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Jim Allevinah : « Quand Daniel Cousin m’a appelé, j’étais scotché »

Après avoir tenu tête au Ghana et au Maroc dans la poule de la mort, le Gabon est en huitièmes de finale de la CAN 2021. Un salut que les Panthères doivent en partie à Jim Allevinah. En l'absence d'Aubameyang, positif à la Covid et rentré à Londres, l'ailier du Clermont Foot porte l'attaque des Jaune et Bleu. Pas mal pour le dribbleur de 26 ans jamais passé par un centre de formation et qui, en 2019, jouait encore en N2 après avoir obtenu un BTS en commerce international. Entretien avec une panthère qui a les crocs.

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Il y a deux ans et demi, tu jouais en amateur. Aujourd’hui, tu enchaînes les buts pour ton pays à la CAN. Tu réalises le chemin parcouru ?
Je réalise petit à petit. C’est vrai que je vis des moments incroyables. Sur le coup, je suis un peu sur mon nuage, mais concentré dans la compétition. Je me remets vite au travail parce que le huitième de finale contre le Burkina Faso arrive vite, je n’ai pas trop le temps de m’éterniser sur tout ça. Je réaliserai après la compétition, je pense.

L’époque où tu jouais en DH doit te paraître loin, non ?
Non, pas tant que ça, j’ai l’impression que cette période où je jouais en amateur, c’était hier. Bon, aussi parce que j’ai encore de très bons potes de cette période. À Marmande, j’étais surveillant dans un collège, mais après, je ne faisais que jouer au foot. Je ne suis pas surpris d’en être là, parce que j’ai toujours rêvé de faire ce que je réalise aujourd’hui : jouer en Ligue 1, disputer une compétition internationale. J’ai pris confiance en moi d’année en année.

« Passer des 30 degrés à Libreville à la neige à Clermont, ça fait bizarre. »

Ça fait quoi de porter le maillot du Gabon à la CAN ?
C’est une grande fierté. J’ai eu du mal ces dernières années à performer en sélection, parce que c’est un style de jeu radicalement différent par rapport à l’Europe. L’adaptation en matière de jeu a été assez compliquée. Aujourd’hui, je trouve plus mes marques dans l’équipe, les performances suivent. Mais tout change entre le foot européen et l’Afrique : tactiquement, physiquement... Les efforts ne sont pas du tout les mêmes, rien qu’à cause des températures. Quand on joue au Gabon en cours de saison, qu’il fait plus de 30 degrés, on a l’impression de ne pas pouvoir respirer sur le terrain... C’est parfois compliqué pour nous qui évoluons en Europe de s’adapter. Mais là, on s’en sort bien en ce moment au Cameroun.



C’est vrai que ça doit te faire drôle par rapport à Clermont-Ferrand.
Ouais ! (Rires.) C’est le choc des extrêmes. Passer des 30 degrés à Libreville à la neige à Clermont, ça fait bizarre.

Surtout pour un Sudiste comme toi, puisque tu viens d’Agen où ton père, Serge Allevinah, jouait. Question con : c’est lui qui t’a mis au foot ?
Oui, il était éducateur à l’Entente Boé-Bon-Encontre, il entraînait mon grand frère. J’ai baigné là-dedans dès ma naissance, j’ai commencé le foot plus tôt, j’allais aux matchs de mon grand frère chaque samedi. J’étais à fond là-dedans, ce n’était que du bonheur de suivre mon père et mon frère sur le terrain.

Agen, c’est pourtant une terre de rugby.
C’est sûr, ouais ! Le Sud-Ouest préfère le rugby, mais l’équipe phare pour nous, c’était les Girondins de Bordeaux qui excellaient dans toutes les catégories. Tous les jeunes de la région voulaient y jouer, on allait les voir à Chaban-Delmas. Surtout que les Girondins faisaient rêver à l’époque.

« Ces années où je jouais en régional, j’étais plus étudiant que footballeur en vérité. Je ne pensais plus trop au ballon, on s’entraînait une fois par semaine. J’étais très loin du monde professionnel à cet âge-là. »

Tu aurais pu signer à Bordeaux d’ailleurs, deux fois. Pourquoi ça ne s’est pas fait ?
C’était le club de mon père, j’ai une affection particulière pour les Girondins. Mon premier essai, j’étais au collège, je devais avoir 13-14 ans. Le deuxième, j’avais 21 ans, mais je n’ai pas été retenu, comme à Dijon ensuite l’année où ils sont montés en Ligue 1. On me reprochait un manque de maturité dans le jeu, et ils avaient raison. J’étais loin d’être le joueur que je suis aujourd’hui. Je ne m’étais jamais entraîné avec des pros, du jour au lendemain je me retrouve en pleine opposition qu’avec des pros... Je découvrais ça, je manquais d’expérience. Je me suis servi de ça pour la suite.

