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C'étaient les garçons bouchers du SC Bastia...

« Cisailler » , « casser » , « farcir » . Les mots ne sont pas tirés d’un dictionnaire du parfait artisan chargé de la préparation de la viande, mais de la bouche des adversaires qui sont venus affronter le SC Bastia, dans son antre de Furiani, entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000. L’équipe semble alors prendre un malin plaisir à satisfaire aux nombreux clichés que le métropolitain peut se faire du Corse : violent, antipathique, orgueilleux... Entre envahissements de terrain, intimidation dans le couloir, victoires à domicile et tacles de Cyril Rool, retour sur une décennie de foot insulaire. À jamais marquée au fer de crampon.

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« Fracture du nez avec hémorragie. » Jean-Louis Campora, historique président de l’AS Monaco, mais chirurgien dans le civil, voit juste, avant même les examens médicaux. Le diagnostic vise son joueur Éric Di Meco. Un peu plus tôt dans la soirée de ce 26 novembre 1994, le latéral gauche de l’ASM expérimente l’ambiance du stade Armand-Cesari de Furiani à sa manière : en encaissant un coup de boule du milieu de terrain bastiais Laurent Moracchini, peu avant la mi-temps, au cours d’une échauffourée devenue légendaire. Alors que Monaco mène tranquillement 2-0, Antoine de Pandis, l’arbitre de la rencontre, qui a déjà donné un penalty aux joueurs de la Principauté en début de match, refuse la réalisation du buteur maison Anto Drobnjak, signalé hors jeu. C’en est trop. Les joueurs d’Antonetti se mettent à courser l’homme en noir. Un supporter enjambe l’ersatz de grillage de la tribune provisoirement homologuée et pénètre sur la pelouse. Il est imité par un autre. Puis deux. Puis dix. Un notable local invité en tribune d’honneur fait de même et profite du boxon ambiant pour venir en coller une au délégué du match. Tout ça alors qu’avant la rencontre, des tracts distribués à l’entrée du stade annonçaient la couleur : « Ne nous laissons plus marcher dessus par des équipes venues de Gaule. »



On joue la 43e minute, et la 44e ne se disputera qu’une demi-heure plus tard. Entre-temps, les visiteurs, coachés par Jean-Luc Ettori, se sont réfugiés dans les vestiaires. « Un grand n’importe quoi, ce match. C’était surréaliste, se rappelle l’ex-Monégasque Mickaël Madar. En début de match, Anderson part seul au but et se fait cisailler. Un attentat. Les mecs étaient limite surpris que l’arbitre siffle faute. Et le public était composé de surexcités... On menait 2-0, mais à la pause, on savait très bien que si le match reprenait, on ne pouvait pas gagner. Tu ne veux plus jouer, tu as peur de te faire casser la jambe. Bon ben, ça n’a pas loupé, on a fait 2-2. » Un souvenir qui tranche avec le point de vue des locaux : « Mon meilleur souvenir de stade, tout simplement » , témoigne Anthony Luciani, ancien leader de la Testa Mora, association d’ultras bastiais dissoute en 2004 à la suite de l’affaire Chimbonda. Peu importe que Bastia ait par la suite perdu la rencontre sur tapis vert, il retient surtout que 8 500 supporters ont mis le feu comme s’ils étaient 50 000, au cours d’une rencontre où les joueurs du Sporting se sont montrés dignes de leurs ancêtres : Pierre Bianconi, Paul Marchioni ou encore Charles Orlanducci.


