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Dernier message de la page précédente, posté par Don't mess with Tonygoal
le 21/08/2019 à 09:32
Ah le Lens-Lazio ! Le paternel m'en a tellement parlé de ce match !
Réponse de Alceste Poquelin
le 06/09/2019 à 01:00
Puisque c'est le sujet du jour, je suis retombé là dessus. Plutôt intéressant et pas forcément très souvent évoqué.

"Noirs dans les camps nazis"

https://www.youtube.com/watch?v=YG2KPdu6TCw

Documentaire de Serge Bilé.

(Même si aux yeux de certains, ça alourdira "notre" dossier...)
Réponse de Fred Astaire
le 06/09/2019 à 01:14
Message posté par Alceste Poquelin
Puisque c'est le sujet du jour, je suis retombé là dessus. Plutôt intéressant et pas forcément très souvent évoqué.

"Noirs dans les camps nazis"

https://www.youtube.com/watch?v=YG2KPdu6TCw

Documentaire de Serge Bilé.

(Même si aux yeux de certains, ça alourdira "notre" dossier...)


J'ai déjà eu l'occasion de voir ce documentaire poignant, avec entre autres témoignages celui de John William, chanteur qui eut beaucoup de succès dans les années 50-60, spécialiste des adaptations de chansons de films (Si toi aussi tu m'abandonnes, OK Corral, Le bleu de l'été (The green leaves of summer d'Alamo), Exodus, etc.
Réponse de Alceste Poquelin
le 06/09/2019 à 02:08
@Fred

Oui, vraiment des témoignages poignant. D'ailleurs, un petit "complément" si l'on peut dire.

Serge Bilé et John William (chez Ardisson, époque "Tout le monde en parle")

https://www.youtube.com/watch?v=_glytcD53tg
Réponse de Fred Astaire
le 06/09/2019 à 12:42
Message posté par Alceste Poquelin
@Fred

Oui, vraiment des témoignages poignant. D'ailleurs, un petit "complément" si l'on peut dire.

Serge Bilé et John William (chez Ardisson, époque "Tout le monde en parle")

https://www.youtube.com/watch?v=_glytcD53tg


Merci,
je ne me souvenais plus de son passage dans l'émission.
Réponse de Fred Astaire
le 07/09/2019 à 23:52
Extraits de « Mon football » de Raymond Kopa avec la collaboration de Paul Katz, aux éditions Calmann-Lévy, 1972.

Chapitre sur le Real Madrid.

Avec mes coéquipiers du Real, il n'y a pas eu d'ennuis. J'ai été pratiquement adopté d'emblée. Ils étaient très gentils, très chaleureux. Il y avait une excellente ambiance. D'ailleurs, dans une équipe qui marchait aussi bien que la nôtre, il est rare qu'il y ait des histoires. C'est lorsque cela va mal que l'ambiance s'effiloche et que les antagonismes se libèrent. Il y avait cependant des garçons avec qui je symphatisais plus qu'avec d'autres. C'est normal. La symphatie, cela existe, non ? Mes meilleurs amis là-bas furent l'ailier droit Joseito, le demi Zaraga et l'inter droit Rial, qui était un garçon charmant et qui baragouinait un peu le français. Ces gars-là m'ont vraiment aidé d'une manière remarquable.

Di Stefano ? Hum. Pour ce qui me concerne , ce garçon a toujours été un cas. Bien sûr, lorsqu'il a vu débarquer Raymond Kopa, il ne l'a pas considéré comme un adversaire. C'était un type assez lunatique, Alfredo Di Stefano. Un formidable joueur, c'est incontestable. Et il le savait. Il n'avait pas une petite opinion de ses talents. C'est normal. Sur le plan humain, il était à la fois formidable, charmant, … et décevant. Je n'aimais pas sa manière de se conduire avec les humbles, les petits. Il m'est impossible de mépriser quelqu'un, de l'humilier ou de lui parler avec hauteur ou condescendance, fût-il balayeur. Moi, je ne fais guère de différence entre les êtres humains. Di Stefano, lui, ne partage sans doute pas ce point de vue. Je l'ai vu par exemple, au restaurant, prendre un plat qui ne lui avait pas plu, le jeter par terre en regardant avec mépris le serveur ramasser humblement et balayer les déchets. Que vouliez-vous que fasse le pauvre bougre de serveur ? Se rebiffer ? Engueuler le grand Di Stefano, l'idole de l'Espagne et perdre sa place ?
C'était un type assez hautain, mais en fait, il se conduisait beaucoup plus comme quelqu'un qui manquait d'éducation que comme un garçon méchant ou méprisant. Parfois, il est difficile de se mettre à la place des autres. On admirait Di Stefano. Le personnel béait devant lui. Mais on l'aimait pas. Pourtant, il était très bizarre. Parfois, il était très aimable, il avait des attentions charmantes, beaucoup de gentillesse spontanée. Parfois, il vous croisait sans vous voir, vous disant à peine bonjour. Quelque chose devait le préoccuper. Vraiment un type lunatique. Il nous est arrivé d'aller dîner chez lui et de passer de fort agréables soirées. Il est arrivé aussi qu'on l'ait vu venir à l'entraînement, entrer dans les vestiaires, ne saluer personne, se mettre en tenue sans desserer les dents. Puis brusquement, prendre ses chaussettes et les lancer sur un joueur, pour rigoler, éclater de rire, se mettre à chahuter comme un amin de quinze ans, nous assener de formidables tapes amicales dans le dos, se conduire comme un collégien ravi de faire des farces au milieu de ses copains...
C'est pour ça que moi, j'ai toujours considéré Alfredo comme un lunatique.

Sur le terrain, il n'y a jamais eu de problème entre nous deux. Je jouais ailier droit. A Reims, où j'occupais aussi ce poste, j'étais très sollicité. A Madrid, je le fus beaucoup moins. Mais ce n'était pas de la mauvaise volonté envers moi, ou le signe d'un manque de confiance. Non. C'est que le jeu était beaucoup plus orienté vers Di Stefano et notre ailier gauche, Francisco Gento Lopez. Je le déplorais un peu. J'aurais préféré être davantage dans l'action. Mais enfin, je n'en faisais pas un drame personnel, ni un scandale, ni une conspiration contre moi. C'était comme ça et c'est tout. Les habitudes avaient été prises avant mon arrivée. C'était le jeu. On n'allait pas tout bouleverser pour mes beaux yeux. Et d'ailleurs, je n'avais pas grand-chose à dire, puisque l'équipe obtenait de très bons résultats et que tout allait très bien comme ça. Même le public madrilène aurait souhaité que je sois davantage sollicité. Il a été formidable, ce public. Il m'a adopté d'emblée. Il m'avait surnommé Kopita, le petit Kopa. Il scandait mon nom, en cours de match, pour que l'on me donne le ballon, parce que mon jeu plaisait beaucoup aux spectateurs. Et ils estimaient qu'on ne me mettait pas assez à contributions. Cependant, malgré certains petits problèmes de ce genre, je dois dire que jamais, au cours de mes trois ans de présence au Real, Di Stefano n'a été incorrect à mon égard. Au contraire, il prenait bien soin d'éviter de m'insulter. Ce n'était pas le cas de tout le monde. Di Stefano avait une forte personnalité. Sur le terrain, c'était un gagneur. Il remuait son monde, en termes durs, grossiers parfois, mais il avait souvent raison. Il savait redresser une situation, par son exemple, par ses coups de gueule. Il avait une très forte emprise sur ses équipiers, sur Mateos, surtout. Lorsqu'il était mécontent d'un joueur, il se plantait devant lui, au milieu du terrain, et il lui disait quelques mots dans un langage qui n'était pas destiné aux enfants des écoles. Et cela, sous l'oeil du public, des adversaires, des coéquipiers. C'était un Monsieur à très forte personnalité, je le répète. Il le fallait au Real. Car c'est Alfredo Di Stefano qui a fait le Real Madrid. Je tiens à lui rendre cet hommage. Il en imposait à tous. Tout le monde redoutait Alfredo Di Stefano. Tout le monde l'admirait, même si le joueur était beaucoup plus admiré que l'homme. C'est classique. La vedette au caractère impossible, devant qui tout le monde tremble, mais qui a sa cour, son équipe, parce que tout le monde en profite. Ce n'est pas un cliché. D'ailleurs , lorsque j'ai fait ma série d'articles dans France-Dimanche et que j'ai écrit que Di Stefano avait mauvais caractère, personnne n'a démenti. Cela avait fait un tollé dans la presse française et les journalistes se sont précipités goulûment pour guetter, solliciter et même, le cas échéant, forcer la réponse du Real Madrid, la réaction des Espagnols. Or, de réaction, il n'y en eut aucune. Car je n'avais rien écrit de scandaleux, d'énorme ou de faux. Tout le monde à Madrid savait que Di Stefano avait mauvais caractère. Et après ? Les Madrilènes se sont contentés de dire qu' Alfredo Di Stefano avait bien été décrit par Raymond Kopa et que le portrait de ce dernier en avait tracé correspondait bien à la réalité. Et voilà !

