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« Déjà que les pros galèrent, alors nous... »

Alors que les cas positifs au Covid-19 augmentent dans le monde professionnel, les footballeurs amateurs reprennent, à leur tour, le chemin des terrains. Avec leurs propres enjeux et appréhensions. Pour évoquer cette rentrée, cinq dirigeants, joueurs ou éducateurs expriment leurs craintes et leurs attentes en vue de la saison à venir.

Modififié
Casting :

Jean-Marie Elie : ancien joueur professionnel à Lens et Saint-Étienne, responsable technique de l'AS Cherbourg-en-Cotentin Football (Normandie, N3)
Médéric Oriac : bénévole en charge de l’équipe senior des Léopards Saint-Georges (Normandie, R3)
Quentin Legaillard : joueur à l'Éveil sportif du Tronquay (Normandie, D3)
Julien Bonet : joueur du FC Villy-le-Pelloux (Auvergne-Rhône-Alpes, D5)
Quentin Rault : éducateur U10-U11 de La Saint André Football (Pays de la Loire, D1)

Toutes ces équipes sont inscrites au Vrai Foot Day, la journée So Foot dédiée au foot amateur.




Comment s'organise-t-on face à la crise sanitaire ?
« On ne nage pas dans une quelconque psychose, ça va. Mais on est dans l'incertitude totale. » Quentin Legaillard, ES Tronquay
Jean-Marie Elie (JME) : On a repris l'entraînement avec les seniors en National 3, sans vestiaire. Les joueurs doivent arriver à l’entraînement et en repartir en tenues, sans se doucher. Les entraîneurs doivent porter le masque. Dans la vie quotidienne du club, on doit instaurer un sens de circulation, avoir du gel à disposition en permanence, désinfecter les locaux, ou encore prendre la température des joueurs avant chaque entraînement. Pour un club amateur, c’est extrêmement contraignant...

Médéric Oriac (MO) : Jusqu'à ces derniers jours, on n’utilisait pas les ballons, on ne faisait que le strict autorisé. On était aussi interdits de vestiaires. La vie d’un club de football sans vestiaire, c’est vraiment bizarre. Le paradoxe, c’est qu’en match, on y a le droit sous conditions... On a la chance d’avoir un grand club house, donc on peut encore y accueillir du monde tout en respectant les gestes barrière et la distanciation sociale, donc la mairie nous autorise son ouverture. Mais cela fait que nos joueurs, en senior surtout, ils rigolent un peu par rapport aux consignes, on a l’impression parfois que tout se contredit.

Quentin Legaillard (QL) : Les seniors ont repris et essuient les plâtres pour le moment. Il n'y a pas d'accès aux vestiaires, on doit arriver prêts pour les entraînements, avec nos bouteilles d'eau individuelles. Nos règles ressemblent à celles du football professionnel, même si cela a été plus simple pour l'explication des règles à respecter : des circulaires du président et des entraîneurs, avec des recommandations comme ne pas venir au club si on ne se sent pas bien. Pendant les matchs, on ne peut pas éviter les contacts, mais à l'entraînement, on fait surtout des applications techniques et tactiques en évitant les contacts rapprochés. On n'a pas eu de cas détectés jusqu'à présent, et la dernière équipe affrontée en amical, c'était une équipe voisine, hors de tout cluster. Donc on ne nage pas dans une quelconque psychose, ça va. Mais on est dans l'incertitude totale.

Julien Bonet (JB) :De notre côté, vu que nous sommes un club minuscule avec seulement une équipe senior et une vingtaine de joueurs au total, l’impact coronavirus est limité, surtout économiquement vu qu'on a quasiment zéro budget. On n’a pas de limitation pour l’accès aux vestiaires ou aux douches, on est dans des algecos, ce n’est pas le luxe. La règle la plus contraignante, c’est de devoir nettoyer les chasubles à la fin de chaque entraînement.

Y a-t-il des mesures supplémentaires avec les équipes de jeunes ?

Quentin Rault (QR) : J’ai préparé un protocole avant de recevoir celui de la Ligue afin de bien accueillir les enfants. Les parents posent beaucoup de questions. On ne peut utiliser les vestiaires que par groupes de quatre, avec désinfection totale de l’espace entre chaque groupe. Autant dire que c’est impossible pour des raisons de temps, de lourdeur, donc on ne peut pas utiliser les vestiaires. Comme les autres, ils doivent arriver et repartir habillés. Ils ont pour consigne d’avoir une gourde avec leur nom, j’ai prévu un marqueur pour indiquer les noms quand certains enfants ont oublié. À cet âge-là, en plus, on a l’habitude de partager les gourdes ou les bouteilles... il faut faire très attention. Avec les U15 ou U18, c’est plus simple, ils respectent bien les protocoles.

JME : Chez nous aussi, les U15 et U18 respectent et comprennent plus facilement les protocoles que les seniors. Mais gérer les plus petits, cela va être très complexe. Et si l’on regarde du côté des gamins potentiellement recrutés par des centres de formation, le COVID a été pénalisant. Chaque année, on a trois ou quatre jeunes qui partent à Caen ou Rennes. Cette année, sans tournoi de détection, zéro ont été recrutés.


Comment se déroulent les matchs ?

JME : On doit suivre un double protocole, celui de la fédération et de la Ligue, mais aussi celui de la ville. Cela pose une vraie question autour de la buvette : celle-ci est ouverte, mais les gens ne pourront pas en profiter comme avant. Il faudra un protocole pour savoir comment les gens se font servir, où ils consomment, car ils ne peuvent pas rester à moins d’un mètre.

