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Lajos Faragó, derrière le masque

Au sein de la grande équipe de Hongrie des années 1950, Lajos Faragó n’a jamais été une vedette, ni même un titulaire indiscutable. Pourtant, et même dans l'ombre de Puskás, Kocsis et Grosics, le gardien budapestois a joué un rôle charnière et symbolique dans le cycle d’événements qui a mené au démantèlement de l'une des plus belles équipes de l'histoire. Récit de la vie d'un oublié, décédé dans l'ombre, le 13 mai 2019, à l'âge de 86 ans.

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De Lajos Faragó, il ne reste plus que quelques images d’archives fantomatiques et tremblantes, issues d’un passé englouti et quasiment oublié. Sur la pellicule abîmée par l’effet du temps (visible notamment dans le documentaire Onze footballeurs en or de Jean-Christophe Rosé), s’esquisse par contraste une silhouette, le visage masqué, se mouvant avec agilité, devant sa ligne de but. En ce 20 décembre 1956, à l’occasion des huitièmes de finale de la nouvelle Coupe des clubs champions, le Budapest Honvéd, ancien fleuron du football communiste, affronte l’Athletic Bilbao dans le stade du Heysel. La rencontre dépasse le simple cadre du football : ces valeureux Hongrois, finalement éliminés dans des circonstances rocambolesques (2-3, 3-3), sont en quelque sorte les émissaires d’un peuple insurgé depuis quelques semaines contre le pouvoir communiste. Lajos Faragó, anonyme gardien blessé au visagen puis de retour sur la pelouse lors de la rencontre, en est le symbole absolu. Récit d'une trajectoire brisée, contenue en son ensemble dans quelques plans oubliés.


Terrains vagues et récolteuses de petits pois


À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, la Hongrie est exsangue. Mais sur des terrains vagues jonchés de débris et entre des buts de fortune, des poignées de jeunes joueurs trouvent un exutoire dans le football, dont le souvenir glorieux anime encore les esprits. L’un deux, Lajos Faragó, enfant des faubourgs de Budapest, fait ses classes à Kispest, où Puskás et Bozsik font déjà parler la poudre en équipe A. Après que le parti communiste, arrivé au pouvoir en 1949, a mis la main sur l’écurie, renommée Honvéd, pour en faire le porte-étendard du football hongrois et le principal vivier de la sélection nationale, Lajos Faragó est promu en équipe première, auréolé du grade d’officier promis à tous les membres du club. Mais le jeune gardien, né en 1932, y reste dans l’ombre de Gyula Grosics, la « Panthère noire » , transféré au club comme une grande partie des meilleurs joueurs du pays. Il n’est donc pas sélectionné dans la fameuse « équipe d’or » qui martyrise les sélections du monde entier grâce à un jeu novateur.


Mais alors que la réussite insolente de la Hongrie, invaincue depuis plus de quatre ans, a maintenu Lajos Faragó dans l’anonymat, le fiasco de la Coupe du monde 1954 le tire paradoxalement de sa torpeur. La défaite des invincibles Magyars face à des Allemands tenaces (et dopés) a en effet entraîné à Budapest les violentes manifestations d’un peuple déçu, qui accuse son gouvernement d’avoir été acheté pour des « récolteuses de petits pois » . Si bien que le régime, inquiété, cherche des coupables : le gardien Grosics est ainsi tenu pour responsable des errements de sa défense, exclu et persécuté par la police politique, ce dont Faragó profite pour goûter davantage à la titularisation. Malheureusement, la dynamique de déclin sportif amorcé est aussi un cycle de violences politiques dont les résurgences sont étroitement liées : à mesure que le pays se fragmente, l’équipe se disloque. Le 23 octobre, le peuple hongrois s’embrase, tandis qu’Imre Nagy, propulsé chef du pays, lance une politique d’émancipation : le 29 octobre, Honvéd part en tournée, chargé par Nagy de « défendre les couleurs de [son] pays et de gagner la partie, comme lui » .

Mais Faragó revient


Lajos Faragó est de ce périple, qui voit Budapest devenir le héraut de la dissidence populaire après avoir été le chantre du modèle communiste. C’est lui qui garde notamment les buts face aux Basques de Bilbao, lors du huitième aller de la C1, soldé par la défaite d’un Honvéd la tête ailleurs (3-2). Il en va de même pour le match retour, prévu à l’origine à Budapest avant d’être déplacé au Heysel, en raison des combats dans la capitale. Là, dans la brume des Flandres, beaucoup pressentent que cette opposition pourrait être le dernier soubresaut de celle qui est toujours considérée comme la meilleure équipe du monde. Précisément, alors que les deux équipes sont à égalité, Faragó est blessé au visage par l’avant basque Gainza et est contraint d’être soigné au bord du terrain. Czibor, ailier pourtant touché, prend sa place et, impuissant, encaisse deux buts. Mais Faragó revient, le visage couvert par un masque de protection : dans un ultime sursaut, le Honvéd revient au score (3-3) et échoue à un petit but de la qualification. À plusieurs centaines de kilomètres, un troublant reflet esquisse l'image d'un peuple, probablement inconscient du résultat et écrasé sous les chenilles des T-34 soviétiques : « Tout fut drame, sinon tragédie » , titre L'Équipe le lendemain.



Le glas a sonné. Malgré les sommations du régime, le Honvéd, en pleine errance, décide de ne pas revenir au pays face à l’évolution des événements : il s'envole notamment vers le Brésil pour quelques matchs. En février 1957, et à l’exception des vedettes transférées au FC Barcelone et au Real Madrid, tous décident de revenir. Mais le nouveau gouvernement, humilié, nourrit désormais une forte méfiance à l’égard du football. Tandis que le Honvéd est démantelé, Faragó disparaît de la sélection à mesure que la sélection disparaît de la sphère internationale. Le portier n’est plus sélectionné qu’une fois, à l’occasion des JO 1960, où il remporte la médaille de bronze. Retraité en 1963, à 31 ans seulement, après 146 matchs disputés, trois championnats et une Coupe Mitropa remportés, Lajos Faragó devient entraîneur des équipes de jeune, puis des gardiens à Budapest, avant d’effectuer quelques piges au Mozambique ou en Syrie et de revenir définitivement en Hongrie, où il devient l'un des plus fidèles garants de l'institution Honvéd. Finalement, quelques semaines après la démolition du Jozsef Bozsik Stadion, enceinte mythique de Budapest, à l'heure où Viktor Orbán tente d'instrumentaliser un héritage défiguré, Lajos Faragó est disparu à son tour : il n’y a jamais de hasard.

Par Valentin Lutz
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