Intertoto, « mongolien » et Michèle Alliot-Marie


La violence ? Quelle violence ? Ici, on préfère parler de caractère. « Moracchini, c’est simple, on traînait avec lui toute la semaine au café, on jouait aux cartes. Soi-disant que Di Meco était la terreur de la France entière. On lui a monté le ciboulot pendant cinq jours : "Oh, il va pas venir faire la loi ici, hein !" On l’a conditionné, quoi » , se rappelle l’ancien ultra. La journée suivante, Bastia terminera la rencontre à dix, après l’expulsion de Mamadou Faye... dès la deuxième minute de jeu. Et Moracchini ? Il s’excusera, plaidera coupable, purgera cinq matchs de suspension... pour mieux récidiver. Un mois à peine après son retour sur les pelouses, il assène un nouveau coup de tronche à Coco Michel lors d’un quart de Coupe de la Ligue contre Guingamp. « J’ai été con, putain. J’ai raté la finale à cause de ça, alors que je faisais une super saison. J’avais des clubs sur moi. Bon bah après, ils se sont dit qu’ils n’allaient pas recruter un mongolien. » Bastia vient tout juste de remonter en Ligue 1, mais, en à peine six mois, a donné un avant-goût de ce à quoi va ressembler sa décennie dans l’élite : des gros tacles, des échauffourées, des envahissements de terrain et des victoires à domicile. Le tout en adressant un bon gros doigt d’honneur à la loi Alliot-Marie, alors ministre de la Jeunesse et des Sports, censée durcir les sanctions relatives à la violence dans les stades et votée un an plus tôt. « C’est simple, quand on dépassait les 10 000 spectateurs à Furiani, on ne perdait jamais » , note rétrospectivement Frédéric Antonetti, le coach emblématique.

« En début de match, Anderson part seul au but et se fait cisailler. Un attentat. Les mecs étaient limite surpris que l’arbitre siffle faute. »
Mickaël Madar, adversaire lors d’un Bastia-Monaco
Entre 1994 et 2004, le club corse aura donc rassemblé en son sein les plus grands poètes que comptait la Ligue 1 de l’époque. Cyril Rool, Cyril Jeunechamp, Piotr Swierczewski, Patrick Moreau, Fred Mendy, Laurent Casanova, Franck Jurietti, Patrick Valéry, Sébastien Pérez... Une sorte de Sidaction du carton rouge. « Entre nous, le mot d’ordre, c’était : ne jamais faire un voyage à vide. Quand tu tacles, il faut prendre quelque chose. Donc si c’est pas le ballon... » rigole aujourd’hui Laurent Moracchini, joueur du Sporting de 1988 à 1997. « Vous êtes dans le cliché. Oui, l’équipe était agressive, mais avant tout joueuse » , nuance toutefois Antonetti, à la barre du SCB sept ans durant. Il n’empêche que les faits sont là : entre 1996 et 1999, le Sporting terminera trois saisons de suite à la dernière place du classement du fair-play cher à la LFP. Mieux, en 1999, l’équipe affiche un total de 17 cartons rouges pour 34 matchs disputés. Une belle moyenne. Sa masterpiece ? Assurément un déplacement à Nantes en décembre 1998, terminé avec quatre expulsions au compteur, dont trois rouges directs. Même Antonetti aura un jour droit à ses trois mois de suspension « pour avoir mis la main sur l’épaule de monsieur Viléo » . « On ne calculait pas les cartons quand on s’engageait, avoue Patrick Valéry, qui a ponctué sa première saison en Corse avec 19 biscottes. Plus on me parlait, plus j’étais méchant. Aujourd’hui, même mes enfants me chambrent quand ils me balancent des vidéos de mes tacles. J’étais un bourrin, mais bon, fallait quand même se farcir mon marquage pendant 1h30. » Éphémère pensionnaire du club, l’Écossais Jamie Fullarton avait suscité la curiosité des médias de son pays. À la fin d’un match auquel il était venu assister dans le cadre d’un reportage, un journaliste scottish se tourne, interloqué, vers ses confrères de la PQR en tribune de presse : « Mais pourquoi vous faites venir un Écossais ? C’est le championnat écossais qui a besoin de vous ! Vos joueurs sont encore plus tarés que chez nous. » Attaquant volontaire, mais guère adroit, Ousmane Soumah accède au statut de légende locale grâce à un but qu’il ne peut célébrer : face aux Suédois de Halmstad en finale de Coupe Intertoto, il égalise d’une tête plongeante, mais se fracture les cervicales sur l’action. Résultat ? Une sortie sur civière, sous les acclamations de la foule.


Cyril Rool avec France 1998 ?