JB : Pour notre prochain match amical, le premier de l’année, on aura obligation d’amener nos bouteilles et interdiction de se serrer la main. Alors qu’après, on va se tacler, être au contact sur des corners...

QL : Pour un match amical contre Cerisy-la-Forêt, on a obtenu une dérogation du maire : cinq personnes en simultané dans le vestiaire, trois maximum dans la douche. Mais la plupart d'entre nous vont rentrer chez eux pour se doucher.

QR : Dans nos catégories enfants, la question des déplacements est complexe. Comment organise-t-on le transport des gamins ? L’idéal serait que chaque parent décide de véhiculer son propre enfant, mais c’est impossible que tous acceptent de rouler tous les deux week-ends.


Quelle est votre plus grosse difficulté depuis mars 2020 ?

MO : Le coronavirus nous a nui sur le plan sportif, car on aurait pu faire une bonne fin de saison, et puis cela nous a compliqué la tâche pour recruter des joueurs. Je ne me plains pas de ceux que l’on a recrutés, je suis même très content, mais on a dû tout faire par entretiens téléphoniques, c’est étrange. On a aussi perdu des sponsors, des entreprises locales qui achetaient des panneaux publicitaires en bord de terrain pour nous soutenir et qui, cette année, n’en ont plus les moyens. On a aussi le tournoi de jeunes du club, ou la fête annuelle, qui permettent quelques rentrées d’argent, qui ont été annulés, ce qui nous a fragilisés. On va souffrir économiquement même si on n’a pas perdu beaucoup de licenciés.

JME : Avec la contrainte sur les douches, cela va devenir très compliqué quand il faudra jouer sous la pluie. Des gens qui doivent reprendre leur véhicule avec des vêtements boueux et humides, ou se changer sous des cordes d’eau, cela va en décourager plus d’un. Mais ce qui me dérange le plus, ce sont les incohérences. La fédé et la Ligue suivent les règles imposées par l’État. Pendant les matchs, les vestiaires sont ouverts dans certaines villes, car les municipalités l’autorisent. Cela rend les choses particulièrement difficiles à accepter quand notre ville refuse l’accès au vestiaire, car prendre ou ne pas prendre une douche, cela change beaucoup de choses.

« On a puisé dans nos modestes caisses pour acheter une tondeuse "tracteur" d’occasion sur Leboncoin. Six cents euros, mais elle est tombée en panne après la première tonte. » Julien Bonet, FC Villy-le-Peloux

JB : Le plus gros souci, c’est que l’on a eu du mal à récupérer la tondeuse à gazon de la mairie. Avec les élections municipales, l’équipe dirigeante a changé, donc il a fallu attendre qu’elle se mette en place, qu’elle relance son prestataire avant que nous ne puissions enfin retondre la pelouse. Vu que le terrain était impraticable, on a pris un mois de retard par rapport aux autres équipes de notre championnat. Il ne faut pas plaisanter avec la tondeuse, c’est l’objet qui a le plus de valeur dans le club. D’ailleurs, pour éviter d’avoir trop de retard, on a puisé dans nos modestes caisses pour acheter une tondeuse « tracteur » d’occasion sur Leboncoin. Six cents euros, mais elle est tombée en panne après la première tonte...

Comment voyez-vous la saison à venir ?

JME : Je ne suis pas optimiste, je vois une saison tronquée sans que l'on puisse faire tous les matchs. Nos seniors vont avoir un déplacement en bus de trois heures pour aller à Évreux. Je reviens encore sur l’histoire des douches, mais trois heures confinés dans un bus avec masques sans être lavés, ça va être dur et long... On va essayer de louer quatre mini-bus au lieu de deux, mais cela représente un coût pour nous.

QL : Heureusement, le football est un sport en plein air. Mes amis qui font des sports en salle, ce n'est même pas la peine d'espérer pour eux. Je peux comprendre les contraintes financières au niveau professionnel, pour nous, la vraie question c'est la santé. On attend au plus vite des clarifications des institutions, mais on ne sait pas vraiment qui décide quoi. Déjà qu'ils galèrent chez les pros, alors nous, on peut s'attendre à pas mal de soucis. On est déjà en retard sur le calendrier du championnat et de la Coupe de France, j'ai envie d'être optimiste, mais il faut se rendre à l'évidence, la saison risque encore d'être tronquée.


MO : Moi aussi, j’ai forcément peur que cela soit une saison tronquée. Dès qu’il va y avoir un cas de Covid quelque part, cela va enclencher des réactions en chaîne : quatorzaine, report de matchs, perturbation du calendrier. Dans le monde professionnel, ils peuvent tester massivement, mais ils galèrent quand même, alors imaginez pour les amateurs...

QR : Normalement, on était en mesure d’avoir quatre équipes en U10-U11, mais désormais on est plutôt à trois équipes à cause des défections liées au Covid. Peut-être que le forum des associations à la rentrée de septembre permettra de rattraper le retard, au moins un peu. La situation a perturbé tout le processus de recrutement des jeunes l’an dernier dans les Pôles Espoirs. J’ai des contacts à Saint-Nazaire, un club pré-formateur où j’ai exercé, et ils m’ont expliqué que beaucoup de centres ou pôles avaient recruté sur « dossiers » en appelant des éducateurs et en regardant les bulletins scolaires des gamins, à défaut de pouvoir les voir sur le terrain. Cela pourrait être encore le cas cette année.

JB : La question, c’est de savoir si la saison ira à son terme cette fois-ci. La rentrée des classes et des entreprises en septembre va déjà donner un premier indicateur fort. Mais nous pour le moment, depuis mars, on est en manque. Le centre de vie au club, il est mort actuellement. Propos recueillis par Nicolas Jucha