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Jordan Pefok : « Je n'aime pas les gens qui font la gueule »

Performant avec les Young Boys, Jordan Pefok, actuellement deuxième meilleur buteur du championnat suisse, a su se relancer après un passage manqué au Stade rennais. L'avant-centre n'a jamais abandonné l'idée, d'un jour, goûter au plus haut niveau. À 25 ans, celui qui a inscrit ses premiers pions en Ligue des champions et découvert la sélection américaine nous retrace son parcours. Dans la joie et rien d'autre que la joie.

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Jordan, tu termines l’année 2021 avec un quadruplé face à Lugano (victoire 0-5 le 19 décembre dernier). Que d’émotions...
C’est la première fois que je vois mon nom s'inscrire autant sur le tableau d’affichage. C’est une sensation particulière, mais très agréable. Je clôture 2021 comme je l’avais commencée, en marquant des buts. Je me permets un instant d’égoïsme : je suis meilleur buteur de mon club, je suis devenu international, j’ai découvert la Ligue des champions et j'ai remporté un premier trophée avec mon pays. Comment ne pas être heureux ?

« J’avais des propositions d'Angleterre et d'Allemagne qui m'auraient permis de gonfler mon compte bancaire, mais je savais que je ne m’y serais pas plu. »

Après un an, tu t’es enfin acclimaté à la Super League suisse : 31 buts en 73 matchs, c’est plutôt satisfaisant.
Oui, totalement. En revanche, la seule chose à laquelle j’ai vraiment dû m’habituer, c’est l’endurance. Ça m’avait d’ailleurs porté préjudice durant mes premiers mois. Je ne savais pas que ça courait autant en Suisse. Je m’attendais à un style assez proche de la Bundesliga, avec beaucoup d’espaces et un jeu ouvert, mais c’est beaucoup plus intense. Moi, je ne connaissais que la Ligue 1 et on sait que ses défenseurs sont parmi les plus difficiles à manœuvrer, donc retrouver ça en Suisse, c’était un peu spécial.

Et alors, tu aimes courir ?
C’est vrai que je peux avoir l’air nonchalant, que je flâne un peu quand je marche, donc ils ont pensé que ça allait être dur de me faire travailler. Mais une fois sur le terrain, les dirigeants ont compris que je n’étais pas là pour me moquer d’eux. J’ai toujours fait en sorte que mon attitude dans la vie soit à l’exacte opposée de mon rendement sur le terrain. Après, ça ne m’empêche pas de prendre du plaisir en match. David Wagner (son entraîneur, NDLR) a d’ailleurs tout compris. Il ne me donne pas 50 consignes, juste quelques mots et il me lance sur la pelouse. C’est très fluide avec lui.



Avant toi, Guillaume Hoarau s’était brillamment illustré avec les Young Boys. Tu lui as demandé conseil avant de signer ici ?
Guillaume a cartonné ici, et je m'en inspire. Je l’ai rencontré juste après avoir signé en fait. On s’est croisés dans un salon de coiffure et on a discuté plusieurs heures. Il m’a donné des conseils et m’a expliqué un peu ce qui m’attendait dans le championnat. C’est mon pote Grejohn Kyei, qui est aujourd’hui au Servette, qui m’a surtout convaincu de rejoindre la Suisse. Il m’a notamment rassuré par rapport au niveau de jeu. Et puis j’ai un ami en commun avec Jordan Lefort, mon coéquipier, donc ça a très vite permis de créer des liens.

Les quelques difficultés étaient donc sportives.
En vrai, l’un des seuls « bémols » , c’est que j’ai débarqué dans la partie germanophone du pays. Les premiers mois, je ne comprenais rien aux panneaux d’indication, donc le repérage a pris un peu plus de temps que prévu. (Rires.) Mais aujourd’hui, c’est beaucoup mieux, je peux déjà improviser une discussion. Les Allemands abusent avec leur langue, elle est un peu trop compliquée.

Surtout, tu goûtes enfin à la Ligue des champions.
La Ligue des champions, c’est un délire ! J’avais joué la Ligue Europa avec Rennes, mais là, la C1, c’est exceptionnel. Je ne vais pas vous faire le speech sur les frissons, la musique et tout, mais vous pouvez imaginer. En plus : premier match contre Manchester United et je marque. De la folie ! Jesse Lingard rate sa passe et il me lance vers les cages. Le pire, c’est que j’ai changé de côté au dernier moment. C’est pour ça que je glisse et que je manque un peu ma frappe.



