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Gaëtane Thiney : « Le football est une bulle de paranoïa »

À 33 ans, Gaëtane Thiney est une femme pressée, jonglant entre sa vie de footballeuse de D1 au Paris FC, son rôle de leader chez les Bleues, mais aussi ses fonctions de conseillère technique à la FFF. C'est en enfilant le survêt' d'entraînement que « Tatane » disserte longuement sur les évolutions de son sport, avec la Coupe du monde en ligne de mire. D'un regard aussi avisé que personnel.

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On est au milieu des cartons, à Orly, où le Paris FC est en train d’emménager. Qu’est-ce que ce nouveau cadre change pour vous ?
C’est une évolution ultrapositive. Avec les féminines, on était les premières à s’installer, dès le mois d’août 2018. Aujourd’hui, tout le siège nous rejoint, ça met un peu de vie. Être ici, sur un site unique, ça nous simplifie la vie avec, en bonus, de nouveaux équipements, de nouveaux terrains, de nouveaux vestiaires... Avant, on naviguait entre plusieurs sites et on n’avait pas de vestiaire fixe... Ce sont des choses qui peuvent paraître un peu bêtes, mais qui au quotidien peuvent devenir pesantes. Maintenant, chaque jour, la situation devient plus belle et plus confortable.

Cela fait déjà onze ans que vous jouez dans l’Essonne. À Juvisy d’abord, puis au Paris FC, depuis la fusion en 2017. Quel regard portez-vous sur l’évolution de ce club mythique du championnat de France ?
Je trouve que les choses vont très vite.
« En 2012, Juvisy ne payait que les internationales comme moi, à hauteur de 300 euros par mois. J’ai reçu pas mal de sollicitations, mais j’ai toujours cru en ce club. Et j’ai bien fait parce que le budget a dû être multiplié par six en très peu d’années. »
Encore en 2012, Juvisy ne payait que les internationales comme moi, à hauteur de 300 euros par mois. À cette époque-là, j’ai reçu pas mal de sollicitations, mais j’ai toujours cru en ce club et en ses valeurs. Et j’ai bien fait d’y croire parce que le budget a dû être multiplié par six en très peu d’années. Aujourd’hui, sur 23 joueuses, 21 sont sous contrat fédéral. Pour moi, c’est une fierté équivalente au fait de gagner des trophées, parce que je m’épanouis dans le développement de projets et que j’ai participé au développement de celui-ci. Il continuera à évoluer quand j’arrêterai le foot, mais en attendant, je suis très fière et très heureuse d’être ici.

En parallèle, il y a des clubs qui évoluent encore plus vite. Juvisy subit aujourd’hui la concurrence de l’OL, mais aussi du PSG, de Montpellier...
(Elle coupe) Montpellier, je ne suis pas sûre qu’elles évoluent si vite. Quant au PSG, bah forcément, à coups de millions, on évolue toujours plus vite. Mais est-ce que c’est un projet avec une base solide ? Je n’en suis pas sûre. Elles n’ont pas gagné tellement plus de choses que nous dernièrement. Lyon en revanche, c’est un projet solide. Le club s’est structuré financièrement, avec des bases, des valeurs et une philosophie pour créer un projet sportif. Au PFC, on évolue aussi de manière structurée, progressive, avec des bases très très solides et qui sont communes avec les garçons. C’est pour ça qu’on a fusionné et c’est pour ça que ça fonctionne. Le Paris FC a une philosophie totalement en adéquation avec le football féminin et son évolution.


« Le PSG ? Bah forcément, à coups de millions, on évolue toujours plus vite. Mais est-ce que c’est un projet avec une base solide ? Je n’en suis pas sûre. »
Justement, il restait un club 100% féminin dans le championnat de France, c’était Soyaux, mais il va bientôt fusionner avec Angoulême. Est-ce une fatalité pour survivre ?
Oui. J’allais dire « malheureusement » , mais ce n’est pas adapté. Il faut connaître les limites du système économique du football féminin, historiquement amateur et donc freiné au niveau des ressources humaines et financières. À Juvisy par exemple, on fonctionnait comme une structure professionnelle, mais avec les moyens d’une association. Et les bénévoles n’ont pas forcément beaucoup de temps ni forcément les compétences spécifiques pour chaque rôle. Le bénévolat, c’est une multitude de compétences, mais pas toujours ciblées au bon endroit. Dans notre cas, on associe le savoir-faire de Juvisy en matière de football féminin avec le savoir-faire professionnel du Paris FC. On en est encore au stade de la construction, mais ce n’est pas très grave. L’important, c’est d’avoir une vision à long terme.