Cela dit, je pense que Di Stefano, c'est un monument. Un super-joueur, un très, très grand joueur et je souhaiterais qu'il y en ait beaucoup en France comme celui-là, même avec son mauvais caractère. Sur le terrain, j'aimerais qu'il y ait beaucoup de joueurs qui se battent avec la détermination d'un Di Stefano. Car c'est une leçon de talent, mais aussi de courage qu'il donnait à chaque match. J'aimerais qu'il y ait beaucoup de gars qui sachent refuser la défaite, se battre comme Di Stefano. Moi, je me foutais pas mal de son caractère. Ce qui m'intéressait, c'est ce qu'il montrait sur le terrain. Et là, chapeau. J'étais en admiration devant lui, même si l'homme avait des attitudes dans la vie que je n'admettais pas. C'était son affaire, au fond. Mais j'avoue que pendant mon séjour en Espagne, j'ai été parfois choqué par la manière dont les humbles sont traités. Là-bas, il y a deux classes sociales: les riches et les pauvres. Lorsque vous avez le malheur d'appartenir à cette dernière...
Je me souviens de la manière dont des serveurs de restaurant étaient traités. Comment l'un de nos soigneurs, un très brave type, doux et gentil, était bousculé. Jamais je n'ai pu m'habituer à cette mentalité. Pour moi, tout être humain, quel qu'il soit, a sa dignité. Je ne comprends pas que l'on puisse humilier quelqu'un sous prétexte qu'il est sans défense... Cela dit, j'aime les gens passionnés, qui se battent, qui ont de la valeur. J'aime les gens qui se défoncent. Et Alfredo Di Stefano fait partie de ceux-là. Quand vous avez dans votre équipe un type de ce calibre qui vous gagne un match à lui tout seul, qui a un moteur dans le ventre et qui, sur le terrain, se bat en attaque, en défense partout, et bien vous ne vous posez pas de questions sur son caractère. Son caractère, on s'en fiche. D'ailleurs, est-ce que je plais à tout le monde, moi ? Certains m'ont trouvé et me trouvent mauvais caractère, et Dieu sait quoi encore... J'ai la réputation d'un petit bonhomme râleur, rageur, gagneur, hargneux, n'est-ce pas ? Il doit bien y avoir quelque chose de vrai là-dedans, non ? Pourtant, on a vite fait d'extrapoler et de vous faire une légende. A Reims, par exemple, je passais pour l'emmerdeur, revendicatif, contestataire, révolutionnaire. Tout ça parce que j'ai pris des positions fermes et que j'ai toujours défendu mes intérêts et ceux de mes coéquipiers avec beaucoup de décision. Cela dit, dans l'ensemble, j'ai eu assez bonne presse et mon caractère réel, ma vraie personnalité, ont toujours été assez bien rendus. Mais moi, je suis un garçon sensible, qui crois beaucoup à l'amitié. Enormément même. Lorsque je donne mon amitié, elle est sincère, et elle est pour la vie. C'est pour ça que je suis parfois déçu, parce que j'ai la naïveté de croire que tout le monde est comme moi.
Réponse de Fred Astaire
le 07/09/2019 à 23:54
Pour en revenir à Di Stefano, je me souviens que nous avons perdu un match à Barcelone par 4-0 ! Une correction ! Une humiliation ! Imaginez le boucan que ça a fait ! L'émotion était d'autant plus considérable que le match suivant nous opposait à notre rival, l'Atletico de Madrid. Un derby, dans ces circonstances, avec un Real KO, et dont l'on se demandait s'il avait retrouvé son équilibre, comment il allait réagir. Deux heures avant d'entrer sur le terrain, nous ne connaissions pas la composition exacte de l'équipe. C'est seulement dans le car qui nous amenait au stade que Luis Carniglia, l'entraîneur de l'époque, s'est approché de moi et m'a dit:
« Raymond, tu joues avant-centre. »
J'étais un peu abasourdi. « Bon, je veux bien. »
Tu vas jouer avant-centre, mais comme tu le faisais à Reims. C'est à dire que tu décrocheras souvent.
Très bien. Puisque vous me le demandez. Mais je vais jouer comme je peux, comme je sais...
Parfait. Je te fais confiance.
Et ce fut tout. Mais c'était quand même une petite révolution. J'étais très surpris. Je me suis dit: « Il a dû en parler à Di Stefano. »
C'est ce qui c'était passé, et Alfredo n'avait pas fait de difficultés. Avant d'entrer sur le terrain, j'ai pris notre ailier gauche Gento à part: « Francisco, lui ai-je dit, je vais te demander quelque chose. Je joue avant-centre et j'aimerais qu'on mette quelque chose au point. En général, lorsque tu fonces vers le but, tu commences ton action vers le milieu du terrain, tu te crêves pour dribbler trois ou quatre adversaires, et quand tu arrives près du but, tu es fatigué. Ce que tu fais, c'est formidable. Mais j'aimerais que tu sois un peu plus dangereux, que tu économises un peu plus ton influx nerveux de manière à conserver suffisamment de souffle pour terminer ton dribble par un tir puissant. Pour cela, il faut que tu te rapproches un peu plus de moi, que tu joues un peu plus en pointe. »
Gento, qui n'était pas très contrariant, a eu l'air intéressé et même enthousiaste. Et ça a marché. Le Real a gagné par 5-0 ! 2 buts de Gento, 2 de Kopa, un de je ne sais plus qui. Succès total. Et dans la presse madrilène, un malheur. Kopa à la une. Kopa ici. Kopa là. Kopa avant-centre du Real Madrid. Très bien. Tout le monde était ravi. Deuxième match à l'extérieur. Dans le Nord. Kopa conserve son poste. Et on gagne 2-0 ! Deux buts de Kopa. Extraordinaire. Vous voyez que je savais aussi marquer des buts. Troisième match à Madrid... Et Kopa redevient ailier droit... Que s'était-il passé ? Eh bien, Di Stefano était allé trouver les dirigeants et avait exigé qu'on lui rende son poste d'avant-centre. Je n'ai rien dit. Après tout, c'était son poste. Et l'expérience s'est terminée comme ça.
Il n'y a jamais eu la moindre explication entre nous, rien. Sur le terrain, il m'a donné des ballons, il m'a fait jouer comme avant. Il n'a rien fait contre moi. Je suis donc retourné à mon aile, Di Stefano à l'avant-centre. Pendant les quelques matchs où je lui avais pris sa place, il avait joué au milieu du terrain, en piston. Et il avait d'ailleurs été extraordinaire. Avec le talent et les moyens physiques qu'il avait, il était fantastiques à tous les postes. Mais je crois que si j'étais resté avant-centre, l'équipe aurait eu un rendement supérieur.
Bref, je suis reparti à mon aile. Je n'ai pas dû être si mauvais que ça, puisqu'à la fin de mon séjour, les dirigeants m'ont proposé de signer un contrat de cinq ans, pour cent millions. J'ai refusé. Il fallait que je retourne à Reims. Des intérêts commerciaux importants exigeaient ma présence en France...