On dit souvent que de ne pas avoir fait de centre de formation, comme toi, c’est une force, notamment pour ce qui est de la spontanéité sur le terrain ou de la fraîcheur mentale. Tu partages cet avis ?
On nous le dit souvent, oui. Je suis totalement d’accord avec ça. Je ne vais pas le cacher : j’aurais aimé intégrer un centre de formation à l’adolescence. Mais aujourd’hui, je réalise que mon parcours dans le monde amateur me donne de la force, je ne regrette rien. Ces années où je jouais en régional, j’étais plus étudiant que footballeur en vérité. Je ne pensais plus trop au ballon, on s’entraînait une fois par semaine. J’étais en BTS commerce international à Cahors et je rentrais vite le week-end pour voir les copains. J’étais très loin du monde professionnel à cet âge-là.

Comment ce monde professionnel t’a-t-il rattrapé alors ?
Ça a été un déclic personnel : j’ai eu une prise de conscience. Je me suis réveillé un matin, j’avais mal dormi, je devais aller en cours. Je me suis dit : « Mais pourquoi je fais ça ? » Je suis rentré le week-end, j’en ai parlé avec mes parents. Je leur ai dit que je finissais mon BTS et que je me consacrais à fond au foot. Et ils l’ont très bien pris. Mon père attendait que je lui dise ça depuis des années. (Rires.) Ils m’ont soutenu à fond dès le premier jour. La saison suivante, je signe à Marmande en CFA2.

Puis tu atterris à l’Aviron bayonnais, un nom qui ne peut pas laisser insensible quand on vient du Sud-Ouest...
Surtout que j’ai du sang basque par ma mère ! C’est un très beau club, j’étais content d’y signer. C’était aussi la première fois où je ne faisais que du foot, que ça devenait mon métier.

Du sang basque !? Donc tu pourrais jouer un jour à l’Athletic Bilbao ?
On ne l’exclut pas... (Rires.)

Tu rejoins ensuite Le Puy-en-Velay, toujours en National 2. Et là, tu deviens international gabonais en mars 2019. Ça t’a surpris ?
Honnêtement, je n’y croyais pas. Depuis mes essais ratés en pro, je me disais que ça ne tournerait pas en ma faveur, jusqu’au jour de cette convocation. Même dans l’avion, je n’y croyais pas. Je restais sur mes gardes. Quand Daniel Cousin m’a appelé, j’étais scotché. Il m’a fait venir et m’a mis dans les bonnes conditions. J’ai même été titulaire dès ma première sélection, j’ai une éternelle gratitude envers lui.

« Je n’ai pas laissé mon club en cours de saison pour être sur le banc et faire acte de présence ! Quand je joue, je dois être performant pour mon pays. »

Et titulaire aux côtés d’Aubameyang ! Comment tu t’es senti ? Le ballon devait un peu te brûler les pieds...
Ça fait vraiment bizarre. Les premières minutes, je n’y croyais pas. Je vivais un truc de fou, rien que de m’entraîner avec eux. Mais ça ne reste que du football, donc on s’adapte. Mais les premiers ballons au stade, c’était compliqué. Je n’avais jamais joué devant autant de monde, ma tête tournait un peu. Déjà quand le coach a annoncé le onze de départ, j’ai été dans un état de stress comme je n’en ai jamais vécu de ma vie. Après, on a chanté dans le bus, ça m’a détendu. J’ai eu un peu de mal sur le terrain au début, mais je n’étais pas le seul joueur de N2 et j’ai été très bien accueilli. Il n’y a eu aucun jugement ou mauvais esprit à mon égard.

Un an plus tard, tu as été élu dans l’équipe type de Ligue 2 pour ta première saison en pro à Clermont. Comment tu as fait pour t’adapter aussi vite ?
Connaître la sélection, ça m’a aidé, déjà. Après, c’est surtout le club de Clermont, que ce soit le staff, le coach, les joueurs, qui m’ont aidé. Dès la première semaine, le coach (Pascal Gastien) m’a dit qu’on avait du temps ensemble pour travailler. Ça m’a fait du bien. Encore aujourd’hui, on parle beaucoup. Clermont, c’était le meilleur club pour m’épanouir en professionnel. C’est un environnement sain, ce qui aide à jouer libéré. On a le temps de travailler, personne ne te met la pression.

