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Hijab : le foot français se voile-t-il la face?

Alors que la commercialisation du hijab de running de Décathlon a soulevé une polémique d'envergure nationale qui a parfois semblé frôler l'hystérie médiatique, la question du port du voile au sein du football français reste largement controversée. Avec d'un côté ceux qui se posent comme les champions « du droit des femmes et de la neutralité du football » et de l'autre, ceux qui dénoncent l'instrumentalisation d'un féminisme institutionnel qui se voudrait le défenseur d'un sens trop restrictif et autoritaire de la laïcité.

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« On vit dans un pays où un hijab proposé par Decathlon choque davantage que leurs tentes Quechua qui s’accumulent dans les rues de Paris. » Le constat de Charline Vanhoenacker est sans appel. Il ne fait d’ailleurs aucun doute que la journaliste de France Inter ne pensait pas vraiment parler de la marque française en début de semaine, au moment où Decathlon n’avait pas encore communiqué sur une commercialisation de son hijab de sport, avant de finalement se rétracter. Ce voile porté par certaines personnes de confession musulmane, autorisé par la loi française au même titre que la kippa ou le chapelet, a eu le temps de diviser au sein de la « grande famille » du football français avant de devenir un sujet de société.

Rétropédalage


Le 1er mars 2014, la FIFA via Jérôme Valcke valide définitivement la possibilité pour les femmes de porter un voile lors de compétitions officielles. Mais dans l’Hexagone, Frédéric Thiriez et Noël Le Graët se consultent et tombent d’accord : c’est non. « Quand j’ai écrit cette tribune en 2012, c’était au moment des premiers travaux de la FIFA à ce sujet afin de tirer la sonnette d’alarme. On s’était concertés avec Noël Le Graët et on était sur la même longueur d’ondes » , se souvient l’ancien président moustachu de la Ligue de football professionnel. Un mois et demi plus tard, la Fédération française de football opère un virage à 180 degrés et se déclare finalement ouverte au port du voile. La raison ? L’organisation d’une Coupe du monde féminine qui fait partie des priorités de l’état-major de la Fédé. « On est candidat pour organiser la Coupe du monde des filles en 2019. Si l’Arabie saoudite se qualifie, on respectera les règles de la FIFA » , clame Noël Le Graët à l’AFP. Tant pis pour l’unité.

Money, money, money


Une décision qui n'est toujours pas du goût de Frédéric Thiriez : « La position que je défends depuis le début, c’est que permettre le port du voile ou de tout autre signe distinctif religieux, c’est contraire à tous les règlements qui régissent le sport. Que ce soit la charte du CIO ou les règlements FIFA, qui interdisent sur les terrains de sport les signes religieux ou politiques. Les partisans du voile ont argumenté que le voile n’était pas un signe religieux, mais bien culturel. Ça a fait sourire tout le monde. Je pense que la FIFA, le CIO et les autres fédérations ont fait une grave erreur. Ils ont trahi les valeurs du sport pour des considérations économiques, car ils veulent que tous les pays participent à la Coupe du monde, et puis politiques pour ne pas déplaire à certains grands pays partenaires. » Des intérêts économiques que l’on retrouve aussi dans le débat actuel, même si Thiriez insiste sur la nature totalement différente des deux affaires : « Il ne faut pas faire l’amalgame entre les deux sujets. Vendre des hijabs de running aux femmes qui le souhaitent, ce n’est pas du tout interdit. C’est dans le cadre de la loi et c’est surtout la liberté de chacun. Même si c’est aussi une affaire de gros sous à la base, car il y a un marché derrière. Moi mon sujet, c’est le sport des compétitions internationales. »

Double discours


Problème : comment revendiquer l’interdiction d’un objet religieux (ou culturel, selon les interprétations de chacun) comme le hijab, lorsque chaque week-end, des centaines de joueurs se signent au moment d’entrer en jeu ou se prosternent après avoir marqué ? « Je suis totalement d’accord sur ce point-là, toute sorte de démonstration religieuse devrait être sanctionnée ou interdite, précise Thiriez. Ce qui vaut pour l’islam vaut pour toutes les autres religions. Il est écrit dans les textes que le stade ne doit pas donner lieu à une manifestation politique ou religieuse. » L’ancien président de la LFP, à l'image d'autres personnalités publiques, explique par ailleurs avoir le ressenti qu' « autoriser le port du voile, comme c’est le cas aujourd’hui, c’est en quelque sorte désavouer les athlètes musulmans qui, depuis des années et des années, se battent pour qu’ils ne soient pas obligés de le porter. Ça veut dire qu’ils se seraient battus pour rien et ce serait désespérant. »

Le hijab, un cas à part ?


Reste que le hijab semble plus spécifiquement considéré comme un problème, là où les signes de croix et les prières après un pion sont rarement réprimandés par le gendarme sportif. Sans doute parce que le voile est parfois catégorisé dans l'opinion comme un instrument de soumission de la femme. Notamment par un courant féministe souvent décrit comme institutionnel, à l'image des déclarations de la député LREM des Yvelines Aurore Bergé, qui clamait sur Twitter après l'annonce de la commercialisation du hijab de Decathlon : « Le sport émancipe. Il ne soumet pas. Mon choix de femme et de citoyenne sera de ne plus faire confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs. » La corrélation ici automatiquement effectuée entre laïcité, port du hijab et droits et liberté des femmes est néanmoins remise en question par une frange non négligeable de figures identifiées comme féministes, comme l'écrivaine militante Rokhaya Diallo ou encore la journaliste Nadia Daam.


Pour la première, « la régression ne réside pas dans le fait de porter le voile, mais dans celui d’imposer aux femmes une norme vestimentaire » , quand la seconde a réitéré le 27 février dernier chez Slate des propos qu'elle avait déjà tenus en avril 2016 : « Voilà donc, encore, la question de savoir si toutes les femmes qui se voilent y ont été forcées alors que l’on ne compte plus les témoignages de femmes qui expliquent qu’elles se sont voilées par choix, sans aucune pression ou injonction patriarcale. Est-ce si difficile à admettre ? Qu’est-ce qui nous force à adopter ce raisonnement binaire qui voudrait que les femmes libres sont non voilées et que les femmes voilées ont nécessairement été contraintes ? » Ces dernières relèvent ainsi que l'identification du port du hijab comme contrainte imposée aux femmes musulmanes nie leur capacité à choisir, réfléchir et articuler leur rapport à la foi dans le cadre de la société française.


La sociologue Hourya Bentouhami pointe notamment que les militantes féministes favorables au hijab dénoncent le discours d'un féminisme institutionnel, qui adopterait une grille de lecture « occidentalo-centrée niant les luttes d’autres femmes subalternes, non occidentales ayant noué leur propre lien entre religion et émancipation » . Au milieu de tout ça, le football hexagonal, à l'image de la société française, n'a évidemment pas trouvé de formule magique pour répondre à l'équation posée par le port du voile : si la Fédération française de football l'a interdit aux joueuses de l'équipe de France lors des compétitions internationales, le voile devrait, selon le règlement de la FIFA, être autorisé lors de la Coupe du monde 2019. Mais bien malin sera celui qui prédira la réaction de l'opinion publique si une joueuse se pointe sur le terrain avec un hijab sur la tête en juin prochain.

Par Andrea Chazy et Adrien Candau Propos de Frédéric Thiriez recueillis par AC, ceux de Hourya Bentouhami issus d'une étude de 2018 intitulée Les féminismes, le voile et la laïcité à la française.
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