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  1. // Trophée des Champions
  2. // PSG-Monaco (4-0)

Le lotus bleu et rouge

Paris a remporté le premier titre de sa saison dans une ville de 20 millions d'habitants qui se trouve en périphérie de Hong Kong, et face à un public risible dans sa façon de se comporter. Une nouvelle illustration de la volonté de la LFP de s'implanter en Chine à tout prix, en utilisant le PSG comme appât de façon aussi grossière que décomplexée.

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Depuis 2013, c'est-à-dire depuis qu'il est chaque année soit champion de France, soit vainqueur de la Coupe de France, le Paris-Saint Germain commence à engranger les Miles sur sa carte Flying Blue dès le début du mois d'août. Merci à Air France et à son programme qui permet de récompenser les grands voyageurs. Mais merci surtout aux organisateurs du Trophée des champions, qui ont décidé depuis une dizaine d'années d'organiser le match le plus inutile de la saison au bout du monde. Hier après-midi, c'est donc à Shenzhen que le PSG a posé ses valises et remporté son sixième TDC d'affilée. « Oui oui, à Shenzhen, dans le Guangdong ! » aurait ajouté Ousmane Dembélé s'il avait créé le Shenzhen FC.


Ces cinq dernières années, Paris est allé se promener à Libreville, puis à Pékin, à Montréal, en Autriche, et donc sur la côte est de la Chine pour jouer le premier match officiel de la saison. Et pour gagner ce bibelot qui permettra aux Parisiens de dire à la fin de la saison qu'ils ont réussi un quadruplé en cas de victoire en championnat et dans les deux coupes nationales. Mais au delà du 4-0 collé à Monaco et de la performance de Di María, le PSG est surtout allé à Shenzhen pour se faire applaudir par un peu plus de 40 000 personnes qui n'avaient pas l'air d'y connaître grand chose au football et qui venaient surtout pour apercevoir Neymar. N'en déplaise à Dembélé, nulle trace d'ambiance sud-américaine pendant le match. Ce qui était tristement prévisible.

Gogos


Une ola qui démarre dans les tribunes à un moment totalement inapproprié -comme toutes les olas du monde, en fait. Des applaudissements pour une action bidon conclue par une grosse chandelle en touche. Un stade qui se lève et se met à hurler parce que Neymar da Silva Santos Júnior s'est levé pour s'échauffer à vingt minutes de la fin d'un match déjà plié. Voilà le genre de scènes que nous ont offert les travées du stade de Shenzhen. Qui en plus ne devaient pas voir grand chose à ce qu'il se passait sur la pelouse, vu la gigantesque piste d'athlétisme à 10 couloirs qui séparait les premiers rangs du terrain. Il est trop facile - voire même insultant - de pointer du doigt les supporters chinois en les accusant de n'être que des gogos qui viennent au stade comme on va au parc d'attraction.


D'abord parce que personne n'a attendu le samedi 4 aout 2018 pour découvrir cette réalité. Et ensuite parce que ces fans d'un genre un peu particulier sont utilisés comme des vaches à lait par les grands clubs et la Ligue 1 qui ne veulent surtout pas qu'ils changent leur façon de vivre un match de football. Normal, ils consomment ce qu'on leur dit de consommer sans trop réfléchir et ne posent aucun souci de sécurité. Quand on est un chef du marketing de la LFP, on appelle ça du pain béni. Tout découle du cynisme qui vient de ces bureaux dans lesquels bossent des gens qui ne font pas que du bien au football, et qui s'en contrefoutent. Ce genre d'endroits où des manitous de la com' pondent des idées grossières, par exemple offrir un match du PSG à des gens qui ne connaissent pas trois joueurs, mais qui vont claquer 140 euros à la sortie pour acheter un maillot.

Picsou


Le plus triste étant que tout cela est fait sans aucune volonté pédagogique ou presque. Allez jouer en Chine pour ouvrir les locaux à un sport qu'ils connaissent mal et leur apprendre à l'apprécier est une cause plutôt noble. D'ailleurs, cela n'empêche pas d'avoir également des ambitions commerciales, logiques et légitimes quand on parle d'un marché aussi grand. Mais quand les grosses têtes de la LFP décident d'envoyer Parisiens et Monégasques à 20 kilomètres de Hong Kong pour jouer un match anecdotique, elles ne le font pas avec des belles intentions plein la tête. Juste avec des dollars dans les yeux comme l'oncle Picsou quand il va bananer quelqu'un. Un constat également valable quand le 30 mars dernier, la Ligue programmait PSG-Nice un dimanche à 13h pour que le match soit diffusé à 20h à Pékin. Une expérience tellement concluante au niveau des audiences qu'à partir de 2020, un match aura lieu à ce créneau chaque semaine.



Une autre chose est sûre, c'est qu'à chaque fois que le football français tente de faire un pas en Chine, le mot-clé « PSG » n'est jamais bien loin. Le Trophée des champions était ainsi retransmis à la télé nationale chinoise - où le club possède plusieurs bureaux et fan-clubs officiels -, et les journalistes du Parisien présents au stade ont même aperçu des journalistes chinois débarquer en tribune de presse avec des maillots du Brésil en l'honneur de Neymar. Et ce dernier a rendu la vie de quelques dizaines de milliers de personnes un peu plus belle en suant sous leurs yeux de la 76e à la 92e minute. Ces gens savent-ils comment s'appelle le petit Italien aux yeux bleus qui a laissé sa place au Ney ? Sans doute pas. Tant qu'ils savent composer leur code de carte bleue à la boutique du stade, ils seront pardonnés.



Par Alexandre Doskov
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