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Ça jouait vraiment si bien que ça, le Leeds de Bielsa ?

Jamais Marcelo Bielsa ne s’était frotté au football britannique, synonyme d’engagement et d’intensité. Il a certes échoué dans sa quête de la montée en Premier League, mais il a prouvé le temps d’une saison marathon que ses principes étaient parfaitement solubles de l’autre côté de la Manche. Car si beaucoup résument la saison de Leeds en évoquant une surperformance, Bielsa a surtout prouvé à ce groupe qu’il était tout simplement capable de bien jouer au football. Voici le bilan d'une révolution...

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Elland Road, 19 mai 2019. Il est bientôt 21h : Stuart Dallas vient de ramener son équipe à 2-3, et Leeds recommence à croire à la montée. Pour l’instant, la rencontre face à Derby se dirige vers la prolongation (1-0 à l’aller).
78e minute : le défenseur Berardi se jette dans les pieds adverses pour arracher un énième ballon. La sanction tombe : deuxième carton jaune et retour aux vestiaires. C’est le handicap de trop pour les joueurs de Bielsa, qui avaient déjà offert un but et un penalty à leurs adversaires du soir. Les rêves de montée s’envolent définitivement quelques minutes plus tard lorsque Marriott inscrit le 4e et dernier but des visiteurs.
Une fois de plus, la saison d’une équipe de Bielsa s’achève sur une note amère. Mais ce final douloureux ne pèse pas bien lourd pour ceux qui ont eu la chance d’assister aux 47 matchs précédents.

Le fameux effet Bielsa


15 juin 2018. La direction de Leeds United annonce l’arrivée de Marcelo Bielsa à la tête de son équipe première, sept mois après l’échec retentissant de l’Argentin à Lille. Depuis leur remontée en Championship en 2010, les Peacocks végètent en milieu de classement. Seules éclaircies : deux septièmes places en 2010-2011 et 2016-2017 sur lesquelles ils ne sont toutefois jamais parvenus à construire. Difficile de toute façon de bâtir quoi que ce soit lorsque l’homme en charge du sportif change au moins une fois par an – 11 entraîneurs se sont succédé depuis 2010.



Quand Bielsa et son staff débarquent dans le nord de l’Angleterre, l’équipe de Leeds ne se distingue que par l’intensité qu’elle est capable de mettre dans certaines rencontres... Un atout qui peut leur jouer des tours, mais sur lequel le technicien argentin peut déjà fonder son projet de jeu défensif.
Leeds était déjà une équipe très agressive la saison dernière, avec notamment le plus grand nombre de tacles tentés à son palmarès. De ce point de vue, Bielsa n’allait pas se heurter à une fin de non-recevoir au moment de demander à ses joueurs ce qu’il attendait d’eux pour défendre : courir. Phase défensive, mentalité britannique, l’effort et l’intensité ne leur font pas peur. En conséquence, sous Bielsa, le marquage individuel voyait souvent l’aide d’un ou deux joueurs supplémentaires sur le porteur de balle. À l’inverse de son passage au LOSC, les Peacocks courent beaucoup et font surtout les efforts supplémentaires lorsqu'il s’agit de rattraper un décalage ou soutenir un partenaire. Résultat, la base défensive de Leeds a été solide d’un bout à l’autre de la saison : Leeds est l’équipe qui a subi le moins de tirs (8,3 tirs subis/match), terminant 3e meilleure défense de Championship.

