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Lass et Paix

Il est enfin devenu le patron qu'il devait être. Après de multiples aventures dont deux ans en Russie, entre le Daghestan et Moscou, Lassana Diarra semble se diriger vers un championnat d'Europe dans la peau d'un titulaire. Comme un poumon retrouvé après un chapitre moscovite cauchemardesque. Entre le TAS, des rumeurs et une soirée ratée.

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Son visage ne devait rester qu’un lointain souvenir. On ne devait plus le revoir, jamais. C’était un patron, un homme appelé à devenir hier le porteur d’une nouvelle génération, mais peu importe. Il évoque « un manque de considération » , parle de certains « passe-droit » et vise, implicitement, certains ex-coéquipiers. Au cœur de l’hiver 2013, de son hôtel moscovite, Lassana Diarra, alors numéro 85 de l’éphémère Anji Makhatchkala, l’affirme : « Les Bleus, c’est fini. » Terminé, point final, six ans après une première sélection avec Raymond Domenech en Lituanie (1-0). Moins de trois années plus tôt, en août 2010, Diarra était de la première sélection de Laurent Blanc, en Norvège (1-2). On pense alors que le revers ouvrant l’ère Blanc est la dernière apparition en sélection nationale du beau Lass, de ses promesses d’hier, de son statut de patron promis par Domenech. Le compteur affichera finalement un total de mille huit cent quatre-vingt-cinq jours entre le chapitre d’Oslo et la nouvelle page, ouverte le 8 octobre dernier, à Nice, face à l’Arménie (4-0). Ce jour-là, Diarra est revenu, en bleu. Il souhaite « laisser le passé au passé » , avancer, parler de l’avenir et envisager de défendre son pays lors d’un championnat d’Europe à la maison. L’oublié est revenu, le patron avec. Loin de Moscou, près du cœur.

Anji, dis-moi oui


Lassana Diarra fait partie de ses joueurs à qui on peut coller des étiquettes rapidement. « Traître » un jour pour Arsène Wenger, il est devenu sur certaines lèvres « un mercenaire » ou une pompe à fric. Un homme qui a multiplié les aventures (sept clubs en dix ans, ndlr), avec des promesses, mais sans réellement s’imposer dans la durée. Partout où il est passé, Diarra a impressionné, par son calme et son talent, mais n’a jamais su s’accrocher à une place de titulaire. C’est comme ça, et le constat est fatal. Jusqu’à l’hiver 2008 où, définitivement, il lâche « avoir gagné le respect  » en s’engageant quatre ans et demi avec le Real Madrid, numéro six, puis numéro dix dans le dos. Lass se fait remarquer, gagne un titre de champion en 2012, jusqu’à l’arrivée d'Essien en août 2012. C’est à cet instant que Diarra va basculer dans un autre monde. Celui du mirage et de l’illusion. Une arnaque sportive montée par le milliardaire Suleyman Kerimov, dans la capitale du Daghestan, à Makhatchkala, avec Guus Hiddink à la barre, Roberto Carlos au brassard et Eto’o pour faire les finitions. Salaire : 3,5 puis 5 millions d’euros.


« On était une sacrée bande de potes, pose le défenseur Christopher Samba, aujourd’hui au Dynamo Moscou. Demandez à Lass, c’était le paradis, dans le sens où l’ambiance et les résultats suivaient. On s’appelle encore et on a une certaine nostalgie de l’époque. Et ce, même si on enchaînait les allers-retours parce qu’on vivait à Moscou. » Sur le terrain, Diarra devient rapidement un cadre du onze d’Hiddink et est même nommé meilleur milieu de terrain du championnat russe dès sa première saison. L’Anji termine troisième de Premier-Liga, le projet est en route. Jusqu’à la démission de l’entraîneur hollandais, le 22 juillet 2013. Un an après ses folies, Kerimov a en effet décidé de modifier ses investissements dans le club de Makhatchkala et de mettre ses stars (Boussoufa, Samba, Traoré, Willian, Diarra…) sur le marché. Car, avec sa troisième place, le club du Daghestan a raté sa qualification pour la Ligue des champions, le tout ajouté à une défaite en finale de la Coupe de Russie contre le CSKA Moscou. Hiddink veut des renforts et s’active pour faire venir à ses côtés l’ancien adjoint de Sir Alex Ferguson, René Meuleensten. Reste que le début de championnat est difficile et qu'Hiddink va aller jusqu’à bousculer un quatrième arbitre. L’ambiance est électrique, tout explose, et Diarra signe en août, à Moscou.

L'EI et le TAS


Il ne le sait pas encore, mais Moscou est un traquenard. Une espèce de piège sportif, lessiveuse à souhait, porté par l’impétueuse Olga Smorodskaya, présidente depuis 2010 du Lokomotiv. Le club est un monument à la dérive et, malgré le podium en fin de saison, Diarra fait la gueule et refuse de se rendre au repas de fin de saison. La vieille Olga explose de rage, confisque les bonus de fin de saison au milieu français et à son pote Boussoufa. Lass veut se barrer et refuse, dans le même temps, de réduire son salaire de moitié. Voilà ce qu’est « le passé » évoqué par le milieu de l’OM en octobre dernier. Car l’affaire va conduire l’ancien joueur du Real devant le Tribunal arbitral du sport, à Lausanne, où il était en janvier dernier. Le Lokomotiv demande 10 millions d’euros au joueur pour non-respect du contrat, alors que Diarra, lui, souhaite récupérer des salaires impayés. Alors, pendant 436 jours, le poumon Lass a multiplié les essais, sans pouvoir signer, avant de finalement rejoindre l’OM et de rayonner de nouveau. Après les rumeurs.


Car au-delà des histoires financières et contractuelles, le séjour russe de Lassana Diarra a également viré au sordide. Sur la base d’une rumeur lancée par le Daily Mirror affirmant que le Français s’est radicalisé, voire qu’il aurait rejoint les rangs de l’EI. C’était en début 2013 après un tweet mal interprété du milieu tricolore. Une histoire qui forcera l’avocat du joueur, Éric Dupond-Moretti, à intervenir dans les colonnes du Parisien pour expliquer que « son client n’a jamais mis les pieds en Syrie » . Les aventures du petit Lass ont pris fin, enfin, à 31 ans. Histoire de relancer le compteur, de gratter des ballons chez les Bleus et d’afficher un sourire de revenant. La Russie, c’était hier, et la sélection, ce n’est pas terminé. De quoi entrer, enfin, dans la peau d'un titulaire pour une compétition internationale majeure. Working Lass Hero.

Par Maxime Brigand, avec Quentin Müller.
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