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Hakim Arezki : « L'Algérie m’a mis au monde et la France m'a sauvé la vie »

Depuis le 22 février, l'Algérie et son football manifestent dans la rue contre le président Abdelaziz Bouteflika. En 2001, Hakim Arezki s'était lui aussi mobilisé, et avait perdu la vue sous les balles des forces de l'ordre. À 36 ans, le défenseur de l'équipe de France de Cécifoot revient sur cet épisode, sur les manifestations actuelles et sur son sport.

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Depuis le 22 février, de nombreux Algériens manifestent contre le système porté par Bouteflika. Le football et ses supporters jouent un rôle déterminant dans ces manifestations. Est-ce que ça vous surprend ?
Pas du tout. Tout part de cette jeunesse algérienne extraordinaire qui a su s’unir pour rejeter ce pouvoir – je vais utiliser le mot pouvoir pour rester poli. Les stades sont pleins de ces jeunes, la contestation est partie de là, les slogans aussi. Les stades ont longtemps été le seul terrain d’expression de la jeunesse algérienne.


En 2001, vous avez perdu la vue après que des gendarmes vous ont tiré dessus avec des balles explosives lors des manifestations kabyles...
C’était le printemps noir de Kabylie en 2001, un moment de contestation régionale.
« En 2001, j’avais 18 ans, j’étais lycéen, on manifestait pacifiquement pour défendre notre identité, notre langue, notre culture, mais aussi pour réclamer la justice. On est aussi sortis pour réclamer le départ de cette mafia, la même qui gouverne toujours l’Algérie. »
Aujourd’hui, c’est un mouvement national, c’est ce qui fait sa grandeur. En 2001, j’avais 18 ans, j’étais lycéen, on manifestait pacifiquement pour défendre notre identité, notre langue, notre culture, mais aussi pour réclamer la justice. Le 18 avril 2001, des gendarmes ont tué un jeune étudiant sans raison. Ça a été l’élément déclencheur : il n’avait strictement rien fait, et a été tabassé à mort, puis achevé avec une rafale de kalachnikov. On est sortis pour réclamer la justice, réclamer le départ de cette mafia, la même qui gouverne toujours l’Algérie, avec une corruption présente dans toutes les institutions. Depuis 1962, on est gouvernés par les mêmes gens.

Craignez-vous, dix-huit ans après, une nouvelle vague de répression violente en Algérie ?
Les premiers jours de manifestations, j’avais vraiment une boule au ventre. Je me suis dit : « ça va être un bain de sang » , parce que l’État a perdu toute humanité, depuis très longtemps, bien avant 2001. J’ai été très rassuré ensuite, et très content, pour l’exemplarité des manifestations : j’espère que ça va durer. Il ne faut donner aucune raison au pouvoir de sortir les armes, parce qu’il n’hésitera pas. J’espère que je me trompe, mais je ne leur ferai jamais confiance, à cause de mon passé. De mon côté, je manifeste en France dès que je peux pour les soutenir.

Les manifestations de 2001 ont été aussi déterminantes dans votre vie que dans votre carrière footballistique.
Je ne peux pas dire que je visais une carrière dans le foot à cette époque, je jouais comme tous les jeunes de mon âge, mais pas dans un club pro. C’était ma passion avec les arts martiaux. Quand j’ai perdu la vue en 2001, je me suis dit que le foot, c’était fini.


C'est en arrivant en France que vous découvrez le cécifoot.
Oui, à l’Institut des jeunes aveugles de Paris entre 2004 et 2005.
« Au début, j’étais vachement déçu, je pensais que j’allais retrouver la même maîtrise du ballon qu’en étant voyant, mais pas du tout. C’était comme si j’apprenais une deuxième fois que j’étais non voyant. »
Je n’ai pas hésité un instant. C’est là que j’ai fait ma rééducation, pour apprendre l’écriture en braille, j’y ai passé cinq ans. J’ai fait ma formation d’accordeur de piano, des études de musique et j’ai découvert le cécifoot. Il n’y avait qu’un seul entraînement par semaine. Au début, j’étais vachement déçu, je pensais que j’allais retrouver la même maîtrise du ballon qu’en étant voyant, mais pas du tout. C’était comme si j’apprenais une deuxième fois que j’étais non voyant. Je devais trouver d’autres repères, faire appel à d’autres sens. Ensuite, j’ai rejoint le club de Saint-Mandé et petit à petit, j’ai fait des sélections puis atteint l’équipe de France.

