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Grégoire Puel : « J’ai été un bouc émissaire, mais ça m’a aidé à grandir »

Grégoire Puel a vécu un parcours semé d’embuches. Bouc émissaire, boycotté, conspué, mis de côté, insulté dans la rue... le jeune homme de 26 ans a failli craquer, tout lâcher, mais ses qualités humaines, professionnelles et sa famille lui ont permis de rebondir. Fils de Claude, homme de caractère, Grégoire a encaissé et s’est servi des difficultés pour mûrir, s’endurcir et progresser. Au Gazélec Ajaccio en Ligue 2, le latéral espère faire décoller sa carrière, pour de bon.

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Bonjour Grégoire. Comment vas-tu ?
Tout va bien. J’aborde cette nouvelle saison avec beaucoup d’ambitions, individuellement et collectivement. L’année dernière, il y a eu beaucoup d’arrivées et de départs. C’était un peu compliqué. Cette année, il y a un bon groupe, un bon recrutement. L’équipe est bien, ça se voit sur le terrain. Sur le plan personnel, continuer à faire des matchs, tout en passant des caps, et faire la meilleure saison possible.

Dans quel secteur t'est-il indispensable de progresser ?
Défensivement. Il y a un des matchs où j’ai fait une petite bourde sur le but du 3-1. Ça reste des détails, mais il me faut vraiment penser comme un défenseur. Je ne suis plus un attaquant. Mûrir, gagner de l’expérience et jouer avec métier.


Ta décision de devenir joueur professionnel ?
J’ai commencé le foot à 5 ans. Même si j’ai une grande sœur, même si j’aimais les différentes activités qu’elle pouvait pratiquer et celles que je faisais à l’école (karaté, tennis), c’est vraiment à 10 ans, lorsque j’ai suivi mon père à Lille, que j’ai senti que j’avais envie de faire ça. J’avais des posters partout dans ma chambre. Ça a continué au centre de formation, puis c’est devenu un rêve.

Le déclic ?
Mon père a été joueur, puis entraîneur. Souvent après les matchs de benjamins, au centre de formation, je me faisais des autocritiques plus poussées que d’autres gamins de mon âge parce que mon père me posait des questions.
« Même sans en avoir le statut, j’ai été vite mis dans un contexte professionnel, même au niveau de l’hygiène de vie. »
Il m’a aidé à être lucide sur mes performances. Faire son autocritique quand on est jeune, c’est assez compliqué et j’ai réussi grâce à lui. Même sans en avoir le statut, j’ai été vite mis dans un contexte professionnel, même au niveau de l’hygiène de vie. Lors des préparations, je faisais toujours plus que ce que le programme demandait. J’ai toujours été très professionnel parce que j'ai un père entraîneur.



On a l’impression que dans un autre sport, tu aurais été tout aussi sérieux.
Ma sœur est également quelqu’un de très perfectionniste. C’est de famille. Je pense que si j’avais fait un autre sport, j’aurais été également comme ça. J’étais assez lucide pour voir qu’il y avait d’autres joueurs comme Eden Hazard qui avaient beaucoup plus de qualités que moi à Lille. J’en ai croisé d’autres à Lyon et à Nice. J’ai essayé de travailler beaucoup plus que d’autres. Je me suis dit : « C’est en étant professionnel, en prenant soin de mon corps, en bossant, que ça payera un jour. »

Ton tennisman préféré ?
Federer, ça reste pour moi le numéro 1. Être aussi régulier sur toute une carrière, gagner autant de titres, ça veut forcément dire que derrière ça, l’hygiène de vie est exceptionnelle. Une force mentale exceptionnelle également pour enchaîner autant de titres et de tournois rapprochés. Les mecs sont de vrais athlètes, de vrais sportifs de haut niveau.

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Si tu devais te définir en tant qu’homme.
Gentil, serviable, généreux, on peut compter sur moi. Je m’entends avec tout le monde. Sur le terrain, je peux me prendre la tête, ça peut même en venir aux mains, mais dès que l’entraînement est terminé, c’est fini. Je ne suis pas rancunier.

Qu’aimerais-tu améliorer chez toi ?
Parfois, je suis peut-être un peu trop gentil. Ça peut être une qualité, mais pas forcément dans le milieu du foot. Il ne faut pas trop montrer de gentillesse. Dans le monde pro, on peut penser que c’est un manque de caractère. Il faut faire attention. Peut-être que je ne suis pas assez stressé aussi. Ça peut énerver ma compagne. Elle me trouve parfois trop tranquille.