Historiquement, on avait beaucoup d’exemples de petites villes connues avant tout pour leur équipe féminine, comme Soyaux, Blanquefort, Saint-Memmie ou Juvisy. C’est dû à quoi ?
Il y a des municipalités qui décident de se tourner vers le foot féminin parce que ça demande peu d'investissements pour avoir une équipe qui évolue au haut niveau. C’est dynamisant pour une commune. À Juvisy, quand on jouait, c’était 1500 personnes autour du terrain du petit stade, avec le papy du coin, le boulanger... C’était très bien. Après, l’évolution du foot féminin a fait qu’on est passé dans un monde différent. Donc il y a moins de proximité avec le public.


« Cette bulle professionnelle hors du foot me permet d’avoir un équilibre. Je peux arriver sur le terrain et penser au foot, puis penser à autre chose une fois sortie. »
Dans cette évolution, il y a aussi la question des doubles projets. Vous avez par exemple encore une activité professionnelle à côté du foot, chose qui devient de plus en plus rare chez les jeunes joueuses.
C’est déjà le cas depuis une quinzaine d’années. À Lyon, elles sont pros à 100% et n’ont pas de projet complémentaire. Mais mon statut me permet d’avoir un équilibre dans la performance. Même si ce n’est pas toujours très bien compris dans la culture et dans le système foot. Cette bulle professionnelle hors du football me permet d’avoir un équilibre social et de développer des compétences intellectuelles. Je peux arriver sur le terrain et penser au foot, puis penser à autre chose une fois sortie.

Quelles sont donc vos autres activités ?
Je travaille au sein de la Direction technique nationale de la FFF, comme conseillère en charge du développement du foot chez les enfants. C’est un poste de fonctionnaire rattaché au ministère des Sports.

Il paraît aussi que vous essayez de lancer une start-up. Ça avance ?
Oui, oui ! Je ne peux pas vraiment vous en dire plus, mais ça avance tranquillement. On travaille en partenariat avec Aono, une agence de conseil en stratégie numérique qui crée toute la communication et l’activation de partenariats dans le monde sportif.



Pendant deux ans, vous avez préparé votre brevet d’État à l’Insep, où s’entraînent les athlètes de nombreuses disciplines olympiques. Peut-on trouver des similitudes entre leur métier et celui des footballeuses professionnelles ?
La comparaison doit justement être faite avec ces sports olympiques, plus qu’avec le foot masculin. Après, je tournerais la question autrement : pourquoi le football masculin professionnel fonctionnerait-il différemment ? Pourquoi a-t-on mis les garçons dans une bulle ? À l’Insep, j’ai connu un kayakiste qui s’entraînait trois fois par jour, qui passait en parallèle son professorat de sport, son BE2, et il est toujours vivant, il a gagné des titres et n’a jamais fait de malaises. Allez me trouver un footballeur professionnel qui s’entraîne trois fois par jour, tous les jours.

« À l’Insep, j’ai connu un kayakiste qui s’entraînait trois fois par jour et il est toujours vivant. Allez me trouver un footballeur professionnel qui s’entraîne trois fois par jour, tous les jours. »
C’est sévère comme constat.
On va peut-être mettre ça sur le compte de la pression médiatique qui existe dans le football des garçons. Il faut savoir digérer cette pression pour récupérer. Mais pour moi, Cristiano Ronaldo, c’est un homme d’affaires. Il a donc aussi un double projet. Lionel Messi, pareil. Zinédine Zidane n’est pas qu’un joueur ou un entraîneur de foot, c’est quelqu’un qui a réfléchi à sa carrière, à son image, donc c’est un chef d’entreprise. C’est comme ça que je le vois.

