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Gueye : « Les individualités ne suffiront pas »

Le talentueux milieu défensif d’Everton présente les ambitions du Sénégal à l’orée de la Coupe d'Afrique des nations, à l'occasion du premier match des Lions de la Téranga dans la compétition face à la Tanzanie.


Tu as déjà disputé par deux fois la Coupe d'Afrique des nations, quel regard portes-tu sur cette compétition ? Qu’est-ce qui fait son charme et son originalité ?
C’est une compétition extrêmement compliquée, qui est très importante pour tous les joueurs du continent africain. Gagner la CAN, ce n’est jamais facile.
« Peu importe le format, on est là pour jouer. Après, c’est bien d’augmenter le nombre de pays qualifiés. »
Il n’y pas de petits pays, toutes les équipes se valent. Souvent, on voit des surprises, des favoris qui sortent au premier tour, donc on se prépare à toutes les éventualités. Il faudra être costauds mentalement, bien travailler et surtout rester concentrés tous ensemble sur notre objectif.

Est-ce que tu te méfies d’un adversaire en particulier ?
Franchement, non. On se prépare à rencontrer tout le monde, peu importe le niveau de la nation. Tout le monde veut gagner, on s’attend à rencontrer tous types d’adversaires. Mais en ce qui nous concerne, on se concentre sur notre équipe et sur ce qu’on veut faire. On sait où on veut aller, on va tout faire pour satisfaire le peuple sénégalais. On n’a pas de temps à perdre à calculer, parce qu’il n’y a pas de calcul à faire.


Quels souvenirs gardes-tu des deux éditions précédentes ?
Ce sont évidemment les éliminations... Surtout la première fois, en 2015, où on se fait sortir en phase de poules. C’était très compliqué.
« Offensivement et défensivement, on a ce qu’il faut et on est bien équipé. »
On pensait vraiment avoir fait le plus dur après avoir gagné le premier match contre le Ghana, mais on a connu une vraie désillusion ensuite contre l’Algérie. La seconde fois, on se fait éliminer en quarts de finale aux tirs au but par le Cameroun qui a fini par remporter la compétition. C’était dur aussi parce que si on avait réussi à les battre, on aurait peut-être pu aller au bout. Cette année-là, on avait une très bonne équipe et on jouait bien. Donc j’ai des souvenirs plutôt douloureux, et on espère les effacer cet été.

La CAN adopte cette année un nouveau format avec 24 équipes, qu’en penses-tu en tant que joueur ?
Peu importe le format, on est là pour jouer. Après, c’est bien d’augmenter le nombre de pays qualifiés. Cela donne la chance à certaines nations de pouvoir découvrir la compétition, il y aura plus de matchs et plus d’ambiance. Ce sera encore plus compliqué qu’avant.


C’est aussi la première fois que la compétition se déroulera en été...
Et cela va changer beaucoup de choses. On aura le temps de bien se reposer après une saison qui a été longue, et on va pouvoir effectuer une bonne préparation tous ensemble. On espère que cela va se traduire par plus de qualité dans le jeu. Auparavant, la compétition se trouvait en plein milieu de la saison et c’était souvent compliqué physiquement.

Avec Koulibaly, Mané, Niang, Sarr et d'autres, le Sénégal a une véritable génération dorée et fait partie des favoris de la compétition. Quels sont, selon toi, les points forts de l’équipe ?
Offensivement et défensivement, on a ce qu’il faut et on est bien équipé.
« Ce qui me plaît, c’est d’enrayer les attaques de l’équipe adverse. »
En particulier devant, c’est vrai, on a de très grands joueurs qui peuvent faire la différence à tout moment. Dans le football d’aujourd’hui, quand les matchs sont fermés sans beaucoup d’occasions, ça paie. Maintenant, on le sait, les individualités ne suffiront pas. Ce qu’il faut avant tout, c’est une bonne cohésion d’équipe. Qu’on soit solidaires, et qu’on travaille tous ensemble pour y arriver. À mon avis, c’est ce qui nous a fait défaut dans les dernières compétitions. Il faut avoir une bonne mentalité parce qu’une CAN, c’est très long. La compétition va être dure, il y aura de la concurrence. Le coach va devoir faire des choix, mettre des joueurs sur le banc. Donc il faudra rester tous ensemble, peu importe qui joue, travailler les uns pour les autres et se serrer les coudes. C’est uniquement comme ça qu’on pourra y arriver.



Dans cette équipe clinquante, tu as le rôle du travailleur de l’ombre. Que préfères-tu, dans ton poste de numéro 6 ?
Ce qui me plaît, c’est d’enrayer les attaques de l’équipe adverse. Quand il y a une bonne opportunité pour les joueurs d’en face de marquer et que toi tu arrives à t’imposer, à tout casser d’une interception et à relancer derrière rapidement afin qu’on parte en contre-attaque... Cela retourne le jeu, c’est ça qui est magnifique dans ce rôle. L’équipe adverse pense que ça va passer jusqu’au dernier moment, puis ça repart tout de suite de l’autre côté. Réussir un bon tacle, une bonne récupération, ça te met dans ton match et ça te donne de la confiance et de la sérénité. C’est un vrai plaisir de jouer à ce poste-là.

