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  1. // Entretien Jean-Pierre Papin

Jean-Pierre Papin : « Mon rêve était d’être vétérinaire »

Un Ballon d'or, une Ligue des champions, l'OM, le Milan, le Bayern... En quinze ans de carrière, Jean-Pierre Papin s'est construit un des plus beaux palmarès du foot français en tant que joueur. Après un début de carrière d'entraîneur à Strasbourg, Lens et Châteauroux, JPP est de retour sur un banc depuis l'été dernier à Chartres en N2, après 5 ans de pause. Pourquoi ce retour ? Quelles sont ses ambitions pour la suite ? Quel regard sur son parcours ? Le créateur des Papinades se confie. Entretien à mettre sous le Papin de Noël.

Bonjour Jean-Pierre, après cinq ans loin des bancs, vous avez fait votre retour à Chartres en début de saison, en National 2. Pourquoi ce choix ?
Ça me manquait énormément. On a discuté avec mon épouse, je lui ai dit que j’avais envie d’y retourner. À partir du moment où j’ai eu son feu vert, j’en ai parlé à Gérard Soler, avec qui j’étais en contact depuis quelques années à Chartres, et ça s’est fait très rapidement. J’avais besoin de cette longue pause. Ça avait été très compliqué après Lens. Je devais faire une pause parce que quelque chose était cassé. Pendant 5 ans, j’ai rencontré beaucoup de monde du foot, j’ai fait un gros travail d’introspection.

Et finalement, vous avez choisi Chartres en N2.
Je voulais remettre le pied à l’étrier, et ici, le challenge est hyper intéressant, avec une belle équipe. L’idée, c’était de reprendre contact avec la base du métier, comme quand j’ai commencé à Arcachon avant d’aller à Strasbourg. Je préférais reprendre par le monde amateur où on te laisse bosser un peu plus. Après, on verra de quoi demain sera fait. Je n’exclus pas un retour en professionnel.

C’est même plutôt l’idée ?
Oui, c’est plutôt l’idée. (Rires.) Quand tu embrasses ce métier-là... Pendant quelques années encore, oui, ça me plairait bien de revenir.

« La difficulté quand on s’appelle Jean-Pierre Papin, c’est que tout le monde pense que ça va bien se passer, et vite. Mais moi, je n’ai pas de baguette magique. Je ne peux pas mettre les buts que je mettais. »

Qu’est-ce que vous aimez dans ce rôle ?
L’humain, la transmission. Quand tu as baigné dans ce milieu pendant toute une vie, à un moment, tu as besoin de cela pour te sentir à 100%. Je ne suis pas là pour l’argent. Après, la difficulté quand on s’appelle Jean-Pierre Papin, c’est que tout le monde pense que ça va bien se passer, et vite. Mais moi, je n’ai pas de baguette magique. Je ne peux pas mettre les buts que je mettais. En football, il faut prendre du temps pour changer les choses. Il y a des gens qui ne comprennent pas cela.

Et tout le monde ne démarre pas avec une équipe compétitive comme Blanc à Bordeaux ou Zidane à Madrid.
Ils l’ont mérité peut-être. Ils sont allés dans des endroits où ils ont fait de l’excellent boulot. D’ailleurs, quand je vois ce qui s’est dit sur Zidane, qui a gagné trois Ligues des champions et qui était sur la sellette... C’est un truc de malade. C’est fou. Ça, c’est le côté du foot qui ne me plaît pas. Il n’y a plus de respect de rien, on a la mémoire trop courte.



Votre autre métier depuis des années, c’est consultant.
Ça me permet de vivre de ma passion. J’essaye vraiment de ne pas entrer dans les polémiques. Notre rôle de consultant, quand on a été pros, c’est de comprendre les joueurs, pourquoi ils font telle chose, pas de les descendre. Quelques fois, il n’y a aucune explication et tu es obligé de taper un peu sur le joueur, mais moi, j’évite un maximum. Après, on intervient dans l’instant, on débriefe le match, on raconte quelques anecdotes. On a nos rôles définis. À beIN, on est tous potes. Je n’ai jamais vu de conflit avec ceux des autres chaînes. D’autant que quoi qu’il arrive, si tu ne bosses pas pour untel, tu vas bosser pour l’autre et vice versa. Pour les chaînes TV aussi, il y a des transferts. (Rires.) J’écoute aussi les critiques : bonne ou mauvaise, tant que c’est justifié, c’est bon à prendre. À 57 ans, j’apprends encore.

