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Guy Roux : « Ma pub préférée ? Nomade Bouygues Telecom ! »

On ne le présente plus. Né en 1938 à Colmar dans l’Est de la France, Guy Roux a tout connu, ou presque. Champion de France en 1996, vainqueur de 4 coupes nationales, l’illustre entraîneur de l’AJ Auxerre est avec 894 rencontres, le technicien ayant le plus officié en première division française. Roux est un bâtisseur, il a pensé, façonné et amené le club de cette petite ville de l’Yonne d’à peine 35 000 habitants au sommet du foot hexagonal. Guy Roux, c’est un caractère, une attitude, un immuable 4-3-3 et des publicités qui nous feront toujours sourire.

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Bonjour Guy. Vous êtes né en 1938, un an avant la guerre. Vous aviez 6 ans lors de la Libération. Des souvenirs ?
Devant chez moi, il y avait beaucoup de véhicules américains arrêtés. Je suis sorti. C’était à la campagne dans une maison isolée. Une jeep était stationnée et il y avait un grand monsieur noir. Je n’en avais jamais vu sous Hitler. Il m’a donné quelque chose que je n’avais jamais mangé : du chocolat. Et puis il y a eu autre chose qu’il m’a dit de ne pas avaler : le chewing-gum. (Rires.) C’est mon meilleur souvenir.

Votre père était soldat. Vous a-t-il raconté la guerre ?
Non, il a été fait prisonnier assez vite. Il était officier de carrière et il a fini colonel. Il a livré des combats très dur en Indochine, mais il ne m’a jamais rien raconté.

Vous n’étiez pas curieux ?
Vous savez, une fois qu’ils ont disparu, on se dit toujours : « J’aurais dû lui demander. » Mon grand-père était dans les tranchées en Argonne. Il a participé à trois attaques en sortant sous la mitraille. Lors de la troisième, il a pris un éclat d’obus. Il est allé à l’hôpital à Nice, puis il est revenu dans la tranchée. Je ne lui ai jamais demandé de détails. Je lui laissais raconter ce qu’il voulait raconter. Je ne lui ai jamais demandé plus et je l’ai regretté.


Un père à la guerre, une mère à la santé fragile, pas trop dur pour un jeune garçon ?
J’ai découvert mon père à 7 ans et n’ai vécu que 6 mois avec les deux, ensemble. Je me faisais parfois engueuler, mais c’est normal. J’ai beaucoup vécu avec mes grands-parents. Ils sont forcément plus doux. J’en sais quelque chose, je suis grand-père aujourd’hui.

Est-ce à cette époque que votre lien avec la nature s’est développé ?
Non, c’est dès l’enfance. Chez mon grand-père, nous avions un jardin, avec des volailles, des lapins qui nous permettaient de nous nourrir. Il y avait aussi des petites forêts qu’il exploitait pour nous chauffer. J’étais tout le temps dans la nature. Ça me paraissait bien aussi que mes joueurs aient ce contact. C’est toujours plus agréable de faire 10 kilomètres en forêt que 25 tours de terrain.

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Vous avez joué à Auxerre, au Stade poitevin et à Limoges et n’avez pas pu devenir professionnel. Une réalité difficile à accepter.
Il y avait des moments où j’étais d’accord avec cette décision. Je me rendais compte que je ne pourrais jamais l’être, et puis une année, je suis allé en Angleterre faire un voyage d’étude. Je me suis entraîné un mois avec Crystal Palace. Quand je suis revenu à Limoges, j’étais en avance. J’ai bouffé tout le monde. Lors des premiers matchs amicaux ou d’oppositions A contre B, j’étais l’un des meilleurs. Ils m’ont dit : « Dis donc, tu as fait des progrès. » Mais j’étais juste plus en forme que les autres. Après, j’ai réalisé que ma vitesse d’exécution était un peu trop lente.


Pour parfaire votre formation d’entraîneur, vous êtes donc allé en Angleterre, au Brésil, en Argentine et avez eu l’opportunité de suivre le FC Barcelone de Rinus Michel durant un stage à Saragosse.
Je lui avais écrit, il m’a dit de venir, m’a proposé de venir sur le terrain pendant un entraînement. Il y avait Cruyff, Neeskens, Rexach, sept ou huit internationaux espagnols... Ils m’ont tous dit bonjour le premier jour, puis les suivants, ils ont commencé à me faire des sourires. Je ne parlais pas espagnol, donc ce n’était pas facile. Je parlais un peu anglais avec les Hollandais. J’ai beaucoup appris, leurs entraînements étaient très bien faits. Cruyff et Neeskens n’avaient pas le droit de jouer la Coupe du Roi, mais ils restaient là parce qu’ils étaient sous contrat. Ils ne sont pas partis en vacances. C’était la première chose surprenante. La deuxième : Rinus Michel, qui avait plus de 50 ans, se mettait au milieu de ses joueurs et jouait avec eux.


