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La Libertadores à tout prix

Alors que l’Amérique du Sud est actuellement le continent le plus touché par la pandémie, la Copa Libertadores reprend ce mardi. Six mois plus tard, sans papelitos, dans des stades à huis clos et avec déplacements des équipes d’un pays à l’autre. Un retour qui divise en Argentine où aucun match officiel, pas même un amical, n’a été disputé depuis mars, à l’inverse de certains pays voisins. The show must go on ?

« L’attente est terminée. La passion peut revenir avec la Copa Libertadores ! » La CONMEBOL, triomphante, respire. Même masquée. 187 jours après les dernières rencontres, l’équivalent de la Ligue des champions sud-américaine va donc reprendre ce mardi, là où elle s’était arrêtée, soit au début de la troisième journée de la phase de poules. « Notre engagement est avant tout de garantir un retour organisé et sûr » , prévient l’instance continentale. Un pari osé ou inconscient ? Selon les dernières données de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Amérique du Sud reste l’un des épicentres de la pandémie avec cinq représentants parmi les onze pays les plus touchés de la planète et une circulation du virus encore hyper active. Un contexte loin de faire peur à une CONMEBOL décidée à faire repartir sa compétition la plus prestigieuse.


Pour y parvenir, la Confédération sud-américaine de football a dû convaincre les gouvernements et les fédérations des dix nations participantes. Tous ont finalement ratifié le protocole sanitaire présenté qui doit permettre de réduire les risques au maximum. Malgré des frontières encore fermées ou très contrôlées, les équipes seront ainsi autorisées à se déplacer d’un pays à l’autre sans avoir à respecter la moindre période de quarantaine. Plus qu’une bulle, un dénommé « couloir sanitaire » que l’on pourrait résumer par un « bus-avion-bus-hôtel-bus-stade » est censé limiter le plus possible tout contact entre la population et une délégation de club composée au maximum de cinquante personnes. Chaque membre sera testé avant et après l’entrée dans un pays. Oubliez les papelitos et les ambiances de feu. Les rencontres se disputeront à huis clos avec la possibilité pour l’hôte de demander à changer de stade ou même de pays en cas de situation sanitaire compliquée.

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« C’est comme si en Europe, on avait repris en mars ou avril »


« Pour moi, c’est très risqué, pense le docteur Tomás Orduna, épidémiologiste qui fait partie du comité d’experts entourant le président de l’Argentine, Alberto Fernández. On n’a pas encore dépassé la première vague et on veut rejouer. C’est comme si, en Europe, ils avaient décidé de reprendre la compétition en mars ou en avril. L’activité épidémique est encore très importante ici, mais aussi au Brésil, au Pérou ou en Colombie. Les seuls endroits à peu près tranquilles sont le Paraguay et l’Uruguay. » Organiser dans un de ces deux pays une compétition type Final 8 de la Ligue des champions à Lisbonne aurait sans doute pu être envisagé si l’épreuve n’en était pas à ses débuts avec 32 équipes encore en lice.


Dans la formule finalement choisie par l’organisateur, « aucune bulle sanitaire ne pourra être parfaite » , alerte le docteur Orduna. Le spécialiste est bien placé pour le savoir. C’est lui que Boca Juniors a dû appeler à la rescousse il y a une dizaine de jours pour gérer le méga cluster au sein de la concentration xeneize : 21 joueurs positifs au Covid-19 malgré le protocole de la CONMEBOL. Une situation qui a précipité l’exfiltration de l’entraîneur Miguel Ángel Russo, 64 ans et récemment guéri d’un cancer de la prostate, doublement considéré comme une personne à risque. Un faux cas négatif aurait percé la bulle pense-t-on au club. La plupart des joueurs atteints ont depuis pu réintégrer le groupe, immunisés comme l’était déjà le capitaine Carlos Tévez. Fuerte Apache.

Jouer entre Argentins ? Pas possible. Contre des Brésiliens ? Ok !


L’Argentine traverse actuellement sa pire période dans la lutte contre le coronavirus avec un demi-million de cas recensés et plus de 11 000 morts. Buenos Aires et sa province sont confinés depuis plus de cinq mois. C’est là que se trouvent, en plus de Boca, les quatre autres clubs engagés dans la compétition : River Plate, Racing, Tigre et Defensa y Justicia. Tous partiront avec un énorme désavantage. À l’inverse des équipes du Brésil, d’Uruguay ou du Paraguay qui comptent déjà plus d’une dizaine de matchs officiels dans les jambes, les Argentins n’ont pas disputé la moindre rencontre, même amicale, depuis le début de la pandémie. Comme en Bolivie ou au Venezuela, le championnat n’a toujours pas repris. Prudent, le gouvernement repousse sans cesse la décision, même si un tournoi est envisagé à la mi-octobre. Les clubs argentins, de retour à l’entraînement depuis le 10 août, pourront donc se confronter à des équipes étrangères sur leur territoire avant d’être autorisés à s’affronter entre eux. Ubuesque.

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« On est préoccupé par notre préparation par rapport aux autres parce qu’on a seulement pu faire quelques oppositions de quarante ou cinquante minutes ces derniers jours, mais jamais quatre-vingt-dix » , s’inquiète José Lemme, le président de Defensa y Justicia. Pour gérer au mieux les effectifs, la CONMEBOL a introduit la règle des cinq changements et a concédé d’élargir la liste des joueurs convocables de 30 à 40 avant de finalement dire 50 ce lundi ! Une façon de s’assurer d’avoir au moins sept joueurs réglementaires sur le terrain même en cas de cluster.

« Un retour essentiel économiquement »


« Je pense qu’il aurait fallu attendre un peu plus pour reprendre » , estime de son côté Nicolás Russo, dirigeant de la fédération argentine (AFA) et président du club de Lanús, qui considère ce retour comme « une folie » . Un report de l’épreuve a bien été proposé à la confédération sud-américaine de football. Sans succès. « Ce retour est essentiel économiquement pour les clubs, les villes et même des pays entiers » , rappelle l’institution à propos d’une compétition qui engendre près de 500 millions de dollars par an et dont les droits télé ont déjà été versés aux différentes formations. Au total, la CONMEBOL a distribué plus de 95 millions de dollars pour pouvoir affronter les frais de santé et de logistique. « D’une manière ou d’une autre, même si c’est compliqué, il faut reprendre à un moment » , estime le patron de Defensa y Justicia, qui interroge : « Sinon qu’est-ce qu’on va faire ? On va attendre qu’il n’y ait plus aucun cas ? Ce n’est pas possible. De quoi on va vivre ? » Un constat plus ou moins partagé par l’un de ses joueurs, l’Uruguayen Washington Camacho, invité de la radio Club Octubre la semaine dernière : « Évidemment que l’on a peur d’aller jouer au Brésil, mais le monde ne peut pas s’arrêter. C’est notre travail. » Interrogé sur ce qu’il pensait du contexte de ce retour à la compétition, son entraîneur Hernán Crespo, plus imagé, répondait lui d’un sourire suivi d’un signe de croix. Amen.

Par Georges Quirino-Chaves, à Buenos Aires
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