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Goulon : « J'ai un tigre en peluche pour empêcher les singes de rentrer chez moi »

Le week-end dernier, Hérold Goulon (31 ans) a planté un coup franc direct de plus de 60 mètres qui a fait le tour du web. Il y a dix ans, c’était un international espoirs convoité qui allait bientôt jouer en Premier League. Entre-temps, l’ancien Manceau a bourlingué en Europe dans des clubs aux noms parfois pas faciles à prononcer (Zawisza Bydgoszcz) pour finir aujourd’hui en Malaisie. Il raconte sa nouvelle expérience sous les tropiques, avec des ultras bouillants, des singes et des serpents invités surprises à la maison.

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Le week-end dernier, tu as tiré et marqué un coup franc direct improbable avec Pahang FA, en demi-finale aller de la Coupe de Malaisie. Décris-nous tes sensations à ce moment-là.
Plein de trucs se passent dans ma tête. J’étais en confiance, c’est moi qui ai ouvert le score d’une tête sur un centre. On menait 2-1, il restait 30 secondes.
« Je me suis dit, au pire, ma frappe finit au poteau de corner... »
Dans mon équipe, il n’y avait pas un joueur très grand dans la surface pour reprendre le ballon de la tête, donc balancer un long ballon n’aurait servi à rien : on s’exposait à une contre-attaque. Quelques secondes avant la frappe, j’aperçois le gardien légèrement avancé, je me dis : « Il faut que je frappe. Si ça rentre, ça rentre, au pire, ça finit au poteau de corner. » Quand la balle est rentrée, j’étais choqué. « Putain, qu’est-ce que je viens de faire ?! » J’ai levé la main presque comme si j’étais désolé d’avoir marqué. Il a fallu que je vois la vidéo en rentrant chez moi une heure après pour réaliser.

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Quelles sont les caractéristiques du championnat de Malaisie où tu évolues depuis le début de l’année civile ?
C’est très intensif. Les Malaisiens sont généralement assez fins physiquement, ils compensent un manque tactique par énormément d’envie. La technique, ils l’ont, mais il n’y a pas beaucoup de consignes tactiques, ni de recherches sur l’adversaire avant les matchs. Dans le championnat, des joueurs ont énormément de talent, comme en Europe, mais ils ont des manques en matière de couverture défensive par exemple. Des petites choses qu’on apprend à l’école de foot en France.

Tu as croisé d’autres joueurs français en Malaisie ?
Il y en a énormément en Thaïlande, mais je n’en ai pas croisé en Malaisie. Dans mon équipe, il y a une grande majorité de Malaisiens. Chaque club a droit à un quota de cinq joueurs étrangers dont deux Asiatiques. En attaque, on a Dickson Nwakaeme, un Nigérian qui a joué en France (à Angers, en 2016-2017, N.D.L.R.). Et il y Lazarus Kaimbi, un Namibien qui vient de signer. Moi, évidemment, je suis plus proche des étrangers, on a le point commun d’être des joueurs trentenaires, pères de famille.


Humainement, comment ça se passe avec les locaux ?
« Ici, je connais des millionnaires qui ne vont pas hésiter à s’asseoir par terre et manger avec les mains. »
Je ne vais pas cracher sur la France (Rires), mais c’est différent. Quand tu es bon sur le terrain, l’entraîneur et les supporters te le montrent vraiment. On sent une énorme reconnaissance. Dans la vie, les Malaisiens sont très ouverts, serviables. La communauté musulmane est dans l’entraide, très ouverte sur les autres. Ici, je connais des millionnaires qui ne vont pas hésiter à s’asseoir par terre et manger avec les mains.

Le foot est l’un des sports préférés ?
Avec le hockey sur gazon, le foot est très populaire. Les finales de Coupe se jouent devant plus de 70 000 personnes ! La Coupe dégage plus de ferveur que le championnat. Pourquoi ? Je pense que durant le championnat, à partir du moment où le premier prend de l’avance, il ne reste plus beaucoup de matchs pour le rattraper (22 journées dans la saison, N.D.L.R.). En Coupe, on peut avoir des retournements de situation.

Les ultras sont impressionnants en Malaisie...
Nous, Pahang, on le ressent parce qu’on est l’équipe la plus populaire du pays. Les supporters peuvent faire sept ou huit heures de déplacement pour nous soutenir. Il arrive qu’on ait plus de supporters à l’extérieur que l’équipe qui reçoit ! L’affluence moyenne à domicile en début de saison, quand on était dans la course au titre, c’était 20/25 000 personnes.

