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Habib new year

Voilà un peu plus d'un an que Habib Diallo ne fait qu'une chose : marquer. Pourtant, le Sénégalais de 24 ans a pris le temps avant de convaincre à Metz, où son talent a longtemps été plus discuté que sa légendaire timidité. Portrait d'un homme discret considéré comme le meilleur joueur de tête de France.

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Trois cents minutes de silence n’ont jamais fait autant de bruit en Lorraine. La faute à un Habib Diallo en panne sèche devant le but lors des matchs de préparation estivale. Resurgissent alors des doutes et des questions aussi légitimes que précipitées : lui, le deuxième meilleur buteur de Ligue 2, auteur de 26 pions — à une unité du pichichi Gaëtan Charbonnier — et acteur majeur du retour du FC Metz dans l’élite, s’écraserait-il à nouveau sur son plafond de verre ? Au pays de l’ascenseur, on craint alors que l'attaquant ne soit qu’un liftier, utile pour appuyer sur le bouton, mais non habilité à s'installer à l’étage supérieur.
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Cet été, Vincent Hognon refusait alors de céder à la panique. « Non, ça n’est pas inquiétant, assurait le coach messin. Il avait déjà connu un petit trou d’air en janvier. Ça reviendra avec le travail et l’investissement à l’entraînement. » Trois mois plus tard, le ronflement de l’A31 bordant Saint-Symphorien est toujours audible, à l’inverse des grincements à propos du Sénégalais. Installé sur le podium des plus fines gâchettes de Ligue 1, derrière Wissam Ben Yedder (8) et à égalité avec Victor Osimhen, il facture sept buts en dix journées, sur les neufs inscrits par les Grenats. Mieux, « Monsieur 80% » est depuis la saison dernière le joueur à avoir inscrit le plus de buts dans les championnats français professionnels (33), juste après Kylian Mbappé (35). Des chiffres qui donnent le tournis au point d'évoquer aujourd'hui une « Diallo-dépendance » sur les bords de la Moselle.

« Un bouton de rose qui a mis du temps à éclore »


Olivier Perrin le dit en toute transparence, il n’aurait pas parié sur un tel rendement à ce stade de la saison. Le responsable de la formation messine et ancien manager de Génération Foot, l’antenne du FC Metz au Sénégal, assure pourtant que « lorsqu'on croit en quelqu’un, il faut être patient » . Lui n’a découvert Habib Diallo qu’au moment où celui-ci s’apprêtait à rejoindre la Moselle, en octobre 2013, quand rien n'était gagné. « Avec un parcours aussi chaotique, les gens pouvaient se poser des questions, c’était légitime, admet-il. Mais même quand les vents ne sont pas dans le bon sens, il faut insister jusqu’à ce que l’éclosion se fasse. Et Habib est un bouton de rose qui a mis du temps à s’éclore. »


Au FC Metz depuis six ans, il est l'un des plus anciens au club, mais c’est surtout sa timidité unanimement reconnue, voire son effacement, qui lui collent toujours à la peau.
« Un gros bosseur qui ne ramène jamais sa gueule : Habib est un peu l’antithèse du cliché du footballeur professionnel. » Philippe Hinschberger, son entraîneur à Metz
« Habib est quelqu’un de très discret, très poli, gros bosseur, vachement dans l’observation, qui s’entraîne tout le temps et ne ramène jamais sa gueule, pose Philippe Hinschberger. C’est un peu l’antithèse du cliché du footballeur professionnel. » Habib Diallo est un mystère. « Un mec cool, qui fait des choses simples, souffle Olivier Perrin. La famille, la télé, un peu les voitures, les chiens, les animaux... » Un mec chiant ? Non, juste un type « secret » qui « n’a pas envie de se mettre en avant » . Un caractère que l’enfant de Thiès, ville située à 70 kilomètres à l’est de Dakar, tient d’un famille modeste dans tous les sens du terme.


Personne ne sait grand-chose sur son entourage, si ce n’est que Habib a reçu une « éducation exceptionnelle » , que son père l’a confié à l’âge de 15 ans à Mady Touré, le président de Génération Foot, et que le garçon a passé sa dernière nuit au Sénégal dans les bras de sa mère avant de découvrir un autre monde. « La relation que j’ai avec Habib dépasse la relation entre un président et un joueur » , assure encore aujourd'hui Mady Touré, qui décrit un garçon « déjà très intelligent » et « attiré par le but » , mais bardé de défauts qui le poursuivront sur les terrains. « À ses débuts, il était plein de talent, mais très inconstant dans ce qu’il faisait d’une séance à l’autre ou même dans une même séance : capable de marquer trois buts d’affilée puis de disparaître, insiste Olivier Perrin. C’est ce qui lui est ensuite arrivé à Metz avec des hauts et des bas. »


