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La chambre bleu horizon

Après le « tue-l'amour » d'hier soir (dixit Duluc himself), nos joueurs retrouvaient enfin leurs familles après 17 jours de séparation. Et c'est toutes les femmes de France qui les remerciaient. Toutes, sauf Helena Costa, bien sûr.

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Tout allait si bien. Le Honduras s'était incliné, la Suisse avait bien été obligé de reconnaître la supériorité technique de nos soldats et de changer tout à coup cette équipe rénovée en un immense puits à bonnes nouvelles et à fierté cocardière. La patience de Chauvin avait été récompensé. Lui, n'avait jamais renoncé à sa ferveur et à ses Bleus. Il savait qu'ils étaient l'émanation directe de l'esprit français, celui de Verdun, Versailles, Vercingétorix. Juste après l'Équateur, ces Poilus d'un autre type (en l'espèce, sans poils), avaient donc mérité la récompense qu'on accorde aux pères de famille partis combattre pour la patrie. Ils avaient était héroïques sur le front de Rio de Janeiro. L'Arrière était fier des soldats de l'Avant. Les guerriers Benzema, Valbuena, Sagna, Varane et Lloris, avaient bien mérité leur repos et, comme ils retrouvèrent leurs « familles » juste après l'Équateur, c'est toute la France qui se mettait au lit et contemplaît les murs rassurants de cette nouvelle chambre bleu horizon. Mais c'est alors que tout s'effondra. La faute à qui ? La faute aux femmes, a-t-on voulu nous faire croire.

Souvent femme varie

Pour comprendre la mythologie de la femme en équipe de France, il faut revenir sur l'incroyable carambolage auquel on assista ces dernières jours. D'un côté, on nous présenta Héléna Costa, allégorie de la femme travailleuse et méritante. La Portugaise était une sorte de « José Mourinho au féminin » . Son CV parlait pour elle, il fallait cesser avec ce machisme insupportable et décérébré. Après l'armée et le gouvernement, on ouvrait enfin la dernière citadelle de l'archaïsme. La France du ballon pouvait être fière de sa modernité. Même dans ses campagnes les plus reculées (Clermont-Ferrand vu de Paris, c'est la campagne, admettez) juste au centre de son Hexagone, même dans ce sport de brutes et de mal appris, une femme pouvait prendre la tête d'un groupe d'hommes sans qu'on n'ait rien à y redire. Le mythe de Jeanne d'Arc, la Pucelle d'Orléans qui délivra la France, reprenait la main. Nous regardions cette nouvelle entraîneuse (il va falloir absolument trouver un nouveau nom à ce métier) et nous ne trouvions pas l'idée mauvaise. À vrai dire, même, on s'en fichait un peu qu'elle soit femme pourvu qu'elle soit compétente. La seule chose qui nous chiffonnait un peu, c'était cette histoire de douches et d'intimité de vestiaires. Mais une femme, pensions-nous, n'est pas aussi obsédée que ces imbéciles d'hommes. Une femme, c'est différent. Et puis les équipes féminines sont bien entraînées par des hommes. Pourquoi pas l'inverse ? Nous répondions donc favorablement aux injonctions vertueuses de la presse illustrée.