Revenons au commencement : qu’est-ce qui a amené le petit Jean-Pierre au football ?
Gamin, j’allais voir mon père jouer. Est-ce que ça vient de là ? Je ne sais pas, mais j’ai retrouvé des photos où je savais à peine marcher et j’avais un ballon dans les mains à côté de ma poussette. Jusque mes 16 ans, je faisais 4 sports : natation, judo, tennis et football. À 16 ans, j’aurais pu continuer en tennis, mais j’ai choisi le foot parce que sur un terrain, je suis heureux, tout simplement. Jusque 13 ans, j’étais défenseur parce que c’est moi qui frappait le plus fort pour les dégagements. Je marquais souvent parce que le gardien faisait un mètre. Ensuite, je suis monté d’un cran jusqu’à me retrouver attaquant. Mon idole de jeunesse, c’était Platini, et mon modèle, c’était Gerd Müller. Sinon, j’aimais bien le jeu anglais, ça marquait des buts.

« J’étais à United pour faire ma thèse d’entraîneur. Sir Alex m’a accueilli pendant 5 jours au club, c’était magnifique. J’étais là à vivre avec eux au quotidien. Je me suis régalé. Sir Alex avait l’air de bien m’aimer. »

D’ailleurs, vous supportiez Manchester United.
C’était le club de mon père. Il ne jurait que par United. C’est un grand regret de ne pas y avoir joué un jour. J’aurais dû y signer quand j’étais au Bayern. Cantona m’avait appelé parce que Sir Alex me voulait. Il voulait reformer le duo Cantona-Papin. Imaginez... Mais j’étais blessé, et le Bayern n’a jamais voulu me laisser partir. J’aurais rendu mon père encore plus fier en jouant pour United. Après l’OM, le Milan, le Bayern... Manchester en plus, ça aurait été magnifique.



En 2000, Sir Alex vous approche de nouveau, cette fois pour être adjoint.
J’étais à United pour faire ma thèse d’entraîneur. Il m’a accueilli pendant 5 jours au club, c’était magnifique. J’étais là à vivre avec eux au quotidien. J’ai découvert le club de l’intérieur, le stade, le centre d’entraînement, des joueurs comme Beckham ou les frères Neville qui m’ont fait visiter la ville et quelques restos. J’étais avec eux, fondu dans le vestiaire. Je me suis régalé. Ce poste, on en a parlé, mais ça ne s’est pas fait. Je ne sais pas pourquoi. Il avait quelques soucis à ce moment-là. Mais Sir Alex avait l’air de bien m’aimer.

Pour revenir au petit gamin du Nord, il était aussi réputé pour coller le thermomètre sur le radiateur pour ne pas aller à l’école.
Ça arrivait, oui. Surtout quand j’avais un contrôle de maths. J’avais horreur de ça. J’étais bon partout, sauf en maths. Le problème, encore aujourd’hui, c’est que quand tu es mauvais en maths, beaucoup de portes se ferment, et l’école devient problématique. C’est juste un critère de sélection. Par exemple, mon rêve était d’être vétérinaire ; sans les maths, je ne pouvais pas. Bon, ma fille a réalisé ce rêve.

Pourtant, sur le terrain, vous étiez fort en géométrie !
Ouais (rires), comme quoi... Tout est possible dans la vie. C’est une logique personnelle. Les choses se passent différemment sur un terrain de football que dans une salle de classe. Ce ne sont pas les mêmes maths.

