Une caméraUne caméra qui illustre les papiers contenant une vidéo PhylactèrePictogramme représentant un phylactère (bulle utilisée dans les bandes déssinées) servant à illsutrer les commentaires envoyés par les lecteursTrophéePictogramme représentant un trophée. Ce picto illustre la section résultats / classement de SOFOOT.com Logo FacebookIcone facebook faisant le lien avec la page Facebook de notre siteFlècheUne flèche servant à la navigation. Le sens de la flèche change en fonction du contexte où elle est utiliséeLogo Google +Lien vers notre page Google+Icone "Hamburger"Icone composé de trois lignes noires horizontales identiques, les unes au dessus des autres, servant à illustrer la notion de "menu".Logo, InstagramPetit appareil photo servant à lier vers notre page InstagramPouce vers le hautPictogramme représentant une main fermée en poing avec le pouce dressé vers le haut. Illustration de la notion de "like" des réseaux sociauxMoinsLe signe mathématique "moins" Appareil photoUn appareil photo qsui illustre les articles avec photoPlusLe signe mathématique "plus" LoupePictogramme représentant une loupe, illsutrant la notion de "recherche" sur le site.Répondre àUne flèche arrondie, pointant vers la gauche et servant à évoquer la réponse à un commentaireEtoileEtoile à 5 branches, illustrant la notion de "mise en favoris"Logo twitterPetit oiseau illustrant le lien vers notre compte Twitter
MATCHS 5 Résultats Classements Options
  1. //
  2. //
  3. // West Ham-Arsenal

L'Arsenal du Rwanda

C'est un sponsoring intrigant qui s'affiche sur les manches des Gunners depuis août : Visit Rwanda. Et depuis décembre, c'est au tour de Skol, la brasserie des mille collines, de rejoindre les rangs des partenaires d'Arsenal. Why ?

Modififié
Voilà un anniversaire dont personne ne voudrait avoir à se souvenir. En avril 2019, l'un des génocides les plus intensément meurtriers de l'histoire aura 25 ans. 7 avril-17 juillet 1994 : 101 jours, plus de 800 000 victimes, en grande majorité tutsis. Le jour où le Brésil brandit sa quatrième Coupe du monde, les machettes s'abaissent enfin au Rwanda, laissant derrière elles charniers et cicatrices. Le petit pays d'Afrique de l'Est est exsangue, profondément divisé. Comment se relever d'une vague de violence si extrême entre les deux parties d'une même nation ?


Cette question, peut-être qu'habitués de l'Emirates Stadium et autres supporters des Gunners se la sont posée ces derniers mois. Depuis l'officialisation, le 23 mai 2018, d'un partenariat au premier abord inattendu : celui liant le Rwanda Development Board et l'Arsenal Football Club. Partenariat complété quelques mois plus tard par un accord entre le club londonien et Skol Brewery Limited Rwanda, brasseur local majeur. Ce qui pose une autre question, presque vulgaire au regard des enjeux énoncés plus haut : pourquoi ces contrats de sponsoring ? Pourquoi Arsenal, pourquoi le Rwanda ? Réponse : parce qu'Arsenal se trouve exactement à la croisée des dynamiques du Rwanda actuel. Suivez les directions indiquées par le pouvoir politique, le développement économique, l'inclinaison diplomatique et la construction sociale, vous atterrirez à l'Emirates Stadium.

Kagame le Gunner

Et à un homme : Paul Kagame, le tout-puissant président de la Repubulika y'u Rwanda. Celui qui cumule modification de la Constitution en faveur d'une troisième candidature (en 2015) et réélection avec 98,8 % des voix (en 2017) est aussi un Gunner de longue date. Et volubile : tantôt il réclame le départ de Wenger, tantôt il n'hésite pas à « blâmer les propriétaires » pour leurs choix stratégiques. Et de préciser sa dernière pensée : « Quelque chose de fondamental doit changer dans ce club » , assène-t-il... moins de trois semaines avant l'officialisation du partenariat entre le tourisme de Kigali et le football londonien. À croire qu'aligner trente millions de livres sur trois ans pour être le tout premier sponsor dans l'histoire d'Arsenal à s'afficher sur la manche de son maillot permet de ne pas limiter sa liberté d'expression. Et tant pis pour le bâillon mis sur les voix s'élevant contre le régime, au nom de la réconciliation nationale. Et tant pis pour les observateurs notant qu'en 2018, l'Angleterre a accordé au Rwanda 62 millions de livres sterling d'aide au développement.


