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Jean Bréhon : « Dans chaque district, un ou deux clubs disparaissent chaque année »

Socio-historien du sport au laboratoire SHERPAS de l’université d’Artois, Jean Bréhon est aussi éducateur et dirigeant de l’Étoile sportive Club Illies-Aubers-Lorgies, club inscrit au Vrai Foot Day. Auteur de Sur mon banc. Récit d'un entraîneur du dimanche, il travaille notamment sur la disparition du football de village. Son intuition ? Une désertification progressive du ballon rond dans les zones rurales. Ironie de l'histoire, son club vient d'annoncer, faute d'effectif et de renouvellement, la disparition de son équipe seniors après 67 ans d'existence.

Une partie de vos travaux s'appuie sur la région du Nord. En quoi est-ce un bon exemple dans la disparition du football de clocher ?
Ce n’est pas forcément le meilleur exemple. Williams Nuytens et moi-même avons entamé un chantier de recherche sur la vulnérabilité des clubs de village. Le premier volet quantitatif souligne, à partir de l’analyse statistique des licences pratiquants de la FFF (traitées depuis 1999 jusqu’en 2017, exception faite des joueurs sous contrat) une érosion lente, mais continue du nombre de joueurs. Cette érosion est amplifiée depuis 2009-2010, saison de la réforme des catégories d’âge et des regroupements de jeunes autorisés pour les clubs ruraux. Cette baisse des effectifs, même si elle est compensée par l’émergence des footballs diversifiés, est surtout perceptible pour les catégories seniors et la pré-formation (U12-U15). Seules deux ligues présentent, sur cette période, une hausse des effectifs : Paris-Île-de-France et la Corse. Les ligues d’Auvergne, du Centre ouest, de la Champagne-Ardenne et de la Basse-Normandie voient leurs effectifs chuter, parfois jusqu’à 22%.

Ça montre bien le fossé creusé entre le foot de province et le foot parisien...
Oui, c’est l’une des premières hypothèses. Que l’on ne peut s’empêcher de rapporter à l’histoire de l’implantation et de la diffusion du football en France. Quand on regarde ces chiffres, on peut superposer ces érosions d’effectif avec les zones rurales et montrer que dans ces territoires où la ruralité est forte, le foot peine à se développer, contrairement aux années 1960-1980. C’est une vraie tendance qui se confirme depuis le début du XXIe siècle.

Cela signifie-t-il que le lien social des clubs ruraux en a souffert ?
C’est également une hypothèse que l’on formule. La partie qualitative du travail n’est pas encore amorcée, mais nous aimerions nous rendre dans ces poches où la pratique du football se transforme, voire disparaît. Par exemple,
« 18 208 clubs amateurs ont commencé la saison 2011-2012 et en fin de saison, il n’était plus que 15 338 à être actifs. Dans chaque district, un ou deux clubs disparaissent chaque année. »
18 208 clubs amateurs ont commencé la saison 2011-2012 et en fin de saison, il n’était plus que 15 338 à être actifs. Dans chaque district, un ou deux clubs disparaissent chaque année. Se pose aussi la question du lien social. Historiquement, on a toujours attribué cette fonction aux clubs. Le match du dimanche après-midi et son folklore rythmait la vie du village. Une occasion, par la proximité, de réunir les gens. Mais ça ne me semble pas être spécifique au football. Le village est, dans certains cas aujourd’hui vidés de son contenu social. C’est un constat déjà souligné par de nombreux travaux sur le sujet.

Dans votre livre, vous évoquez Daniel qui prépare la sono, Thierry le fidèle délégué de terrain ou Gilbert le bénévole de l’ombre. Dans cette histoire, on a l’impression que le bénévole est encore la seule figure qui résiste à l’évolution du football du dimanche. C’est le cas ?
Je suis assez séduit par l’idée. Je n’ai pas de données, ni d’analyse à proposer sur ce point. Mais si j’observe de mon point de vue de dirigeant, il me semble que le club tient d’abord et avant tout aux gens qui l’organisent et le font vivre. Le dirigeant, l’éducateur sont des figures essentielles, souvent passionnées de ballon rond. Ceux que je côtoie tous les week-ends évoquent souvent le fait qu’il y a plus de contraintes qu’auparavant, que les joueurs sont moins fidèles au blason, qu’il est plus difficile de rassembler pour organiser la pratique et que les soutiens sont moins conséquents. J’observe autour de moi que la figure du bénévole se caractérise souvent par son âge et sa disponibilité pour l’association. La question que je me pose, mais je n’ai pas de réponse, c’est celle de son renouvellement. Dans vingt ans, les petits clubs auront-ils les mêmes ressources humaines pour accompagner les plus jeunes ?

Vous parlez aussi d’un zapping de génération puisque les jeunes seraient de moins en moins impliqués par la vie de groupe et la vie associative. Quelles pourraient en être les répercussions ?
Les formes d’engagement culturel, des jeunes notamment, ont considérablement évolué ces dernières années. On constate même, au moins sur le plan quantitatif, une chute des effectifs lors de la pré-formation.
« On constate même, au moins sur le plan quantitatif, une chute des effectifs lors de la pré-formation. Ce qui peut poser à moyen terme un certain nombre de problèmes pour la survie des clubs qui peinent à se restructurer autour de l’intercommunalité. »
Ce qui peut poser à moyen terme un certain nombre de problèmes pour la survie des clubs qui peinent à se restructurer autour de l’intercommunalité. Il faut aussi noter l’influence de l’augmentation de l’offre de pratique. Depuis les années 2000, il y a une diversité des cultures sportives balle au pied. Futsal, beach, loisirs, structures indoor privées, autant de réponses apportées à l’évolution de la demande, mais qui peuvent aussi remettre en cause le modèle traditionnel et fragiliser les petites structures.