Dans un contexte où le dépassement de soi vaut plus que tout, c’est peu dire que l’adage « on joue comme on s’entraîne » prend toute sa signification sur l’Île de Beauté. Malheur à celui qui, par souci de confort, se passait par exemple de protège-tibias. « C’est arrivé pas mal de fois qu’il y ait de grosses embrouilles pendant les jeux, ouais. Quand tu passes d’un club comme ça et que t’arrives à Lyon quelques mois plus tard, où on t’interdit carrément de tacler à l’entraînement, ça fait tout drôle, c’est sûr » , ironise l’ex-buteur Frédéric Née. « À un moment, j’ai quasiment été obligé de limiter les jeux, appuie Fred Antonetti. Mais ça prouve que les mecs étaient avant tout des compétiteurs. » Le scénario est alors souvent le même : un petit match de fin de séance entre deux équipes où se disputent un coup à boire et une place de titulaire le week-end, un premier contact rugueux, une riposte, et un dernier tampon avant le traditionnel front contre front. Mais là où tout le monde irait séparer les deux protagonistes, Antonetti choisit d’opter pour la posture de l’arbitre de hockey. « Quand ça partait en vrille, Fred avait l’intelligence de nous laisser gérer. On réglait ça, et après la douche, c’était oublié. Finalement, on était soudés comme jamais » , se souvient Patrick Valéry. Plus petit budget du championnat de l’époque avec cinq millions d’euros à peine, le Sporting compense son manque de moyens par son identité, faite d’agressivité, de dialecte local sur le terrain, mais aussi et surtout de solidarité. Un constat que dresse également l’ancien attaquant Pierre-Yves André : « Avant un match contre l’OM, on savait que Yann Lachuer, notre maître à jouer, allait avoir Abardonado sur le dos. Dans les vestiaires, Antonetti nous a donné une consigne simple : "À la première faute d’Abardonado, je veux voir toute l’équipe foncer comme un seul homme sur lui pour lui mettre la pression et lui dire d’y aller mollo." Moi, j’attendais que ça, j’étais dans les starting-blocks. C’est ce qu’on a fait, et Yann a été libre tout le match. »

« Ne nous laissons plus marcher dessus par des équipes venues de Gaule. »
Tract distribué à l’entrée de Furiani avant un match contre Monaco en 1994
Où l’on aborde une autre facette de cette équipe rugueuse, la fameuse intimidation. Celle qui fait dire à Frédéric Antonetti que « tous les joueurs que j’ai vus faire un gros match à Bastia avec l’équipe adverse ont fait une vraie belle carrière derrière : Vieira, Cissé, Karembeu... On avait un demi-stade, mais ça suffisait. » Dans une enceinte faite de bric et de broc, qui se remet à peine de la catastrophe de Furiani de 1992 (en demi-finales de Coupe de France, une structure métallique montée à la va-vite pour augmenter la capacité du stade s’est effondrée, causant la mort de dix-huit personnes), avec des bungalows en guise de vestiaires et des barbelés, et qui crache du « sale Français ! » à n’en plus finir, toutes les conditions sont alors réunies pour faire d’Armand-Cesari un endroit où il ne fait pas bon être visiteur. « On gagnait des matchs que là-dessus. Pas de bonjour, pas d’au revoir. Des regards sombres, et un petit coup d’épaule quand tu passes dans le tunnel. On a été élevés là-dedans en jeunes quand on allait dans les villages » , explique Moracchini. Conséquence, une fâcheuse tendance pour les talents adverses à perdre leur football le temps d’un match, quand ils ne déclinent pas carrément l’invitation. « Je sais que des mecs avaient l’habitude de se faire porter pâle avant de nous rendre visite. Caveglia, par exemple, je ne suis pas sûr qu’il soit venu souvent à Bastia » , avance l’ancien gardien Éric Durand. Forcément, quand en face se dresse une armée de tâcherons sublimée par des vrais joueurs de ballon – « Moravcik, Lachuer, Morlaye Soumah, Stéphane Ziani, des super techniciens quand même, et Cyril Rool, qui aurait pu être de la génération 1998 sans sa réputation » , selon Antonetti –, il n’est pas étonnant que cette dernière prenne des points. C’est simple, entre 1994 et 2004, le SCB n’a perdu que 39 matchs de championnat à Furiani en 180 rencontres ! Peu importe donc si, à l’extérieur, les arbitres compensent en dégainant plus facilement les cartons qu’ils n’ont pas osé brandir à Furiani. Ou si certains de ses joueurs, Rool en tête, « ont souvent été sanctionnés davantage à cause de leur réputation que de la dangerosité de leurs interventions. En déplacement, on se faisait surarbitrer » , comme le souligne Antonetti. À trois reprises durant cette période, le Sporting Club de Bastia se hisse en Coupe Intertoto, que le club remporte une fois, grâce à une stratégie de recrutement basée sur la relance de joueurs revanchards et d’espoirs venus d’étages inférieurs.