Lorsque tu es prêté à Châteauroux (National) en 2017, tu t’attends à atteindre ce niveau un jour ?
Je ne vais pas être affirmatif maintenant que j’y suis, mais je dirais que j’étais assez optimiste. Je suis quelqu’un d’assez confiant et je sais que tôt ou tard, on finit par rebondir, peu importe le temps que ça prend. Donc forcément, quand quatre ans en arrière on voit un joueur en troisième division, on se dit qu’il serait déjà chanceux d’avoir un peu de temps de jeu en Ligue 2. Mais le plus important c’est d’y croire. Quand j’ai marqué mon premier but ici, face à Lugano d’ailleurs, Hamari Traoré et Édouard Mendy, avec qui j’étais à Reims et Rennes, ont été parmi les premiers à me féliciter et à me rassurer. Eux aussi avaient connu un parcours pas vraiment facile et comprenaient mon soulagement.



« Disons que c’est un enchaînement d’événements contraires qui ont plombé mon passage à Rennes. Mais je ne vais pas commencer à dire que c’est de la faute de l’entraîneur ou du directeur sportif, qu’ils ne m’aimaient pas. Tout ça, c’est des excuses et je déteste ce type de réflexion. »

Tu fais partie de ces joueurs qui ont un plan de carrière ?
Disons que mes choix de carrière sont faits au gré de mes envies. Je n’ai jamais signé dans un club selon un raisonnement purement « rationnel » . Parfois, mieux vaut ne pas trop réfléchir et y aller. Vous savez, je suis quelqu’un de croyant, donc j’écoute avant tout ce que me dit mon instinct. Cela peut être difficile à envisager pour certains, mais c’est comme ça que je fonctionne. Par exemple, mon choix d’être prêté de Reims à Châteauroux en janvier 2017 s’est fait en une journée. Mon agent m’a parlé de cette offre et sans savoir pourquoi, quelque chose me disait d’y aller. Et dans l’après-midi, je signais là-bas. Pourtant, on me prévenait : « Mais t’es fou ? Pourquoi tu vas t’enfermer en National, le niveau est trop faible ! » Finalement, je fais une saison complète (16 matchs, 11 buts, NDLR) et à mon retour à Reims, je marque 17 fois et on remonte en Ligue 1. Pareil pour Berne. J’avais des propositions d'Angleterre et d'Allemagne qui m'auraient permis de gonfler mon compte bancaire, mais je savais que je ne m’y serais pas plu.

À l’été 2018, tu débarques justement à Rennes après cette grosse saison en Ligue 2, mais ça ne fonctionne pas vraiment (8 buts en 45 matchs). Ton départ a été un peu précipité, et on a beaucoup parlé de relations tendues entre toi, Julien Stéphan et Florian Maurice.
Absolument pas ! À Rennes, je n’ai surtout jamais pu faire de préparation estivale correcte. Je me blessais toujours en plein milieu. Et forcément, le coach Stéphan me cherchait un remplaçant. Je prenais du retard sur les autres et quand tu vois que le club recrute M’Baye Niang et Hatem Ben Arfa dans ton secteur, tu comprends vite que le temps de jeu va considérablement se réduire. Idem avec Florian Maurice. Lui, il est là pour renforcer l’équipe. Donc je ne vais pas commencer à dire que c’est de la faute de l’entraîneur ou du directeur sportif, qu’ils ne m’aimaient pas. Tout ça, c’est des excuses, et je déteste ce type de réflexion. Après, bien sûr qu’il y a de mauvais dirigeants. Mais dans ma situation, disons que c’est un enchaînement d’événements contraires qui ont plombé mon passage en Bretagne.



Les supporters rennais t’ont d’ailleurs reproché d’avoir supprimé les photos du club de tes réseaux sociaux à ton arrivée aux Young Boys.
(Rires.) Mais c’était fou ! C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte de la nocivité des réseaux sociaux. J’avais simplement fait une mise à jour de mes photos, et les gens ont tout de suite interprété ça comme un insulte au club. Je l’avais déjà fait en quittant Reims pour Rennes, pour laisser place au nouveau club dans lequel je signe. Mais voir autant de messages négatifs, ça m’a fait sourire. Ça me fait penser à un épisode similaire, toujours au Stade rennais. J’avais partagé une photo de Ludovic Blas, l’un de mes meilleurs amis, que je connais depuis très jeune. Et comme lui joue à Nantes, tout le monde m’avait insulté. Mais les mecs, c’est mon pote ! La rivalité, elle est sportive, pas humaine. Faire la part des choses, ce n’est pas donné à tout le monde apparemment.