« La volée, c’est un geste spontané qui doit être travaillé. Après ma première saison ratée à Marseille, je faisais 45 minutes de plus par jour face au but. Tous les jours. »

Vous avez hissé la reprise de volée au rang d’art. Pourquoi on n’en voit plus, ou du moins beaucoup moins, aujourd’hui ?
Les joueurs ont de moins en moins le temps de le faire parce qu’il y a moins d’espace dans le jeu aujourd’hui, ou ils n’osent plus le faire. Si on n’ose pas, c’est qu’on ne le travaille pas. La volée, c’est un geste spontané qui doit être travaillé. Après ma première saison ratée à Marseille, je faisais 45 minutes de plus par jour face au but. Tous les jours, pour ne plus qu’on dise « JPP pour J’en peux plus » au stade. Et voilà comment on retourne une situation bien compliquée à la base. Aujourd’hui, on est sur des attaquants différents de mon époque, très rapides. Moi, je n’ai pas de préférences entre Lewandowski et Mbappé : j’aime les gens qui marquent des buts.



Revenons à nos moutons. À 22 ans, vous traversez la frontière direction Bruges, un choix étonnant, non ?
Ma grand-mère m’avait dit un jour : « Chaque fois que ton père a eu une décision à prendre, il a toujours pris la mauvaise. » Et je me suis aperçu que ce n’était pas faux. Du coup, j’allais voir mon père et je faisais l’inverse de ce qu’il disait. (Rires.) Souvent, j’ai fait le bon choix : c’est bizarre, hein ? À ce moment, mon père me conseille de rester à Valenciennes, donc je vais à Bruges. À l’époque, j’avais 20 ans, je connaissais Bruges de sa finale de C1 4 ans plus tôt contre Liverpool. Je me suis dit que si ce grand club belge voulait me prendre, c’est que je valais quelque chose. Et comme je voyais qu’en France, le paysage était obstrué, je me suis dit : « Il y en a d’autres qui sont partis à l’étranger, pourquoi pas moi ? » Dans ce club magnifique, je découvre le monde professionnel, je comprends que c’est la vie que j’ai envie de mener.

Un an plus tard, vous débarquez à Marseille après avoir pourtant signé à Monaco.
Je ne sais toujours pas comment Tapie a fait ! Avant le Mondial 1986, je vais à Monaco. Après, je suis à Marseille. Je pense qu’il y a eu un problème juridique ou quoi. C’est un mystère encore aujourd’hui pour moi. (Rires.) J’étais ok pour aller à Monaco, mais après quand l’OM vient te chercher... En vérité, je m’en souviens peu parce que c’était un moment très chargé : je venais de jouer une finale de Coupe de Belgique, une finale aller-retour de championnat de Belgique contre Anderlecht, puis une Coupe du monde, donc les souvenirs de ce début d’été 1986...

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Le hasard fait que trois ans plus tard, votre chef-d’œuvre marseillais, c’est en finale de coupe, contre Monaco.
C’est mon meilleur match à l’OM. Et pourtant, c’est le match que j’ai le moins bien préparé de ma vie. On était champions depuis 10 jours. On avait joué Auxerre en match aller-retour pour la demi-finale. On est arrivés... Pfff, on était au bout du rouleau. Et le jour de la finale, j’ai mangé un sandwich jambon-beurre à 17h, chose que je n’avais jamais fait de ma vie, c’est dire. On était fatigués après une saison longue, difficile. Et puis on est arrivés au Parc des Princes, et là : le stade était bleu et blanc. Ça nous a tous mis un coup de boost et on a fait un match énorme.

« Je ne sais toujours pas comment Tapie a fait ! Avant le Mondial 1986, je vais à Monaco. Après, je suis à Marseille. C’est un mystère encore aujourd’hui pour moi. »

En 1991, Kopa et Platini vous ont remis le Ballon d’or. Ça fait quoi de leur succéder ?
C’était la plus grande fierté qu’on puisse avoir. C’est un trophée auquel je n’aurais jamais imaginé prétendre. Le Ballon d’or, ça ne peut pas être un objectif au début de l’année parce que quoi qu’il arrive, ça ne dépend pas que de toi, mais aussi de ton équipe. À cette époque-là, je marquais but sur but. On a pratiquement fait l’année parfaite, à part la finale de C1 à Bari. La remise du trophée à Paris reste un des grands moments de ma vie. Raymond Kopa était très paternel, c’est quelqu’un que j’aimais, que je respectais beaucoup. Il était hyper fier que ce soit moi, un autre Chti. Et puis, à côté, il y avait Michel, mon idole de jeunesse qui me remet le Ballon d’or... On peut difficilement rêver mieux, non ? C’est une fierté de l’avoir eu en jouant en France, j’attends un successeur. C’est ce que je lègue, au-delà des papinades et de mes buts.