Mais ce n’est pas ce qu’on donne à voir aux gens sur les réseaux sociaux.
Beaucoup de pros ont des activités annexes, mais on ne le montre pas, effectivement. On fait des photos des joueurs en train de faire des abdos, des pompes, mais on ne sait pas ce qu’ils font derrière. Si ça se trouve, certains passent des heures sur leur ordinateur à bosser. On cache ça, comme pour prouver qu’ils sont uniquement centrés sur le sport. Il n’y a pas longtemps, j’ai rencontré le chef Thierry Marx : il se lève à 5 heures, il se couche à 23 heures et dans sa journée, il mène 50 projets dans lesquels il est performant. Donc ce n’est pas impossible. Sauf que dans la sphère du sport, on dit qu’il faut se reposer, bien récupérer, bien manger... Mais une fois qu’on a fait ça, on peut faire autre chose. Il faut juste trouver un bon équilibre.


Cette tendance à limiter ses activités annexes finira-t-elle par toucher le football professionnel féminin ?
Forcément. Pour qu’on ne dise pas que la joueuse s’évade, qu’elle fait trop de trucs, qu’elle n’est pas performante à cause de ceci ou cela. En fait, ce sont toujours des excuses. Et puis, si on cachait tout, on dirait : « Ah bah tiens, elle est meilleure depuis qu’elle ne fait rien d’autre. »


C’est une remarque qu’on vous a déjà faite ?
Oui. À une période, j’étais la meilleure buteuse européenne des qualifications pour la Coupe du monde 2015 et en même temps consultante sur Canal+. Tous les vendredis, j’allais à Jour de Foot, je préparais et regardais les matchs... Le jour où ça s’est mal passé avec l’équipe de France, on m’a reproché de faire d’autres trucs à côté. C’est une spécialité française, ça. Aujourd’hui, je m’en fous : j’ai 33 ans, ce ne sont plus mes problèmes. Mais je pense que les filles ont la sensation qu’il faut se protéger tout le temps, avec les réseaux sociaux notamment. Le football, c’est une bulle de paranoïa qui se construit autour des joueurs. Je les comprends, parce qu’ils se font atomiser au moindre écart. Monter une société par exemple, ça peut être perçu comme un écart.

Malgré tous vos projets, il y en a un qui vous obnubile ces derniers mois : la Coupe du monde.
Oui, c’est la base. C’est pour ça que j’en fais d’autres : pour que celui-là réussisse. C’est mon essence.
« En France, quand on n'est pas pris pour une compétition à 31 ans, normalement, c’est la fin. Moi, j’y ai cru. »
Le jour où j’ai été retirée de la liste pour les Jeux olympiques 2016, j’avais fait un tweet : « Je garde la forme, même si j’aurais aimé qu’elle soit olympique. Objectif CDM 2019 » . À cette époque, j’avais 31 ans. En France, quand on n'est pas pris pour une compétition à 31 ans, normalement, c’est la fin. Moi, j’y ai cru. Est-ce que j’y serai ? Est-ce que je n’y serai pas ? Est-ce que je serai en forme ou pas ? On verra, mais en tout cas, ma tête est programmée pour ça depuis trois ans.


Est-ce que cette mise à l’écart vous a fait prendre conscience de certaines choses à changer ?
Ça m’a fait prendre conscience de l’environnement dans lequel on est et puis que la vie n’est pas toujours juste. Avec le recul, c’est très positif, puisque c’est peut-être ce qui m’a donné la force d’être encore là aujourd’hui et d’avoir la chance de vivre quelque chose d’extraordinaire. La performance, c’est mon obsession. Je ne veux pas juste y être et regarder ce qu’il s’y passe, je veux être performante et décisive. Tout est basé là-dessus et pour ça, il faut d’abord l’être en club. C’est pour ça que le travail est primordial.