Mais revenons au Real.
Bien sûr, Di Stefano et son extraordinaire personnalité de joueur m'ont beaucoup marqué. Mais il ne fut pas le seul. Un an après mon arrivée, le Real a recruté un autre super-joueur: le Hongrois Ferenc Puskas, ex-capitaine de l'équipe de Hongrie. Puskas avait quitté son pays à la suite des événements de 1956. Il végétait en Autriche lorsque le Real l'a engagé. Quand la nouvelle s'est répandue, cela a été un éclat de rire général. Les Français d'abord, les Espagnols ensuite. L'hilarité était unanime. Puskas avait un ventre de propriétaire, il était devenu bedonnant, il avait engraissé. Bref, pour tout le monde, c'était un joueur fini et on ne comprenait pas qu'un club comme le Real ait pu commettre l'erreur monumentale, grotesque, d'engager un tel joueur. Mais moi, je tiens à rappeler que mon idole, l'homme pour qui j'avais la plus grande admiration a toujours été Ferenc Puskas. Je l'avais découvert en 1954 lors d'un match amical que les Hongrois avaient disputé à Genève, lorsqu'ils préparaient la Coupe du Monde. Et j'avais aussi appris ce qui s'était passé lors du fameux Angleterre-Hongrie à Wembley, qui vit la première défaite (et par 7-1 !) des Anglais sur leur terrain ! Bref, Puskas, moi, je l'avais toujours vu «comme une maison». Et voilà que je le revoyais, arrivant au Real. Lourd. Gras.
Effectivement, le major bedonnant comme on l'appelait (puisqu'il était major dans l'armée hongroise), c'était lui. Il avait je ne sais combien de kilos en trop. La presse espagnole a été lamentable, odieuse à son égard. C'était même répugnant. Les journalistes espagnols venaient interroger les joueurs du Real sur Puskas. Lorsqu'on m'a questionné, j'ai répondu in extenso (et les archives de l'époque en feront foi): « Ecoutez, Puskas, c'est un très grand joueur. La classe, il l'a. Ce qui lui manque, c'est la condition physique. Il faut qu'il s'entraîne énormément. Et il retrouvera ses talents.»
Et Puskas s' est mis à l'oeuvre. Il travaillait, il cravachait dur. Je n'ai jamais vu, même un junior, s'entraîner avec autant d'acharnement. Il avait trois ou quatre pulls sur le dos et il transpirait, le malheureux. Il se mettait à plat ventre, ça, on peut le dire. Les autres le regardaient, certains d'un air goguenard. J'ai dit: « Donnez-lui le temps de se mettre au point physiquement, qu'il retrouve sa silhouette d'avant les événements. Et je suis sûr, qu'il vous étonnera. Qu'il fera un malheur. »
Je ne dis pas cela maintenant, après coup, pour prouver ma clairvoyance. Mais parce que j'ai toujours su, rien qu'à voir l'acharnement avec lequel il s'est remis au travail, que Ferenc Puskas nous étonnerait. Il a donné une magistrale leçon de courage, d'humilité, d'orgueil aussi. Une leçon dont beaucoup de jeunes footballeurs devraient s'inspirer. Car lorsqu'on a été Ferenc Puskas, c'est-à-dire l'un des plus prodigieux joueurs du monde, lorsqu'on arrive dans un club accueilli par un tel scepticisme, parfois même de la méchanceté, eh bien, il faut avoir une grande force de caractère pour reparti de zéro, humblement, simplement, discrètement. Ce caractère, Puskas, l'a eu. Et comme son merveilleux talent était intact, il a gagné.

Pendant trois années consécutives, il est devenu le meilleur buteur d'Espagne. Il a remis à leur vraie place tous les sceptiques, les médiocres, les jaloux, les malveillants. Ce fut l'une de mes grandes joies. On avait condamné ce garçon. Et c'est lui qui finalement obligeait ses contempteurs à se promener le nez en berne. J'avais eu raison de croire en lui. J'étais heureux. Pour lui. Pour moi aussi.
On l'avait également décrit comme quelqu'un affligé d'un caractère impossible, prétentieux, orgueilleux, distant. Encore une légende. Il était charmant, un brave type, le cœur sur la main, généreux, aimant la vie, ayant le sens de l'amitié, fidèle à la parole donnée. Il n'a jamais laissé tomber ses amis. Chez lui, c'était la maison du Bon Dieu. Il s'est pratiquement ruiné tellement il avait bon cœur. C'était toujours plein de réfugiés hongrois. Ils avaient toujours porte ouverte et table mise. Et c'est ce superbe garçon que les journalistes ont osé décrire comme un fruit sec au cœur dur et à la petite cervelle !
Lorsque Puskas est enfin parvenu à baragouiner quelques mots d'espagnol, les contacts humains entre lui et moi sont devenus encore plus chaleureux. Lui et Di Stefano sont évidemment les deux personnalités qui, au Real, m'ont le plus marqué.
Réponse de Fred Astaire
le 07/09/2019 à 23:56
On peut parler aussi de Gento, joueur aux moyens terribles, rapide, vif, un ouragan. Mais il n'a jamais vraiment utiliser sa pointe de vitesse exceptionnelle et terminer ses actions avec la même efficacité qu'il les avait commencées. S'il avait joué plus souvent comme il le fit lorsque j'occupais le poste d'avant-centre, s'il était parti de plus près du but adverse, s'il ne s'était pas épuisé en courses spectaculaires certes, mais qui l'épuisaient et l'empêchaient de conclure, il aurait fait une bien plus grande carrière. Mais Gento ne pensait qu'au spectacle. Et ce spectacle, finalement, s'avérait improductif. Il n'est pas allé au bout de ses possibilités, Francisco Gento ! Il aurait dû faire mieux, beaucoup mieux. Il faut aussi tenir compte du fait que le public adorait les déboulés de Gento et en réclamait toujours. Rien d'étonnant à ce que ce garçon ait été si sollicité et qu'il ait eu tant de goût pour le spectacle !

Il y a eu Mateos, avec lequel j'ai eu pas mal d'ennuis. C'était l'homme lige de Di Stefano. Un gars très personnel, doué, capable de tout sur un terrain, mais qui donnait l'impression de jouer sa peau à chaque match.

Lorsque je résume mon aventure madrilène, je m'aperçois en fait, que je n'en ai ramené que de bons souvenirs. J'ai eu la chance de jouer dans la meilleure équipe du monde et je n'ai connu pratiquement que de bons moments. Avec, comme sommets, les finales de Coupe d'Europe. En particulier celle que nous avons disputée contre Reims, à Stuttgart, le 3 juin 1959.
Réponse de sainté
le 11/09/2019 à 06:27
allez on est le 11 septembre et avant d'être synonyme d'un jour de complot des illuminatis contre les usa et le monde (je plaisante) pour moi le 11 septembre c'est la chute d'un grand homme Salvador Allende!!