Des papinades citées par le groupe de rap PNL en 2016. Ça vous a étonné ?
Oui, mais ça veut dire qu’on a laissé quelque chose, une trace. Il y a même deux chansons où ils parlent de moi. On me les a envoyées, j’ai écouté. Ça m’a fait plaisir, même si ce n’est pas mon style.

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Vous évoquiez le souvenir de Bari : qu’est-ce qui a manqué à l’OM en 1991 ?
Un but. Juste un but... (Il réfléchit.) Je pense que cette finale, on ne l’a pas jouée comme on aurait dû. On a craint ces Yougoslaves parce que c’était une grande équipe. Mais ce qu’on n’a pas senti, c’est qu’ils nous craignaient encore plus. On n’a pas joué. Peut-être qu’on a eu peur... Encore aujourd’hui, je me demande pourquoi. C’est une plaie, bien sûr que j’aurais aimé gagner la C1 avec l’OM. Quand j’ai signé, c’était l’objectif principal, mais c’est comme ça. Je pense qu’on était encore plus fort en 1992. Sans cette main injuste à Benfica ... Mais bon, cette demi-finale, on aurait dû gagner le match aller 4 ou 5-0, et on perd au retour sur un but de la main à sept minutes de la fin. C’était difficile à avaler.

D’autant que dans la foulée, vous quittez l’OM.
C’était dur de partir de Marseille, très dur. Quand on appartient à ce club comme je l’ai fait, on ne veut pas en partir. Après, une carrière, c’est court, et signer au Milan, à ce moment, c’est loin d’être une punition. Je pensais sincèrement que j’étais arrivé à la fin de mon parcours à l’OM, j’avais peur de faire l’année de trop. Après, les planètes s’alignent, et Tapie me laisse partir à Milan. Tapie était comme un père, c’est un homme extraordinaire, sous-estimé. La France n’aime pas les gens qui réussissent, mais en 1993 via l’OM, Tapie, il change l’ambition : de petit on est devenu grand. Ça a tout changé, y compris pour 1998.

« La finale de 1991, on ne l’a pas jouée comme on aurait dû. On n’a pas joué. Peut-être qu’on a eu peur... C’est une plaie, bien sûr que j’aurais aimé gagner la C1 avec l’OM. »

Un an après, vous croisez l’OM en finale de Ligue des champions. Racontez-nous l’accueil de vos anciens coéquipiers, notamment Di Méco.
Non. Je ne veux pas la raconter (Rires.) Sérieusement, c’est un moment dur de ma carrière. Déjà rencontrer son ancien club à ce niveau, et puis perdre une seconde finale de Ligue des champions... Après Eric c’est mon ami quoi qu’il arrive pour pleins d’autres raisons que cette finale, il a fait des choses pour moi que peu auraient fait. Je savais que si je rentrais ça allait être compliqué. Ils me connaissaient, ils savaient de quoi j’étais capable. Ils avaient peur de cela aussi. D’où leur déstabilisation. Après quand tu joues au Milan tu n’es pas inquiet hein, c’était un match de football, pas un combat de boxe !

Un an plus tard, toujours avec Milan, vous gagnez la seule finale de C1 que vous ne jouez pas.
Oui, comme quoi, des fois, c’est écrit. J’étais déçu de ne pas jouer, mais après en avoir perdu deux, je voulais juste gagner, le reste je m’en fichais. Je voulais enfin avoir cette Ligue des champions. J’ai pas mal marqué pendant la compétition, mais je manque la finale parce que je suis revenu trop tôt de blessure et j’ai replongé. C’était un match incroyable : il n’y a pas eu photo. On menait 3-0 à la mi-temps. Et même si c’était Barcelone, on savait que ça serait compliqué pour eux de revenir. Au coup de sifflet final, c’est la délivrance, le soulagement : je me dis « enfin » . Milan, c’était une belle époque, une sacrée institution. Et comme Bruges ou Marseille, la ville est très belle, et puis la cuisine... Moi, je venais de me remarier, c’était une nouvelle vie dans une ville assez romantique. Mais à mon humble avis, je ne jouais pas suffisamment.