Le premier bonheur de Bielsa pour poser les bases de son travail est donc de pouvoir s'appuyer sur des joueurs réceptifs, certains compatibles avec la mentalité et les principes de jeu avec ballon de Bielsa, d'autres qui ont eu à cœur de s'appliquer, avec plus ou moins de réussite selon leur talent individuel. En effet, il paraît que si « courir dépend de la volonté, créer dépend du talent » . Sur ce point, une simple revue d’effectif suffisait pour inquiéter le Bielsiste le plus convaincu. À l’exception du vétéran Pablo Hernández, aucun joueur n’avait de référence au plus haut niveau. Mais ils ont été plusieurs à profiter des circuits de passes de l’Argentin, travaillés et répétés intensément à l’entraînement. Il y a d’abord eu Samu Saiz à la mène pendant quelques semaines, mais ce sont surtout le box-to-box Mateusz Klich (10 buts) et l’avant-centre Kemar Roofe (14 buts) qui ont semblé franchir un palier sous la direction de leur nouveau coach. Ailier gauche en début de saison, Ezgjan Alioski est lui devenu un excellent lieutenant, terminant au poste de latéral. La deuxième partie de saison a aussi été l’occasion pour Bielsa de faire éclore quelques jeunes plus ou moins attendus (Clarke, Shackleton). Mais le plus étonnant reste peut-être les performances d’éléments plus limités (Ayling, Philipps...), qui ont eux aussi eu leur(s) moment(s) de gloire au sein de la structure construite par le technicien.

La surprise par le jeu


Habituellement, quand une équipe aussi limitée sur le papier parvient à créer la surprise et dépasser les attentes, c’est en s’appuyant d’abord sur une défense solide et une énorme efficacité dans les deux surfaces. C’est ce qu’avait fait le Leeds de Gary Monk deux ans plus tôt en surperformant offensivement comme défensivement. Le Leeds de Bielsa a fait voler en éclats cette idée reçue : dans ses meilleurs jours, l’équipe a pratiqué l’un des footballs les plus agréables d’Angleterre... Mais surtout, et c’est là la patte de Bielsa, elle est restée protagoniste à chacune de ses sorties. Elle a vécu et est morte par son football : ses victoires étaient (presque) toujours méritées et ses défaites sont venues sanctionner ses propres erreurs.

Bielsa avait ses piliers, mais son équipe avait aussi ses points faibles, dont un manque de qualité technique évident à certains postes : Leeds est la deuxième équipe qui a fait le plus de « fautes directes » et raté le plus de passes courtes. Autre exemple de ce plafonnage, Ayling, le latéral irréprochable dans les efforts et l'implication, mais ultra-limité techniquement et qui aurait sans doute été source de grosses inquiétudes si Leeds était monté avec en Premier League...
Le reste de la défense n’est d'ailleurs pas en reste, puisque tous ont vécu des mauvais moments qui ont coûté des points, voire la montée lors du fameux barrage retour contre Derby. Buts offerts, penaltys donnés, cartons rouges récoltés, si Leeds ne parvenait pas à faire rapidement la différence, l’équipe avait de grandes chances de finir par se saborder.

S'il a dominé ses adversaires la majeure partie du temps, Leeds a souvent peiné à la finition. Les équipes qui réussissent ont souvent ce petit coup de pouce de la surperformance. Mais l’équipe de Bielsa, si elle a démarré fort, n’y a quasiment jamais été. C'est là la clé de la compréhension de la saison de Leeds United : contrairement à une idée reçue, l'équipe n'a absolument pas surperformé. Les fameux Expected Goals déterminent la production offensive collective d’une équipe, pas le résultat final. Ces modèles se basent sur des moyennes : avec ces tirs, une équipe "normale" aurait inscrit ce nombre de buts. Souvent, c’est le talent individuel qui finit par décider si celle-ci va faire mieux ou non que la moyenne : le fait de ne pas craquer en défense ou de réussir à marquer malgré une position plus difficile que d’habitude en attaque. Leeds en a manqué dans les deux surfaces, et c’est ce qui explique son échec relatif. Mais en attendant la saison prochaine, les supporters garderont en mémoire cette saison où leur équipe a enfin retrouvé un style offensif, de la fierté et de l’intensité.

