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Mourinho, la drôle de boucle

Here we go again : moins d'un an après son départ de Manchester United, José Mourinho est de retour et a été choisi mercredi matin par Daniel Levy pour succéder à Mauricio Pochettino sur le banc de Tottenham.

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Un premier plan, pour ouvrir. On y voit José Mourinho, un peu moins de trente années de coaching accrochées à la ceinture, en plein show. C’est un soir d’août, en 2018, et si le Portugais vient se présenter cette fois-ci, ce n’est que pour une chose : préparer le monde à l’après et s’y préparer lui-même. Et c’est parti pour le numéro : « Ce soir, quel a été le score ? 3-0. Vous savez ce que ça veut dire, 3-0 ? Ça veut aussi dire trois titres et j’ai gagné plus de championnats d’Angleterre tout seul que les 19 autres entraîneurs de Premier League réunis. Trois pour moi, deux pour eux. Donc respect, respect, respect. » Ainsi le diable était ressorti de sa boîte au soir d’une humiliation subie à Old Trafford face à... Tottenham (0-3), un club sur le banc de qui le roi José va effectuer son retour et a été officialisé mercredi matin, à l’aube, au lendemain de l’éviction de Mauricio Pochettino.

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Fallait-il être surpris par cette scène finale de la version Manchester United de José Mourinho ? Non, car le Portugais a toujours vu la conférence de presse comme un duel puissant : «   Quand je vais en conférence d’avant-match, dans ma tête, le match a déjà commencé. Quand je vais en conférence de presse d’après-match, le match n’est pas encore terminé. Et s’il est terminé, le suivant a déjà commencé. Tout ça fait partie de mon jeu. » Et d’une façon bien personnelle de repousser les critiques, d’enflammer les quelques mètres qui le sépare physiquement des « penseurs » (les journalistes, en version Mourinho, V.M.) et de protéger, aussi, son groupe. Parlant ainsi, Mourinho prouve à ses joueurs qu’il est l’un des leurs, qu’il est prêt à encaisser les critiques pour eux, et voilà en partie pourquoi Daniel Levy est venu le chercher, ces derniers jours : pour tuer, de nouveau.

« J'avoue que ça me manque »


Ce qui nous amène au second plan, où l’on voit José Mourinho jongler avec les expressions. Depuis plusieurs mois, il nous a été donné de voir le Portugais sous ses multiples versions. En pleurs, mi-août, au cours d’une interview donnée à la Gazzetta dello Sport, durant laquelle Mourinho était redevenu l’enfant de Setúbal. « C’était non-stop, soufflait-il alors. Et maintenant, je suis à l’arrêt. Je ne peux plus en profiter, et j’avoue que ça me manque. » Partant, il se contentait de venir piquer sur différents plateaux et via le gros paquet d’interviews qu’il a données depuis son départ de Manchester United, en décembre 2018. Ainsi, on l’a également vu brûlant, les nombreux entretiens écrits qu’il a donnés n’ayant qu’un but : retaper sa réputation afin de rapidement retrouver un volant. À L’Équipe : « De Manchester United, je veux seulement dire deux choses. Un, c’est que le temps a parlé. Deux, c’est que les problèmes sont encore là. (...) Mon problème avec les troisièmes années ? À Chelsea, j’ai été 2e du championnat, j’ai perdu la demi-finale de C1 aux tirs au but, on a gagné la Cup et la Coupe de la Ligue. Ce n’est pas mal. Au Real, on perdu en demi-finales de C1, on perd en finale de Coupe du Roi et on finit 2e du championnat. Ce n’est pas mal. Enfin, avec Manchester United : on se qualifie en C1 dans un groupe difficile avec Valence et la Juventus, et en championnat, vous avez raison, les résultats n’étaient pas bons. »

La position du sauveur


À travers toutes ces sorties médiatiques, Mourinho a surtout essayé de laver son image d’entraîneur de « conflit permanent » et avait même tenu à demander quelque chose pour l’avenir, notamment dans les colonnes du Telegraph : « Je souhaite trouver une forme d’unité structurelle dans mon prochain club. Je ne veux aucun conflit interne. Je recherche une empathie commune, à tous les étages : un club est une structure, une structure complexe où l’entraîneur est important, mais n’est pas la structure de base. Je ne veux pas travailler dans un club sans structure, ou avec une structure sans cohérence. Au cours de ma carrière, j’ai connu toutes les circonstances de travail et si j’ai réussi, parfois, c’est grâce à cette empathie commune, des gens qui partageaient une vision commune, des idées. C’est fondamental. » Dans le même temps, il ne masquait pas son envie de reprendre en main un club « en difficulté » : la condition sine qua non pour relever une situation et apparaître aux yeux de tous comme le sauveur, ce que recherche aussi José Mourinho. Avec Tottenham, le Portugais tient un beau chantier et il le sait. D’ailleurs, les joueurs ont probablement appris, pour certains, le départ de Pochettino au même moment que l’arrivée de Mourinho, Daniel Levy n’ayant prévenu personne de sa décision avant l’envoi du communiqué mardi soir. José Mourinho se retrouve alors avec un effectif psychologiquement touché, à rebooster moralement, à réajuster tactiquement (Mourinho n'a jamais caché son admiration pour Kane et Eric Dier), mais aussi sportivement : depuis le mois de février, les Spurs n’ont pris que 25 points sur les 24 dernières journées qu’ils ont eu à disputer. Soit un rythme de relégable. Pour Mourinho, c’est surtout un défi, car jamais le Portugais n’avait eu à diriger un effectif comme celui-ci, un club aussi à cheval sur ses sous, et Daniel Levy, d’ailleurs, n’avait jamais tenté un tel pari financier et humain. Il paraît risqué, mais permettra peut-être à Tottenham de gagner de nouveau, Pochettino n’ayant rien remporté au cours de ses cinq merveilleuses années de mandat à Londres. C’est justement ce que Levy a indiqué en premier au moment d’annoncer l’arrivée de Mourinho : « Il a gagné partout où il est passé. » Et ensuite, il a détruit, plus ou moins tout ce qu'il avait construit. Retour au feu.



Par Maxime Brigand
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