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Gravé dans Lemar

Auteur d’un doublé face aux Pays-Bas (4-0), Thomas Lemar a été le grand bonhomme de la victoire de l’équipe de France jeudi soir. Une nouvelle soirée dans la lumière pour un joueur qui se nourrit à l’ombre. Mais surtout la nouvelle confirmation que derrière les convictions simplistes de Didier Deschamps, une génération veut gagner. Et le faire bien.

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Parfait condensé de la jeunesse : il y a des vertiges, des sourires et des bras qui s’enlacent. Jusqu’ici, il conduisait avec maîtrise et insouciance, pilotait son talent comme on prend le volant d’une F1 à 19 ans, et jouait comme on le fait souvent dans la rue, soit avec relâchement, dans les pieds comme dans la tête. Quand il parle de son job, Thomas Lemar prend pourtant un premier virage. « Dormir, manger sainement, se reposer, faire les soins, bain froid, bain chaud. Ça devient un rituel à force » , expliquait-il récemment. L’homme est comme ça, coincé dans un travail invisible et enfermé dans un quotidien mesuré, contrôlé. Le footballeur, lui, n’a rien à voir : il brille, aimante la lumière, et sait déjà qu’il ne maîtrise plus totalement ce qu’il représente à l’heure où on l’annonce un peu partout, entre Londres, Barcelone et Liverpool. Enfant, Lemar se voyait bien faire comme papa : douanier. L’adolescent qu’il était en débarquant à Caen, en 2010, n’était pas vraiment différent. C’était un gamin simple, humble, parfois handicapé par un physique de crevette, mais aidé d’un pied gauche soyeux. Le foot se joue, Thomas Lemar l’a compris avant tout le monde et peut-être un peu plus que les autres promesses de sa génération. La communication ? Il déteste ça. La presse ? Il ne la lit pas. Les rumeurs ? Il préfère les balayer. Le destin ? Il le secoue depuis déjà plusieurs mois et voilà qu’à 21 ans, celui qui était un jour surnommé « le Robben de Guadeloupe » a définitivement prouvé qu’un prince n’a pas forcément besoin de couronne pour se comporter comme un roi. Soit, à sa manière, forcément, en jouant juste, en dansant avec les trajectoires et en inscrivant surtout un doublé au moment où l’équipe de France avait plus que jamais besoin de respirer. Jeudi soir, face aux Pays-Bas (4-0), Thomas Lemar – six sélections – est devenu un homme.

L’insouciance et la patience


Trouver du hors-champ au sujet d’un mec aussi timide que Lemar est complexe, le comprendre avec. Où est passé le gamin secoué pour sa première titularisation en Ligue 1 au point d’être sorti – victime de tachycardie après un choc – par son entraîneur de l’époque, Patrice Garande ? Il est loin, très loin et il n’en reste que l’insouciance de la jeunesse. Aujourd’hui, Thomas Lemar va vite : 21 ans, un titre de champion de France de Ligue 1 dans la poche, une étiquette de passeur magnifique dans l’autre. Il ne faut, finalement, plus être surpris, même si ce qu’on a vu face aux Pays-Bas a de quoi exciter les juges. Car, installé à gauche du 4-4-2 choisi par Didier Deschamps, soit dans un dispositif similaire à celui dans lequel il évolue à l'AS Monaco, le Monégasque s'est régalé et a avalé son couloir en compagnie d'un très bon Kurzawa. Lemar est brillant, car son football se récite au pluriel, qu'il est pensé, réfléchi, tactiquement rodé, et c’est finalement ce qu’il faut retenir d’une sixième sélection dont on gardera longtemps en mémoire son doublé – notamment la praline envoyée pour le premier but –, mais surtout une partition exemplaire. Une copie dont il faut aussi conserver le message principal : le talent a démoli les convictions de Deschamps. Cette génération a envie de jouer, de gagner avec style et elle l’a fait entendre. Ce sera avec Lemar, lui qui a toujours commencé par la patience avant de prendre les commandes des bolides où on avait décidé de l’installer. Avec l’équipe de France, rien n’a changé, même la sortie de scène : une fuite pour mieux se protéger. C’est aussi ça, la maturité.



Par Maxime Brigand, au Stade de France
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