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Houllier revient à la maison

A 21h, pour le compte du dernier match de la 16e journée entre Liverpool et Aston Villa, Gérard Houllier retrouve le club qui a fait sa légende. Mais pour quel bilan réel à la tête des Reds ?

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Tout à l'heure quand Gérard Houllier foulera la pelouse d'Anfield pour la première fois depuis mai 2004, il recevra une ovation. Une vraie. Liverpool a de la mémoire et les mauvaises langues auront tôt fait de préciser qu'il vaut mieux vu la date du dernier titre de champion d'Angleterre (1990, pour les ignares). Mais c'est ainsi, l'Angleterre aime célébrer ses anciennes gloires et sur les bords de la Mersey mieux que n'importe où ailleurs. Liverpool n'oublie pas qu'une partie de son retour sur l'avant-scène européenne, il le doit au passage de Houllier. Un vrai crève-cœur pour un sujet de Sa Très Gracieuse Majesté mais le fait est là : en 1998, quand l'ancien sélectionneur des Bleus débarque dans le nord de l'Angleterre, la gagne est devenue une affaire française. Et, effet de vases communiquants oblige, la lose a, elle, traversé la Manche pour s'installer dans les rangs d'Albion.

Gégé, le miroir de Liverpool

En 1998, Liverpool n'est plus qu'une vieille maison poussiéreuse, tout juste sauvée du délabrement total par deux victoires mineures sur les huit dernières saisons en Cup (1992) et une League Cup (1995). Maigre, famélique même pour la plus grande machine à gagner jamais produite par le royaume. Mais plus que d'autres, Liverpool a payé la suspension des clubs anglais en Coupe d'Europe suite au drame du Heysel en 1985. La faute à une sensation tenace de culpabilité assortie d'une autre tragédie quatre ans plus tard, à Hillsborough en avril 1989. Un sentiment profond de malédiction qui s'accommode mal avec un esprit de reconquête. Oui, huit saisons durant, les Reds se traînent, contemplent l'armoire à trophées pour convoquer le bon vieux temps, quand ils faisaient la loi en Angleterre et en Europe. Mais à force de regarder dans le rétro, on n'avance plus. C'est alors qu'arrive Houllier comme une manière de miroir de Liverpool : un passé (champion de France avec le PSG en 1986), une compétence certaine (DTN) mais aussi des années 90 placées sous le signe de la défaite avec l'invraisemblable élimination de la Coupe du Monde 1994 face à la Bulgarie au Parc des Princes.

Mais très vite, Gégé identifie les besoins des Reds. Se doter d'une défense de fer (l'arrivée en 1999 de Sammy Hyypiä, probablement la meilleure recrue de Liverpool post-90), animer le milieu (lancement de Steven Gerrard par Houllier fin 1998) et devant, pérenniser l'authentique crack qu'est Michael Owen, en lui accolant en 2000 Emile Heskey (ex-Leicester), une armoire chargée d'ouvrir les espaces pour le Wonder Kid local. Dans le même temps, Houllier se charge d'assainir l'ensemble : remise à niveau des normes d'hygiène (le fameux entraînement invisible), de la diététique (traduction : fini la bibine à tous les repas) et des méthodes de préparation. Quitte à faire des choix forts : exit progressivement les trublions de l'équipe genre McManaman, Fowler, Redknapp, McAteer, surdoués mais indisciplinés.

A partir de 2002, la débandade


Résultat : Liverpool retrouve assez vite une bonne tête de vainqueur. Oh, pas encore de quoi jouer les tout premiers rôles mais un retour à une certaine culture de la gagne avec le fameux quintuplé de 2001 (League Cup, FA Cup, Coupe de l'Uefa, Supercoupe d'Europe et Charity Shield), même si à bien y regarder, le butin ressemble fichtrement à un braquage des prix de consolation. Il n'empêche, Houllier remet le nom de Liverpool au palmarès et en soi, cela constitue une très belle première étape. De celle qui peuvent vous mener à la légende du club. Surtout quand fin 2001, le manager français subit un malaise cardiaque qui le laisse sur le flanc durant plusieurs mois pour un retour triomphal à Anfield sous une ovation rarement vue, même là-bas. Liverpool vient de finir à la deuxième place, son meilleur classement depuis onze ans. Mais un trompe-l'œil en vérité car les Reds sont en fait très loin du duo Arsenal-Manchester. Le début des emmerdes. Liverpool comprend que Houllier ne peut pas combler le gap et encore moins avec l'armée mexicaine de L1 qui débarque (Cheyrou, Diao, Diouf, Le Tallec, Sinama-Pongolle, Djimi Traoré, autant de bras cassés pour le seul excellent Riise). Et comme, bizarrement, l'Academy ne sort plus rien depuis Steven Gerrard (formé avant GH), les doutes touchent même à la reconstruction générale voulue par le Français. End of story en 2004 quand Liverpool ne reconduit pas son contrat. La bonne décision ? Voir... Car si la réalité oblige à constater que les Reds enlèvent dès la saison suivante la Ligue des Champions, ils ne font pas mieux globalement dans la course au titre, la vraie obsession du club.

C'est sans doute pour cela que Gérard Houllier peut s'attendre à un vrai bel hommage de la part du Kop, conscient qu'au fond, le club n'a pas réellement progressé depuis son départ, mis à part le « Miracle d'Istanbul » . Le foot ne tient parfois qu'à cela. Le cœur du Français le sait mieux que nul autre...

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