Dans les médias, tu es souvent comparé à N’Golo Kanté, avec qui tu partages des statistiques similaires. Mais ton modèle, c’est Lassana Diarra...
C’est vrai, plus jeune j’adorais le regarder jouer. Je me suis pas mal inspiré de lui. Quand j’étais tout petit, au quartier, mon idole était David Beckham.
« Le coach nous le répète, depuis le début des qualifications : la seule chose qui compte, c’est de ramener la coupe au Sénégal. »
Mais quand je suis arrivé au centre de formation et que j’ai commencé à jouer à ce poste de milieu défensif, à devenir un vrai numéro 6, j’ai regardé ce qui se faisait chez les pros, et Diarra était le joueur que je préférais. Je regardais ses matchs en vidéo, j’aimais sa façon de défendre, mais surtout d’utiliser le ballon. C’était un vrai bon joueur de foot.

Pour en revenir à la CAN, le Sénégal n’a encore jamais rien gagné au niveau international. Peut-on, selon toi, parler de blocage psychologique ?
Pas pour les joueurs, en tout cas. Comme je l’ai souvent dit, les anciens ont écrit l’histoire en 2002. Ça, on ne peut pas l’effacer et on ne cherche surtout pas à l’effacer. Au contraire, on veut s’appuyer sur ce qu’ils ont fait de bien pour avancer. Maintenant, c’est à nous d’écrire notre propre histoire et de ramener la coupe un jour au Sénégal.



Vous restez sur un terrible coup du sort lors de la dernière Coupe du monde, où vous avez été éliminés au nombre de cartons jaunes contre le Japon. Comment se reconstruire, après ça ?
Nous sommes des professionnels, donc on s’attend toujours à tous les scénarios possibles, mais c’est vrai que se faire éliminer de la sorte a été terrible pour nous.
« Diambars, c’est très beau. C’est un exemple pour l’Afrique. »
Mais voilà, il fallait accepter et se relever. De toute façon, on n’a pas eu le temps de trop cogiter. Il a fallu retourner dans nos clubs respectifs, et se remettre au travail pour les qualifications de la CAN. Je ne dirais pas que c’est oublié, mais on a su passer à autre chose et se concentrer sur ce nouvel objectif : remporter la CAN.

C’est l’obsession de votre coach, Aliou Cissé.
Il nous le répète, depuis le début des qualifications : la seule chose qui compte, c’est de ramener la coupe au Sénégal. Pour l’instant, on a su faire ce qu’il fallait. Ce qu’il a apporté à l’équipe, tout le monde le sait, c’est le sérieux, la rigueur. C’est l’envie de travailler tous les jours, l’envie de gagner tous les matchs. Désormais, on va tous dans ce sens-là.


Ce n’était pas le cas, avant ?
Il a réussi à nous inculquer une vraie culture de la gagne, une discipline de travail.
« Avant, on disait souvent des joueurs qui venaient en sélection qu’ils se croyaient en vacances. C’était vu comme une parenthèse de repos, lorsqu'on partait de nos clubs. »
Avant, on disait souvent des joueurs qui venaient en sélection qu’ils se croyaient en vacances. C’était vu comme une parenthèse de repos, lorsqu'on partait de nos clubs. Lui, il a su faire comprendre à tout le monde que l’équipe nationale est ce qu’il y a de plus important, que tout un pays nous regarde et compte sur nous. On peut rendre tout un pays heureux par nos performances, continuer à faire vivre une nation dans le calme et dans le bonheur. Mais cela passe par des victoires, par des matchs très très importants qu’il faut gagner. Il a réussi à nous mettre ça dans la tête.

Un dernier mot, pour finir, sur Diambars. Comme tes coéquipiers Saliou Ciss et Pape Alioune N'Diaye, tu as la particularité d’avoir été formé à l’académie montée par Jimmy Adjovi-Bocco, Saer Seck, Bernard Lama et Patrick Vieria en 2003. Encore une fois, c’est un joli tir groupé.
Diambars, c’est très beau. C’est un exemple pour l’Afrique. Ils ont ouvert la porte à beaucoup de joueurs, qui ont réussi aujourd’hui et qui sont désormais installés dans l’équipe nationale. Actuellement, de nombreux centres de formation en Afrique ont pris exemple sur eux. Comme Génération Foot, qui a sa façon de faire, mais qui marche très bien aussi. C’est une très bonne chose pour le Sénégal, et le continent africain en général. J’espère qu’il y en aura d’autres après nous, et que ça va continuer.

Propos recueillis par Christophe Gleizes
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