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C'est pour ça que vous êtes parti à Munich ?
Je suis allé au Bayern parce que Trapattoni m’avait contacté. Au Bayern, j’ai vécu 14 mois de galères avec 5 blessures, dont une qui a failli être la dernière. Ce n’est pas que du bon, mais j’ai gagné une Coupe de l’UEFA. Et puis j’ai eu la chance de pouvoir m’entraîner en spécifique avec Gerd Müller. Mon modèle de gosse qui me donne des conseils, à 32 ans, c’était magique.

Après votre passage à Bordeaux, vous écourtez l’aventure à Guingamp au bout de trois mois. Pourquoi ?
Bordeaux, c’était le club qu’il me fallait pour finir, un bon club familial, historique, avec Rolland Courbis sur le banc. C’était compliqué au départ parce que j’avais été marseillais, mais ça s’est bien passé. J’ai fait deux belles saisons à un niveau respectable. C’est une belle satisfaction, et une région magnifique où je suis resté depuis. Guingamp, c’était l’année de trop. J’avais encore envie de jouer, je pensais m’amuser en Ligue 2. Mais j’ai galéré parce que j’avais des problèmes de cheville, d’arthrose. Et puis le coach est parti... donc j’ai suivi.

Parmi tous vos clubs, le plus marquant reste l’OM. Ce serait possible de vous y revoir un jour ?
Marseille, c’est le club qui m’a fait grandir, et que j’ai peut-être fait grandir. Réussir ce qu’on a fait, avec ce club, cette équipe, c’est magnifique. C’était un rêve de pouvoir faire cela. Y revenir ? Je n’en sais rien, vraiment. J’ai 57 ans, je ne vais pas faire de plan sur la comète. Je prends beaucoup de plaisir à ce que je fais aujourd’hui, c’est le principal. Mais je trouve ça dommage que l’OM ne fasse pas plus appel à ses anciens. Je pense que c’est la mentalité française qui veut ça, et c’est bien dommage.



Vous parliez de revenir sur un banc professionnel en début d’interview...
Celui-là, il est compliqué, je pense... Parce que Marseille ne va pas en rester là, le club va grandir. Il faudra être un grand entraîneur pour venir entraîner Marseille. Après, le contexte ne me ferait pas peur. D’ailleurs, je pense que beaucoup de joueurs signent à l’OM sans prendre le contexte en compte, ils pensent que cela va se passer tout seul. À Marseille, tu as un devoir vis-à-vis des supporters. Si tu mouilles le maillot, ils te respecteront. Quelque fois, j’en vois qui ne le mouillent pas.

« Je trouve ça dommage que l’OM ne fasse pas plus appel à ses anciens. Je pense que c’est la mentalité française qui veut ça. »

Quel est votre regard sur le club actuellement ?
Les clubs fonctionnent par cycles. Le fait d’être revenu en Ligue des champions cette année devrait permettre de continuer sur cette dynamique avec les mêmes personnes. Ou alors, comme on entend, avec un nouveau projet. Marseille, quand ça démarre bien, ça peut aller loin même sans vente. Ce club mérite d’être au-dessus. D’ailleurs, j’aimerais que tous les clubs historiques de ce pays retrouvent de leur splendeur. La Ligue 1 manque de bagarre. Je pense notamment à Saint-Étienne, Lens, Nantes, et même Auxerre ou Sochaux. On est un pays raillé par le reste de l’Europe niveau football. À un moment, il faut changer les choses. Je suis français et j’aimerais que des clubs français gagnent la Coupe d'Europe, pour le bien du foot français. Et puis de toute façon, Marseille restera toujours le premier.



Parlons des Bleus maintenant. On l’oublie souvent, et vous l'évoquiez en début d'entretien, vous avez participé au Mondial 1986.
J’étais le petit jeune, la surprise du chef. Si José Touré ne se blesse pas, je ne suis pas du voyage. Ça a été un grand moment de ma carrière. Le groupe m’accueille hyper bien en février pour ma première sélection. Et j’apprends que je vais au Mondial juste avant la finale du championnat de Belgique. À l’époque, je n’avais pas de pression, je ne réfléchissais pas, j’étais juste heureux de vivre tout ça. J’aurais pu finir meilleur buteur de la compétition, parce que j’ai marqué contre le Canada, mais j’en loupe 4. J’ai mis deux buts finalement, c’est déjà pas mal. À 23 ans, jouer une Coupe du monde avec mon idole Platini... Je n’ai pas de mots pour décrire ce que j’ai vécu. Mais à l’époque, les émotions ne me perturbaient pas trop. Aujourd’hui, ça reste de superbes souvenirs. Le Mexique était magnifique, j’ai adoré. Je comprends que Gignac s’y éclate.

