était là pour apporter de la verticalité et du vice aux esthètes barcelonais et il a donné les deux, créant des espaces par ses incessantes courses vers l'avant et provoquant un penalty avec un plongeon de salaud.

Pour tenter de conserver sa Coupe du monde – exploit réalisé seulement par l'Italie et le Brésil – l'Espagne devait montrer qu'elle pouvait évoluer, autant pour surprendre tactiquement les adversaires que pour garder la faim et la force mentale nécessaires à aller jusqu'au bout. Elle l'a fait l'espace de 20 minutes grâce à l'apport d'un Diego Costa mi-figue mi-raisin, sorti à la 63e minute sous une ultime bronca. Et après ? Rien ou pas grand-chose. L'Espagne n'a au fond donné que ce qu'elle sait désormais parfaitement faire. Conserver le ballon, imposer son faux rythme. Cela a tenu une mi-temps, avant de craquer complètement.

Revanche

Si l'Espagne a autant souffert, c'est qu'il s'agissait d'abord d'une revanche entre deux équipes dont le dernier affrontement s'était joué à coups de crampons sur le sternum. Aux abords du stade, un vendeur de popcorn posait les enjeux, en montrant sur son téléphone la vidéo envoyée par un ami, verge à l'air et jeune fille à genoux devant lui : « Tu sais, Salvador c'est très, très chaud. Les deux équipes vont mourir sur le terrain. » Dernière occasion pour cette génération de gagner quelque chose, les Hollandais entamaient cette Coupe du monde sans être persuadés de la gagner. Après leur dernier championnat d'Europe complètement raté (sortie au premier tour, trois défaites, zéro point), les Hollandais ont presque tout changé – joueurs, sélectionneur -, gardant la triplette magique Van Persie – Sneijder – Robben. Choix payant : le 5-3-2 mis en place par Van Gaal a attendu les Espagnols dans son milieu de terrain pour laisser ensuite ses voltigeurs s'amuser avec la défense roja. C'est peu dire qu'ils ont réussi leur coup : 5 buts, le meurtre du souverain espagnol, et un stade bahianais en fusion. Quelques minutes avant la fin du match, les supporters hollandais, venus plus nombreux, plus colorés et plus bruyants, descendent déjà les Brahmas comme à la maison – très vite, très fort. Ils sont soûls. Et heureux.

Par Pierre Boisson, à Salvador
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