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Hyphen Hyphen : « On s’est rendu compte que le foot féminin intéressait les gens »

Ils sont trois, ils sont niçois et depuis 2011, ils forment Hyphen Hyphen, un groupe qui mêle pop, rock et électro. Au départ, rien ne prédestinait Santa (chant, piano), Adam (guitare) et Line (basse) à croiser la route du ballon rond, jusqu’à ce que l’UEFA choisisse leur morceau Too Young comme hymne officiel de l’Euro 2022. Mais quoi de plus logique finalement, quand on sait que « hyphen » signifie « trait d’union » en anglais ?

Comment votre single Too Young est devenu la chanson officielle de l’Euro 2022. Vous l’aviez créé exprès pour le tournoi ?
Adam : Non, on l’avait composé bien avant, ce n’est pas un morceau commandé. C’est d’ailleurs comme ça que l’UEFA est tombée dessus, et visiblement, ils l’ont bien aimé puisqu'ils nous ont proposé d’en faire l’hymne de la compétition.
« Il a fallu qu’on attende de voir la pub sur TF1 pour avoir la confirmation que c’était bien réel et que le plan n’était finalement pas tombé à l’eau. » Line
Line : Au départ, c’était vraiment bizarre, on n’arrivait absolument pas à y croire. On stressait tous les jours, et il a fallu qu’on attende de voir la pub sur TF1 pour avoir la confirmation que c’était bien réel et que le plan n’était finalement pas tombé à l’eau.
Adam : On était comme des dingues, c’était vraiment hyper émouvant. D’autant plus qu’on a composé ce morceau avec l’idée qu’il résonne dans de grands espaces. Donc en faire l’hymne officiel d’un Euro de foot, c’est une belle manière de l’habiller.
Line : Le message derrière Too Young, c’est de dire qu’on n’est jamais vraiment seul. Il y a toujours une lumière allumée, et quand ça ne va pas, on est tous ensemble. C’est quelque chose qu’on retrouve dans le foot, c’est d’ailleurs ça qui est beau, ce côté rassembleur, uni par une même énergie, sans que quiconque ne se juge.
Adam : Un peu comme ce que l’on peut ressentir lors d’un concert.
Line : En tout cas, les deux peuvent remplir des stades !

Vidéo

Prochaine étape, Hyphen Hyphen au Stade de France ? C’est dans cette optique que vous l’avez composé ?
Santa : En tant qu’artiste, tu veux toujours atteindre un but ultime, et le nôtre, c’est que notre musique résonne le plus fort possible, donc dans des stades. Ce morceau est une sorte de clin d'œil à tout ça.
Line : Mais on a déjà joué au Stade de France ! C’était à l’occasion de la finale du Top 14. Mais ce n’était pas exactement comme on pourrait l’imaginer. Ça a duré 20 minutes pendant la mi-temps, on était sur une scène en bois au milieu du terrain et on se prenait des ballons de rugby dans la tronche, ils ont dû mettre des gars de la sécurité autour de nous pour les bloquer.

Pour un artiste, jouer dans un stade, c’est un fantasme ? Une sorte de graal à atteindre ?
Adam : Totalement.
Santa : Surtout pour un groupe, parce qu’il n’y en a plus beaucoup, et les derniers grands groupes sont ceux qui ont réussi à s’amuser avec l’universalité. Ceux avec lesquels on a grandi, comme U2 ou Coldplay, le font super bien. Sur scène, c’est bien plus qu’un concert, c’est tout un show.
Adam : C’est grandiloquent. On aime la grandiloquence.

« Il doit y avoir une corrélation possible entre le patriarcat et le football féminin : plus la courbe du football féminin augmente, plus celle du patriarcat descend. Malheureusement à Nice, on est plutôt sur deux courbes parallèles. » Santa

C’est quoi votre rapport personnel au foot ?
Line : J’adorais y jouer quand j’étais enfant, vraiment, mais c’était galère d’être acceptée dans une équipe de garçons. Plus tard, j’ai joué un petit moment comme milieu dans le club de Villefranche. Mais ça n’a pas duré longtemps, je suis passée au tennis.
Santa : Tu t’es dit « quel est le sport assez développé pour les femmes dans lequel je peux un peu m’amuser » , et hop, tennis !

Il est vrai que le Sud-Est de la France n’est pas souvent cité en exemple pour le développement de son football féminin.
Santa : Il doit y avoir une corrélation possible entre le patriarcat et le football féminin : plus la courbe du football féminin augmente, plus celle du patriarcat descend. Malheureusement à Nice on est plutôt sur deux courbes parallèles. (Rire général.) C’est la seule chose qui pêche dans notre région : le manque de forces féministes. Mais ça change !