Voiture de loc’ et pay-per-view


À cette proximité affichée sur le terrain s’ajoute le fait que les mecs se côtoient à la ville et ont le sentiment de jouer pour « le peuple bleu » . Mais, s’il arrive parfois que certains groupes se lient d’amitié dans la biture, à Bastia, l’esprit de camaraderie se veut avant tout familial. « On n’allait pas en boîte, on était pères de famille. Mais une année, on a tous écourté nos vacances pendant la trêve pour réveillonner ensemble » , rappelle Sébastien Pérez. Alors que l’on est en plein âge d’or du pay-per-view, les femmes de joueurs mettent à profit les matchs à l’extérieur de leurs conjoints pour se retrouver devant la télé. Les joueurs, eux, traînent avec la population locale comme l’on se rend au bistrot du village. « Là-bas, t’avais l’impression de jouer pour une histoire. Les relations avec les commerçants, je les ai ressenties. Encore aujourd’hui, j’y vais en vacances. Je vais prendre de l’essence, je me retrouve avec du Coca, des sandwichs, des gâteaux... » abonde Yann Lachuer. Un état d’esprit amical incarné par le président François Nicolaï – gérant d’une petite entreprise de BTP au niveau local – et cultivé hors du terrain. « Demandez aux arbitres. C’est toujours chez nous qu’ils ont été les mieux reçus. Je ne me suis jamais engueulé avec eux, quel que soit le résultat. Bré, Lannoy, quand ils viennent en vacances en Corse aujourd’hui, ils m’appellent pour que je leur trouve une voiture de location » , détaille Louis Rovere, chargé de la prise en charge logistique des hommes en noir. « On nous emmenait dans des vrais restos corses. L’équipe ? Bah, on savait que c’était pas des poètes, mais je préfère ça que des joueurs qui contestent tout. Et au moins, ils faisaient leurs coups en live » , confirme l’ex-arbitre international Alain Sars. Une dernière preuve ? Malgré sa course poursuite avec les joueurs bastiais et le torrent d’insultes reçu lors du Bastia-Monaco de 1994, Antoine de Pandis est resté boire une coupe de champagne en compagnie des dirigeants au coup de sifflet final, pendant qu’à quelques mètres, en salle de presse, les Monégasques servent aux médias le discours entonné par presque tous les adversaires passés par là : « À Bastia, c’est toujours pareil, on se fait voler. » Une rengaine à laquelle les dirigeants locaux répondent par une autre rengaine – « Si on ne veut pas des Corses dans le football français, il faut le dire tout de suite » – dès que les cartons pleuvent. Assez cocasse quand on sait que le boss de la commission de discipline de l’époque, Jacques Riolacci, était corse. « Pour pas se faire taxer de favoritisme, il nous sanctionnait plus sévèrement. Six mois pour un coup de tête ? Ça va, quoi... » enrage encore l’ex-ultra Anthony Luciani.