Quand sa principale qualité est la gentillesse, faut-il faire semblant ? On ne peut pas s’imposer en étant soi-même ?
« Il faut savoir dire stop, mettre les points sur les I et se faire respecter. »
Il faut continuer de l’être, mais il y a toujours des joueurs qui vont essayer de te piquer plus que d'autres. Tu ne dois pas devenir un souffre-douleur. Il faut savoir dire stop, mettre les points sur les I et se faire respecter. Ça peut être dur quand on est jeune. Dans l’équipe, certains sont très gentils, mais ils n’osent pas forcément mettre le pied face à tel ou tel joueur.



Tu portes un tatouage « Forza Puel » au mollet droit.
Je l’ai fait à 18 ans sans le dire à mes parents. Dans ma famille, personne n’est tatoué. Cette phrase, mon père nous l'envoyait, à moi avant un match, ou à ma sœur avant des exams. C’est sa petite phrase pour encourager. Je me suis dit que je n’allais pas me faire engueuler.

Verdict ?
Ils ont été surpris que je me fasse tatouer, mais la phrase a permis d’alléger un peu la chose. C’est plutôt bien passé.

Je te cite : « Les gens peuvent penser qu'être "fils de" rend les choses plus faciles, mais au contraire. Il faut bosser plus et se forger un mental » .
Si dans la famille quelqu’un a réussi, il faut se faire son propre nom, c’est la chose la plus difficile. C’est humain, mais les gens vont se dire : « Il est dans le foot parce que c’est le fils de. S’il ne l’était pas, il n’aurait pas réussi.  » Plus petit, ça a pu être dur. Je pense que mon envie d’être perfectionniste vient de là. J’ai toujours voulu bosser plus que les autres pour montrer que je n’étais pas favorisé. Tout ce que j’ai eu jusqu’à maintenant, je le mérite.

Le moment le plus difficile durant ta formation ?
À Lyon, lors de ma dernière année. J’étais en CFA et n’avais plus le droit de jouer. Durant la deuxième partie de saison, je n’ai disputé aucun match. J’avais été mis à l’écart parce que mon père avait été viré.
« Je suis assez introverti. Certains mecs avec qui je jouais étaient déjà dans le monde professionnel, alors que moi, je n’y arrivais pas. »
Après ça, j’ai fait des essais un peu partout, mais je ne suis pas performant dans ce genre d’exercice. J’aime bien connaître les gens. Au cours d’un essai, ce n’est pas le cas. C’est dur de montrer 100% de son niveau, de tout donner. Je suis assez introverti. Certains mecs avec qui je jouais étaient déjà dans le monde professionnel, alors que moi, je n’y arrivais pas. Je pense que beaucoup de joueurs de National ou de Ligue 2 ont le niveau de la Ligue 1. Mais il faut avoir cette chance et elle est arrivée pour moi à Nice, où les deux arrières droits se sont blessés. Mais je me suis posé la question d’arrêter et de reprendre les études. J’avais l’impression que je n’allais jamais réussir à pousser la porte.

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Ton sentiment à l’époque ?
Beaucoup d’injustice. Je me souviens que mon agent a fait des clubs et dès qu’ils entendaient le nom Puel, ils fermaient immédiatement la porte. Mais je suis fier de moi parce qu’au lieu d’abandonner, lâcher, baisser les bras, j’ai continué à bosser, encore plus : « Le mec qui bosse reste professionnel, continue à croire en son rêve et met tout en œuvre pour réussir, à un moment donné, ça ne peut pas ne pas marcher. »

Où as-tu trouvé les ressources ?
Le soutien familial. Mon père avait de l’expérience dans ce métier. Il a lui aussi connu des moments difficiles.
« Mon père me donnait souvent l’exemple qu’il ne partait jamais titulaire en début de saison alors qu’à la fin, il était celui qui avait disputé le plus de matchs. »
Il me donnait souvent l’exemple qu’il ne partait jamais titulaire en début de saison alors qu’à la fin, il était celui qui avait disputé le plus de matchs. Il n’abandonnait pas, même dans des situations où plus personne ne voulait de lui. Il m’a dit de ne pas lâcher. Je me suis accroché en me disant que certains n’ont jamais abandonné. J’aime citer l’exemple d’Arnaud Souquet avec qui j’étais à Lille, c’est un pote. C’était un jeune talent qui a débuté très tôt. Il a marqué son premier but lors de son premier match de Ligue Europa, et le week-end suivant, c’était fini. On ne l’a plus jamais revu. Il est descendu en National, puis n’a plus eu de club. Aujourd’hui, on voit où il en est La Gantoise, N.D.L.R.).


