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Les leçons tactiques de France-Suisse

Au cours d’une rencontre lilloise que le public retiendra pour son score nul et vierge, le cirque du matériel, les frappes de Pogba et la chevauchée américaine de Sissoko, Didier Deschamps a joué le nul et a trouvé le moyen de nous offrir quelques enseignements. Des innovations tactiques ? Certainement pas. Mais une montée en puissance de la notion de groupe, orchestrée par son sélectionneur. Les remplaçants ont convaincu, les stars ont toutes brillé, et le reste est communion et cohésion. Et tant pis pour le jeu.

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Les chiffres des Bleus

- 4 et 3 comme le nombre de tirs et de passes clés de Pogba
- 8/9 comme la précision du jeu long de Pogba
- 5/10 comme la précision des longs ballons d’Adil Rami
- 4 comme le nombre d’occasions créées par Antoine Griezmann
- 19 comme le nombre de passes réalisées par Hugo Lloris. Deux de plus que Gignac.
- 2 comme le nombre de tirs cadrés concédés par les Bleus en trois rencontres. Les deux face à la Roumanie.

Deschamps et son 4-3-3, toujours le même dessin ? Si le schéma conserve les mêmes traits et le même relief au coup d’envoi, la rotation des hommes implique des conséquences majeures sur l’interprétation des postes des Bleus. Les mêmes lignes, donc, mais un autre coup de crayon. À commencer évidemment par celui de Pogba positionné en milieu gauche à la place de Matuidi. Alors que Griezmann n’avait évolué qu’en attaque dans un rôle de finition du fait de la présence de Payet aux manettes, revoilà le joueur de l’Atlético à droite en créateur. À gauche, Coman remplace Payet dans l’hypothétique onze de départ de DD, mais son rôle est tout autre : accélérations et débordements. Aux deux pointes de l’animation, Gignac et Cabaye héritent, eux, des missions de Giroud et Kanté. Sissoko prend la place de Pogba en tant que milieu droit dans un rôle adapté. Enfin, le quatuor défensif est maintenu, parce que Deschamps n’a plus le temps de faire plaisir sur ce chantier. Après trois rencontres, sept joueurs n’ont pas joué : Mandanda, Costil, Digne, Umtiti, Mangala, Jallet et Schneiderlin.

Un seul Pogba pour deux rôles et deux Deschamps


Depuis quelques jours, la France se tourne et se retourne dans son sommeil à la recherche du « vrai Pogba » . Comme si elle l’avait perdu, comme si elle l’avait déjà trouvé, comme si elle l’avait rêvé. Des buts ? Des passes décisives ? Des numéros spectaculaires ? Un leadership technique ? Le concept reste flou. D’autant plus qu’en réalité, au poste de milieu droit, Paul Pogba nous avait déjà offert une version intéressante du « vrai Pogba » : de l’intelligence tactique, une technique supérieure au service de la possession et de la relance française, un jeu long capable de varier le jeu et le rythme, et enfin quelques visites aux alentours de la surface adverse (une grosse occasion par match). Et c’est tout ? Oui, parce qu’entre Matuidi et Kanté, ce vrai Pogba-là doit aussi gérer des responsabilités défensives énormes, ce qui n’est pas le cas à Turin. En noir et blanc, la mission de Pogboom commence à partir de l’élaboration du jeu pour s’épanouir dans sa création et sa finition. Pour Deschamps sous le maillot bleu, la mission est plus complexe : organisation et couverture avant tout, et ensuite élaboration. Le reste est optionnel.

Ainsi, les rencontres contre la Roumanie et l’Albanie ne sauraient être qualifiées ni de contre-performances ni de prestations « en dilettante » - quelle terrible expression, heureusement que Redondo n’était pas français – mais bien de prestations sérieuses à nuancer dans un contexte tactique précis. Et dimanche soir, ce contexte a changé. Couvert par Sissoko et Cabaye, positionné à gauche et donc face à toute la largeur du terrain, Pogba a enfin pu participer à la création et la finition. À quelques centimètres près, on parlerait ici d’un doublé de coups de canon retentissant. Surtout, il est intéressant de noter que sa projection vers l’avant en transition est encore plus utile de ce côté-là, et que le potentiel d’associations dans son champ d’action pourrait être démultiplié par le retour de Payet. Vue la forme du joueur dimanche, il semble évident que le reste de l’Euro de Pogboom ne dépendra pas de la qualité du joueur, mais plutôt des choix de Deschamps et des missions que le Bayonnais souhaitera lui confier.