Ce Mondial, c’était aussi le sacre de Maradona. En tant que joueur à ce moment, vous réalisez ce qui se passe ?
Honnêtement non, pas vraiment. On est tellement dans notre compétition... On regarde les matchs pour voir comment tout le monde joue, en se disant : « Contre eux faut faire ci, ça. » En plus, l’Argentine, on ne pouvait les jouer qu’en finale. On se focalisait plus sur l’Allemagne, et on a bien fait...

« Le fait d’avoir manqué les coupes du monde 1990, 1994, l’Euro 1988, c’est une déchirure, et c'est difficile à expliquer. On était forts et on n’a pas été bons. »

Si on vous dit à ce moment-là que vous venez alors de jouer votre seul Mondial, vous pouvez y croire ?
Évidemment que non, et pourtant ça a été le cas. Ça reste une déchirure parce qu'à chaque fois, il n’a pas manqué grand-chose. Contre la Bulgarie en 1993, il a manqué quoi, une seconde ? C’était écrit. Tout allait bien dans le groupe, il n’y avait pas de soucis. C’est un manque de concentration, la faute de toute une équipe, pas d’un joueur ou d’un autre. Jamais ça ne sera le cas. À ce moment-là, bien avant le match contre la Bulgarie ou Israël, il y a le match en Suède : on mène 1-0 à cinq minutes de la fin, et on fait 1-1 finalement. C’est tout un enchaînement de contre-performances. Les rassemblements en équipe de France sont tellement rares, quand on les manque, c’est un souvenir indélébile. Ça fait mal. C’est tellement important dans une carrière. Le fait d’avoir manqué les coupes du monde 1990, 1994, l’Euro 1988, c’est une déchirure, et c'est difficile à expliquer. On était forts et on n’a pas été bons. On a peut-être été un peu naïfs, mais je ne pense pas qu’il y avait un excès de confiance. On n’était juste pas au niveau.



En 1994, Aimé Jacquet vous relance en Bleu, mais vous manquez le navire en 1998. C'est un regret ?
Obligatoirement que j’ai un regret pour France 1998 : ça s’est joué à que dalle, à quatre mois remplaçant à Bordeaux. Si j’avais été titulaire, j’aurais certainement fait la Coupe du monde, mais comme Aimé Jacquet avait dit qu’il fallait être titulaire en club, ce que je comprends très bien, c’était compliqué. Après, je ne suis pas rancunier ou du genre à me lamenter, absolument pas.

Devenu entraîneur, vous vivez votre première expérience en pro à Strasbourg avec une montée à la clé, mais vous êtes évincé en fin de saison. Vous avez compris pourquoi ?
Je préfère ne pas en parler.

À ce point ?
Oui, la cicatrice n’est pas refermée.

« Daniel Leclercq est arrivé, puis je n’ai plus existé. Ce n’était pas un cadeau. Ça ne se passait pas bien. Il a repris le contrôle. On peut m’imputer la descente, aucun souci, j’assume, mais à partir de décembre, je n’ai plus rien fait. »

Après avoir refusé la Chine, pourquoi avoir dit non au FC Nantes ?
Nantes, c’est un grand club... Mais c’était compliqué parce que je connaissais très bien Michel Der Zakarian, l’entraîneur. Même si on ne doit pas faire de sentiments dans le football, là j’en ai fait. Kita m’a proposé le poste, je lui ai dit que je ne me voyais pas arriver dans ce contexte. J’ai dit non à Kita et je pense qu’il m’en veut encore.



