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Laura, tant à apprendre de toi

Révélation du début de saison du Paris FC, Gaëtan Laura a surtout enfin mis un pied dans le monde professionnel après plusieurs années de doutes et de galères. Une chance que ne veut pas laisser passer celui qui a traîné comme un boulet ses erreurs de jeunesse, à Argentan puis Lorient. Portrait d'un trublion discret et attachant.

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Ce mercredi 8 juillet 2020, l'immense domaine de Bois-Guy habituellement prisé des golfeurs est le théâtre d’un tournoi de pétanque mettant aux prises l’effectif du Paris FC à son staff lors d'un stage en Ille-et-Vilaine. Avant de savoir si les Parisiens pourront viser la montée en Ligue 1, les deux meilleures triplettes de la compétition doivent se départager. Contre toute attente, ce n’est pas l’équipe de René Girard, son fils Nicolas et Gérard Bernardet qui remporte la coupe et le panier garni. Mais celle du portier Anthony Maisonnial, du kiné Jean-Pierre Maarek et de la recrue Gaëtan Laura, pas étonné pour un sou par cette victoire contre les Sudistes : « C’était déjà écrit, mais ils ont fait semblant de ne pas savoir. Les coachs ont voulu essayer, allez hop. On les a mis sur le côté, et ouais, c’est fort ! »


Deux mois plus tard, l’ancien attaquant de Quevilly a marqué lors de ses deux premiers matchs de Ligue 2, s'est fait flasher cinq fois à 35 km/h ou plus et s’est imposé dans le onze du PFC à vitesse grand V. Les sollicitations médiatiques ont alors fleuri, mais le jeune Normand repousse poliment toute demande d’interview, préférant parler sur le terrain. « Ce n'est pas quelqu’un qui se jette devant la caméra et qui aime parler, explique Anouar, collaborateur de son agent Paul Schianchi. Après, il sait qu’il doit faire un travail là-dessus. Mais c’est quelqu’un de vachement réservé, un nounours comme disent ses coachs. » Pourtant, entre une réputation de vilain petit canard à la suite d'une sortie de route à Lorient, des difficultés à se fondre dans le moule du football de haut niveau et des coups de foudre pour certains entraîneurs, le buteur de 25 ans aurait déjà beaucoup de choses à raconter.

« J'allais le chercher chez lui pour l’entraînement et les matchs, j’ai dû beaucoup batailler sur les horaires, et on n’était jamais à l'abri qu’il n’y ait pas ses chaussures de foot dans son sac. » Thierry Duval, coach à l'ASPTT Argentan

Orne to be alive


C'est à Argentan, à dix kilomètres du domicile familial, qu'il commence à mettre à l'amende les défenseurs de l'Orne. À cette époque, la ville de Michel Onfray est encore divisée en deux. D’un côté, l’ASPTT Argentan dont la philosophie est plus tournée vers la formation. De l’autre, l’UF Argentan (huitième-de-finaliste de la Coupe de France en 1998) où débute Gaëtan. « Je l’ai eu deux saisons au sein d’une sacrée génération, c’était agréable car ils régalaient déjà pas mal, rembobine Julien Jean, son éducateur en U12. Ils avaient déjà du caractère et ils savaient qu’ils avaient un très bon niveau. Gaëtan en faisait partie, mais il était un peu plus en retrait. » En moins de quinze ans, il file aux PTT Argentan où Thierry Duval prend le relais : « Les deux ans où je l’ai eu, j'allais le chercher chez lui pour l’entraînement et les matchs. J’ai dû beaucoup batailler sur les horaires, et on n’était jamais à l'abri qu’il n’y ait pas ses chaussures de foot dans son sac. Parfois, on regardait le sac avant de partir. Rien ne l'inquiétait. »