Les soldats Sissoko et Cabaye, et le cas Matuidi


Il récupère le cuir, le serre fort contre sa poitrine et part défier la défense adverse à partir de sa ligne des 10 yards. Tel Randy Moss ou Adrian Peterson, dans un style de conduite de balle aussi aérien que lebronesque, Sissoko a une nouvelle fois fait parler de sa capacité à percuter. Les murs, ses adversaires, le jeu, le ballon. Tout. Sobre en phase de possession, agressif les rares fois où un semblant de pressing s’est enclenché, et enfin très dangereux en phase de transition. De son côté, Cabaye a convaincu là où il avait fait douter le Parc, par sa présence au combat et son sens du placement. D’où des changements ? D’une part, DD pourrait conserver le modèle entrevu dimanche en replaçant Kanté devant la défense : Pogba-Kanté-Sissoko (de g. à d.). D’autre part, il pourrait se laisser convaincre par la bonne performance de Cabaye (en plus de ses bonnes sorties en amical) pour s’aventurer à un nouveau trio : Pogba-Kanté-Cabaye. En réalité, ces deux options devraient dépendre avant tout de l’opposition : les Bleus n’affronteront pas l’Espagne et l’Irlande du Nord avec les mêmes armes. Les pieds habiles de Cabaye (en relayeur, pas en sentinelle) offriraient une meilleure circulation de balle, tandis que les projections de Sissoko donneraient des transitions folles.

La question du pressing et d’une stratégie collective active


Des changements réalistes sous Deschamps ? Pas vraiment. Le sélectionneur s’est montré ouvert aux changements ces derniers mois, et il n’a pas vraiment eu le choix, mais le vice-capitaine Matuidi semble faire partie intégrante du onze de Deschamps, comme l’a montré son entrée en jeu étonnante dimanche. Pogba à droite, donc, Matuidi à gauche, Kanté derrière, et les soldats Sissoko et Cabaye en renforts. Mais en football, il y a plus intéressant que la description de prouesses individuelles capables de sublimer des structures collectives : il existe aussi des automatismes collectifs capables de raffiner des qualités individuelles. Et c’est ici que les Bleus ont fait naître le plus de doutes. Sur le plan tactique, les Bleus nous ont offert divers agencements de solutions individuelles, mais pas un seul plan collectif « actif » . Dimanche soir, la Nati a soigné ses 60% de possession de balle, mais le Coq n’est pas allé chasser le ballon pour autant. Les rangs ont été serrés, les cinq milieux ont formé un bloc compact à la Lippi autour d’un trident mourinhesque, et basta.

Pourtant, la notion de stratégie collective est omniprésente dans le travail de Deschamps. Mais elle se situe à un autre niveau. Les Bleus n’ont pas de goût tactique, ne privilégieront ni la possession ni la verticalité, ne prendront pas de plaisir à s’essayer au gegenpressing ou à s’aventurer vers des sorties de balle raffinées à la mexicaine. Le jeu étudié, sophistiqué au possible, tordu dans tous les sens, n’intéresse probablement pas Deschamps. Le sélectionneur n’est pas dans le jeu étudié, il est dans le jeu vécu. Le collectif, c’est le groupe. Et pour lui, rien ne semble plus fort que la croissance d’un sentiment d’union renforcé résultat après résultat. Et même si ça ne veut concrètement pas dire grand-chose pour tous ceux qui observent cette bulle impénétrable de loin, ce sentiment s’est transformé en réalité en ce mois de juin : des matchs gagnés à la dernière minute, des remplaçants qui répondent plus que présents et une communion vers un objectif commun. Jusqu’au prochain résultat.

Par Markus Kaufmann À visiter :

Le site Faute Tactique

Le blog Faute Tactique sur SoFoot.com
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