Les beaux gosses

De l'autre côté, comme pour compenser cette audace féministe, le statu quo social se défendit par la bouche de nos grands leaders et de quelques dépêches qui tombèrent ici ou là. D'abord, notre ministre Najat Vallaud-Belkacem prépara nos esprits. La femme ministre visitant les héros dans leur hôtel en était sortie très enthousiaste, nous dit-on. Elle les avait trouvé « assez beaux gosses » même. Les sous-entendus sexistes de ce commentaire relayé par notre grande presse en disait déjà beaucoup sur l'érotisme transpirant de l'image de ces jeunes hommes dans la force de l'âge confinés dans leur abris et leur uniforme. Même la ministre les avait trouvés à son goût. C'est donc toutes les femmes de France qui montèrent dans ce Paris-Rio. Ludivine Sagna entourée de ses copines (on n'ose pas écrire collègues) nous rassura même d'un cliché qui rendit grâce au thème des « perfections » de la jeune fille à marier (Roland Barthes, Mythologies). Elles étaient belles, elles étaient souriantes, elles étaient blondes (ou presque). Elles étaient venues, nous dit le Nouvel Obs, pour « renforcer la cohésion du groupe professionnel » . Là où les Brésiliens parlaient ouvertement de la question (Scolari qui préférait le sexe « normal » aux « acrobaties » ), où les Américains étaient en famille dans leur hôtel depuis le début de la compétition, nous, patrie du French Lover et du féminisme, nous parlions avec force d'euphémismes et de métaphores scientifiques. Deschamps invoqua donc un mystérieux « curseur » à déplacer : « Je ne suis pas médecin, je suis sélectionneur ! Certaines compagnes de joueurs viendront et pouvoir voir leurs maris (ils sont tous mariés, ouf, nous respirons mieux). Après tout dépend quand, comment et combien. Tout dépend où l'on place le curseur. » Oui, le curseur.

Miss Auvergne vous remercie


Mais en deux jours, tout s'effondra. Héléna Costa démissionna brusquement et les archaïsmes du footeux français, qu'on avait tenté de noyer sous des litres de bons sentiments, resurgirent tout à coup. Tel le comte Almaviva chez Beaumarchais regrettant de ne pouvoir exercer son ancestral droit de cuissage sur sa servante, Claude Muchy, le président du Clermont Foot, prit la parole, d'un air désenchanté : « C'est une femme, elles sont capables de nous faire croire un certain nombre de choses. » Il en rajouta même encore : « Je suis en colère et triste, pour toutes les autres femmes qui auraient voulu être à sa place. » C'était donc bien ce qu'on nous avait dit. Héléna Costa, la Portugaise, c'était toutes les femmes à la fois et Claude Muchy, tous les hommes. La presse parisienne précisa qu'il restait malgré tout encore quelques femmes loyales à l'ordre social petit-bourgeois « dans ce monde très masculin du ballon rond » . Il y avait quelque journaliste mexicaine « qui faisait le buzz sur les réseaux sociaux » (Vanessa Huppenkathen), mais aussi Sonia Souid, agent de joueurs, dont on nous précisa immédiatement, comme pour rassurer le lecteur archaïque, qu'elle était une « ancienne Miss Auvergne » . Nos femmes étaient belles. L'essentiel était sauf.

Le caprice des Marianne

Pourtant l'ingratitude triompha. Le pied à peine posé à Rio, les WAGs françaises se plaignaient déjà de la façon dont elles avaient été reçues. On ne nous parla pas des conditions en question si ce n'est d'un éventuel surclassement dans un hôtel de luxe. Au nom des vertus exemplaires de la chaumière heureuse, nous étions prêts à tout avaler. Nos héros méritaient les plus beaux draps de la ville pour se reposer. Nous étions prêts à l'entendre. Non, plutôt que d'évoquer lesdites conditions, la grande presse nous parla plutôt du « caprice » de ces femmes, c'est-à-dire, selon Larousse, d'une « envie subite et passagère, fondée sur la fantaisie et l'humeur » . Ces femmes dont on glorifiait la dévotion et qu'on avait imaginées heureuses dans un deux-pièces cuisine de province se changèrent tout à coup en grandes bourgeoises parisiennes entamant une phase d'impérialisme mythique. Heureusement que la FFF intervint et se fit le juge de paix, celui qui garantit la paix des familles françaises et protège l'ordre social. La Fédération publia un communiqué qui sentait bon la femme à soldat pour « s'inscrire en faux contre les allégations faisant supporter aux femmes des joueurs une quelconque responsabilité dans les problèmes survenus. » Les hommes étaient des héros et les femmes n'étaient responsables de rien. Nous voilà rassurés.

Par Thibaud Leplat
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