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La guerre des foots aura-t-elle lieu ?

La FFF va sûrement redescendre à la fin de la saison en-dessous des deux millions de licenciés, un seuil qu’elle avait dépassé dans la foulée de l’euphorie post-98. Pour preuve de cette crise silencieuse chez les amateurs, les districts ont d’ailleurs de plus ne plus de mal à remplir les poules des U17 et U19. Pourtant derrière cet affaissement du foot « classique » , se profile également la montée en puissance ce que la fédé appelle avec beaucoup de condescendance les « autres foot » . Y compris en dehors de la grande maison de la FFF, chez les « affinitaires » et dans le privé. La guerre des foots a-t-elle commencé ?

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D’une certaine façon on a jamais autant joué au foot, mais à l’instar de toutes les autres activités culturelles, on assiste à une diversification des modes de pratique, ce qui conduit inévitablement à une balkanisation de l’ancien empire autrefois très homogène, et aristocratique (avec sa noblesse de PH et DH), du foot à 11. Même si il existait depuis toujours des tournois de sixte à Pâques.

CE et bandes de potes

Tout d’abord, en tête de gondole dans le registre associatif « à l’ancienne » , se trouve le foot à 7, proposé par diverses fédérations dites affinitaires (par exemple l’UFOLEP laïc). Mais c’est la FSGT, héritière du sport ouvrier français, qui en a fait son étendard depuis 1968 (son explosion découle directement des tournois interentreprises pendant les occupations d’usine) et aujourd’hui le principal moteur de son essor dans tout le pays, avec une coupe nationale de plus en plus cotée. Joué sur la moitié d’un terrain, sans tacle ni hors-jeu et auto-arbitré, cette sous-catégorie s’est émancipée progressivement au point de compter aujourd’hui un noyau dur de fervents qui ne sont plus seulement des déçus ou des exclus du 11. David Chevau, du comité de Paris FSGT, ne cache pas son bonheur dès qu’il s’agit d’en parler: « les effectifs augmentent chaque année depuis le début, c'est-à-dire depuis les années 80. Il faut savoir que chaque année on enregistre 40 à 50 équipes supplémentaires et que l’on est même dans l’obligation de refuser du monde » .

Un succès qui a même poussé la Ligue de Paris FFF à se lancer dans l’organisation de son propre championnat « à 7 » , dans la suite également des « états généraux du foot » qui avaient souligné, inquiétude noyée médiatiquement sous la question des Bleus, le manque d’offres en foot loisir. Mais à la FFF, le principal môle de résistance se situe désormais dans le futsal (+10,7%). Constat ironique puisque cette réussite est en grande partie imputable à l’action d’un DTN public - payé par le ministère -, Mohamed Belkacemi, aujourd'hui blacklisté pour avoir réalisé l'enregistrement du fameux débat sur les quotas. Toutefois, dans ce registre particulier, le foot associatif au sens large (la FSGT possède aussi des championnats en salle) doit aussi composer avec la multiplication des complexes sportifs privés (une dizaine autour de Paris) qui proposent notamment auprès des CE et autres « bandes de potes » un environnement flexible, surtout axé sur des tournois occasionnels ou des locations d’installation. Un modèle commercial qui s’appuie sur la protection de « l’entre soi » , pour fuir la « violence » des rencontres en championnat, et une financiarisation de la prestation de service. Autant de logiques qu’en principe les clubs, toute affiliation confondue, refusent d’entériner. Amaury De Tilly, responsable de l’Urban de Puteaux, se réjouit ainsi d’accueillir « de plus en plus de joueur de foot à 5 dans nos structures et une demande accrue pour la pratique de ce sport-là  » . Le foot loisir peut aussi être un business.

Loisir et souplesse

Car aujourd’hui, indéniablement, le Futsal se fait une place au sein du paysage footballistique français. Les raisons sont évidentes. Son côté plus technique que physique séduit de plus en plus de joueurs y compris les joueurs de football à 11 même si depuis cette année, la FFF a instauré une limite de 2 joueurs par équipe ayant une double licence. En revanche, au foot à 7, ce sont le loisir et le collectif qui priment. C’est ce que précise Mickaël Maury, responsable des activités sportives à la Ligue Paris Ile de France: « On n’avait pas d’offre de loisir pour les adultes à côté du foot à 11, on a donc lancé un challenge qui regroupe 15 équipes » . A la FSGT, David Chevau, membre du bureau du Comité de Paris, abonde : « 99% de nos adhérents viennent chercher du loisir » . Mais ils vont plus loin. Les rencontres de foot à 7 sont auto-arbitrées : « On se retrouve dans une situation où l’adversaire devient de fait un partenaire de jeu sans lequel le match ne peut pas avoir lieu » .

En clair, Les principaux acteurs de ces nouvelles activités, pour l’instant toujours modestes en face des millions de pratiquants « classiques » , ne tentent pas de rivaliser avec le foot à 11. Ils essaient plutôt de proposer une alternative, plus légère à mettre en place, moins lourde administrativement parlant. Mickaël Maury reconnaît cet ajustement : « Un effectif à 7 est plus facile à constituer et dans notre challenge, les matchs peuvent être reportés assez facilement pour respecter les emplois du temps des pratiquants » . De ce point de vue, les raisons du développement de l’Urban, ce football à 5 dans des clubs privés, apparaissent évidentes. Amaury de Tilly confirme : « Notre sport se pratique différemment, et avec une pratique plus libre  » . Loisir et souplesse sont les maîtres mots du succès de ces « autres football » . Là où le football professionnel véhicule une image négative, ces nouveaux venus se positionnent clairement sur des créneaux novateurs et complémentaires.


Auto-arbitrage

«  On se place plutôt sur le créneau du complément au football « traditionnel » , prolonge Amaury De Tilly. C'est-à-dire que nos joueurs sont souvent des joueurs qui évoluent en club, que ce soit en foot à 11 ou en futsal » . De ce fait les clivages entre les divers « autres foot » ne se situent pas forcément où l’on croit : «  Le futsal est un sport différent et on ne s’adresse pas du tout au même public, corrige David Chevau. Déjà, le football à 7 se pratique en extérieur, la taille du ballon n’est pas le même. Il y a énormément de différence. Mais la principale différence c’est l’auto-arbitrage » . Et l’arrivé du foot à 7 à la FF sur le terrain qu’occupait seul par la FSGT ne l’inquiète pas : « Je ne sais pas ce qu’ils proposent mais pour l’instant ça n’a eu aucun effet sur le nombre de nos pratiquants  » .

Cela dit, nonobstant le sigle, tous sont confrontés à un problème simple, qui dépasse le cadre de la rivalité entre fédés. « La difficulté pour certains clubs, raconte Swann Sainte-Claire, joueur au KB United , reste les infrastructures. En effet le futsal représente un sport de salle en plus et donc des créneaux à partager avec des sport qui exploitent déjà ces gymnases (basket, hand-ball...) » . David Chevau de la FSGT confirme le diagnostic : « Nos rencontres se jouent principalement la semaine même si maintenant que nous avons des matchs le week-end, on se télescope avec les entraînements des équipes FFF. C’est de ce côté-là qu’on fait des efforts pour avoir plus de créneaux et de terrains disponibles pour nos équipes. Il faut savoir que l’on a 667 équipes en Ile de France, donc ça pose d’indéniables problèmes de logistique  » . La guerre des foots sera d’abord celle des terrains, et c’est aussi là-dessus que misent les complexes privés. L’époque n’est guère au service public de toute manière…


Nicolas Kssis Martov et Christophe Gaudot
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