Normal, il empile les buts et réussit deux saisons de haute volée ponctuée par deux finales de Coupe de Basse-Normandie U15, attirant les recruteurs du coin. « Il était suivi par énormément de clubs, dont Laval. C’est le président qui l’a emmené en personne, pour son essai. Ce jour-là, il fait super froid, il pleut, il n'a pas envie de jouer et il a marché pendant toute la détection, se souvient Thierry Duval. C’était Gaëtan, il voulait toujours être libre, c'est-à-dire ne pas avoir de contrainte dans le football. En revanche, il te faisait basculer le match quand il voulait. » Pas suffisant puisque le Stade Malherbe de Caen, qui le suit de près depuis deux saisons, ne donnera jamais suite. La faute à son comportement, et à ses résultats scolaires. « Il avait voulu aller au sport-étude de Gacé, mais il n’avait pas été pris car ses résultats n’étaient pas très bons. Pourtant, c’était de loin le meilleur attaquant de sa génération, il claquait tout, explique un ami d’enfance. Il était discret, mais il fallait toujours qu’il montre qu’il n’en avait rien à foutre, donc il était perçu comme le vilain petit canard. » Une réputation accentuée par son éviction de l'équipe U15 de Basse-Normandie, après avoir fait partir un feu dans la chambre qu'il partageait avec un coéquipier lors des sélections.

« Il était proche de passer pro à Lorient, avant sa bêtise. Il avait les clés, mais pas encore la tête. » Thierry Duval

Merlu pas frais


Tête brûlée, Gaëtan veut surtout continuer à mettre le feu sur les pelouses et s’engage en 2011 avec l’US Alençon, plus gros club du département. Initialement prévu pour jouer en U17, il ne tarde pas à taper à la porte de l’équipe première qui évolue en DH et rejoint le centre de formation familial de Lorient en 2013. « On s’est dit : "Ça y est, il est enfin lancé", raconte Thierry Duval, avant d’annoncer la suite. Il était proche de passer pro, avant sa bêtise. Il avait les clés, mais pas encore la tête. » En effet, le joueur de 17 ans intègre le groupe réserve de Franck Haise et claque pion sur pion au point d'espérer un contrat pro. Mais la seconde saison, qu'il commence comme la première - en marquant et en continuant de gagner la confiance de Franck Haise -, Gaëtan Laura ne va pas la finir. Régis Le Bris, directeur du centre de formation, explique : « Par rapport à l’exigence du moment, il s’est écarté, et on s’est séparés. C’était logique pour les deux parties, tout en considérant que ses qualités de footballeur étaient vraiment d’un excellent niveau. »


La réalité est légèrement différente car à l'époque, les on-dit du 61 évoquent surtout une histoire de vol de chaussures. Une version que Régis Le Bris ne réfute qu’à moitié : « Ce sont des choses qui sont arrivées. Comme tous les jeunes, ils ont des passages, mais ça ne peut pas être que ça. La séparation s’est faite à cause du projet, il n'avait pas suffisamment de maturité à ce moment-là pour rentrer dans un effectif professionnel. » Après son départ de Lorient, nombreux pensent que c'est fini. « Je me suis dit qu’on commençait peut-être à le perdre au niveau sportif puisque après, il est parti à Saint-Lô en National 3 » , avoue Jocelyn Laurent, coéquipier lorientais. Revenu sur les terres de sa Normandie natale après six mois d’arrêt, le jeune joueur veut se reconstruire, mais son séjour dans la capitale des Ruines ne sera qu’éphémère. « Au départ, il était dans le trou complet, et il a fallu le rebooster psychologiquement, avance Laurent Lesgent, qui l’avait lancé avec Alençon deux ans plus tôt. Cela s’est bien passé la première partie de saison, car je le connaissais très bien. Mais après la trêve, il ne s’y retrouvait pas et il est parti. » Retour à la case départ.

