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Ongenda : « Mentalement, je n'étais pas prêt »

Parti à Botoșani en Roumanie pour se retrouver en tant que footballeur, Hervin Ongenda revit depuis plusieurs mois. Autrefois présenté comme l'un des plus grands talents du centre de formation du PSG et buteur lors du Trophée des champions 2012-2013 à l'âge de 18 ans, la carrière du natif de Paris n'a pas pris le tournant que beaucoup lui auraient prédit. Pas une fatalité pour Ongenda qui, à 23 ans, est loin d'avoir abandonné toute ambition.

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Tu joues aujourd’hui à Botoșani en Roumanie, non loin de la frontière moldave. Comment as-tu atterri là-bas ?
Après l’Espagne, c’était un challenge à accepter. Un agent qui travaille sur place a contacté mes agents pour me proposer le projet. Je ne connaissais rien de la ville, je ne savais même pas qu’elle existait avant de recevoir cette proposition. (Rires.)

À quoi ressemble ton quotidien là-bas ?
« Ça m’a fait du bien. Beaucoup de bien. J’avais besoin de m’éloigner de la France, de la pression médiatique, pour me concentrer uniquement sur le football et travailler. Aujourd’hui, je suis heureux. »
La ville est petite. Généralement, quand tu sors de l’entraînement, soit tu rentres chez toi, soit tu vas faire un tour au centre commercial ou dans les quelques bons restaurants aux alentours. Là-bas, tu manges un peu de tout et il faut faire attention, car ils mangent beaucoup donc tu grossis vite. Je ne me rappelle plus exactement le nom, mais il y a un plat à base de bœuf, de fromage et de polenta qu’ils adorent.

Ça ne t’a pas fait peur de plonger dans l’inconnu, comme ça ?
Ça m’a fait du bien. Beaucoup de bien. J’avais besoin de m’éloigner de la France, de la pression médiatique, pour me concentrer uniquement sur le football et travailler. Aujourd’hui, je suis heureux. Je ne vais pas le cacher : au début, c’était compliqué, car c’était réellement l’inconnu. Mais après quelques mois, j’ai vu que tout le monde était gentil avec moi. Dans la rue, au club, à l’hôtel... Ça m’a aidé. Et puis, le cadre fait que ça te remet dedans. Parfois tu joues sur des terrains pas super, parfois oui. Mais tu ne te concentres que sur le football. J’avais besoin de ça.

Avant de retrouver du plaisir ici, est-ce que tu as pensé à arrêter le football ?
Jamais de la vie. J’aime trop ça. J’étais sûr de moi, de mes qualités. Je savais qu’à un moment donné, ça allait revenir. J’ai beaucoup travaillé pour revenir. Je savais que je repartais de zéro, que c’était un nouveau départ et que j’allais devoir faire cent fois plus qu’avant.


Pourtant, si on revient quelques années en arrière, tout avait plutôt bien commencé. Pas mal d’observateurs réguliers du Camp des Loges s’accordaient pour dire que tu étais l’un des meilleurs talents du centre de formation parisien. Quels souvenirs gardes-tu de cette période ?
C’étaient des bons moments, c’est clair. J’avais des super coéquipiers, avec qui je suis encore en contact aujourd’hui comme Antoine Conte, Presnel Kimpembe ou Mike Maignan. C’était une petite famille.

Lors du Trophée des champions de la saison 2013-2014 au Gabon, tu as tout juste 18 ans lorsque tu égalises face à Bordeaux. C’est l’un des plus beaux moments de ta carrière ?
« Quand tu es sur le terrain, tu ne sais pas ce qu’il se passe autour. Tu ne penses qu’à jouer au football. C’est l’après qui est dur à gérer. Et mentalement, je n’étais pas prêt. »
Oui, parce que c’est arrivé vite. Mais je n’étais pas prêt à ça, à tout ce qui a suivi après le match. Quand tu es sur le terrain, tu ne sais pas ce qu’il se passe autour. Tu ne penses qu’à jouer au football. C’est l’après qui est dur à gérer. Et mentalement, je n’étais pas prêt.

C’est-à-dire ?
Tout a changé. C’étaient les premières années des Qataris, avec tous les grands joueurs qui venaient d’arriver. Au milieu de tout ça, tu as un petit jeune qui arrive, qui marque aussi tôt... C’était un peu dur mentalement. Tu te dis que tu as la possibilité de jouer, mais c’est dur, car il y a un groupe déjà en place. Lorsque tu arrives dans le groupe, tu penses que tu vas tout le temps jouer. Mais non, ça ne se passe pas comme ça. Derrière, pendant un mois et demi, j’étais tout le temps le 19e et je partais m’asseoir en tribunes. Mentalement, ça te plombe. Tu ne sais pas à quel moment tu vas jouer, tu reviens dans le groupe tout en t’entraînant bien et on te dit même que tu vas commencer le week-end. Sauf que non... C’était usant mentalement.

Tu regrettes de ne pas avoir eu ta chance sur la durée à Paris ? De pouvoir enchaîner les matchs plus que tu ne l’as fait ?
Je pense que si j’avais eu ma chance sur la durée, ça aurait tout changé. Mentalement, je n’aurais pas eu cette période.

Cette période où tu côtoyais notamment Ibra, elle te paraît loin ?
Non, c’était il y a seulement quatre-cinq ans. Ibra, il n'était pas moqueur avec moi, mais il aimait bien être sur mon dos. C’est parce qu’il m’aimait bien. Sinon, il ne m’aurait rien dit. C’est clair que lorsque tu arrives dans un groupe et qu’un mec comme lui t’accueille comme ça, ça donne de la confiance. Après, c’est bien d’être dans le groupe. Mais pour y rester, il faut avoir le niveau. Si tu ne l’as pas, tu repars en CFA et basta.



