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Hernandez et Pavard : l'axe de cohabitation ?

Deux latéraux champions du monde pour composer sa nouvelle défense, c’est le pari fait par le Bayern pour la saison prochaine. Reste à savoir si cette charnière à 115 millions d’euros (80 pour Lucas Hernandez, 35 pour Benjamin Pavard) peut être une solution d’avenir pour l’ogre munichois.

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Les trajectoires des jeunes Français à l’étranger peuvent parfois être capricieuses. La preuve avec Vincent Koziello, aujourd’hui remplaçant chez le leader de D2 allemande. « Quand je jouais avec les Espoirs, j’avais Lucas à gauche et Benjamin à droite. Eux sont champions du monde et moi je suis à Cologne. » Que l’ancien Niçois de 23 ans se rassure : l’an prochain, il aura une chance de retrouver la Bundesliga, mais aussi de croiser sur le même terrain ses ex-partenaires chez les Bleuets. Puisque Lucas et Benjamin, Hernandez et Pavard, seront à partir de cet été coéquipiers au Bayern Munich. Le transfert du gaucher de l’Atlético a été officialisé ce mercredi, alors que l’arrivée du droitier de Stuttgart était déjà actée en janvier.


Déjà poussés vers la sortie en sélection, les trentenaires Mats Hummels et Jérôme Boateng devraient (être contraints de) laisser la place à la jeune génération. Et dans son vaste lifting, le Bayern reconstruirait donc sa défense centrale avec les deux latéraux fétiches de Didier Deschamps. Hernandez et Pavard seront amenés à bouffer la ligne de touche dans leur nouveau club, qui s’inspirerait alors de la défense à quatre axiaux de l’équipe de France, à moins qu’un seul des deux soit associé à Niklas Süle, Hummels ou Boateng, selon ceux qui resteront en Bavière. Mais il y a aussi une forte probabilité de voir les deux joueurs de 23 ans (Pavard fête son anniversaire aujourd’hui) former la défense centrale du Rekordmeister. Ainsi, voir une charnière composée des deux latéraux de l’équipe de France, au-delà d'un sacré clin d’œil, serait une petite originalité. Mais est-ce qu’une telle association serait vraiment pertinente ?

Le concept de latéraxial


Dans les faits, il n’y a rien de fantasque à installer un duo Hernandez-Pavard au centre d’une défense. Tout simplement parce qu'ils ont été formés à ce poste. Pour le Nordiste, le poste d’arrière droit a surtout été celui de l’acceptation, celui souvent grâce auquel il a pu entrer dans une équipe — comme chez les Bleus — avant de faire son trou et glisser dans l’axe, ou pas. À Lille, Frédéric Antonetti n’avait pas souhaité le recentrer, mais cette polyvalence lui a réussi à Stuttgart. « J’ai apprécié son caractère, son professionnalisme au quotidien et sa polyvalence, décrivait son ancien coach Hannes Wolf au Parisien. Il peut jouer partout en défense et aussi milieu défensif axial. » Partout, mais surtout axe droit, où Pavard a disputé 19 des 21 rencontres de championnat pour sa troisième et dernière saison avec les Souabes. Et c’est aussi dans ce rôle que le Bayern a pu l’observer chaque week-end et être séduit par ses qualités qui lui ont permis de finir dans l'équipe type de Bundesliga. Même si sa présence permettrait de faire remonter de manière pérenne Joshua Kimmich au milieu de terrain, pourquoi le staff munichois le collerait uniquement sur un côté ?


Le topo est sensiblement le même pour Lucas Hernandez, central de nature, si ce n'est que ses références sont plus fournies que celles de son compatriote. C’est Armando de la Morena qui l’a déporté sur le bord du terrain avec les U18 de l’Atlético. « Je voulais en faire un joueur plus complet, pour lui ouvrir des portes, témoignait l’Espagnol. Je l’ai mis latéral pour la première fois au Mondial des clubs. Son explosivité, son intensité, mais aussi sa maîtrise du ballon et ses bons centres lui offraient cette possibilité. C’était une alternative, une corde de plus à son arc. » Une belle intuition puisque c’est ainsi qu’il a pu conquérir le graal en Russie l’été dernier. Mais à Madrid, Diego Simeone le considérait avant tout comme un central. Et au Bayern, avec le remue-ménage dans l’axe et la concurrence forte de David Alaba à gauche, c’est probablement dans ce registre qu’il est attendu, même si le directeur sportif du Bayern, Hasan Salihamidžić, a justement affirmé que « Lucas peut jouer aussi bien en défense centrale que sur le flanc gauche de la défense » . De la polyvalence, toujours.

Un crash-test bavarois avant la voie bleue ?


Cependant, il est difficile d’imaginer le Bayern entamer une saison 2019-2020, certes placée sous le signe de la transition, avec un binôme Hernandez-Pavard dans l'axe. Les deux défenseurs sont encore relativement jeunes, leur association nécessite du temps et de l'opposition pour se roder. D'autant plus que leurs caractéristiques sont finalement assez similaires et leur complémentarité ne coule pas de source. Les deux ont des qualités de relance intéressante, mais peut-être pas aussi affinée que celles du quaterback Boateng ; ils ont une faculté à mettre de l'agressivité, mais ne possèdent pas encore la lecture de jeu d'Hummels ; ils seront difficiles à battre en duel au sol ou à être pris de vitesse, mais déplorent un déficit évident de taille. Les deux Français ne passent pas le mètre 90 (1,86 pour Pavard, 1,83 pour Hernandez), quand Hummels (1,91), Boateng (1,92) et Süle (1,95) sont des colosses de ce point de vue. Autrement dit : il faudra miser sur d'autres atouts pour ne pas être uniquement considéré comme les successeurs du couple Lizarazu-Sagnol. Leur place est dans l'axe. À eux de prouver qu'ils en ont les épaules pour s'inscrire dans la durée à ce poste au Bayern, et pourquoi pas un jour en équipe de France.



Par Mathieu Rollinger Propos de Koziello et de la Morena issus du SO FOOT #159.
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