Au départ, Corinne Diacre a mis six mois avant de vous appeler, mais vous l’avez décrite comme quelqu’un de « droite, franche et qui ne tourne pas autour du pot » . Qu’est-ce-que ça fait d’être sous les ordres d’une sélectionneuse, après n’avoir connu que des hommes ?
Pendant huit ans, Corinne était l’adjointe de Bruno Bini, donc je la connais très bien. Elle connaît bien cet environnement, elle a été joueuse, capitaine puis adjointe, elle a connu la compétition dans ce rôle, elle a donc de l’expérience. Ça nous fait gagner un peu de temps par rapport à quelqu’un qui viendrait de l’extérieur. Maintenant, elle découvre ce poste de sélectionneur, et aujourd’hui, on suit une ligne toute tracée. On sait quel travail fournir et il y en a beaucoup. À chaque stage, on essaye de progresser pour tenter de vivre une compétition extraordinaire chez nous.


Dans l’effectif, vous n’êtes pas la doyenne de cette équipe de France, mais presque, puisque vous n’avez qu’un mois de moins qu’Élise Bussaglia.
« Les nouvelles générations ne s’attardent pas trop sur l’histoire. Elles la connaissent, elles respectent, mais on est là pour avancer ensemble. »
Oui, mais ça ne se voit pas. Je ne pense pas que les leaders soient désignées par leur âge. Je suis une joueuse d’expérience, avec beaucoup de sélections (152, N.D.L.R.). J’ai fait trois championnats d’Europe, deux Coupes du monde, les Jeux olympiques... Mais les nouvelles générations ne s’attardent pas trop sur l’histoire. Elles la connaissent, elles respectent, mais on est là pour avancer ensemble. Et je trouve que le mélange entre les deux générations se fait plutôt bien.

Ça vous énerve qu’on revienne sur votre âge ?
Ça ne m’énerve pas, mais ce qui m’embête, c’est la vision qu’on a des gens d’expérience en France. Dans plein d’autres pays, c’est une qualité. Dans mon club, c’est aussi le cas. Mais pour le grand public et les médias, c’est souvent quelque chose qu’il faut justifier. Si je fais un bon match, c’est incroyable. Si je fais un mauvais match, je suis finie. Alors qu’à 25 ans, je faisais bien plus de mauvais matchs qu’aujourd’hui.

« Là, vous faites un truc sur moi, mais je ne le lirai probablement pas. »
Vous trouvez qu’on est réducteurs à ce sujet ?
Ouais. Mais bon, je m’en fous, puisque je ne lis plus rien. Là, vous faites un truc sur moi, mais je ne le lirai probablement pas.


Pourquoi vous ne lisez plus ? Vous trouvez que les médias connaissent encore trop mal votre discipline ?
Ce n’est pas forcément de la méconnaissance, mais on s’approprie facilement certaines choses. On interprète ou on analyse des choses à l’instant T, sans avoir fait beaucoup de recherches au préalable. C’est un peu de l’opportunisme : beaucoup surfent sur la vague de la Coupe du monde, de l’équipe de France et comme ce sont de gros médias, on ne peut pas dire non. Moi, le foot féminin, j’en ai une vision globale, je connais bien sa situation et lire quelque chose que je connais parfaitement, c’est chiant.



L’expérience de consultante vous a montré l’envers du décor ?
Je comprends mieux les problématiques des journalistes. Il faut informer les gens, que ce soit positif ou négatif. Ce qui m’intéresse, c’est l’info pure : qui a gagné, qui a perdu, point. L’analyse technico-tactique du journaliste ou les rumeurs de vestiaire, c’est du flan.

C’est ce que pensent beaucoup de vos homologues garçons, qui trouvent que ce que les médias écrivent peut être démoralisant.
Ce n’est pas vraiment démoralisant, ça fait surtout perdre du temps. Je ne vais pas tomber en dépression à cause d’un article.