je pose quelques articles plus où moins récents en lien

https://www.sofoot.com/carlos-caszely-l … 98333.html

https://www.sofoot.com/top-100-les-matc … 78893.html

http://lucarne-opposee.fr/index.php/cul … -septembre

https://www.monde-diplomatique.fr/2013/09/A/49662
Réponse de Fred Astaire
le 11/09/2019 à 13:36
Message posté par Fred Astaire
Pour en revenir à Di Stefano, je me souviens que nous avons perdu un match à Barcelone par 4-0 ! Une correction ! Une humiliation ! Imaginez le boucan que ça a fait ! L'émotion était d'autant plus considérable que le match suivant nous opposait à notre rival, l'Atletico de Madrid. Un derby, dans ces circonstances, avec un Real KO, et dont l'on se demandait s'il avait retrouvé son équilibre, comment il allait réagir. Deux heures avant d'entrer sur le terrain, nous ne connaissions pas la composition exacte de l'équipe. C'est seulement dans le car qui nous amenait au stade que Luis Carniglia, l'entraîneur de l'époque, s'est approché de moi et m'a dit:
« Raymond, tu joues avant-centre. »
J'étais un peu abasourdi. « Bon, je veux bien. »
Tu vas jouer avant-centre, mais comme tu le faisais à Reims. C'est à dire que tu décrocheras souvent.
Très bien. Puisque vous me le demandez. Mais je vais jouer comme je peux, comme je sais...
Parfait. Je te fais confiance.
Et ce fut tout. Mais c'était quand même une petite révolution. J'étais très surpris. Je me suis dit: « Il a dû en parler à Di Stefano. »
C'est ce qui c'était passé, et Alfredo n'avait pas fait de difficultés. Avant d'entrer sur le terrain, j'ai pris notre ailier gauche Gento à part: « Francisco, lui ai-je dit, je vais te demander quelque chose. Je joue avant-centre et j'aimerais qu'on mette quelque chose au point. En général, lorsque tu fonces vers le but, tu commences ton action vers le milieu du terrain, tu te crêves pour dribbler trois ou quatre adversaires, et quand tu arrives près du but, tu es fatigué. Ce que tu fais, c'est formidable. Mais j'aimerais que tu sois un peu plus dangereux, que tu économises un peu plus ton influx nerveux de manière à conserver suffisamment de souffle pour terminer ton dribble par un tir puissant. Pour cela, il faut que tu te rapproches un peu plus de moi, que tu joues un peu plus en pointe. »
Gento, qui n'était pas très contrariant, a eu l'air intéressé et même enthousiaste. Et ça a marché. Le Real a gagné par 5-0 ! 2 buts de Gento, 2 de Kopa, un de je ne sais plus qui. Succès total. Et dans la presse madrilène, un malheur. Kopa à la une. Kopa ici. Kopa là. Kopa avant-centre du Real Madrid. Très bien. Tout le monde était ravi. Deuxième match à l'extérieur. Dans le Nord. Kopa conserve son poste. Et on gagne 2-0 ! Deux buts de Kopa. Extraordinaire. Vous voyez que je savais aussi marquer des buts. Troisième match à Madrid... Et Kopa redevient ailier droit... Que s'était-il passé ? Eh bien, Di Stefano était allé trouver les dirigeants et avait exigé qu'on lui rende son poste d'avant-centre. Je n'ai rien dit. Après tout, c'était son poste. Et l'expérience s'est terminée comme ça.
Il n'y a jamais eu la moindre explication entre nous, rien. Sur le terrain, il m'a donné des ballons, il m'a fait jouer comme avant. Il n'a rien fait contre moi. Je suis donc retourné à mon aile, Di Stefano à l'avant-centre. Pendant les quelques matchs où je lui avais pris sa place, il avait joué au milieu du terrain, en piston. Et il avait d'ailleurs été extraordinaire. Avec le talent et les moyens physiques qu'il avait, il était fantastiques à tous les postes. Mais je crois que si j'étais resté avant-centre, l'équipe aurait eu un rendement supérieur.
Bref, je suis reparti à mon aile. Je n'ai pas dû être si mauvais que ça, puisqu'à la fin de mon séjour, les dirigeants m'ont proposé de signer un contrat de cinq ans, pour cent millions. J'ai refusé. Il fallait que je retourne à Reims. Des intérêts commerciaux importants exigeaient ma présence en France...

Mais revenons au Real.
Bien sûr, Di Stefano et son extraordinaire personnalité de joueur m'ont beaucoup marqué. Mais il ne fut pas le seul. Un an après mon arrivée, le Real a recruté un autre super-joueur: le Hongrois Ferenc Puskas, ex-capitaine de l'équipe de Hongrie. Puskas avait quitté son pays à la suite des événements de 1956. Il végétait en Autriche lorsque le Real l'a engagé. Quand la nouvelle s'est répandue, cela a été un éclat de rire général. Les Français d'abord, les Espagnols ensuite. L'hilarité était unanime. Puskas avait un ventre de propriétaire, il était devenu bedonnant, il avait engraissé. Bref, pour tout le monde, c'était un joueur fini et on ne comprenait pas qu'un club comme le Real ait pu commettre l'erreur monumentale, grotesque, d'engager un tel joueur. Mais moi, je tiens à rappeler que mon idole, l'homme pour qui j'avais la plus grande admiration a toujours été Ferenc Puskas. Je l'avais découvert en 1954 lors d'un match amical que les Hongrois avaient disputé à Genève, lorsqu'ils préparaient la Coupe du Monde. Et j'avais aussi appris ce qui s'était passé lors du fameux Angleterre-Hongrie à Wembley, qui vit la première défaite (et par 7-1 !) des Anglais sur leur terrain ! Bref, Puskas, moi, je l'avais toujours vu «comme une maison». Et voilà que je le revoyais, arrivant au Real. Lourd. Gras.
Effectivement, le major bedonnant comme on l'appelait (puisqu'il était major dans l'armée hongroise), c'était lui. Il avait je ne sais combien de kilos en trop. La presse espagnole a été lamentable, odieuse à son égard. C'était même répugnant. Les journalistes espagnols venaient interroger les joueurs du Real sur Puskas. Lorsqu'on m'a questionné, j'ai répondu in extenso (et les archives de l'époque en feront foi): « Ecoutez, Puskas, c'est un très grand joueur. La classe, il l'a. Ce qui lui manque, c'est la condition physique. Il faut qu'il s'entraîne énormément. Et il retrouvera ses talents.»
Et Puskas s' est mis à l'oeuvre. Il travaillait, il cravachait dur. Je n'ai jamais vu, même un junior, s'entraîner avec autant d'acharnement. Il avait trois ou quatre pulls sur le dos et il transpirait, le malheureux. Il se mettait à plat ventre, ça, on peut le dire. Les autres le regardaient, certains d'un air goguenard. J'ai dit: « Donnez-lui le temps de se mettre au point physiquement, qu'il retrouve sa silhouette d'avant les événements. Et je suis sûr, qu'il vous étonnera. Qu'il fera un malheur. »
Je ne dis pas cela maintenant, après coup, pour prouver ma clairvoyance. Mais parce que j'ai toujours su, rien qu'à voir l'acharnement avec lequel il s'est remis au travail, que Ferenc Puskas nous étonnerait. Il a donné une magistrale leçon de courage, d'humilité, d'orgueil aussi. Une leçon dont beaucoup de jeunes footballeurs devraient s'inspirer. Car lorsqu'on a été Ferenc Puskas, c'est-à-dire l'un des plus prodigieux joueurs du monde, lorsqu'on arrive dans un club accueilli par un tel scepticisme, parfois même de la méchanceté, eh bien, il faut avoir une grande force de caractère pour reparti de zéro, humblement, simplement, discrètement. Ce caractère, Puskas, l'a eu. Et comme son merveilleux talent était intact, il a gagné.

Pendant trois années consécutives, il est devenu le meilleur buteur d'Espagne. Il a remis à leur vraie place tous les sceptiques, les médiocres, les jaloux, les malveillants. Ce fut l'une de mes grandes joies. On avait condamné ce garçon. Et c'est lui qui finalement obligeait ses contempteurs à se promener le nez en berne. J'avais eu raison de croire en lui. J'étais heureux. Pour lui. Pour moi aussi.
On l'avait également décrit comme quelqu'un affligé d'un caractère impossible, prétentieux, orgueilleux, distant. Encore une légende. Il était charmant, un brave type, le cœur sur la main, généreux, aimant la vie, ayant le sens de l'amitié, fidèle à la parole donnée. Il n'a jamais laissé tomber ses amis. Chez lui, c'était la maison du Bon Dieu. Il s'est pratiquement ruiné tellement il avait bon cœur. C'était toujours plein de réfugiés hongrois. Ils avaient toujours porte ouverte et table mise. Et c'est ce superbe garçon que les journalistes ont osé décrire comme un fruit sec au cœur dur et à la petite cervelle !
Lorsque Puskas est enfin parvenu à baragouiner quelques mots d'espagnol, les contacts humains entre lui et moi sont devenus encore plus chaleureux. Lui et Di Stefano sont évidemment les deux personnalités qui, au Real, m'ont le plus marqué.


Autres extraits de son bouquin:


Au cours de ma carrière, j'ai affronté, fréquenté, regardé tout le Gotha du football mondial. J'en ai tiré des enseignements, des jugements que je vous livre. Je ne ferai pas preuve de très grande originalité.

