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Hillsborough, la colline a des yeux

Le 15 avril 1989, Liverpool est en deuil. Le drame d’Hillsborough bat tous les records britanniques : 96 morts dont 39 de moins de 20 ans. Il n’est pourtant pas question de hooligans mais bien d’une organisation déficiente. Ce samedi, le foot anglais pense à toutes ces victimes en retardant chaque coup d'envoi de 7 minutes, soit le temps mis par les autorités de l'époque pour arrêter une rencontre qui virait au massacre. Récit au cœur de l’événement qui changea à jamais la face du football anglais.

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David a 23 ans. Il vient de se lever, tout comme son père, à 8 heures du mat’, en ce samedi 15 avril 1989. Sa vieille Ford Escort rouge ne demande qu’à décamper pour Sheffield et le stade d’Hillsborough, où il assistera à la demi-finale de FA Cup entre son Liverpool et Nottingham Forest. Premier contretemps, maman a zappé les sandwichs : « Elle est partie immédiatement en courant nous trouver quelque chose. J’étais un peu frustré parce que ça allait forcément nous retarder » , se souvient David, qui se contentera finalement d’une miche de pain et de beurre de cacahuètes. À 11 heures, David et Dad’ montent dans l’Escort, qui n’inspire pas confiance : « J’ai prié pour qu’elle nous dépose au moins à Sheffield. Pas grave si le moteur explose au retour, tant qu’on a pu voir le match. L’autoroute, c’était le hic parce que je n’avais jamais contraint ma voiture à de grandes vitesses. » La poubelle tient le coup et trouve une place de parking à 14h10. Un croc dans le sandwich au beurre de cacahuètes plus tard, ils rejoignent Hillsborough, à pinces. Sur le chemin, les pubs sont ouverts depuis 11 heures, les supporters des Reds goûtent les pintes de bière et « font connaissance » avec le voisinage. « Assez rapidement, certains fans utilisaient les jardins de particuliers ou les rues pour uriner » , détaille le rapport de Lord Justice Taylor, enquête-référence sur ce samedi ensoleillé d’avril. Et le Lord de rassurer : « Toujours dans une humeur qui se voulait de carnaval, de bon esprit et d’attente. »

Un cheval de la police soulevé par la foule


Hillsborough joue à guichets fermés, un sold out à 54 000 personnes. La tribune ouest, Leppings Lane, est réservée aux Liverpuldiens, l’aile Est, celle du Spion Kop End, aux fans de Forest, un choix dicté par l’itinéraire emprunté par les supporters. 14h30 : autant la tribune de Nottingham est bien garnie, autant Leppings Lane est à moitié vide, sauf les blocs 3 et 4 des gradins inférieurs, blindés mais joyeux. Le following de Liverpool se présente assez souvent au dernier moment aux points d’entrée : « Depuis toujours, on éclusait dans les bars et on se pointait cinq minutes avant la fin du match. À Anfield, on connaissait le temps exact qu’il fallait pour rejoindre nos places. À l’extérieur, c’était plus tendu » , se souvient Thomas O’Neill, un autre scully, présent ce jour-là dans la tribune du haut. 5 000 Scousers se massent ainsi d’un coup devant les deux pauvres tourniquets de Leppings Lane. Une houle gigantesque déterminée à arriver pile au coup d’envoi. David et son père sont déjà à l’intérieur, via le tunnel central, « la seule entrée évidente pour cette tribune » , dans les blocs 3 et 4. « Dans le tunnel, nous sommes tombés sur un mur de supporters et nous avons dû batailler pour nous faire une place dans les gradins. » Déjà. À l’extérieur, la foule se densifie et les policiers commencent à être débordés. Plusieurs témoignages mentionnés par le rapport Taylor indiquent « qu’un cheval de la police montée fut physiquement soulevé par la foule » . L’atmosphère pourrait vite tourner vinaigre. Le coup d’envoi approche et à l’avant, les conditions deviennent « angoissantes. Peu à peu, lentement, tout le monde s’est mis à prendre conscience du danger » , affirme aujourd’hui Thomas O’Neill.

« Hey ducon, ouvre la porte, il y a des gens qui meurent ici »


