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Imamo : « Ma CPE a été compréhensive »

Abdallah Imamo est international comorien depuis novembre dernier. Rien d’extraordinaire jusque-là, sauf que ce défenseur de vingt-quatre ans évolue à Selongey, un club bourguignon de CFA 2, et qu’il travaille dans un collège de la banlieue de Dijon en tant que surveillant.

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Des internationaux qui jouent en CFA 2, c’est rare...
Je crois. Il y a Baba Tchagouni (Marmande) le gardien togolais, qui est dans le même cas. Et un autre Comorien, Nakibou Aboubakari, à Saint-Brieuc. En général, ça descend très rarement en dessous du CFA. Dans la sélection des Comores, il y a quelques locaux, mais beaucoup de pros qui évoluent en Europe. Alors, évidemment, quand tu arrives d’un club de CFA2, tu te fais discret...

Vous avez été convoqué pour la première fois par Amir Abdou, le sélectionneur des Cœlacanthes en novembre 2016, à l’occasion des matchs amicaux en Tunisie contre le Togo (2-2) et le Gabon (1-1)...
Oui. Quand le sélectionneur m’a appelé, j’ai cru que c’était une connerie. Je l’ai reçu un peu froidement, et j’ai appelé un ami, qui est d’origine comorienne, comme moi, et qui me donne quelques conseils, pour lui raconter. Il m’a vite dit que ce n’était pas un canular. J’ai appris que quelqu’un du staff m’avait supervisé. Une fois que j’ai bien eu confirmation que c’était bien Amir Abdou, j’ai prévenu mon club, et aussi mon employeur, puisque je suis surveillant dans un collège à Chevigny-Saint-Sauveur, juste à côté de Dijon.

Et comment ça s’est passé ?
« Je suis allé voir ma CPE. Quand je lui ai dit que je devais partir pendant dix jours pour rejoindre l’équipe des Comores, j’ai eu un peu peur que ça pose problème. »
Je suis allé voir ma conseillère principale d’éducation (CPE). Je ne savais pas trop ce qu’elle allait me dire. Elle savait que je jouais au foot. Mais évidemment, quand je lui ai dit que je devais partir pendant dix jours pour rejoindre l’équipe des Comores, j’ai eu un peu peur que ça pose problème. Car la convocation est tombée le mercredi soir et il fallait que je parte le lundi. Je l’ai rencontrée le jeudi. Et elle m’a dit que cela ne lui posait pas de problème. Elle a été très compréhensive. Elle a eu deux jours pour trouver une solution. Elle m’a dit que je rattraperais mes jours plus tard. Une grosse semaine après, je fêtais ma première sélection contre le Togo, je me retrouve face à Adebayor, un monstre, et pas loin de Claude Le Roy... J’avais du mal à y croire.

Quand on vient de CFA 2, y a-t-il de l’appréhension au moment de rencontrer les autres joueurs de la sélection, de se frotter au niveau international ?
Un peu. J’étais le petit nouveau. Il y a de quoi être intimidé, mais j’ai été super bien accueilli. En fait, c’est surtout lors du premier entraînement que j’ai eu du mal. C’était dur... Il fallait juste que je me mette en situation. Le coach sait que je joue en CFA 2, il m’a parlé. Il m’a dit qu’il fallait que je bosse encore plus pour évoluer à un niveau plus élevé. Et moi, ça ne fait que depuis le début de la saison que je suis en CFA 2.

Vous venez de Division d’Honneur, en fait...
Oui. Je suis né à Moroni, la capitale des Comores. Je suis arrivé en France quand j’avais neuf ans, dans le 77. J’ai joué au FC Nandy, à Le Mée Sport Football, et Savigny-le-Temple. Je faisais des études en informatique, et on m’a parlé d’un club vers Dijon, Longvic, qui jouait en DH. Je suis venu m’installer chez une tante qui vivait à Dijon, j’ai passé trois mois dans ce club, puis j’ai rejoint Quetigny, également en DH. J’y suis resté deux ans avant d’aller à Selongey, qui voulait déjà que je vienne l’année précédente. Quand j’étais à Quetigny, le club m’avait aidé à trouver du taf. D’abord en tant qu’éducateur des moins de onze ans. Puis j’ai déposé mon CV dans un collège de la commune, pour un poste de surveillant, que j’ai obtenu. C’était un temps plein.

Car à Selongey, le club n’a pas les moyens d’avoir des contrats fédéraux ?
Non. On touche des primes en cas de victoire ou de match nul. Mais tous les joueurs travaillent à côté. Moi, depuis que je joue dans ce club, j’ai changé de collège, pour un trois quarts temps. J’ai un salaire équivalent à un SMIC, je peux améliorer les fins de mois avec les primes. Le club a également mis au point un système de navette pour les joueurs qui vivent à Dijon : pour aller aux entraînements, deux fois par semaine, il y a un minibus qui nous attend à la sortie de Dijon, et nous ramène après les séances. Cela permet d’économiser un peu d’essence. Je suis comme pas mal de gens : j’ai mes petites galères financières, mais je ne me plains pas. Je ne vis pas grâce au foot...

Vous avez l’ambition de jouer à un niveau plus relevé. Vous comptez plus sur la sélection pour vous faire remarquer ?
Il y a des clubs pros, de Ligue 1 ou de Ligue 2, ou de National, qui s’intéressent aux championnats amateurs. Avec la sélection, qui joue peu, c’est plus difficile. Mais si on se qualifie pour la phase de groupes des éliminatoires de la CAN 2019, avec des matchs contre le Maroc, le Cameroun ou le Malawi, cela permet de se faire voir (les Comores ont remporté le match aller 2-0, ndlr). Et moi, de mon côté, je me donne toutes les chances pour progresser. Quand on ne s’entraîne pas, je vais courir, je vais en salle de sport ou faire des soins. Je fais aussi hyper gaffe à la récupération, à mon alimentation : je mange sain, même si, après les matchs, je m’autorise un kebab ou un Mc Do, avec une boisson gazeuse. Je n’ai pas le rythme d’un pro, bien sûr, mais j’essaie d’être le plus rigoureux possible. Et à Selongey, mes entraîneurs (Sébastien Evain et l’ancien professionnel Stéphane Mangione, ndlr) sont encore plus exigeants avec moi depuis que je suis international.

Vous pensez qu’il vous sera difficile d’être appelé en sélection si vous ne franchissez pas un cap en club ?
Un sélectionneur convoquera plus facilement un joueur qui est pro, et c’est normal. J’ai vingt-trois ans. Ce qui serait idéal, c’est un bon club de CFA ou de National. J’ai encore de l’ambition. Je ne suis pas passé par un centre de formation, c’est donc un peu plus long. J’essaie d’être le plus régulier et performant possible avec mon club. Pour montrer que je peux jouer à un niveau plus relevé, et continuer à être appelé en sélection. La sélection des Comores est encore jeune (elle a été affiliée à la FIFA en 2005, ndlr). Il n’y a pas un énorme réservoir de joueurs, c’est donc peut-être un peu moins compliqué d’avoir sa chance. Mais comme la sélection progresse, la concurrence va s’accentuer...

Propos recueillis par Alexis Billebault, à Dijon
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