« Les footballeuses sont très chanceuses en comparaison avec d’autres disciplines. La nôtre est universelle, extraordinaire. Demain, on va faire une Coupe du monde en France, ça va être comme les garçons. »
Quoi qu’il en soit, en France, l’intérêt pour le football féminin n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui. C’est un signal fort pour tout le sport féminin.
C’est vrai, mais les footballeuses sont très chanceuses en comparaison avec d’autres disciplines. La nôtre est universelle, extraordinaire. Demain, on peut faire la Une de L’Équipe, on va faire une Coupe du monde en France, ça va être comme les garçons. Il y aura presque un milliard de téléspectateurs qui suivront cette compétition. Ce sont des parenthèses de vie extraordinaires à vivre, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’enflammer. Pour que ça marche, il faut des bases, des structures solides. Il va y avoir une mise en lumière parce que c’est la FIFA qui s’en occupe. Mais derrière il faudra continuer de progresser, sans partir dans des dérives.


Quelles dérives ?
Bah attendez deux ou trois ans, vous verrez.

Les agents par exemple ?
Oui, c’est même déjà arrivé. Il y a encore quatre ans, il n’y avait pas d’agents. Aujourd’hui, 80% ou 90% de l’équipe du Paris FC en a un. En équipe de France, je dois être la seule à ne pas en avoir. Mais en soi, je ne suis pas contre cette évolution. Ce que je veux, c’est que les filles aient conscience des risques. On doit avoir toutes les informations, être sensibilisées pour que nos choix soient faits en fonction de ce que l’on aime, c’est-à-dire le football. Le projet sportif doit rester au cœur de nos choix.

Quels étaient vos choix à vous ?
On ne sait jamais ce que l’on veut, donc il faut savoir ce qu’on ne veut pas. Je ne voulais pas quitter un club qui m’avait transmis des valeurs fortes.
« Ce que je ne veux pas, c’est que les joueuses ou les joueurs soient réduits à ne jouer qu’au foot. Plus vous exploitez vos compétences transversales, mieux vous serez ensuite sur le terrain. »
Je croyais au projet de Juvisy en étant sûre qu’un jour, il deviendrait solide. Et c’est le cas aujourd’hui. Je ne voulais pas avoir un projet où il n’y aurait que le football. Je voulais un projet où je pouvais travailler à côté. En signant dans un club 100% pro comme l’OL ou le PSG, ça n’aurait pas été possible. Le seul club de haut niveau qui me le permet, c’est le Paris FC. J’essaye d’imaginer les choses dans dix ou quinze ans, quand il sera obligatoire d’avoir autre chose dans la tête. Ce que je ne veux pas, c’est que les joueuses ou les joueurs soient réduits à ne jouer qu’au foot. Montez des académies, des fondations avec des gens à qui vous déléguez, mais réfléchissez ! Plus vous exploitez vos compétences transversales, mieux vous serez ensuite sur le terrain.



Avec votre connaissance du fonctionnement des instances, ça vous intéresserait de prendre des responsabilités dans ce domaine ?
Oui, mais j’ai pas mal d’autres opportunités.
« Si ça se trouve, je finirai par élever des chèvres dans la montagne. »
Avec toutes mes casquettes et le fait d’avoir découvert plein de domaines différents, le seul souci que j’aurai en fin de carrière, ce sera de choisir dans quoi j’ai envie de m’engager avec passion ! J’aime beaucoup mon club, donc c’est une éventualité. Je suis aussi très bien à la Fédération. Ils aimeraient que je sois plus engagée, mais ils savent qu’il y a encore le football, donc ils se montrent patients. La télé m’aime bien comme consultante... Bref, on verra. Si ça se trouve, je finirai par élever des chèvres dans la montagne.

Ou navigatrice, puisque vous êtes titulaire du permis bateau.
Mais comment vous savez ça ? (Rires.) C’est vrai, ce sont mes amis, dont certaines du vestiaire d’ailleurs, qui me l’ont payé pour mes 30 ans. Je l’ai passé sur la Seine et depuis trois étés, quand j’arrive en Corse pour passer les vacances, je loue un bateau et on part en virée. C’est trop bien, c’est la liberté.

Vous pêchez ?
Ah non, la pêche c’est pas trop mon truc. Mais faire des escales pour manger au restaurant le midi, avant de repartir se mettre en plein soleil, ça oui ! Propos recueillis par Julien Duez et Mathieu Rollinger, à Orly