« Ceux qui arrivent à passer sont à bout de souffle et en nage, les femmes et les enfants comprimés contre les murs, les désespérés rampent sous et entre le cordon de sécurité de la police montée.  » Des jeunots bourrés ajoutent leur grain de sel, à pousser en fond de cortège. M. Marshall, chargé de la sécurité à l’extérieur du stade, se perche sur un parapet, manque de chuter et réalise que la situation est incontrôlable malgré les renforts exigés par radio. Il demande la permission au boss des képis, M. Duckenfield, d’ouvrir une issue de secours. À 14h52, au bout de la troisième alerte, le patron autorise la manœuvre. Un flot de 2 000 supporters, quelques-uns sans ticket, se libère du traquenard des tourniquets pour s’enfoncer, sans le savoir, dans un autre : le tunnel. « Bizarrement foutu, long, étroit, sombre et, au bout, une grille qui divise les blocs 3 et 4 » , dixit Gary, un survivant de la catastrophe. Deux minutes plus tard, les joueurs entrent sur la pelouse. Pendant ce temps, dans la tribune ouest, la pression venant du tunnel est trop forte : les mouvements de foule échappent à tout contrôle. D’un coup, les supporters se retrouvent pressés contre les grilles, à proximité de la pelouse ; leurs appels au secours semblent vains. « Personne ne prêtait attention à nous. Je me souviens que derrière nous, quelqu’un a crié à un steward : "Hey ducon, ouvre la porte, il y a des gens qui meurent ici !" » , rapporte ce même Gary. Il invective ensuite deux photographes aux objectifs braqués sur le bloc 4 : « Posez vos putains d’appareils et aidez-nous. » Les deux bougent pour prendre d’autres clichés, mieux placés. Chacun essaie de sauver sa peau. Gary aide un petit ado en pleurs, la respiration courte, au sol, en lui proposant son dos pour le passer au-dessus des grilles. « C’est la dernière fois que j’ai pu bouger mes bras » , avoue-t-il. L’air, « comme dans un sauna » , devient irrespirable : « Je n’avais jamais senti auparavant une telle odeur. Je savais reconnaître le vomi, l’urine, mais là non. Ça vous pique les narines. J’ai essayé d’avaler ma salive, mais ma bouche était trop sèche. » Sans doute l’odeur des premiers morts. Dans la partie supérieure de Leppings Lane, « des supporters extirpaient ceux coincés en bas » , raconte Daniel Bennett, stupéfait en tribune sud, tandis que les bobbies repoussent sur les grilles le tout-venant, pour éviter l’envahissement du terrain. L’arbitre donne le coup d’envoi. « Depuis la tribune où tout le monde tanguait, comme dans un bateau, ça nous a simplement paru dingue qu’ils commencent à jouer. Très vite, au contraire du Heysel, on a compris qu’il y avait des morts » , se remémore Terry Wilson (23 ans à l’époque), déjà présent en Belgique, quatre ans plus tôt.

« Comme l’ouverture d’une bouteille de Coca trop secouée »


Il est 15h04. Le portier à moustache des Reds, Bruce Grobbelaar, n’est plus dans le match, intrigué par les nombreux cris de détresse. Dans le rapport Taylor, il dit : « J’ai entendu crier "Bruce, s’il te plaît, à l’aide", un autre fan dans les tribunes, derrière mon but sur la droite de Leppings Lane, "Ouvrez cette putain de porte !" (…) Il y avait deux policiers près de cette porte. Je leur ai crié de l’ouvrir. Le premier m’a ignoré mais l’autre s’est exécuté. Ça a fait comme l’ouverture d’une bouteille de Coca trop secouée. Alors que j’allais récupérer un ballon sorti, un supporter est arrivé sur la pelouse et m’a dit : "Bruce, ils sont en train de nous tuer." Une grille s’effondre. M. Greenwood, chargé de la sécurité à l’intérieur du stade, quitte son poste, près du tunnel des vestiaires. Il goûte peu au coup de la bouteille de Coca qui fait pschitt. En s’approchant de Leppings Lane, il remarque les personnes comprimées contre les grilles. Après une demande infructueuse d’arrêt du match par radio à la salle de contrôle, Greenwood court sur le terrain pour que l’arbitre mette un terme à la rencontre. Il est 15h07 et les joueurs sont priés de retourner aux vestiaires. Daniel Bennett, de la tribune sud, décrit le bordel alentour : « La majorité des policiers s'est placée au milieu du terrain pour former un cordon de sécurité. La plupart des tentatives de secours sont alors faites par les fans, qui ont réussi à se sortir de la tribune ouest et d’autres supporters, qui avaient déserté les tribunes principales pour aider. J’ai vu très peu de policiers faire quoi que ce soit. » Du côté de Forest, on continue de chanter, persuadés que les hools adverses font encore des leurs. Damian Cavanagh, tout frais rescapé du bloc 4, sur la pelouse : « Ils chantaient : "Il n’y aura pas d’Europe pour les Scousers." Et j’ai crié : "Allez vous faire foutre !" » Dans le chaos ambiant, le cordon de sécurité policier en vient même à contrôler des groupes transportant les blessés sur des civières improvisées – en fait, des panneaux de pub arrachés. Selon Bennett, il est 15h20 lorsqu’un premier capot d’ambulance foule la pelouse. À l’extérieur du stade, l’organisation est tout aussi fébrile. Contactés à 15h13 par le PC Sécurité pour venir couper les grilles des tribunes et apporter du matériel de réanimation, des pompiers se font retoquer à l’entrée de Leppings Lane – « Nous n’avons pas vraiment besoin de vous » – alors que d’autres brigades sont orientées par erreur vers le Spion Kop, la tribune de Forest. Au cours de l’enquête, Lord Taylor s’étonnera « qu’aucun appel vers les docteurs et infirmières du service public n’ait été recensé avant 15h30 » . « Ce n’était pas un film hollywoodien. Il n’y avait pas de sang, pas d’armes, aucun signe visible de blessure, juste des visages pâles et des lèvres bleues » , résume Damian, qui quitta le stade par le tunnel des joueurs. Pour David et son père, sortis indemnes du carnage, l’heure n’est plus à disserter sur le beurre de cacahuètes, mais plutôt au retour à la maison, en Ford Escort, elle aussi rescapée. David : « J’ai encore en mémoire la musique qui passait à la radio sur notre trajet retour. C’était une chanson de Simply Red, qui disait quelque chose comme "Holding back the tears". » Retiens tes larmes, en français.

Par Ronan Boscher et Rico Rizzitelli Article publié dans le SO FOOT hors-série n°5 Supporters - Hiver 2012
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