« Il faut le piquer régulièrement, savoir hausser le ton. Il est comme ça, il prend la réflexion, se mord la langue par orgueil, l’orgueil indispensable à l’attaquant, puis il comprend que c’est pour son bien » Manu Da Costa, coach à Quevilly Rouen

Attaquant attachiant


« Après Lorient, sa famille a toujours cru en lui. Il ne le dit pas ouvertement, mais pour lui, il n’y a que le foot depuis qu’il est jeune » , détaille l'ami d’enfance. Aucun problème, donc, à repartir au plus bas niveau national en s’exilant au FC Évreux 27. Après six mois compliqués, il inscrit 27 buts lors de la saison 2017-2018. Sa rencontre avec ses nouveaux collaborateurs, Anouar et Paul Schianchi, mais surtout celle avec Dramane Dillain, le coach ébroïcien, n'y est pas étrangère. « C’est un garçon attachant et attachiant, expliquait ce dernier. Il dispose d’un potentiel immense et de toutes les qualités pour jouer au-dessus. Mais il faut l’aider à appréhender la vie de tous les jours, la vie sur le terrain avec ses partenaires. »


Ses petits écarts du passé semblent loin derrière, même si lors de la demi-finale d’UEFA Region's Cup qu’il dispute avec l’équipe de Normandie, il s’écharpe avec un joueur adverse en fin de match, refusant de lui serrer la main après avoir été balayé toute la rencontre. « C’est un joueur incroyable qui nous a qualifiés à lui tout seul, mais il était un peu en marge du groupe » , énonce Amaury Tessier, un de ses coéquipiers en équipe de Normandie.

« C’est quelqu’un qui paraît un peu fermé, comme ça. Mais dans le lien, il est finalement très ouvert. Les autres sont venus à lui, lui est venu aux autres. » René Girard

Rebond normand


Sa saison à Évreux, ponctuée par un sextuplé lors de l’ultime journée de N3 contre Dives/Cabourg (10-0), lui ouvre malgré tout les portes de la réserve du RC Lens (où il retrouve Franck Haise, pendant une saison) avant de s’engager avec Quevilly Rouen Métropole (N1) à l'été 2019. Manu Da Costa le courtisait et n’a pas écouté les sceptiques. L’actuel coach du Sporting Lyon a eu raison, comprenant comment manager ce talent brut. « Il faut le piquer régulièrement, savoir hausser le ton. Il est comme ça, il prend la réflexion, se mord la langue par orgueil, l’orgueil indispensable à l’attaquant, puis il comprend que c’est pour son bien. »



Après seulement une brève saison, virus oblige, il a déjà l’embarras du choix puisque de nombreux clubs se bousculent. Sûrement un poil rancunier, il décline les avances de Caen et signe un contrat de trois ans avec le PFC. Mais pour l’heure, une certaine instabilité saute aux yeux lorsque l’on retrace la jeune carrière de Laura. À l’évocation de cette hypothèse, Manu Da Costa la réfute immédiatement : « Si Gaëtan ne se stabilise pas dans un club, c’est parce qu’à chaque fois qu'il franchit un palier, il y a une marche supplémentaire. Dès le début de la saison en Ligue 2, il est déjà performant. C’est la preuve qu’il n’a pas de limite. »

Dans les pas de Giroud ?


Aucune limite, et le fantasme de monter en Ligue 1 avec le PFC, club où il s’est ouvert aux autres : « C’est quelqu’un qui paraît un peu fermé, comme ça. Mais dans le lien, il est finalement très ouvert. Les autres sont venus à lui, lui est venu aux autres, raconte René Girard, fada du joueur. C’est une bombe, c’est un garçon qui a une explosivité hors du commun et il possède une double accélération vraiment impressionnante. Le défaut chez des garçons qui vont très vite, c’est souvent de se marier avec le ballon. Ils ont en général l’un ou l’autre, alors que Gaëtan se débrouille formidablement bien avec les deux. »


Un discours partagé par tous ses anciens coachs, qui le voient aller plus haut. Dont Girard, qui considère qu’il en a encore sous la semelle et lui rappelle d’une certaine façon Olivier Giroud, de par sa trajectoire. Comme le buteur des Bleus, Laura vient d’en bas et a cravaché. S’il veut pouvoir le défier à la pétanque dans les jardins de Clairefontaine, il va falloir se dépêcher. Par Maxime Renaudet et Matteo Amghar Tous propos recueillis par MA et MR, sauf ceux de Dramane Dillain issus de Paris-Normandie