Quelques statistiques en vrac sur la saison de Leeds :

  • plus grand nombre de tirs tentés par match (17,2) et dans le jeu (12,8) / 11,9 en 2017-2018 (+ 8,4 dans le jeu)
  • plus grand nombre de tirs tentés dans la surface par match (10,1) / 6,7 la saison dernière
  • plus grand nombre de touches de balle dans la surface (22,7) / 12,5 la saison dernière
  • plus grande possession de balle (59,5%) / 50,6% la saison dernière
  • plus petit nombre de tirs concédés (9,4) / 11,7 la saison dernière
  • plus grand nombre de tacles tentés (28,9) et réussis (19,9) / 30,5 et 18,8 la saison dernière
  • plus grande intensité (6,9 actions défensives par minute de possession adverse) / 5,4 la saison dernière

    Tous ces chiffres marquant le changement de style de l’équipe doivent s’accompagner d’une précision : les cadres de l’effectif étaient les mêmes que ceux qui avaient évolué sous la direction de Thomas Christiansen puis de Paul Heckingbottom la saison dernière.

    Les raisons de l'échec final


    Le fait que Leeds échoue dans la dernière ligne droite n’a fait que rappeler une des nombreuses citations de Bielsa sur ses propres méthodes : «  Si les footballeurs étaient des robots, mes équipes gagneraient à tous les coups.  » La méthode Bielsa affecte le physique, la technique et la tactique des joueurs, mais l’Argentin a semblé se heurter toute sa carrière à l’aspect mental dans les grands rendez-vous. On peut ainsi remonter au fiasco de l’Argentine 2002 ou se remémorer plus récemment les finales perdues avec l’Athletic Bilbao (Coupe du Roi et Ligue Europa).



    Le sprint final en Championship a offert à Leeds plus d’une occasion d’asseoir sa place dans le duo de tête. À chaque fois, l’équipe a laissé passer sa chance, se faisant surprendre à domicile par un Sheffield United futur promu, Wigan et finalement Derby County lors des play-offs d’accession. Des rencontres que les Loiners ont à chaque fois dominé pendant de longues minutes sans parvenir à concrétiser au tableau d’affichage. C’est là le danger du jeu prôné par Bielsa : plus les minutes passent et plus le manque d’efficacité offensive risque d’être sanctionné de l’autre côté du terrain. On peut se demander si les joueurs n’ont pas été rattrapés mentalement dans le final à l’heure où chaque tir et chaque décision dans les deux surfaces devenaient de plus en plus lourds à porter. Ces trois défaites ont finalement mis fin aux rêves de Premier League d’une équipe qui n’envisageait même pas le premier tiers du classement en début de saison.

    Outre le manque de talents et d'efficacité, le retour contre Derby County montre bien ce qui a manqué à cette équipe, et ce qui l'a fait flancher en fin de saison. Après le 1-0 de l’aller et 10 minutes compliquées, Leeds – qui n'avait jamais perdu un match en ouvrant le score – prend logiquement l’avantage. Mais une succession d’erreurs vont permettre à Derby de revenir dans le match et finalement passer devant : Casilla et ses défenseurs sont sanctionnés, Cooper donne un péno et Berardi craque en recevant un 2e jaune, alors que ses coéquipiers avaient réussi à marquer pour tenir la prolongation. Autant d’erreurs évitables intervenues au pire des moments pour mettre fin au rêve des supporters et de Bielsa.

    L'épilogue de cette saison sonne comme un nouvel épisode de la malédiction qui poursuit Marcelo Bielsa dans ses expériences européennes, reproduisant toujours le même schéma : d’abord faire renaître de l’espoir là où il n’y en a plus et finir par buter sur les dernières marches, faute de ressources mentales suffisantes pour atteindre un objectif qui n’était pas prévu au départ. Mais après l’échec, l’espérance reste. Pour la première fois depuis très longtemps, les supporters de Leeds entameront la saison 2019-2020 avec des rêves plein la tête. Et c’est peut-être maintenant que le plus dur commence pour leur entraîneur adoré.

    Par Florent Toniutti, devant des dizaines d'heures de matchs