Tu prends souvent tout avec beaucoup de dérision. Pourquoi ?
Je n’aime pas faire la gueule et je n’aime pas les gens qui font la gueule ! Merde, le temps passe trop vite, et il faut en profiter ! Surtout qu’en tant que footballeur, je bénéficie d’un statut d’extra-privilégié. Donc bien sûr que je souris, que je rigole. Je veux faire du bien autour de moi, pas être aigri. En arrivant dans le vestiaire des Young Boys, je voulais faire le mec introverti, timide, mais en écoutant les musiques qu’ils passaient, j’ai commencé à déprimer. D’accord, la techno et l’électro, c’est ancré dans la culture allemande, mais des sons avec des bruits d’avion dedans, très peu pour moi. Maintenant, j’arrive à l’entraînement avant tout le monde et je réquisitionne la sono. Je leur mets du zouk-love, du KIM pour les connaisseurs. On détend l’atmosphère en douceur.

« On joue contre Nantes, et Hatem s’embrouille avec Girotto. Sur l’action suivante, il vient me voir et me dit : "Jordy, passe-moi le ballon." Je lui donne, il va direct sur Girotto et le dribble avec une feinte de corps de fou furieux. Le Brésilien se retrouve au sol, et moi, premier réflexe, je le chambre. »

On peut donc être un footballeur performant et s’amuser.
J’ai même déjà eu des fous rires sur le terrain ! J’ai deux épisodes qui me reviennent, au Stade rennais. Le premier, c’était un match face à Strasbourg qu’on perd 4-1 en plus. En fin de partie, Hamari (Traoré) se mange un énorme petit pont, et sans faire exprès, je pousse un cri. Un joueur de Strasbourg m’entend, se met à rigoler, et on part en fou rire. Putain, mais en plus, c’était une grosse défaite ! Le deuxième, c’était avec Ben Arfa. On joue contre Nantes, et Hatem s’embrouille avec Andrei Girotto. Sur l’action suivante, il vient me voir et me dit : « Jordy, passe-moi le ballon. » Je lui donne, il va direct sur Girotto et le dribble avec une feinte de corps de fou furieux. Le Brésilien se retrouve au sol, et moi, premier réflexe, je le chambre. Mais pas de mauvaise interprétation. Encore une fois, ça n’a jamais empiété sur mon rendement ou sur mon sérieux. Jamais. Je prends simplement du plaisir.

C’est donc ce long cheminement qui t’a, aujourd’hui, amené jusqu’en sélection américaine ?
Les États-Unis, c’est un processus entamé depuis longtemps. Ils ont un énorme réseau de scouting et savaient que j’étais né à Washington D.C. À Châteauroux, déjà, je recevais des préconvocations. Ils m’avaient même sélectionné pour un amical face au Brésil en 2018, mais je ne me jugeais pas encore prêt pour le niveau international. J’estimais d’abord devoir me faire une place en club avant de prétendre pouvoir porter le maillot d’une sélection. Donc quand la fédération est revenue vers moi en début d’année 2021, j’ai directement accepté. Certains m’ont demandé pourquoi ne pas être allé avec le Cameroun, mais je n’ai jamais vraiment eu de contact avec la FECAFOOT. Les USA me voulaient, me l’ont clairement fait savoir et le coach Wagner, ancien international US, m'a conforté dans mon choix.


Ton choix a beaucoup surpris.
C’étaient surtout les supporters qui étaient étonnés. Ils se disaient : « Mais depuis quand il est américain, lui ? » Mon intégration s’est faite hyper sereinement. On a une équipe jeune, donc dès ma présentation à l’effectif, les mecs étaient relax, super accueillants. À l’américaine, quoi ! Pour la langue, je n’ai eu aucun problème. En fait, je suis issu d’une famille anglophone du Cameroun. Donc pour le vocabulaire, pas de problème. Le seul truc impossible à gommer, malheureusement, c’est cet accent français. (Rires.) Vous savez, les Ricains, ils aspirent le « r » quand ils parlent, moi je n’y arrive pas et j’évite de forcer. Pire, les joueurs essayent maintenant de me parler en français. Tout ce que je leur demande, c'est d'arrêter de dire « soccer » .