« Même si le pays dépend encore énormément de l'aide internationale, il n'y a pas de mise sous perfusion » , note Thierry Barbaut, responsable numérique de l'ONG La Guilde et fondateur du site info-afrique.com. « C'est un pays complètement émergent, qui n'a pas de réserves de matières premières – ce qui lui évite les conflits liés à ce type d'économie comme on les connaît en Afrique – et qui mise donc sur les services et le numérique pour son développement. » Et sur le tourisme, évidemment : « C'est aussi un pays à la diversité géographique très importante, parfaitement sûr et extraordinairement propre » , observe M. Barbaut, rappelant que Kigali a interdit le plastique depuis plus de dix ans dans le pays. Avec tout ça, Visit Rwanda, le message arboré par Lacazette et compagnie chaque semaine, va au-delà du tourisme. Quand le communiqué de presse vante la possibilité d'enregistrer son entreprise en six heures pour bénéficier des accords de libre-échange signés par Kigali, Thierry Barbaut n'y voit « pas seulement une invitation à visiter le Rwanda, mais une invitation à vivre dans un pays africain qui se veut parfaitement moderne » . Soit une lecture positive et dynamique d'un pays qui reste 158e au classement des pays par leur IDH (Indice de développement humain).

Do you speak franglais ?

Vrai, le Rwanda a fait des progrès gigantesques en 25 ans. Et la façon de le clamer à la face du monde, via un maillot vu « 35 millions de fois par jour dans le monde » selon le club, traduit une autre inclination rwandaise : celle de miser sur le monde anglophone pour se développer, au détriment de la francophonie historique. « La diplomatie française est compliquée avec le Rwanda depuis l'attentat contre l'avion de l'ancien président » , rappelle celui qui travaille entre Paris et l'Afrique (attentat du 6 avril 1994, préalable au génocide, N.D.L.R.). « Et le Rwanda est coincé entre la Tanzanie et l'Ouganda anglophones, pépites de croissance en Afrique, et la RD Congo et le Burundi francophones, qui vont très mal. Donc le choix est fait de se tourner vers l'anglais. » Volonté que tente d'infléchir la diplomatie française, avec par exemple la réception de Paul Kagame à l'Élysée pour la première fois depuis onze ans le 23 mai dernier... le jour de l'annonce du partenariat avec Arsenal. Ou encore via la nomination controversée, en octobre, de la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour diriger l'Organisation international de la francophonie. Mais si le français reste enseigné à l'école, si le kinyarwanda reste la langue utilisée sur place, il n'empêche que l'anglais est vu comme la langue de l'ouverture et du développement. Comme un symbole, alors que le contrat de sponsoring signé avec les Gunners prévoit un transfert de compétences en direction du Rwanda, la coloration francophone d'Arsenal commence à sérieusement pâlir.

Faire du sport, boire de la bière

Une dernière influence derrière l'association entre Arsenal et le Rwanda : la cohésion sociale induite par le sport. Dans un pays où la thématique reste un préalable à tout progrès, le développement de la pratique sportive pour combler l'appétit de loisir accompagnant le développement économique est une gageure. C'est là qu'intervient la brasserie Skol (propriété du géant ABInBev, à ne pas confondre avec Sköll, du groupe Carlsberg), organisatrice du Tour du Rwanda et promotrice du football. Le contrat signé entre la Brasserie des mille collines et Arsenal – et habilement mis en avant via Lacazette ou Aubameyang, pas les derniers pour s'en jeter une petite – doit permettre d'une part « d'améliorer l'expérience consommateur » , selon le traditionnel bullshit marketing, d'autre part de développer le football local moyennant des encarts Skol x Arsenal. La perspective d'un nouveau marché pour les Gunners, l'assurance de s'imprimer dans la tête des gens lorsqu'ils sont assoiffés pour la brasserie.


Finalement, comment lire ce double partenariat ? En invoquant un caprice de l'omnipotent Kagame, via des fonds dont le pays aurait cruellement besoin autre part ? Ou en préférant le verre (de bière) à moitié plein, une lecture selon laquelle les pays les moins développés n'en ont pas moins besoin de visibilité sur leurs progrès ? Quelque part entre les deux, sans doute. Mais le Rwanda a déjà gagné quelque chose à s'inviter sur un maillot d'un monstre du football : qu'on n'en parle plus seulement pour évoquer les démons du passé.

Par Eric Carpentier
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié


Dans cet article


Hier à 13:30 Paul Scholes bientôt entraîneur ? 5
Partenaires
Olive & Tom Tsugi Un autre t-shirt de foot est possible MAILLOTS FOOT VINTAGE Gérez comme un pro votre équipe de sport amateur
À lire ensuite
Yémen of war