Génération nan nan


Octobre 2013. Habib Diallo a 18 ans et débarque alors en Lorraine, marchant dans les pas de Babacar Gueye, Diafra Sakho ou Sadio Mané. Et comme ses glorieux prédécesseurs, Habib Diallo doit d’abord observer une période d’acclimatation prévue dans le programme.
« Lors de ses deux premières saisons, il n’avait marqué qu’un seul but avec la réserve. On était si peu convaincu qu’on a hésité à lui donner un contrat pro. » Philippe Gaillot, directeur sportif du FC Metz
« Comme la majorité des garçons issus de Génération Foot, il a eu besoin de vivre une saison au centre de formation pour avaler tout le travail qui n’est pas toujours possible de faire en Afrique, rapporte Perrin. Habib avait tout à découvrir : les horaires, le froid, les entraînements quotidiens, expliquer où on a mal aux kinés, faire de la vidéo... Il faut du temps. Certains extraterrestres comme Ismaïla Sarr arrivent à griller des étapes, mais très peu ont su le faire, indépendamment de leurs qualités pures de footballeur. » Pendant plusieurs mois, les formateurs messins pensent qu’il y a eu une erreur de casting. « Lors de ses deux premières saisons, il n’avait marqué qu’un seul but, explique Philippe Gaillot, le directeur sportif messin. On était si peu convaincus qu’on a hésité à lui donner un contrat pro... On a finalement décidé de lui donner sa chance avec un an de contrat, et deux en option. »


La raison de cette clémence : Habib ne lâche rien, s’accroche et ne rechigne pas à faire plus d’efforts que nécessaire à l’entraînement. Une persévérance qui finira par lui ouvrir les portes du haut niveau. Si José Riga l’avait lancé à 20 ans avec précaution dans le grand bain, en août 2015 contre Lens, c’est Philippe Hinschberger qui est le premier à véritablement lui mettre le pied à l’étrier. « Quand je récupère l’équipe en janvier 2016, il n’est pas dans le groupe, mais dès les premiers entraînements, on a été agréablement surpris par l’impression visuelle qu’il dégageait : un joueur longiligne, très habile, élégant, racé, rembobine l’actuel entraîneur de Grenoble. Je l’ai envoyé avec la réserve, qui jouait un amical un mardi soir contre un club luxembourgeois. Il a mis un triplé. Je l’ai récupéré sur le banc directement le match d’après contre Le Havre. Puis, il s’est mis à marquer contre Nîmes. Une fois rentré dans l’équipe, il n’en est plus sorti. »



L’effectif grenat délesté de « tout un tas d’attaquants qui ne servaient à rien » , Habib Diallo fait alors son trou aux côtés de Christian Bekamenga. Avec ses neuf buts en quatre mois, dont quatre doublés, il pense légitimement que son heure a sonné en Ligue 1, enfin à l’aise dans son environnement. « Habib est quelqu’un de structuré, d’équilibré, avec les pieds sur terre » , continue Hinschberger, admiratif de l’état d’esprit de son attaquant. D’autant plus que Diallo commence à prendre ses aises dans le groupe. « OK, Habib n’est pas le clown qui va animer un vestiaire, mais il n’est pas pour autant renfermé, pose son ex-coéquipier Simon Falette, aujourd'hui à Francfort. On se voyait de temps en temps en dehors du foot. Il m’avait invité au baptême de sa fille ou à des dîners avec les autres Sénégalais du groupe. Avec Ismaïla Sarr, Opa Nguette et Fallou Diagne, ils se retrouvaient de temps en temps au Medusa, un restaurant du coin. » Mais à l’heure de passer au plat de résistance, Habib cale.

À l'ouest, le cap


L’été 2016, le promu messin a fait venir Mevlüt Erdinç et offre le rôle de doublure au jeune Diallo. « Mevlüt a eu une réussite exceptionnelle à ses débuts avant de se blesser, retrace Hinschberger. Et, au moment de prendre le relais, Habib était en difficulté. » Relégables à la trêve, les Grenats optent pour un autre crack : Cheick Diabaté. Diallo, lui, est envoyé à Brest, pour passer un cap.
« Dans le jeu aérien, ce n’est pas compliqué, c’est ce qui se fait de mieux en France. » Jean-Marc Furlan, son coach à Brest
Rétrospectivement le meilleur choix qu’il pouvait faire. « Il n’y a que lui qui peut dire ce que ce prêt lui a apporté, mais ça lui a quand même permis de changer de cadre et de se remettre en question » , estime Jean-Marc Furlan, alors à la barre du SB29. Ses deux buts lors de ses deux premiers matchs lui permettent de trouver sa place, mais le technicien pointe tout de même quelques carences. « Comme certains footballeurs, il considérait l’entraînement comme un amusement, pointe Furlan. Il pouvait s’entraîner de manière trop décontractée et je me souviens lui avoir dit plusieurs fois de se bouger le cul. » C’est justement cette exigence, cette attention, qui permet à Diallo de se révéler aux autres et à lui-même.