« C’est simple, quand on dépassait les 10 000 spectateurs à Furiani, on perdait jamais. »
Fred Antonetti, coach emblématique du Sporting Bastia
Le fameux refrain de la Corse contre le reste du monde. Il faut dire que la tension entre l’île et « le continent » était alors à son paroxysme : FLNC plus influent que jamais, affaire de la paillote, sans parler de la partie de cache-cache à grande échelle entre Yvan Colonna et le ministère de l’Intérieur. Malgré lui, le Sporting alimente les fantasmes et attise les amalgames. « Je me souviens d’un déplacement à Metz en coupe, on était en plein dans l’affaire Érignac. Et on s’est fait traiter de terroristes pendant une heure et demie, il y avait des banderoles, plaide Antonetti. Nous, on ne faisait que du football. Et ce jour-là, monsieur Kalt nous expulse deux joueurs. Mais c’est le contexte qui expulse les deux joueurs, il y avait à peine faute. » Reste que si le club n’a jamais voulu politiser le football en surface – son organigramme officiel a toujours été plutôt clean –, dans les faits, il était dur de faire abstraction de ce qu’on appelle le « milieu » . « À Bastia, t’as des mecs qui sont là, qui ont un rôle au club, des gardes du corps... Ils sont là avec des pistolets. Tu sais pas trop pour qui. Bon, il y a prescription, mais ça m’est arrivé de toucher une partie de mon salaire en liquide. Je comptais les billets dans les bureaux » , dévoile un ancien joueur. De par ce qu’il représente sur l’île, le Sporting est devenu un enjeu politique, pour toute mouvance.

Plastiquage, Les Grandes Gueules et Nouvelles Frontières


Ironie de l’histoire, l’aventure sportive de ce Bastia old school, en proie à de sérieuses difficultés financières, se ponctue par une descente à l’étage inférieur en 2005, un an après l’arrestation du militant nationaliste Charles Pieri. Une affaire à la suite de laquelle François Nicolaï est amené à comparaître au tribunal, avec une vingtaine d’autres prévenus. Bien qu’il ait revu sa version une fois à la barre, devant les enquêteurs, l’ex-président aurait apparemment déclaré : « Ce sont les nationalistes qui m’ont mis à la tête du club. N’étant pas marqué politiquement, j’étais plus présentable. Le véritable dirigeant du club était Charles Pieri. » Jacques Maillot, lui, ne fera pas machine arrière dans ses déclarations. Le pensionnaire des Grandes Gueules, sur RMC, garde en effet un souvenir amer de l’époque où sa société, Nouvelles Frontières, s’affichait en gros sur le poitrail de Bruno Rodríguez, Moravcik et consorts. Maillot le dit lui-même, il n’a « jamais eu la moindre affinité avec le ballon » , et, avant les années 1990, le voyagiste, pourtant créé en 1967, ne s’était jamais livré à des activités de sponsoring. Seulement, alors qu’il commençait à sérieusement développer son offre en Corse, six agences Nouvelles Frontières sont plastiquées entre mai 1993 et janvier 1994, dont deux sur l’île. Trois des attentats sont alors revendiqués par le FLNC. Pour continuer à exploiter le potentiel touristique local, l’homme d’affaires est sommé de se soumettre à l’impôt révolutionnaire. « J’ai été un sponsor désigné, tout simplement. Vos locaux avaient beau sauter, à l’époque, rien ne bougeait judiciairement. Et puis, à la préfecture, on m’a gentiment fait comprendre que le Sporting avait besoin d’argent. J’envoyais des clients en Corse, j’étais donc censé aimer la Corse. Je suis devenu sponsor maillot pour trois millions de francs par an (450 000 euros, N.D.L.R.), et mes agences ont arrêté d’exploser comme par miracle. J’ai acheté la paix » , ajoute Maillot. La paix, mais aussi le droit d’associer son image à une équipe qui savait se sublimer. « Publicitairement, ce n’était pas une mauvaise opération, attention. Mais disons que l’approche ne fut pas des plus élégantes. » Un raisonnement qui peut aussi bien coller à ce qu’était en réalité cette équipe, comme le résume Madar : « Les mecs jouaient les méchants, mais en réalité, c’était assez contradictoire avec leur mentalité dans la vraie vie. » Ce n’est pas Monsieur de Pandis qui dira le contraire.



Article paru initialement dans le SOFOOT #123 Par Marc Hervez