En 1976, alors qu’il n’y avait pas encore de centre de formation à Auxerre, vous recrutez le petit Jean-Marc Ferreri. Il est venu habiter chez vous.
Ça s’est bien passé, il avait sa chambre. Il avait quelques années de plus que mon fils, donc il lui servait de grand frère. Ils jouaient au baby-foot ensemble, au foot dans le jardin. Il devait faire ses devoirs, ma femme était professeur. C’est pour ça qu’il avait signé à Auxerre d’ailleurs. Ça se passait bien, mais j’étais assez sévère. Je demandais à ce qu’il soit couché tous les jours à 22h30, parfois avant la fin du film.

Vous auriez aimé que votre fils soit footballeur professionnel ?
Oui, s’il avait été bon. Il était moyen. Il s’est blessé, puis il a arrêté, il n’aurait peut-être pas dû.

Votre système fétiche était le 4-3-3.
Oui, quatre défenseurs alignés, trois milieux étagés. Un numéro 6 qui prenait le meneur de jeu adverse. C’était dans un contexte de marquage individuel. Un numéro 8 qui fait la liaison et un 10 qui vient en appui des attaquants. Dans un 4-4-2, on peut dire qu’il aurait le rôle de l’attaquant de soutien. Et puis des ailiers.

Alors que vous alliez monter en première division, un jeu s’est mis en place entre Jean-Pierre Soisson, le maire d’Auxerre, et vous. Vous êtes d’ailleurs allé le voir en plein match dans les gradins pour faire valoir votre requête : construire une nouvelle tribune.
Il y avait 46 arbres et, de l’autre côté, des supporters mouillés. Je lui dis : « Ce sont des électeurs, des contribuables, il faut leur faire une tribune. » Il me répond : «  Non, c’est l’endroit où j’ai embrassé ma première copine. »

Considériez-vous le club comme une entreprise ?
Ça y ressemblait oui, mais ce n’était pas la mienne. En revanche, j’avais un cabinet d’assurance dans mon sous-sol. J’avais une secrétaire et un démarcheur. J’ai travaillé 34 ans là-dedans et je touche d’ailleurs une petite retraite.

Assureur ?
J’avais fait des études de droit et j’avais besoin d’argent. J’ai donc créé une entreprise. Au début, je n’avais aucun client. C’était dur, j’ai dû démarcher jusqu’à minuit. Heureusement qu’il n’y avait pas la télé, les gens vous recevaient à 9 heures du soir, aujourd’hui c’est fini.

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Quand Roger et Basile Boli sont arrivés ici, le dernier a dit que, grâce à eux, « vous avez compris comment fonctionnaient les Africains » .
Je l’avais compris bien avant. J’étais au lycée d’Auxerre qui accueillait des Sénégalais. Le proviseur du lycée d’Auxerre était allé à Dakar avant. Le gouvernement avait envoyé dans le lycée d’Auxerre des fils de riches Sénégalais. Ils étaient dans le dortoir avec nous, jouaient au foot avec nous, étaient en récréation. Donc j’ai compris les différences culturelles. Quand Basile et Roger sont arrivés, ils se sont inscrits là-dedans. L’art de la palabre par exemple. Au début de l’histoire, personne n’y croit, ni celui qui la raconte, ni celui qui l’écoute, et à la fin, celui qui l’écoute y croit, mais pas celui qui la raconte. (Rires.)

Basile a même déclaré : « Je n’avais pas peur de mon père, mais de Guy Roux. »
J’avais de l’autorité. Ils me respectaient, mais c’était pour leur bien.


Pour le plaisir, racontez-nous l’épisode de la mobylette de Basile.
Basile jouait en équipe première à 17 ans. Il fallait qu’il fasse la sieste. À 13h30, j’arrive avec ma voiture, et une mobylette me refuse la priorité à droite et s’arrête devant moi : c’était lui. La mobylette n’était pas à lui, ni assurée, il n’avait pas de casque. Je lui ai dit : « Allez, avance, on va au stade.  » À l’époque il y avait un grillage. Je lui dis : « Donne-moi l’antivol. » « Il n’y en a pas. » « Allez donne-moi la clé. » J’ai mis l’antivol et lui ai dit : « Va te coucher. » Un journaliste de France 2, Olivier Rey, voulait l'interviewer. Je lui ai dit : «  N’en parlez pas, mais sa mobylette est attachée ici. » Mais il l’a filmée et j’ai reçu une collection de timbres formidables de toute l’Afrique avec des mots : « Libérez la mobylette de Basile. »

Vous étiez connu pour suivre les moindres faits et gestes de vos joueurs. Comment avez-vous mis en place ce système de surveillance ?
Ça dépendait.