Quel est le rôle du cécifoot dans votre vie ?
Le cécifoot m’a aidé à me reconstruire une nouvelle vie, car je renouais avec ma passion du foot et, au-delà de ça, le terrain, c’est pour moi un espace de liberté. C’est un des deux moments où je me sépare de ma canne : chez moi, et sur un terrain de foot. Je m’y sens libre. Ça m’a aussi aidé à développer mon autonomie au quotidien. Et puis, entrer dans cette sphère du haut niveau, ça vous tire toujours vers le haut, ça vous pousse à vous surpasser. Et puis travailler en groupe, c’est se donner pour l’équipe, se faire confiance les uns les autres...

Est-ce que le cécifoot est une source de revenus pour vous ?
Pas du tout, malheureusement pour nous, on ne vit pas du handisport, surtout dans les sports collectifs. Dans d’autres pays, oui : par exemple, les Brésiliens sont professionnels, ils ne font que ça, ils s’entraînent comme des joueurs pros. En France, on ne parle pas assez du cécifoot, même quand il y a des compétitions.


Vous portez donc le maillot français, et non pas algérien, puisqu'il n’y a pas de sélection en Algérie.

J’ai deux patries : l’Algérie qui m’a mis au monde, et la France qui m’a sauvé la vie.
« Aujourd’hui, même s’il y avait une équipe algérienne, je ne pourrais pas représenter un pouvoir qui m’a enlevé la vue. »
Je ne saurais pas choisir entre les deux. J’ai tenté de faire quelque chose en Algérie avec des joueurs qui étaient partants pour faire une équipe. Le cécifoot n’y existe pas dans les règles comme ça se fait ailleurs, mais il y a toujours des jeunes qui ont perdu la vue et qui tapent quand même dans un ballon. C’est trop compliqué de créer les choses en n’étant pas sur place, mais je n’abandonne pas l’idée si les choses changent politiquement en Algérie. Aujourd’hui, même s’il y avait une équipe algérienne, je ne pourrais pas représenter un pouvoir qui m’a enlevé la vue.

Qu’est-ce que vous avez ressenti lors du titre de champion d’Europe en 2009 ?
C’était très fort. C’est le premier titre international de l’équipe de France de cécifoot, j’étais très content de faire partie de cette génération. Je revenais de très loin. Jouer au foot et être champion d’Europe, c’était une belle revanche individuelle, une manière de montrer à ce pouvoir que j'étais toujours là. Je me suis senti très vivant. Et c’était aussi une reconnaissance pour la France qui m’a sauvé, j’ai même été fait chevalier de l’ordre national du mérite et été reçu à l’Élysée en 2013.


Vous êtes kabyle, vous jouez au foot. Forcément, vous nous voyez venir : que pensez-vous du parcours de Zinédine Zidane ?
Je l’admire, pour sa carrière de joueur et d’entraîneur. Il n’est pas le seul dans ce cas, mais il est kabyle, donc c’est une immense fierté. Zidane a fait beaucoup, grâce au foot, pour les Français d’origine étrangère. Il a permis de changer le regard sur eux.

En juin, l’Algérie dispute la CAN en Égypte. Un bon parcours peut-il jouer un rôle dans la situation politique en Algérie ?
Je pense, oui. On a commencé la contestation dans les stades de foot, avec des chansons de supporters. Peut-être qu’ils vont pouvoir inaugurer ce nouveau visage de l’Algérie qui commence à percer. En attendant, dans la rue, il ne faut rien lâcher, il faut continuer.

Propos recueillis par Kaina Zerouali et Adrien Hémard
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