Jean-Marc Furlan est catégorique sur un point : « Dans le jeu aérien, ce n’est pas compliqué, c’est ce qui se fait de mieux en France. » Avant de développer : « Dans le football moderne, les joueurs de son âge ont de moins en moins de dispositions de la tête parce que ce n’est pas leur truc. C’est dû au fait que des spécialistes ont montré que ça pouvait nuire à la santé et que les jeunes ont moins d’appétence pour ça. » À la fin du prêt, Furlan est définitivement séduit. De l’autre côté de l’Hexagone, Metz n’a pas encore pris la mesure de son joueur. Le recrutement des expérimentés Nolan Roux et Emmanuel Rivière bouche l’horizon du Sénégalais, qui est renvoyé une nouvelle fois à ses études finistériennes, pour le plus grand bonheur de Furlan. « Tu es content quand tu arrives à garder des joueurs qui progressent et apprennent à se connaître, sourit-il. J’aimais travailler avec Habib parce que c’est un garçon merveilleux. Il s’était très bien adapté à l’autorité de l’entraîneur, à notre philosophie de jeu et à la conception du groupe... »



Le groupe, voilà justement l’autre donnée importante pour comprendre son épanouissement à Brest. Furlan pouvait sentir chez Diallo « une profonde identité lorraine » par son attachement au club grenat, mais aussi à une région où il a rencontré sa femme. Mais s’il traversait la France d’ouest en est à la moindre occasion, l’attaquant n'en était pas moins adopté en Bretagne. « On avait une vie de groupe assez exceptionnelle, se délecte encore Furlan. On a toujours essayé de former un groupe très serré, très uni, très solidaire. De ce point de vue-là, il a pu se fondre dans ce groupe, comme si sa discrétion était un atout. » Ainsi, Habib Diallo compose une doublette infernale avec son futur rival Gaëtan Charbonnier, permutant sans cesse entre l’axe et le couloir. Puis, l’été arrive et le moment de rentrer à Metz avec. Cette fois, pour de bon ? « Quand je l’ai eu un an, je le voulais une deuxième année, puis une troisième, chicane Furlan. Mais bon, Fred Antonetti a très bien compris quand il est arrivé à Metz et il a dit : "Moi, je le garde." Et il a bien eu raison. »

« Il est devenu un adulte »


L'histoire commune de Diallo et Brest ne s'arrêtera toutefois pas là. Avant de planter un but décisif pour la course à la montée lors du match retour à Francis-Le Blé, l'attaquant avait déjà recroisé ses anciens camarades à Saint-Symphorien pour une scène illustrant à merveille l'expérience qu'il avait vécue. « Quand on est arrivés à Metz, il nous attendait dans les vestiaires pour nous embrasser, narre Furlan. Comme j’avais une équipe de branleurs, ils lui ont sauté dessus et l’ont carrément foutu à poil !  » Ses deux clubs promus la même année, Habib Diallo ne pouvait certainement pas mieux rêver. Mais difficile de savoir si les Brestois reconnaîtront leur Habib, tant celui-ci a pris une nouvelle dimension ces dernières semaines.


« On croit que c’est facile quand on a des aptitudes, mais certains ont besoin qu’on les accompagne. Quand on le voit jouer aujourd’hui, il doit enfin en avoir conscience. » Olivier Perrin, responsable de la formation messine
Vice-capitaine du FC Metz, endossant le rôle de grand frère pour les nouveaux arrivants de Dakar, l'attaquant de 24 ans est aujourd'hui la figure de proue du bateau messin. « Il a su gommer ses défauts pour devenir incontournable sur le terrain et en dehors, souligne Philippe Gaillot. S'il en est là aujourd'hui, c'est parce qu'il est un modèle dans le travail, le comportement et la performance. Bref, il est devenu un adulte. » Un constat partagé par Olivier Perrin : « Quand je l'ai retrouvé il y a un an et demi, j’avais déjeuné avec lui. En sortant du repas, je me suis dit : "Ce n’est plus un gamin, j’ai un homme en face de moi." Il a eu des déclics avec des gens comme Jean-Marc Furlan qui lui ont fait prendre conscience de ses capacités. On croit que c’est facile quand on a des aptitudes, mais certains ont besoin qu’on les accompagne. Quand on le voit jouer aujourd’hui, il doit enfin en avoir conscience. »


Un nouveau statut qui lui a aussi apporté la reconnaissance de sa sélection, devenant un Lion de la Téranga en novembre dernier, capé à deux reprises depuis. « Sur les 150 joueurs qu’on a fait progresser depuis 2000, il fait partie de ceux qui restent dans le cœur de Génération Foot et il nous le rend bien, s'exclame le président-confident Mady Touré. Mais le chemin n'est pas encore terminé : il veut confirmer en Ligue 1 avec Metz avant de se lancer dans un autre challenge. » Tous disent la même chose : « Habib Diallo est le même joueur, mais en plus mature et avec plus de choses dans ses valises. » Reste à savoir où il les posera par la suite. Mais Jean-Marc Furlan promet que ses futurs courtisans ont peu de risques de se tromper : « Quand Habib aura 28-29 ans - l'âge de maturité pour un avant-centre -, il vaudra mieux l'avoir dans son équipe. » Une marge qui devrait lui permettre de laisser durablement son empreinte en Lorraine.

Par Mathieu Rollinger Tous propos recueillis par MR, sauf ceux de Vincent Hognon par Le Républicain lorrain.