Tous ceux qui s'y connaissent tant soit peu en football affirment que PELE est le plus grand joueur de tous les temps. Eh bien, ce n'est pas moi qui les contredirais. Car ils ont raison. Je ne connais pas Pelé personnellement. Je ne peux le juger que sur ce que j'ai vu. J'ai assisté à ses débuts en Suède, en 1958. Et j'ai eu l'occasion de le voir dans divers tournois de Paris auxquels il a participé. Enfin, je l'ai suivi, comme tout le monde, à la télévision, lors de la Coupe du Monde 70, au Mexique. C'est vraiment le plus grand. J'ai vu Pelé faire des choses que personne d'autre que lui était capable de réussir. Dans une position difficile, il réussissait des trucs ahurissants. Ses gestes techniques sont ceux d'un acrobate, et il ne suffit pas de dire qu'il est adroit, félin, rusé, vif, avec des qualités physiques exceptionnelles, une maîtrise de soi, une adresse, une précision, une vivacité diaboliques, tout le monde le sait, Pelé est sans doute le seul joueur de football du monde qui défie l'analyse, que la raison n'explique pas. Pour moi, il y a un mystère Pelé, dans ce côté à la fois animal et intelligent, instinctif et réfléchi aussi. Il a du génie, mais son génie n'est pas seulement dû à l'instinct. Il y a autre chose. Quoi ? Je n'en sais rien.

Après Pelé, je place FERENC PUSKAS en deuxième position. Beaucoup de passionnés pour le football affirment que Puskas n'avait qu'un pied: son pied gauche. Moi, j'ai toujours estimé qu'il vaut mieux avoir un seul pied que deux petits...ou moyens. Puskas, c'était un gaucher fantastique, avec une maîtrise, une technique, une précision et une frappe de balle sèche, dure, inégalée. Je crois que je n'ai jamais vu une telle frappe de balle. Comme homme, c'était un très gentil garçon, qui a été assez mal jugé. Certains en effet l'ont décrit acariâtre, grognon, tourmenté, orgueilleux, désabusé. Ceux-là ne le connaissent pas vraiment. Ils l'ont jugé au moment des évènements de Hongrie, lorsqu'il a dû quitter son pays. A ce moment évidemment, il n'était pas dans son assiette. Ombrageux, dur, un peu hargneux, c'est vrai. Mais les circonstances étaient exceptionnelles. Moi qui l'ai cotoyé pendant deux ans, je peux affirmer que c'était un charmant camarade.

Je place ALFREDO DI STEFANO en troisième position. A la vérité, ces trois joueurs se tiennent dans un mouchoir, si l'on peut dire, chacun avec des qualités différentes.
Di Stefano était complet et dans tous les domaines. A l'aise aussi bien avant que derrière, increvable, couvrant un terrain énorme, défenseur efficace, attaquant brillant Et en plus, un monsieur. De la personnalité, de la confiance en soi. Un grand patron, sur le terrain. L'un des plus grands patrons d'équipe que j'ai connus ! Si j'avais eu à choisir entre Pelé, Puskas et Di Stefano, c'est finalement Di Stefano que j'aurais choisi. Car pour une équipe, il est plus efficace qu'un Pelé ou un Puskas. Il rayonnait d'avantage. C'était un monstre. A la fois un joueur hors-pair, rayonnant partout et un patron, un meneur d'hommes de classe exceptionnelle. Pelé avait un génie incomparable, en pointe surtout, mais lui ni Puskas n'eurent sur leur équipe l'emprise d'un Di Stefano.

Suivent dans son classement:
Le Hongrois Boszik, Garrincha, Yachine, Kubala et Stanley Matthews, et de citer ensuite Cruyff comme étant le «numéro un actuel» (nous sommes en 72) et Gerson.
Réponse de Fred Astaire
le 11/09/2019 à 13:49
Message posté par Fred Astaire
Autres extraits de son bouquin:


Au cours de ma carrière, j'ai affronté, fréquenté, regardé tout le Gotha du football mondial. J'en ai tiré des enseignements, des jugements que je vous livre. Je ne ferai pas preuve de très grande originalité.

Tous ceux qui s'y connaissent tant soit peu en football affirment que PELE est le plus grand joueur de tous les temps. Eh bien, ce n'est pas moi qui les contredirais. Car ils ont raison. Je ne connais pas Pelé personnellement. Je ne peux le juger que sur ce que j'ai vu. J'ai assisté à ses débuts en Suède, en 1958. Et j'ai eu l'occasion de le voir dans divers tournois de Paris auxquels il a participé. Enfin, je l'ai suivi, comme tout le monde, à la télévision, lors de la Coupe du Monde 70, au Mexique. C'est vraiment le plus grand. J'ai vu Pelé faire des choses que personne d'autre que lui était capable de réussir. Dans une position difficile, il réussissait des trucs ahurissants. Ses gestes techniques sont ceux d'un acrobate, et il ne suffit pas de dire qu'il est adroit, félin, rusé, vif, avec des qualités physiques exceptionnelles, une maîtrise de soi, une adresse, une précision, une vivacité diaboliques, tout le monde le sait, Pelé est sans doute le seul joueur de football du monde qui défie l'analyse, que la raison n'explique pas. Pour moi, il y a un mystère Pelé, dans ce côté à la fois animal et intelligent, instinctif et réfléchi aussi. Il a du génie, mais son génie n'est pas seulement dû à l'instinct. Il y a autre chose. Quoi ? Je n'en sais rien.

Après Pelé, je place FERENC PUSKAS en deuxième position. Beaucoup de passionnés pour le football affirment que Puskas n'avait qu'un pied: son pied gauche. Moi, j'ai toujours estimé qu'il vaut mieux avoir un seul pied que deux petits...ou moyens. Puskas, c'était un gaucher fantastique, avec une maîtrise, une technique, une précision et une frappe de balle sèche, dure, inégalée. Je crois que je n'ai jamais vu une telle frappe de balle. Comme homme, c'était un très gentil garçon, qui a été assez mal jugé. Certains en effet l'ont décrit acariâtre, grognon, tourmenté, orgueilleux, désabusé. Ceux-là ne le connaissent pas vraiment. Ils l'ont jugé au moment des évènements de Hongrie, lorsqu'il a dû quitter son pays. A ce moment évidemment, il n'était pas dans son assiette. Ombrageux, dur, un peu hargneux, c'est vrai. Mais les circonstances étaient exceptionnelles. Moi qui l'ai cotoyé pendant deux ans, je peux affirmer que c'était un charmant camarade.

Je place ALFREDO DI STEFANO en troisième position. A la vérité, ces trois joueurs se tiennent dans un mouchoir, si l'on peut dire, chacun avec des qualités différentes.
Di Stefano était complet et dans tous les domaines. A l'aise aussi bien avant que derrière, increvable, couvrant un terrain énorme, défenseur efficace, attaquant brillant Et en plus, un monsieur. De la personnalité, de la confiance en soi. Un grand patron, sur le terrain. L'un des plus grands patrons d'équipe que j'ai connus ! Si j'avais eu à choisir entre Pelé, Puskas et Di Stefano, c'est finalement Di Stefano que j'aurais choisi. Car pour une équipe, il est plus efficace qu'un Pelé ou un Puskas. Il rayonnait d'avantage. C'était un monstre. A la fois un joueur hors-pair, rayonnant partout et un patron, un meneur d'hommes de classe exceptionnelle. Pelé avait un génie incomparable, en pointe surtout, mais lui ni Puskas n'eurent sur leur équipe l'emprise d'un Di Stefano.

Suivent dans son classement:
Le Hongrois Boszik, Garrincha, Yachine, Kubala et Stanley Matthews, et de citer ensuite Cruyff comme étant le «numéro un actuel» (nous sommes en 72) et Gerson.