Tu as été un des hommes forts de la montée de Clermont. Comment ça se passe pour toi en Ligue 1, après 21 journées ?
Je ne trouve pas la marche trop haute, mais ce qui me manque, c’est la réussite que j’ai trouvée aujourd’hui à la CAN. Ça me rappelle ma première saison en Ligue 2 où je mets un but et deux passes décisives, tout en faisant des matchs intéressants. L’année d’après, j’ai grandement amélioré mes stats. Donc je ne me mets pas la pression avec ça.

Et il y a un monsieur qui met beaucoup de buts à Clermont...
Ouais ! L’année dernière, on a réussi à en mettre tous pas mal sur la ligne offensive, même si on aime bien servir Mohamed (Bayo, NDLR). On le met le plus possible dans de bonnes conditions pour qu’il marque, c’est un plaisir de le faire marquer.

Revenons au Cameroun, où tu brilles en ce moment à la CAN avec déjà deux buts en trois matchs. Tu t’y attendais ?
Je n’ai pas laissé mon club en cours de saison pour être sur le banc et faire acte de présence ! Quand je joue, je dois être performant pour mon pays. Ça tourne plutôt bien, ça fait plaisir d’être récompensé. On ne se fixe pas de limite, on arrive dans les matchs à élimination directe : on sait que sur un match on peut tout faire, donc pour l’instant objectif quart de finale. On a montré contre le Ghana et le Maroc qu’on était là, alors que beaucoup nous voyaient éliminés dès la phase de poules. Ça nous donne encore plus confiance en nous.



D’ailleurs, encore un but et tu égalerais le record Aubameyang de 3 buts sur une CAN (en 2012), un record pour un Gabonais. Tu y penses ?
Je ne savais pas ! Après, si je peux y arriver, pourquoi pas.

On te connaît comme ailier à Clermont, et là, tu t’exprimes dans un rôle de deuxième attaquant, électron libre. Ça te plaît ?
C’est un poste que je ne connaissais pas vraiment, j’essaye au maximum de m’adapter. Ça a bien fonctionné là, donc forcément j’aime bien. On est plus proche du but, plus amené à être décisif.

On dit souvent que le groupe vit bien. Mais on peut dire que vous traversez un début de CAN agité en coulisses entre la grève, les cas de Covid. Comment vous le vivez ?
Tout ça n’a pas empêché le groupe de bien vivre, malgré les fausses rumeurs qu’on a vu tourner sur les réseaux. On se sent bien dans le groupe. Les cas de Covid nous ont un peu étonnés parce qu’on n’a pas eu de symptômes particuliers, pour certains ça a duré un jour ou deux, on ne comprenait pas trop, mais on a fait avec. Et on n’a pas fait qu’un seul entraînement avant le premier match, c’est faux.

« Pour les accusations de pédophilie, ça me paraissait important de réagir après ces révélations parce que ces actes atroces, on ne peut pas laisser passer. »

La presse s’en donne à cœur joie, parle d’une soirée arrosée qui aurait conduit aux renvois de Lemina et Aubameyang. Comment on reste hermétique à tout ça ?
Franchement, ils ont eu des moments très compliqués à vivre : ils ont été confinés chacun une semaine dans leur chambre d’hôtel. On leur a diagnostiqué des effets secondaires de la Covid au niveau cardiaque. Ils sont simplement rentrés dans leur club pour soigner ces problèmes. C’est déjà assez difficile pour eux, et là, certains lancent des rumeurs comme ça sur eux. C’est vraiment très petit comme attitude. Nous, on est là pour jouer au foot, et là, ça parle plus de l’extrasportif que de nos belles performances, c’est dommage.

Il y a aussi les accusations de pédophilie autour de la fédération, la bagarre contre le Ghana après ton égalisation...
On est là pour jouer au foot, pour donner le meilleur pour le Gabon. On est sur le terrain pour ça. On sait ce qu’on a à faire. Contre le Ghana, je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé, je célébrais mon but, je profitais du moment. Je n’ai pas suivi, je préfère ne garder que le positif. Pour les accusations de pédophilie, ça me paraissait important de réagir après ces révélations parce que ces actes atroces, on ne peut pas laisser passer. Quand j’ai appris ça, j’ai attendu de voir si les informations étaient confirmées, je ne pouvais pas ne pas réagir : ça concerne mon pays et mon sport. J’étais choqué.

Sur le terrain, vous faites parler du Gabon pour de bonnes raisons. Ça fait du bien ?
Le pays traverse une période difficile, on se sent en mission pour le pays. De voir les gens fiers nous envoyer des messages sur les réseaux, chanter et danser avec nous devant l’hôtel, ça fait un bien fou.

Propos recueillis par Adrien Hémard