Des souvenirs d’une franche discussion avec ton père ?
Je commençais à lâcher un peu. J’étais rentré du côté de Monaco, je m’entraînais avec Nice, mais il y a des fois où je sortais en boîte, où je n’allais pas courir. Je déviais du bon chemin et il m’a dit : « Tu ne veux pas être joueur pro, tu ne veux pas t’accrocher. Tu vas faire des études, trouver un travail comme tout le monde, bosser et gagner ta vie » , ça m’a fait mal. « Je n’ai pas envie de quitter le monde du foot. C’est vraiment ce que je veux faire. » C’est peut-être sa phrase qui a fait que je n’ai pas lâché. Je me suis remis au travail.

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Il faut un sacré mental.
Mon caractère me permet de relativiser assez vite. À Nice, ça a parfois été très dur. Je partais alors pécher avec des potes, ça me vidait un peu l’esprit. Il faut avoir des activités autres que le foot pour se vider complètement la tête, sinon on explose, ce n’est pas possible de subir autant de critiques. J’ai arrêté déjà depuis bien longtemps de regarder les journaux, les notes que les journalistes pouvaient donner. On ne se résume pas à ça. Rester le plus objectif possible sur la performance, son match, faire son autocritique, essayer d’avancer et ne pas lâcher. Bien sûr certaines semaines, on va être moins bon aux entraînements. C’est humain, normal, mais le plus important, c’est de savoir comment on réagit : « La semaine dernière, je suis passé complètement au travers aux entraînements, je ré-attaque et je vais tout défoncer, mettre le pied et ne perdre aucun duel. »



Tu parles de ton père, mais comment ta maman a-t-elle vécu tout ça ?
« Pour une mère, ça doit être dur de voir ses enfants sifflés par tout un stade, insultés. »
Je pense que ça a été peut-être encore plus dur pour elle. Elle connaît le monde du foot depuis longtemps à cause mon père, mais pour une mère, ça doit être dur de voir ses enfants sifflés par tout un stade, insultés. Toute maman le vivrait mal. À Nice, quand elle venait voir les matchs, ça a dû être difficile, mais on est très solidaires dans la famille. On réussit à affronter toutes ces difficultés.

Cette période t'a-t-elle rapproché de ton petit frère Paulin ?
À l’époque où ça a été compliqué pour moi à Nice, il jouait encore avec les jeunes. Quand je suis parti au Havre, il a commencé à subir des critiques parce qu’il faisait ses premières entrées. Quand mon père est parti, il a été mis un an à la cave, il ne jouait plus un match. L’année dernière, il s’est entraîné avec la 3 de Monaco, une équipe amateur, le soir. Il est sorti complètement du monde pro et ça a été très, très dur pour lui. Ses performances aujourd’hui à Avranches me rendent fier. Il n’a pas lâché, il a une grande force de caractère.

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Ton père a dit un jour : « J’ai longtemps cru que Grégoire pourrait-être un joueur comme un autre, mais je me suis trompé. »
L’épisode de Nice lui a fait mal. Certes, c’était mon entraîneur, il se devait d’être professionnel et objectif avec moi, mais ça restait tout de même un père. Voir son enfant critiqué... parfois c’était justifié, mais quand toute l’équipe avait fait un mauvais match, que je n’avais pas été le plus mauvais, voir le lendemain que j’étais pointé du doigt, désigné comme le responsable de telle ou telle défaite, je pense que ça a été dur pour lui.

Que penses-tu du phénomène du bouc émissaire dans la société ?
« Dans le sport ou dans la vie en générale, il faut toujours un coupable et quand on l’a trouvé, on se dit que les problèmes vont disparaître avec lui. C’est facile, mais ce n’est souvent ni vrai ni objectif. »
Ça a toujours existé et ça perdurera. Dans le sport ou dans la vie en général, il faut toujours un coupable et quand on l’a trouvé, on se dit que les problèmes vont disparaître avec lui. C’est facile, mais ce n’est souvent ni vrai ni objectif. À l’époque de Nice, je pense que ça a été alimenté par certains médias. Derrière, les gens qui lisaient la presse se disaient que le journaliste avait peut-être raison. Ils n'allaient pas chercher à comprendre, c’est dommage. J’ai été un bouc émissaire, mais ça m’a aidé à grandir, à me forger un caractère. Mon père m’a toujours dit : « Dans toute difficulté, il y a des choses à apprendre. »

Ton plus grand rêve ?
Avoir une belle et longue carrière. J’aimerais retrouver la première division en France ou dans un autre pays, exploiter mes qualités au maximum. C’est dur de parler de rêve. J’ai 26 ans, je suis à la moitié de ma carrière. J’ai vécu trop de choses dans le foot pour savoir que tout ne dépend pas de moi. C'est un milieu parfois malsain. Il est dur de se fixer des objectifs à long terme. Il faut donner son maximum et espérer être récompensé un jour.

Propos recueillis par Flavien Bories
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