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Où situer les ambiances en Malaisie parmi les différents championnats que tu as connus ?
Mis à part en Premier League, je n’ai pas vu de meilleures ambiances. À Chypre, les stades ne sont pas remplis.
« En Malaisie, il y a une vraie culture ultra. »
En Pologne, les ultras sont dans la démesure : ils se rencontrent pour se battre avant et après les matchs. En Malaisie, il y a une vraie culture ultra : des tifos, des banderoles... Quand j’ai marqué le coup franc, ils ont lancé des feux d’artifice ! Je n’ai pas compris pourquoi parce que ce n’était que le match aller.


Ça te plaît de vivre à Kuantan, la capitale de l’État du Pahang ?
Ouais, déjà, tout le monde parle anglais. L’alphabet est le même, donc ça facilite la lecture.
« Si tu cherches un très bon coiffeur, il vaut mieux aller à Kuala Lumpur. »
Ce n’est pas une très grande ville (environ 500 000 habitants, N.D.L.R.), si tu cherches un très bon restaurant ou un très bon coiffeur, il vaut mieux aller à Kuala Lumpur. C’est à un peu plus de deux heures en voiture. En matière de nourriture, j’ai goûté le lemang. C’est du riz au lait de coco cuit dans un bambou. Ça se mange au moment de célébrer l’Aïd. Le riz est enroulé dans des feuilles un peu comme un sushi et ça cuit quatre, cinq heures. C’est magnifique ! Gras, mais magnifique.

C’est quoi ta vie en dehors du foot ?
Aller à la plage avec ma fille. Ici, il fait 30°C toute l’année. En ce moment, ce n’est pas la mousson, mais il y a de sacrés orages. J’ai déjà visité les îles de Perhentian, Kuala Lumpur, Singapour... Ma femme adore voyager, donc on bouge souvent. Personnellement, je ne suis pas trop plage ou nature. J’ai grandi à Paris, tu sais... Je préfère des lieux comme Singapour avec de la démesure : des buildings à perte de vue, des centres commerciaux de la taille d’un aéroport, du luxe à gauche à droite...

Le cadre de vie était un facteur important quand tu as signé avec Pahang pour ta famille ?
Oui. J'ai joué il y a quelques années en Pologne dans une ville reculée, les gens étaient très froids. Je n’aurais pas emmené ma famille là-bas.

Tu vis où exactement ?
Dans un condominium, j’ai la vue sur la mer. Il y a énormément de végétation, c’est presque la jungle. Chez moi, il y a des varans, des serpents ! Il y a quelques années, ils ont trouvé un ours dans les escaliers !
« Chez moi, il y a des varans, des serpents ! Il y a quelques années, ils ont trouvé un ours dans les escaliers ! »
Je ferme les portes de chez moi après dix heures parce que les singes viennent sur mon balcon. Ils ont essayé de voler mes crampons qui séchaient sur le balcon. Les singes font partie de la communauté, en fait. Pour les empêcher de rentrer et de piquer dans mon appartement, j’ai acheté un tigre en peluche. Je ne pensais pas que ça allait marcher... mais ça marche ! Comme les murs sur coup franc.

Tu te vois rester en Malaisie longtemps ?
Je ne vais pas te le cacher, c’est vrai, il fait beau, les gens sont accueillants... Et il y a aussi le facteur argent. Je suis mieux payé qu’en Europe. C’est mon meilleur contrat depuis mon passage en Premier League.


Retrace-nous le début de ton parcours.
Ma carrière, elle a été un peu compliquée... Le problème, c’est que depuis tout petit, j’étais dans un cocon. J’ai été formé à l’INF Clairefontaine et à l’Olympique lyonnais, qui était peut-être le meilleur centre de formation dans les années 2000. Ensuite, en 2006, j’ai signé mon premier contrat pro à Middlesbrough, qui venait de disputer la finale de Coupe UEFA. L’entraîneur Steve McClaren est devenu sélectionneur de l’Angleterre. Un gros club.

Pourquoi cela n’a pas fonctionné ?
Je n’étais pas assez professionnel. À l’entraînement, je ne donnais pas tout, et ça, ça ne passe pas en Angleterre. Ensuite, j’ai cassé mon contrat et j’ai fait des essais à Sochaux, à Nantes, au Hertha Berlin... À chaque fois, je recevais une réponse négative. Cela se passait bien sur le terrain, et on me demandait de rester une semaine de plus pour voir mon comportement au sein du groupe. Mais j’étais en retard, je m’embrouillais avec des joueurs ou le coach... Pendant six mois, je n’ai pas joué, et là je me suis posé des questions. J’ai même pensé à arrêter. Finalement, je suis arrivé au Mans. On m’a fait commencer en CFA et après un match, j’étais titulaire en Ligue 1. Après, je n’ai plus perdu ma place. L’erreur que j’ai faite, c’est d’avoir voulu travailler seul.