Certains vont trouver curieux qu'il ne parle pas de Didi, Sivori, Luis Suarez Miramontes, Eusebio, Charlton, Albert, Rivera ou Mazzola, mais c'est comme ça épicétout!
Réponse de moussamaazou25
le 11/09/2019 à 14:07
Message posté par sainté
allez on est le 11 septembre et avant d'être synonyme d'un jour de complot des illuminatis contre les usa et le monde (je plaisante) pour moi le 11 septembre c'est la chute d'un grand homme Salvador Allende!!

je pose quelques articles plus où moins récents en lien

https://www.sofoot.com/carlos-caszely-l … 98333.html

https://www.sofoot.com/top-100-les-matc … 78893.html

http://lucarne-opposee.fr/index.php/cul … -septembre

https://www.monde-diplomatique.fr/2013/09/A/49662



Merci pour les liens !
Réponse de Blaise Runner
le 11/09/2019 à 14:18
Merci pour ces extraits, Fred. Vraiment passionnants.
Réponse de Alain Proviste
le 11/09/2019 à 18:58
Merci Fred (et sainté aussi) !
J'allais faire la remarque pour Didi mais tu m'as devancé. ;)
Réponse de Fred Astaire
le 11/09/2019 à 19:13
Message posté par Fred Astaire
Autres extraits de son bouquin:


Au cours de ma carrière, j'ai affronté, fréquenté, regardé tout le Gotha du football mondial. J'en ai tiré des enseignements, des jugements que je vous livre. Je ne ferai pas preuve de très grande originalité.

Tous ceux qui s'y connaissent tant soit peu en football affirment que PELE est le plus grand joueur de tous les temps. Eh bien, ce n'est pas moi qui les contredirais. Car ils ont raison. Je ne connais pas Pelé personnellement. Je ne peux le juger que sur ce que j'ai vu. J'ai assisté à ses débuts en Suède, en 1958. Et j'ai eu l'occasion de le voir dans divers tournois de Paris auxquels il a participé. Enfin, je l'ai suivi, comme tout le monde, à la télévision, lors de la Coupe du Monde 70, au Mexique. C'est vraiment le plus grand. J'ai vu Pelé faire des choses que personne d'autre que lui était capable de réussir. Dans une position difficile, il réussissait des trucs ahurissants. Ses gestes techniques sont ceux d'un acrobate, et il ne suffit pas de dire qu'il est adroit, félin, rusé, vif, avec des qualités physiques exceptionnelles, une maîtrise de soi, une adresse, une précision, une vivacité diaboliques, tout le monde le sait, Pelé est sans doute le seul joueur de football du monde qui défie l'analyse, que la raison n'explique pas. Pour moi, il y a un mystère Pelé, dans ce côté à la fois animal et intelligent, instinctif et réfléchi aussi. Il a du génie, mais son génie n'est pas seulement dû à l'instinct. Il y a autre chose. Quoi ? Je n'en sais rien.

Après Pelé, je place FERENC PUSKAS en deuxième position. Beaucoup de passionnés pour le football affirment que Puskas n'avait qu'un pied: son pied gauche. Moi, j'ai toujours estimé qu'il vaut mieux avoir un seul pied que deux petits...ou moyens. Puskas, c'était un gaucher fantastique, avec une maîtrise, une technique, une précision et une frappe de balle sèche, dure, inégalée. Je crois que je n'ai jamais vu une telle frappe de balle. Comme homme, c'était un très gentil garçon, qui a été assez mal jugé. Certains en effet l'ont décrit acariâtre, grognon, tourmenté, orgueilleux, désabusé. Ceux-là ne le connaissent pas vraiment. Ils l'ont jugé au moment des évènements de Hongrie, lorsqu'il a dû quitter son pays. A ce moment évidemment, il n'était pas dans son assiette. Ombrageux, dur, un peu hargneux, c'est vrai. Mais les circonstances étaient exceptionnelles. Moi qui l'ai cotoyé pendant deux ans, je peux affirmer que c'était un charmant camarade.

Je place ALFREDO DI STEFANO en troisième position. A la vérité, ces trois joueurs se tiennent dans un mouchoir, si l'on peut dire, chacun avec des qualités différentes.
Di Stefano était complet et dans tous les domaines. A l'aise aussi bien avant que derrière, increvable, couvrant un terrain énorme, défenseur efficace, attaquant brillant Et en plus, un monsieur. De la personnalité, de la confiance en soi. Un grand patron, sur le terrain. L'un des plus grands patrons d'équipe que j'ai connus ! Si j'avais eu à choisir entre Pelé, Puskas et Di Stefano, c'est finalement Di Stefano que j'aurais choisi. Car pour une équipe, il est plus efficace qu'un Pelé ou un Puskas. Il rayonnait d'avantage. C'était un monstre. A la fois un joueur hors-pair, rayonnant partout et un patron, un meneur d'hommes de classe exceptionnelle. Pelé avait un génie incomparable, en pointe surtout, mais lui ni Puskas n'eurent sur leur équipe l'emprise d'un Di Stefano.

Suivent dans son classement:
Le Hongrois Boszik, Garrincha, Yachine, Kubala, Van Himst et Stanley Matthews, et de citer ensuite Cruyff comme étant le «numéro un actuel» (nous sommes en 72) et Gerson.


Suite:

Juger les grandes équipes sera plus facile que juger les grands joueurs.

A mon avis, la meilleure de mon époque fut...le REAL MADRID. Nous étions imbattables. Nous avons perdu un match en trois ans, chez nous. Je me souviens encore de la colère, de la vivacité de Santiago Bernabeu, nous interpellant le lendemain avec une incroyable brutalité. Je ne m'y attendais vraiment pas. Mais comme nous avions perdu le match qu'il ne fallait pas perdre, contre notre grand rival espagnol, je comprends que le président ait été mortifié !
Nous étions invincibles, mais je pense que si les Hongrois de HONVED avaien joué à la même époque, ils n'auraient pas été loin de nous. La défense de Honved devait être moins efficace que la nôtre et c'est ce qui me fait dire que le Real était plus fort que Honved, parce que nous étions, nous, complets dans toutes nos lignes. Mais sur le plan offensif, je me pose des questions. Lorsqu'on se souvient de l'attaque de Honved:
Puskas, Kocsis, Czibor, Budai. Evidemment...
Le Real a quand même été un moment exceptionnel du tootball mondial, l'une des équipes qui auront le plus marqué leur époque. Gagner six fois la Coupe d'Europe, dont cinq fois d'affilée, ça laisse r^eveur !

SANTOS, avec le duo Coutinho-Pelé, ce duo célèbre qui m'avait fait tant d'impression au Tournoi de Paris, REIMS, qui pendant le règne du Real fut pratiquement la deuxième équipe d'Europe, voilà les équipes de clubs qui marquent mes souvenirs. Ensuite, derrière, à un degré moindre, il y a Benfica !

Pour ce qui concerne les équipes nationales, je place en tout premier et loin devant, le BRESIL, de 1958 à 1970. Il y a peu de différence entre le Brésil de 1958 et celui d'aujourd'hui. Les hommes ont certes changé. Mais la manière es restée. Je pense pourtant qu'en Suède, les Brésiliens avaient une équipe supérieure, plus complète. Les champions du monde 70 ne valent pas ceux de 58, car ils sont moins complets. Leur défense est moins sûre. Leur attaque moins pétillante. Mais c'est le même football, le même style, la même inspiration. Un jeu à base d'intelligence, de précision, d'accélération, de temporisation. C'est ce football que j'aime, le football idéal, je peux dire que le Brésil a toujours incarné ma conception du football. Bien sûr, il y a des gens qui parlent surtout du physique des joueurs, de leur puissance, de leurs qualités d'athlètes. Et c'est vrai que les qualités physiques sont indispensables. Un très bon technicien, même s'il n'est pas en bonne condition physique, arrivera toujours à s'en sortir. Mais s'il met une une bonne condition physique au service de sa technique, alors ça donnera un joueur exceptionnel. Pour moi, le footballeur idéal, c'est celui qui a une très bonne technique, de l'intelligence et à la fois une bonne condition physique, et surtout des qualités de caractère. Il faut qu'il apporte de la volonté, de la passion. Tous les grands joueurs que j'ai approchés étaient avant tout des passionnés. Si on n'a pas cette flamme, on ne dure pas, on ne fait pas long feu, si je peux me permettre ce jeu de mot.
Réponse de Alceste Poquelin
le 12/09/2019 à 19:30
T'es vraiment un ouf Fred.