« On partage tous une passion en commun : les mangas. Mes premiers débats n’ont même pas concerné le football, mais Naruto. Je me suis refait les 720 épisodes à cause d’eux. »

Les affinités se sont faites naturellement avec tes nouveaux compatriotes ?
L’un des premiers avec qui j’ai discuté, c’est Giovanni Reyna. Je venais de marquer avec Berne contre Leverkusen en seizièmes de Ligue Europa. Comme lui joue également en Bundesliga, à Dortmund, il m’a fait un petit débrief du match. Ça a brisé la glace. Et puis, on partage tous une passion en commun : les mangas. Mes premiers débats n’ont même pas concerné le football, mais Naruto. Je me suis refait les 720 épisodes à cause d’eux. Sinon, je passe beaucoup de temps avec Timothy Weah et Nicholas Gioacchini. Ils jouent en Ligue 1, on parle en français, donc c’est assez naturel.

La ferveur américaine est également agréable à voir dans les stades.
Les Américains, c’est des tarés ! C’est vrai que depuis quelques années, la MLS est devenue un championnat sérieux et que le football s’est définitivement démocratisé. Mais à ce point, je ne m’y attendais pas. La finale de la Ligue des nations face au Mexique, à Denver, j’ai cru que le stade allait tomber tellement il y avait de boucan. 40 000 personnes qui te soutiennent, et c’est pareil à chaque rencontre. Des feux d’artifice, des pétards, des cris, tout le show à l’américaine que l’on a l’habitude de voir à la télé en fait.

« Je n’ai jamais vu Christian Pulisic ressortir d’un match avec les jambes propres. Il se fait découper dans tous les sens. Les matchs au Salvador ou au Honduras, il faut se les coltiner, je vous le dis. »

Tu connaissais le niveau de la zone CONCACAF ?
J’ai été étonné par la dureté de nos adversaires. Il faut voir comment on est accueillis sur les terrains d’Amérique centrale. C’est n’importe quoi ! Les mecs nous rentrent dedans, ils ne rigolent pas ! Nous sommes un peu l’équipe à abattre, sportivement évidemment. Je n’ai jamais vu Christian Pulisic ressortir d’un match avec les jambes propres. Il se fait découper dans tous les sens. Les matchs au Salvador ou au Honduras, il faut se les coltiner, je vous le dis. Mais c’est trop bien ! Je kiffe chaque sélection. Savoir que je suis un footballeur international, c’est exceptionnel. Je suis prêt à faire tous les voyages en avion qu’ils veulent !



Les échéances pour les USA, c’est donc la Coupe du monde 2022, puis l’édition 2026, coorganisée avec le Mexique et le Canada. Avec Dest, Reynolds, Pulisic, Reyna, McKennie, ça en fait des talents. Une victoire est déjà programmée ?
(Rires.) C’est vrai que la Coupe du monde 2026 se déroule en partie chez nous. Il y a tous les joueurs que vous avez cités, mais je peux ajouter Reggie Cannon (Boavista) ou Tyler Adams (RB Leipzig). Ils arriveront tous à maturité lors de cette édition. Et on a la volonté de faire vraiment mal. En attendant, on va d’abord essayer de se qualifier pour 2022. Pour l’instant, on est deuxièmes et ça semble rouler. L’absence des USA en 2018 a fait beaucoup de mal aux gens, et ils nous en parlent encore aujourd’hui. Et puis, les Américains sont champions du monde dans toutes les disciplines sportives imaginables. Il ne leur reste finalement que le football.

Tu es actuellement 2e meilleur buteur de Super League, avec 11 buts, soit 3 de moins qu'Arthur Cabral (Bâle). Finir premier de ce classement fait partie de tes objectifs ?
Je ne regarde pas les statistiques des autres. Le seul objectif que je me fixe à chaque fois, c’est de mettre autant de buts en première qu’en deuxième moitié de saison. Là par exemple, j’en suis à 16 buts en six mois. Donc je vais essayer d’en inscrire autant, ou plus, pour les six autres restants. Au minimum, j’essaye toujours de marquer dans la moitié des matchs que je dispute. 30 buts en 60 matchs, je signe tout de suite ! Propos recueillis par Adel Bentaha