Pour que les policiers ou les DJ des boîtes de nuit vous rendent des comptes par exemple ?
Il n’y a pas grand monde ici, j’étais d’ici, je suis allé au lycée ici. J’ai été pensionnaire, je connaissais 200 personnes. Certains sont devenus employés de la mairie, policiers, propriétaires de boîte de nuit. Les videurs de discothèque avaient un banc réservé à côté de moi et l’entrée gratuite. À la fin du match, ils devaient se précipiter pour protéger les arbitres.


Durant les cinq dernières minutes du match, vous prépariez déjà ce que vous alliez dire aux journalistes.
Bien sûr. Mais je pensais d’abord à ce que j’allais dire aux joueurs pour qu’ils disent exactement la même chose aux journalistes ensuite.


Vous avez eu à gérer le cas Cantona. Je vous cite : « Je l’ai supporté au-delà du supportable. »
Il était excessif, mais ça fait partie du métier. Il y a ceux qui plient et ceux qui ne plient pas. Moi, je n’ai pas plié. C’était sa nature, il a été fait comme ça, mais il s’est beaucoup amendé, beaucoup arrangé.

C’était un écorché vif ?
Un peu, à sa manière. Il ne se plaignait pas, mais il avait des caprices, des idées bien à lui.

Comment le gérer ?
Avec de la fermeté et un peu de diplomatie. On le traitait différemment, mais on ne lui faisait pas de faveurs, on voulait juste qu’il reste dans le droit chemin.


On vous décrit comme taquin. Les épisodes du vestiaire adverse trop petit, des douches froides, des ballons dégonflés, c’est vrai ?
Le vestiaire adverse est comme il est. On n’a pas fait en sorte qu’il soit plus petit. D’ailleurs maintenant, il a été agrandi. Pour les ballons, c’est complètement faux. C’est une invention de Luis Fernandez ou je ne sais qui. La seule histoire de ballon s'est passée lorsque Bernard Tapie venait d’acheter Adidas, quand Marseille est venu. Nous avions des ballons Uhlsport. Avant le match, j’avais acheté cinq ballons Adidas neufs que j’ai donnés aux Marseillais. Je peux vous dire qu’ils étaient neufs et bien gonflés, mais ils se sont plaints que ce n’étaient pas les ballons de match. Je leur ai répondu que « je ne voulais pas faire insulte à Bernard Tapie » . Mais je n’ai jamais donné de mauvais ballons, jamais.


Un souvenir de la demi-finale de Coupe UEFA 1993 contre Dortmund ?
Forcément ce tir au but de Mahé. J’étais comme tout le monde dans une grande tristesse. J’aurais aimé gagner une Coupe d’Europe.

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En 1996, vous réalisez le doublé Coupe-championnat.
On a vu très vite qu’on avait une bonne équipe avec un Laurent Blanc encore meilleur, même s’il s’est tout de suite blessé. Donc on a fait les premiers mois sans lui. Le championnat a une saveur supplémentaire puisqu'on a gagné trois autres coupes de France. On l'a remporté à Guingamp. Les gens nous attendaient à l’aérodrome. On est allé à l’hôtel, en boîte, rien d’exceptionnel, je n’ai pas bu beaucoup. Il en faut au moins un pour garder toute sa lucidité.

Une année, vous avez eu recours au recteur de la mosquée de Paris pour gérer le ramadan des deux Algériens Tasfaout et Saib.
J’ai monté le son pour qu’ils entendent. Le recteur m’a d’abord dit qu’il aimait l’AJA, puis m’a expliqué certains points du Coran. Que lorsqu'on était en voyage, on avait le droit de manger. « Un voyage de combien de kilomètres ? » « L’équivalent d’une journée de chameaux.  » « Ça va, on va à Amsterdam. Et pour les matchs à domicile ? » « Il faudra rattraper ces jours, comme pour des travaux difficiles.  »

Vous auriez aimé être sélectionneur de l’équipe de France ?
À un moment donné, j’aurais aimé, mais l’AJA a refusé, donc je n’ai pas de regret. Mais je ne sais pas si j’aurais apprécié. Ce sont des moments exaltants, mais il n’y en a pas beaucoup. Depuis novembre, le sélectionneur doit s’emmerder.

Quelle publicité vous a donné le plus de plaisir à tourner ?
Nomade Bouygues Telecom. Elle est en lien avec le foot, elle est espiègle, amusante. Il y a une jolie fille dedans. C’était une Écossaise. On était au lit tous les deux et je lui dis : « Tu as quel âge ? » « 19 ans.  » « Et ta maman ? » « 39 » «  Elle est aussi belle que toi ? » « Elle est plus belle, mais mon papa est costaud.  »

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Propos recueillis par Flavien Bories
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