Vu que tu faisais partie de ce groupe-là, ce niveau, tu l’as eu, non ?
Oui, je l’avais. Je pense que je l’ai toujours, même.

Qu’est-ce qui a manqué, dans ce cas ?
C'était un manque de sérieux... J’avais lâché. Un coup tu es dans le groupe, un coup tu n’es pas dedans. C’était vraiment dur de ne pas jouer. Je pars de ce fait en prêt à Bastia, et même là, il y a eu un manque de communication. Au moment où je pars, le discours qu’on me tient au club était : « On voulait que tu restes, mais c’est toi qui pars. » Bah ouais, mais vous me dites ça à la fin quand tout est ficelé...

Bastia, ça ressemble au début des ennuis...
Au début, ça allait avec Claude Makelele. Après, quand il est parti, ça a été difficile.

Pourquoi ça n’a pas fonctionné avec Ghislain Printant ?
Il faut dire ce qui est : on ne s’aimait pas. Même avant de m’avoir sous ses ordres, des joueurs m’avaient dit qu’il ne m’aimait pas. Après, moi, je m’en fous que tu m’aimes ou pas. Je suis là pour jouer au foot. Je ne suis pas allé là-bas pour qu’il soit mon pote. Derrière, il y a eu des petites réactions de sa part et de la mienne qui ne sont pas passées, qui n’ont rien arrangé.


Le 23 janvier 2017, tu annonces la fin de ton aventure avec le PSG. Comment tu as vécu ce moment-là ?
(Il coupe.) Ça a été dur. Mine de rien, je suis resté onze ans à Paris. Quitter le club a été un moment très difficile. Je n’ai pas de regret, j’avance. Peut-être qu’un jour, nos chemins vont se recroiser. J’y crois.

Tu as ensuite essayé de rebondir aux Pays-Bas, en Espagne et même dans d’autres pays d’Europe. Notamment en Croatie, et en Bulgarie. Mais là non plus, ça ne colle pas.
La Croatie, je ne suis jamais allé là-bas. Pour la Bulgarie, je suis allé en stage à Malte avec le Levski Sofia, mais ils ne m’ont pas gardé juste à cause d’une douleur au genou. Ils pensaient que mon ménisque était foutu, alors que non. Je ne pensais plus à Paris à ce moment-là, tous ces clubs-là voulaient que je signe. Mais il y avait toujours un truc qui n’allait pas. Zwolle, je suis arrivé en cours de saison, et le coach, qui ne me voulait pas forcément, car c’était plus une initiative du président, m’a dit d’entrée : « Ça va être difficile pour toi, j’ai déjà mon groupe. » J’étais juste un joueur de plus pour lui. Après, en Espagne, j’arrive aussi en cours de saison, mais je ne suis physiquement pas prêt. Et le club jouait la montée. Alors forcément, c’était compliqué... Même si avec le temps, je revenais bien.


Ce qui ressort de certains de ces échecs, c'est que tu n’étais pas irréprochable sur le plan de la ponctualité.
« Moi, je sais ce qu’il se passe dans la réalité. Par exemple, le fait que j’avais du mal à payer le loyer de ma maison en banlieue parisienne, c’était n’importe quoi. Je n’ai rien dit, parce que j’étais dans un moment où je repartais de zéro et je voulais me concentrer uniquement sur mon retour au plus haut niveau. Je n’allais pas me fatiguer à répondre à ça. »
Parfois, oui. Mais ce n’était pas aussi souvent que j’ai pu le lire ou que certains le prétendent. Ça a dû arriver deux ou trois fois, grand maximum. Derrière, les gens parlent, mais ce n’est pas mon problème. Moi, je sais ce qu’il se passe dans la réalité. Par exemple, le fait que j’avais du mal à payer le loyer de ma maison en banlieue parisienne, c’était n’importe quoi. Je n’ai rien dit, parce que j’étais dans un moment où je repartais de zéro et je voulais me concentrer uniquement sur mon retour au plus haut niveau. Je n’allais pas me fatiguer à répondre à ça.

Tu penses pouvoir rattraper le temps perdu ?
Je n’ai pas perdu de temps. Si ça s’est passé comme cela, c’est que ça devait se passer comme cela. Je n’ai pas de regret, car toutes ces expériences m’ont fait grandir, que ce soit en tant qu’homme ou en tant que footballeur. Je suis même fier d’être passé par ce chemin, tout compte fait. Quand je jouais en jeune, je n’avais jamais connu de moments difficiles. Tout était linéaire, facile. De passer par ces épreuves, ça m’a fait du bien. C’est un coup de bâton à la tête.

Il y a un moment en particulier qui t’a forgé ?
La petite période où je suis resté six mois sans club. Tu te poses, et tu te demandes : « Qu’est-ce que je vais faire ? » Tu commences à ruminer. Il y a plein de moments où tu repenses à certaines fois où tu aurais pu agir autrement. « J’aurais pu faire ci, j’aurais pu faire ça, j’aurais dû aller là-bas... » J’allais m’entraîner tout seul, et je rentrais chez moi. Je n’avais que ça à faire. De temps en temps, mes potes venaient me voir. Mais même sortir, je n’en avais plus envie. Ça me dégoûtait. Je n’étais pas heureux.

Tu as un rêve dans le football ?
Non, je n’ai que des objectifs. Le prochain ? Quand mon passage en Roumanie sera terminé, de trouver un club qui me fera grandir encore plus.

Propos recueillis par Andrea Chazy
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