Rien à voir, mais une série docu sympa:

Les Rois de France - 15 siècles d'Histoire

https://www.youtube.com/watch?v=356sUgh … 2&t=0s
Réponse de PhoenixLite
le 12/09/2019 à 19:33
Message posté par Alceste Poquelin
T'es vraiment un ouf Fred.

Rien à voir, mais une série docu sympa:

Les Rois de France - 15 siècles d'Histoire

https://www.youtube.com/watch?v=356sUgh … 2&t=0s

Ca ne vaut le coup que s'il y a Fifi de Villiers en guest star.
Réponse de Fred Astaire
le 12/09/2019 à 20:12
Message posté par Alceste Poquelin
T'es vraiment un ouf Fred.

Rien à voir, mais une série docu sympa:

Les Rois de France - 15 siècles d'Histoire

https://www.youtube.com/watch?v=356sUgh … 2&t=0s


Moi, des emissions sur l'Histoire, si elle ne sont pas présentées par des "pointures, des sommités" reconnues par toute la communauté des historiens, ça ne m'interesse pas !
Le triumvirat Ferrand-Bern-Deutsch et rien d'autre !
ALL OR NOTHING AT ALL !
Ce message a été modifié.
Réponse de bobbysanno
le 16/09/2019 à 18:49
Message posté par Alceste Poquelin
Puisque c'est le sujet du jour, je suis retombé là dessus. Plutôt intéressant et pas forcément très souvent évoqué.

"Noirs dans les camps nazis"

https://www.youtube.com/watch?v=YG2KPdu6TCw

Documentaire de Serge Bilé.

(Même si aux yeux de certains, ça alourdira "notre" dossier...)


"Pas très souvent évoqué" parce que, s'il y eut effectivement des "Noirs dans les camps nazis", ils ne furent pas internés en tant que Noirs. John William, évoqué plus bas, ne fut pas déporté et interné à Neuengamme parce qu'il était Noir mais parce qu'il fit acte de résistance (dans le système concentrationnaire nazi, il portait un "triangle rouge").

Des chrétiens résistants furent aussi internés dans "les camps nazis", mais ils le furent au nom de leurs activités de résistants et pas parce qu'ils étaient chrétiens. Cela ne viendrait à l'idée de personne de leur consacrer un livre ou un documentaire intitulé "Chrétiens dans les camps nazis". Ce fut pourtant la démarche de Serge Bilé, bien plus avide de sensationnalisme que de rigueur.

Pour une recension critique du bouquin de Bilé (sorti en 2005), voir ici : https://www.lemonde.fr/idees/article/20 … _3232.html

Pour des violences spécifiques que les Noirs subirent pendant la Deuxième Guerre mondiale, voir par exemple : http://www.slate.fr/story/115275/soldats-noirs-nazisme

Ou encore : https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Thiaroye
Ce message a été modifié.
Réponse de Fred Astaire
le 16/09/2019 à 19:12
Message posté par bobbysanno
"Pas très souvent évoqué" parce que, s'il y eut effectivement des "Noirs dans les camps nazis", ils ne furent pas internés en tant que Noirs. John William, évoqué plus bas, ne fut pas déporté et interné à Neuengamme parce qu'il était Noir mais parce qu'il fit acte de résistance (dans le système concentrationnaire nazi, il portait un "triangle rouge").

Des chrétiens résistants furent aussi internés dans "les camps nazis", mais ils le furent au nom de leurs activités de résistants et pas parce qu'ils étaient chrétiens. Cela ne viendrait à l'idée de personne de leur consacrer un livre ou un documentaire intitulé "Chrétiens dans les camps nazis". Ce fut pourtant la démarche de Serge Bilé, bien plus avide de sensationnalisme que de rigueur.

Pour une recension critique du bouquin de Bilé (sorti en 2005), voir ici : https://www.lemonde.fr/idees/article/20 … _3232.html

Pour des violences spécifiques que les Noirs subirent pendant la Deuxième Guerre mondiale, voir par exemple : http://www.slate.fr/story/115275/soldats-noirs-nazisme

Ou encore : https://fr.wikipedia.org/wiki/Massacre_de_Thiaroye


Merci pour ces éclaircissements historiques.

John William le disait lui-même qu'il avait été interné pour fait de résistance.
Réponse de Alceste Poquelin
le 16/09/2019 à 19:16
Message posté par bobbysanno
"Pas très souvent évoqué" parce que, s'il y eut effectivement des "Noirs dans les camps nazis", ils ne furent pas internés en tant que Noirs.


J'ai jamais prétendu le contraire. Mais merci pour les éclaircissements, les compléments et les liens.
Ce message a été modifié.
Réponse de bobbysanno
le 16/09/2019 à 19:47
Message posté par Alceste Poquelin
J'ai jamais prétendu le contraire. Mais merci pour les éclaircissements, les compléments et les liens.


Certes, mais c'est (plus ou moins explicitement) le propos de Bilé. Par ailleurs, cela me rappelle la polémique née des propos de Christian Vanneste sur les homosexuels en 2012. Excellente mise au point à ce sujet d'Henry Rousso, à lire ici : https://www.huffingtonpost.fr/henry-rou … 81647.html
Réponse de Fred Astaire
le 16/09/2019 à 22:28
Pour les historiens du foot (lien reçu sur mon email):

https://www.academia.edu/30728791/La_se … o=download
Réponse de Alain Proviste
le 18/09/2019 à 16:31


Merci pour le lien, Fred !
Réponse de montrealyonnais
le 18/09/2019 à 17:20
Message posté par Fred Astaire
Suite:

Juger les grandes équipes sera plus facile que juger les grands joueurs.

A mon avis, la meilleure de mon époque fut...le REAL MADRID. Nous étions imbattables. Nous avons perdu un match en trois ans, chez nous. Je me souviens encore de la colère, de la vivacité de Santiago Bernabeu, nous interpellant le lendemain avec une incroyable brutalité. Je ne m'y attendais vraiment pas. Mais comme nous avions perdu le match qu'il ne fallait pas perdre, contre notre grand rival espagnol, je comprends que le président ait été mortifié !
Nous étions invincibles, mais je pense que si les Hongrois de HONVED avaien joué à la même époque, ils n'auraient pas été loin de nous. La défense de Honved devait être moins efficace que la nôtre et c'est ce qui me fait dire que le Real était plus fort que Honved, parce que nous étions, nous, complets dans toutes nos lignes. Mais sur le plan offensif, je me pose des questions. Lorsqu'on se souvient de l'attaque de Honved:
Puskas, Kocsis, Czibor, Budai. Evidemment...
Le Real a quand même été un moment exceptionnel du tootball mondial, l'une des équipes qui auront le plus marqué leur époque. Gagner six fois la Coupe d'Europe, dont cinq fois d'affilée, ça laisse r^eveur !

SANTOS, avec le duo Coutinho-Pelé, ce duo célèbre qui m'avait fait tant d'impression au Tournoi de Paris, REIMS, qui pendant le règne du Real fut pratiquement la deuxième équipe d'Europe, voilà les équipes de clubs qui marquent mes souvenirs. Ensuite, derrière, à un degré moindre, il y a Benfica !

Pour ce qui concerne les équipes nationales, je place en tout premier et loin devant, le BRESIL, de 1958 à 1970. Il y a peu de différence entre le Brésil de 1958 et celui d'aujourd'hui. Les hommes ont certes changé. Mais la manière es restée. Je pense pourtant qu'en Suède, les Brésiliens avaient une équipe supérieure, plus complète. Les champions du monde 70 ne valent pas ceux de 58, car ils sont moins complets. Leur défense est moins sûre. Leur attaque moins pétillante. Mais c'est le même football, le même style, la même inspiration. Un jeu à base d'intelligence, de précision, d'accélération, de temporisation. C'est ce football que j'aime, le football idéal, je peux dire que le Brésil a toujours incarné ma conception du football. Bien sûr, il y a des gens qui parlent surtout du physique des joueurs, de leur puissance, de leurs qualités d'athlètes. Et c'est vrai que les qualités physiques sont indispensables. Un très bon technicien, même s'il n'est pas en bonne condition physique, arrivera toujours à s'en sortir. Mais s'il met une une bonne condition physique au service de sa technique, alors ça donnera un joueur exceptionnel. Pour moi, le footballeur idéal, c'est celui qui a une très bonne technique, de l'intelligence et à la fois une bonne condition physique, et surtout des qualités de caractère. Il faut qu'il apporte de la volonté, de la passion. Tous les grands joueurs que j'ai approchés étaient avant tout des passionnés. Si on n'a pas cette flamme, on ne dure pas, on ne fait pas long feu, si je peux me permettre ce jeu de mot.