Pourquoi ?
Quand j’étais à Middlesbrough, mon agent m’a laissé tomber, j’avais 18 ans. Après une saison et quelques mois au Mans, je me retrouve libre à l’été 2010. J’étais un milieu défensif de 21 ans courtisé. Rudi Garcia (LOSC) m’appelle, José Anigo (OM) m’appelle, on parle de moi pour remplacer Makélélé au PSG - finalement, il a prolongé une saison supplémentaire. Pourtant, à la fin du mois de juillet, il n’y avait pas d’offre. Je ne sais pas les montants de commission demandés par l’agent, mais à ce moment-là, je décide de mettre un terme à notre association.

Tu vas à Blackburn et là-bas non plus tu ne perces pas en Angleterre.
Si tu vas dans un club et que ton agent n’a pas de poids sur l’entraîneur ou le directeur sportif, c’est compliqué. À Blackburn, Sam Allardyce est parti au bout de deux mois, son adjoint a pris l’équipe et tout a changé. On m’a quasiment de demander de partir sans m’expliquer pourquoi.

« En 2010, Rudi Garcia m’appelle, José Anigo m’appelle, on parlait de moi pour remplacer Makélélé au PSG... »

Et la suite ?
Après Blackburn, j’avais des blessures récurrentes au genou. Je cherchais des clubs. Soit on me disait non à cause de mes problèmes physiques, soit j’entendais : « Ttu n’as pas un agent ? Parce qu’il faut bien que quelqu’un mange la commission... » Je suis resté un an sans club parce que j’ai eu la naïveté de croire que je pouvais travailler seul. Le plus difficile à cette période, c’est le regard des gens. Dans ces moments-là, tu rentres chez toi. Moi, mon quartier, c’est Pantin, à côté de Paris 19e. Quand tu entends des mecs dire en te revoyant : « Encore un branleur » ... Ce n’est pas facile à accepter.


Si tu avais arrêté le foot, tu aurais fait quoi à ton avis ?
(Il réfléchit) Vendeur chez Zara, peut-être quelque chose comme ça. Je n’avais pas de diplôme à cette époque-là – aujourd’hui, je fais un BTS commercial. Je ne pensais pas à l’après-foot parce qu’il n’y avait que le foot. C’est grâce à ma femme que j’ai continué.

En haut à gauche, lors du Tournoi de Toulon 2009.


Il y a dix ans, tu as connu trois sélections avec l’équipe de France espoirs lors du Tournoi de Toulon. Quels souvenirs en gardes-tu ?
Honnêtement, c’est la pression. J’ai joué contre le PSG, contre Marseille ; mon premier match titulaire à l’extérieur en Premier League, c’était sur la pelouse de Manchester United et je n’ai pas ressenti la pression. Mais là, en équipe de France, j’avais l’impression qu’à chaque petite erreur, ma chance allait s’échapper. J’ai été milieu défensif quasiment toute ma carrière. Il y avait déjà des joueurs installés à mon poste : Moussa Sissoko, Étienne Capoue, Younousse Sankharé... Pour prendre leur place, je devais d’abord prouver, puis confirmer. Sur le terrain, à cause de la pression, je jouais sans risques. Mais si tu ne joues pas ton football, tu ne peux pas être le meilleur.

Tu as joué en France, en Angleterre, en Pologne, en Roumanie, à Chypre et maintenant en Malaisie. Qu’est-ce que ça t’apporte d’avoir vu autant de pays ?
« Au club, on se lave avec des tuyaux d’arrosage. C’est de l’eau froide, et alors ? »
J’ai une ouverture d’esprit, dans tous les sens du terme. Sur le terrain et en dehors. Par exemple, aujourd’hui, les infrastructures de mon équipe, c’est pire que le niveau amateur. Au club, on se lave avec des tuyaux d’arrosage. C’est de l’eau froide, et alors ? Aujourd’hui, je trouve cela anodin, mais si j’étais resté en France, je pense que je n’aurais jamais accepté ça.

Qu’est-ce que tu espères accomplir d’ici la fin de ta carrière ?
J’ai connu pas mal de blessures qui... (il cherche ses mots) m’ont poussé à me protéger dans ma carrière. Je suis bon, pas bon, je n’attends rien. Si tu n’attends rien, tu n’es pas déçu. Et si tu n’es pas déçu, tu ne pètes pas les plombs. Propos recueillis par Florian Lefèvre