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L'été meurtrier du foot français

Pendant que foot français se découvre féministe et ouvre les bras aux capitaux du Golfe, les bas-fonds des divisions inférieures traversent une période de fortes turbulences, comme on dit pudiquement à la Bourse, la L2 se remplissant de son coté d'anciennes gloires assassinées de l'élite. Et comme toujours, c'est la DNCG qui vient prononcer l'heure du décès. Bienvenue en National et CFA, ou sévit une tueuse en série armée d'une calculette.

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Enième péripétie de la longue descente aux enfers de Strasbourg, son ancien président, le surréaliste Jafar Hilali, vient de céder le club à un simple supporter du nom de Thomas Fritz, qui de son coté en appelle à Bill Gates (pendant que pour sa part celui qui se proclame « Mozart de la finance » négocie un bonus de rattrapage de 20 millions en cas de victoire en Champions League, no comment). Entre temps, malgré une mansuétude assez rare, la DNCG avait dû rétrograder le club en CFA, ce qui signifiait aux yeux de beaucoup la fin du foot pro en Alsace. Il faut dire que la Direction Nationale de Contrôle et de Gestion, l'instance la plus controversée bien qu'incontournable de la LFP (rappelons au passage qu'elle ne possède d'autres pouvoirs « officiels » que ceux accordés au sein des règlements de la Ligue), n'a pas chômé cet été. Et contrairement aux plaintes répétées des pensionnaires de la L1, qui lui reprochent régulièrement son intransigeance ou sa façon de calculer leurs budgets généralement déficitaires ( 116 millions cumulés en 2011), ce sont les petits clubs de National, CFA et autres divisions dites inférieures, bref le foot de sous-préfecture et de proximité version Crédit Agricole - et dont le nouveau président de la FFF Noël Le Graët est un digne représentant -, qui trinquent le plus.

Car si la crise tant prophétisée finit par se manifester, elle progresse surtout de façon géographiquement homéopathique. L'acharnement de la DNCG sur les seconds couteaux, hormis évidemment les cas évidents de mauvaise gestion et autre situation extraordiniare à l'instar de Strasbourg, résulte d'abord de la réalité économique de ce si singulier football capitaliste à la mode « exception française » . Au grand jeu de l'argent-roi, les ressources du sous-sol du professionnalisme ne cessent de se réduire (et aussi modeste soient les dettes, personne ne vient dépenser facilement ses sous à Gap). Les « clubs-de-peu » ne peuvent quasiment plus compter sur des « mécènes » ou « sponsors » déjà pas très nombreux, ou qui croient encore naïvement que le ballon rond rapporte, et de moins en moins sur des collectivité territoriales asphyxiées. Ces dernières ont de toute façon de plus en plus tendance à privilégier dans leur marketing territorial d'autres disciplines un peu plus zen à suivre au quotidien pour un adjoint au sport et parfois davantage source de satisfaction avec des couts inférieurs (tant les minimums techniques du foot n'ont cessé de grimper, ainsi la Haute-Savoie et la ville d'Annecy ont du lâcher près de 700 000 euros pour qu'Evian-Thonon-Gaillard puisse évoluer dans à domicile (sic) contre Paris et Lyon). Sans évoquer le très faible impact sur la vie locale et des revenus issus du guichet du stade de l'ordre de l'anecdotique.

Cela dit, la DNCG a bon dos. Elle établit des règles assez claires et dispose d'un attirail de sanctions suffisamment graduée pour éviter normalement un couperet trop radical ou précoce (de l'encadrement du recrutement et des salaires à l'interdiction de compétition, par exemple récemment le Sporting Club Toulon). Le premier concerné ayant toujours de toute façon la possibilité de se retourner ensuite vers le CNOSF ou le tribunal administratif. La pire des mesures demeure toutefois la rétrogradation, avec parfois perte du statut pro, ou encore le refus de montée (Nîmes a failli en faire l'amer expérience). En effet tomber de L2 en national ou pire en CFA, c'est traverser le plafond pendant que l'escalier part en fumée, avec des sources de financement qui s'épuisent inversement aux besoin de la reconquête. La liste des victimes de cette logique, dont la DNCG n'est que le Dr House, froide et insensible mais guère responsable du mal, s'allonge constamment : Grenoble qui s'enfonce un peu plus dans le noir, après avoir cru au miracle japonais (mais Tours sauvé de justesse), Chambéry et Calais privés de CFA, Pacy-sur-Eure qui y descend d'office, Cannes en délibéré, etc. Cela dit le malheur des uns engrosse les rêves, parfois empoisonnés, des envieux. Ainsi, devant une telle situation, les calendriers ne sont toujours pas établis, puisque des prétendants de CFA comme le FC Martigues , SA Epinal , le Red-Star FC ou encore l' AS Cherbourg, voire Bayonne, caressent encore à cette heure le secret espoir de prendre la place des vilains petits canards de National qui patientent dans la salle d'attente de la DNCG. C'est beau la solidarité dans le foot.


Nicolas Kssis-Martov

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