Vous résidez aujourd’hui à Paris, est-ce que le Gym vous rattache un peu à votre ville natale ?
Santa : De nous trois, je suis clairement la fan de l’OGC Nice. Je suis d’ailleurs la seule qui a versé sa petite larme lors de la finale de la Coupe de France. Bon, c’est vrai que je ne connais pas tous les joueurs, je reconnais parfois juste leur tête. On appelle ça être une footix, hein. Mais quand j’étais petite, mon père m’emmenait au Ray voir des matchs du Gym avec la BSN. (Line se marre.) On est d’accord que c’est absurde d’être au milieu des pogos quand tu es une gamine...
Adam : Mais ça doit te faire des souvenirs incroyables.
Santa : C’est clair, même si c’était très dangereux, c’est pour ça qu’on a progressivement bougé dans la tribune d’en face, où l'ambiance était plus familiale. Aujourd’hui, je garde une petite attache sentimentale, dans les grands moments je suis là. J’ai toujours une petite écharpe et mon maillot avec le sponsor Maison de la literie qui date de l’époque où on était en D2. Et quand tu montes en D1 et que tu viens d’arriver, tu as le sentiment que c’est un peu grâce à toi. En tout cas, c’est ce que m’a fait croire mon père !

Vous aviez un peu suivi les matchs du Mondial 2019 qui s’étaient joués à l’Allianz Riviera ?
Adam : On était surtout à Paris à ce moment-là.
Santa : Mais au moins, le stade a servi à quelque chose ! Je dis ça, mais je n’en suis vraiment pas fan, surtout par rapport à celui au Ray. Il ne résonne pas pareil, il est moins populaire, les places sont chères, il est super excentré... Après, depuis qu’on l’a, on est quand même sur une dynamique positive au niveau du classement, il faut le reconnaître.
Line : La Coupe du monde a vraiment été intéressante à suivre, notamment parce qu’elle a enfin donné de la visibilité à cette discipline, en tout cas bien plus qu’avant. Et surtout, on s’est rendu compte que ça intéressait les gens. Nous, on s’est éclatés à aller regarder les matchs dans des bars, et au bout du compte, j’avais trop hâte que l’Euro arrive.


« Les footballeurs sont les ambassadrices d’une forme de futur du football et de la possibilité pour les filles de rêver d'y faire carrière. J’y crois franchement. » Santa

De quoi les footballeuses sont-elles les ambassadrices ?
Santa : D’une forme de futur du football et de la possibilité pour les filles de rêver d'y faire carrière. J’y crois franchement et je trouve que c’est ultra-intéressant à regarder, c’est un peu plus agressif, un peu plus football anglais à l’ancienne... Et puis l’argent et le business y sont encore moins présents que chez les garçons, ça rend les enjeux plus incertains. Quelque part, ça rappelle la bonne période du rugby, avant la professionnalisation.

Est-ce que vous, après une décennie d’existence, vous rêvez encore comme les lycéens que vous étiez au moment de la création de Hyphen Hyphen ?
Adam : Évidemment, surtout avec la création de notre troisième album, on commence seulement à s’ouvrir à l’international. Là, on revient tout juste de notre premier concert à New-York, qui était pour nous un rêve de gosse.
Line : Il reste encore plein de trucs à explorer, c’est hyper excitant et ça l’est d’autant plus quand on le vit entre meilleurs amis.
Adam : Dans ce que l’on fait, les étapes à franchir sont infinies.

Surtout, votre style n’a pas changé, en dépit du fait que depuis quelques années, c’est le rap qui tient la dragée haute dans les charts.
Santa : Déjà, je suis contente de voir que la musique pop revient en force. On n’a pas tenté de crossover avec le rap, parce que ce n’est pas dans notre culture, tout simplement. Pour moi, il n’y a rien de pire que de voir quelqu’un qui fait du rap pour coller à une mouvance. Nous, on a toujours voulu faire la musique qu’on aimait, sans réfléchir. Et si c’est vrai que notre style était très populaire quand on a commencé, il y a toujours eu de la pop à l’international depuis, même si elle s’est urbanisée.
Line : Sur notre deuxième album (HH, sorti en 2018, NDLR), on s’est beaucoup inspirés des gros beats de trap par exemple, le genre qui donne envie de head-banger. Parce que ça correspondait aussi à la musique qui passait et qu’il y avait des trucs à prendre qui nous plaisaient. Là, on a plus envie de revenir à nos instruments et de proposer quelque chose qui soit davantage sans filtre.
Santa : C’est pour ça que Too Young est une chanson qui parle d’elle-même. Le son martial des percussions fait écho aux tambours de stade, c’est un morceau très organique, qui sonne naturel et humain.
Adam : On cherche à ce que l’émotion et la voix soit la ligne directrice au centre de chaque morceau. Et ça, dans tous les cas, c’est indémodable.

Vidéo

Wiegman, Fuhrmann, Wonder Women


Propos recueillis par Julien Duez, à Paris Photos : Kimdary
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