Vous rebondissez finalement à Lens, pour succéder à Guy Roux.
D’entrée, je me dis que ça va être très compliqué, parce qu’il y a beaucoup d'anciens joueurs d’Auxerre. Je ne sais pas quel était le deal au départ avec eux, mais moi j’arrive et je dis qu’aucune place n’est assurée et que les cartes sont redistribuées. Normal. Et là... Après un léger mieux, on a eu quelques mauvais résultats. Daniel Leclercq est arrivé, puis je n’ai plus existé. Ce n’était pas un cadeau. Ça ne se passait pas bien. Il a repris le contrôle. On peut m’imputer la descente, aucun souci, j’assume, mais à partir de décembre, je n’ai plus rien fait. Je n’ai plus rien décidé. J’étais là parce que j’avais mon diplôme et lui non, c’est tout. C’était très dur à vivre.

Vous atterrissez à Châteauroux où vous sauvez le club avant de le quitter. Pourquoi ?
À quelques journées de la fin, le président est venu me dire qu’il n’était pas sûr d’être toujours aux commandes parce qu’il voulait racheter le club. Et moi, je ne m’imaginais pas rester sans le président. Sauf que ça a traîné, traîné, traîné. Lui, à la dernière journée, il partait, donc je suis parti. Et deux mois après, finalement, il est resté. Sauf que la saison avait déjà repris. Après Strasbourg et Lens, c’était la goutte de trop, c’est pour ça que j’ai pris un peu de temps pour me ressourcer pendant cinq ans.

Vous avez coupé avec le foot tout ce temps ?
C’est mon travail, mais en dehors, je m’en détache. À la maison, je ne parle pas de foot. J’en regarde beaucoup moins qu’avant, à part la Ligue des champions, et ceux que je commente à beIN. Ça fait du bien de moins en regarder, même si ça manque parfois. Mais j’ai retrouvé les terrains, donc ça compense. Sinon, je chasse, je pêche beaucoup. C’est pour ça que j’ai joué un peu à la Réunion en 1999 d’ailleurs. Je connais quelques coins de pêche autour de Chartres, mais je ne vous dirais pas où. C’est secret. En gros, j’essaye de passer mon temps dehors.

« J’essaye de faire entre 200 et 250 km chaque semaine. J’ai un groupe d’amis à Chartres. C’est des jeunes : ils sont très sympas, mais ils font du triathlon, donc ils roulent, putain, c’est un truc de fou ! »

On sait que vous êtes un amoureux de vélo aussi. On vous aperçoit souvent sur Paris-Roubaix.
C’est une course qui m’est chère. J’ai fait les secteurs pavés en reconnaissance, c’est juste hallucinant, monstrueux. Tous les ans, j’essaye d’y être. Je suis aussi le Tour de France évidemment, et les Classiques. Le vélo fait partie de ma vie, c’est très important. J’essaye de faire entre 200 et 250 km chaque semaine. J’ai un groupe d’amis à Arcachon, et là à Chartres aussi maintenant. Ce sont des jeunes : ils roulent, et moi je suis. Ils sont très sympas, mais ils font du triathlon, donc ils roulent, putain, c’est un truc de fou ! Et puis ils connaissent juste le Jean-Pierre Papin cycliste, donc ça change. Ça fait du bien. Il y a aussi la cyclosportive de mon association Neuf de Cœur chaque année. C’est pratiquement la moitié de nos dons, et c’est un moyen de se retrouver, de faire parler de l’association dans l’optique d’accompagner les gens dans le handicap de leur enfant.

Et dans le football, vous vous retrouvez dans qui aujourd’hui ?
Personne. Il n’y a plus trop mon style aujourd’hui. Comme tout le monde, j’aime beaucoup Mbappé. Sinon, j’apprécie vraiment Olivier Giroud. On est trop dur avec lui. C’est un grand joueur. Il répond toujours parfaitement dans l’adversité. On peut le critiquer, lui reprocher sa façon de jouer, etc. mais souvent quand il est sur le terrain, il marque. Et qu’est-ce qu’on demande à un attaquant ? De marquer. En plus, il ne s’est jamais plaint, mentalement il est très costaud.

Le 25 décembre, il y aura quoi au pied du sapin de JPP ?
La santé de ma famille, c’est tout ce qui m’importe. Et s’il peut y avoir une montée à la fin de la saison avec Chartres, je prends.

Propos recueillis par Adrien Hémard