Vous parliez de la réforme territoriale, elle semble avoir accentué le fossé creusé entre le foot amateur et le foot semi-professionnel.
Initiés en juin 2017 à la suite de la réforme territoriale et de la nouvelle nomenclature des compétitions de la FFF, ces changements, sous certains angles, consolident la pratique. Mais le foot se semi-professionnalise à l’échelle des ligues, voire même des districts. Et quand on regarde les contraintes qui sont fixées réglementairement pour le statut des éducateurs ou des arbitres, les clubs doivent répondre à cette exigence. Mais quand vous êtes une petite association, c’est compliqué de répondre à cette demande. Ces contraintes font suite à cette grande réforme qui provoque de l’éloignement et de la distance tout en drainant des coûts de fonctionnement difficiles à appréhender quand on travaille dans une petite association.

Comment pourrait-on cartographier le nouveau visage de ce football de village ?
C’est plutôt la casquette d’éducateur que je vais prendre car, après avoir échangé avec bon nombre d’autres éducateurs, on se rend compte qu’on va avoir le droit à un foot à deux ou trois vitesses.
« Il faut bien reconnaître que le temps des réformes ne se superpose pas au temps des pratiques de clubs. Il faut donner du temps. »
Dans le dernier wagon, les clubs qui chercheront à exister au niveau local en développant plutôt une offre pour les enfants, via des écoles de football. À côté, on aura des clubs qui se regroupent par le biais de l’intercommunalité, et qui font face. Et enfin, il y aura les locomotives, celles qui s’organisent au niveau de la ligue et au niveau fédéral en proposant une offre de foot beaucoup plus complète, allant de l’animation à la compétition pour tous.

Quelles peuvent être les répercussions sur le football professionnel ?
Je ne suis pas sûr que les structures professionnelles aient vraiment comme préoccupation, même secondaire, le devenir des petits clubs. L’important c’est le rayonnement local et le maillage du territoire pour le recrutement. Pour le reste, je ne suis pas persuadé.

La FFF s’en préoccupe-t-elle ?
Oui. Notamment, depuis 2013, sous l’impulsion de François Blaquart à la DTN pour la formation des éducateurs et la structuration des clubs par exemple. Mais sur ce point, il faut bien reconnaître que le temps des réformes ne se superpose pas au temps des pratiques de clubs. Il faut donner du temps. Ensuite, il faut souligner que ces dispositions prises par la FFF s’adressent avant tout aux clubs déjà bien structurés et installés dans le paysage footballistique. Ce que je veux dire, c’est que pour bénéficier des dispositifs d’accompagnement proposés (formations, actions de soutien, de sensibilisation et d’accompagnement), il faut avoir les ressources et le temps nécessaires pour s’engager. Ce qui n’est pas, me semble-t-il, la caractéristique première des dirigeants de petites associations qui, au cours d’une saison, se concentrent surtout sur leur quotidien : traçage des terrains, lavage des maillots, accueil-buvette, etc.

À un moment, vous évoquez un tirage au sort au siège de la CNOSF où le buffet luxueux vous fait penser au trésorier de votre club qui déplore les charges de plus en plus lourdes. Vous dites : « Lorsqu’un représentant de la Fédération nous parle de la grande famille du football, je ne peux m’empêcher de sourire. » Il semble y avoir un profond malaise entre le foot amateur et la FFF.
Oui, c’est un discours partisan. J’ai la casquette d’éducateur quand j’évoque cela. Une famille, c’est censé protéger, rassembler. Certaines situations vécues m’amènent à questionner et à nuancer considérablement cette idée reçue.
« La grande famille du football existe-t-elle ? Je n’en suis absolument pas convaincu. Aujourd’hui, plus qu’hier encore, il n’y a pas un football, mais des footballs. »
La grande famille du football existe-t-elle ? Je n’en suis absolument pas convaincu. Aujourd’hui, plus qu’hier encore, il n’y a pas un football, mais des footballs. Le football d’en haut ne ressemble en rien à celui d’en bas. Malgré tout ce que l’on peut en dire, ce sont des mondes qui ne se côtoient pas, qui ne se connaissent pas, voire même qui s’ignorent. C’est ainsi. Et l’on pourrait décliner également cela à l’échelle des ligues ou des districts. Croyez-vous qu’un club de régional 1 ressemble à un club de niveau 5 district ? Que les préoccupations soient les mêmes ? Que les attentions soient identiques ? Je ne le pense pas. Entre les clubs et l’institution aussi parfois les liens se décomposent. Tout est aujourd’hui informatisé. Les gens se côtoient moins, hormis lors des assemblées générales, et encore. Il s’agit là d’une nouvelle forme d’organisation qui creuse probablement un fossé plus grand.

Organisé le 13 octobre prochain, le Vrai Foot Day sera la première vraie journée européenne du football amateur. La renaissance du foot de village passe-t-elle aussi par des événements d'ampleur autour du foot amateur ?
Je reste convaincu, parce qu'il est un outil de lien social, que le football de proximité doit être préservé. Et replacé, un peu comme le clocher, au centre du village ! C'est peut-être une vision un peu nostalgique du football, mais le ballon rond fait rêver tellement d'enfants que je veux rester optimiste ! Le Vrai foot Day est une très belle démarche pour mettre en valeur l'activité des clubs amateurs. Je souscris pleinement à cette initiative et la suivrai avec beaucoup d'attention. En espérant qu'elle puisse également trouver un écho favorable auprès des instances dirigeantes.

Propos recueillis par Maxime Renaudet
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