Merci pour ces superbes extraits.

Pour les amateurs de Tolkien, je trouve que Kopa a le style d'expression que l'auteur donne aux interventions des hobbits dans le Seigneur des Anneaux ahah (beaucoup de digression, un ton très empathique, plein de noms partout, des adjectifs désuets…).
Ce message a été modifié.
Réponse de Fred Astaire
le 18/09/2019 à 17:44
Message posté par montrealyonnais
Merci pour ces superbes extraits.

Pour les amateurs de Tolkien, je trouve que Kopa a le style d'expression que l'auteur donne aux interventions des hobbits dans le Seigneur des Anneaux ahah (beaucoup de digression, un ton très empathique, plein de noms partout, des adjectifs désuets…).


Je n'ai pas lu Tolkien, donc je ne peux pas me prononcer. Quant à son style (dans d'autres chapitres il dit Kopa au lieu de Je) je m'y fait très bien de même qu'aux adjectifs soi-disants désuets. Pas facile d'éviter les répétions de noms de joueurs (Di Stefano doit détenir le record), sans user d'artifices genre le natif de...
Réponse de bobbysanno
le 18/09/2019 à 19:01


Merci, Fred.

Article extrait de cet ouvrage : http://www.editions-sorbonne.fr/fr/livr … 5100810610
Réponse de montrealyonnais
le 18/09/2019 à 19:23
Message posté par Fred Astaire
Je n'ai pas lu Tolkien, donc je ne peux pas me prononcer. Quant à son style (dans d'autres chapitres il dit Kopa au lieu de Je) je m'y fait très bien de même qu'aux adjectifs soi-disants désuets. Pas facile d'éviter les répétions de noms de joueurs (Di Stefano doit détenir le record), sans user d'artifices genre le natif de...


C'est fluide, c'est chaleureux.
Réponse de montrealyonnais
le 18/09/2019 à 19:27
(Oups, j'ai envoyé mon message avant de l'avoir fini. Toujours du mal avec les cellulaires)

C'est fluide, c'est chaleureux, ça se lit vraiment bien de ce que tes extraits nous montrent. Ça donne le goût de lire le bouquin!
Ce message a été modifié.
Réponse de Mc Bain
le 20/09/2019 à 23:36
Stamford Bridge. 23-10-1999
Chelsea 2-3 Arsenal

le match du fameux triplé de Kanu lors du dernier quart d'heure. On fini le match en 4-2-4 avec de gauche à droite Henry-Kanu-Suker-Overmars.
Martin Tyler lâchera son légendaire "Kanu believe it ?" après le troisième but du nigérian.

L'époque où Wenger ne s'emmerdait pas et empilait les attaquants pour recoller au score. Mon préféré dans ce genre : Arsenal-Man U 2007, on finit le match avec Fabregas, Rosiscky, Julio Baptista, Van Persie, Adebayor et Henry !

Chelsea Arsenal 1999
https://www.youtube.com/watch?v=NZSvfGfgSKw

Arsenal Man U 2007
https://www.youtube.com/watch?v=BAVEaGRp1iw
Réponse de bobbysanno
le 21/09/2019 à 07:07
Question pour Fred : nous savons que Kopa joua, au moins symboliquement, une place importante dans ce que d'aucuns appellent "le mouvement de libéralisation des footballeurs professionnels" et qu'ils étirent de manière audieuse et téléologique de Kopa à Bosman.

Dans son bouquin, qu'écrit Kopa au sujet de l'UNFP, du "mai 68 des footballeurs", de sa suspension de 6 mois suite à son "les footballeurs sont des esclaves" et, plus globalement, au sujet de sa position sur le contrat à temps qu'il connut à Madrid ?
Réponse de Fred Astaire
le 21/09/2019 à 11:47
Message posté par bobbysanno
Question pour Fred : nous savons que Kopa joua, au moins symboliquement, une place importante dans ce que d'aucuns appellent "le mouvement de libéralisation des footballeurs professionnels" et qu'ils étirent de manière audieuse et téléologique de Kopa à Bosman.

Dans son bouquin, qu'écrit Kopa au sujet de l'UNFP, du "mai 68 des footballeurs", de sa suspension de 6 mois suite à son "les footballeurs sont des esclaves" et, plus globalement, au sujet de sa position sur le contrat à temps qu'il connut à Madrid ?


Quelle est précisément ta question Bobby ?
Réponse de bobbysanno
le 21/09/2019 à 11:53
Message posté par Fred Astaire
Quelle est précisément ta question Bobby ?


Ah ! ah ! C'est vrai que ce n'est pas hyper clair (l'est-ce dans mon esprit ?).

Est-ce que Kopa évoque sa suspension de 6 mois ?
Réponse de Fred Astaire
le 21/09/2019 à 17:33
Message posté par bobbysanno
Ah ! ah ! C'est vrai que ce n'est pas hyper clair (l'est-ce dans mon esprit ?).

Est-ce que Kopa évoque sa suspension de 6 mois ?


Dans son bouquin de 72, il n'évoque pas mai 68.

En réalité il a été suspendu 3 mois pour avoir claquer la porte de l'équipe de France, pas pour ses propos sur les "esclaves".
Il a manqué 10 matchs de D1: Reims est passé pendant ce temps de la 3ème à la 17ème place (sur 18) et a été relégué à l'issue de la saison 63-64

Je vais voir si je peux faire une synthèse, sinon je recopie les extraits, si j'en ai le courage.
Réponse de bobbysanno
le 21/09/2019 à 19:46
Message posté par Fred Astaire
Dans son bouquin de 72, il n'évoque pas mai 68.

En réalité il a été suspendu 3 mois pour avoir claquer la porte de l'équipe de France, pas pour ses propos sur les "esclaves".
Il a manqué 10 matchs de D1: Reims est passé pendant ce temps de la 3ème à la 17ème place (sur 18) et a été relégué à l'issue de la saison 63-64

Je vais voir si je peux faire une synthèse, sinon je recopie les extraits, si j'en ai le courage.


Nan, nan, te prends pas la tête. Compréhensible qu'en 1972 Kopa ait choisi de ne pas aborder un sujet si brûlant. Mais je suis à peu près certain qu'il a pris 6 mois pour ses propos sur les "eslaves". Je vérifie.
Réponse de bobbysanno
le 21/09/2019 à 19:47
Message posté par bobbysanno
Nan, nan, te prends pas la tête. Compréhensible qu'en 1972 Kopa ait choisi de ne pas aborder un sujet si brûlant. Mais je suis à peu près certain qu'il a pris 6 mois pour ses propos sur les "eslaves". Je vérifie.


Si, si, 6 mois de suspension... avec sursis !
Réponse de Fred Astaire
le 21/09/2019 à 19:57
Message posté par bobbysanno
Si, si, 6 mois de suspension... avec sursis !


En effet, lui n'en parle pas contrairement à "La fabuleuse histoire du football" de 1976.
Réponse de Fred Astaire
le 21/09/2019 à 20:25
Message posté par Fred Astaire
En effet, lui n'en parle pas contrairement à "La fabuleuse histoire du football" de 1976.


Revérifié le bouquin de Kopa. Les 6 mois sont évoqués mais c'était en 1963.


https://www.huffingtonpost.fr/2017/03/0 … _21872490/
Ce message a été modifié.
Réponse de bobbysanno
le 26/09/2019 à 11:58
Une histoire du football à Nancy (1906-2009).

Dès 1906, Maurice Mathieu de Vienne crée une société sportive appelée La Frontière (qui n’est alors pas bien loin…). Après la Grande Guerre, celle-ci devient un club omnisports : l’US Frontière. Ainsi, dans les années 1920, le football de haut niveau à Nancy se partage entre l’US Frontière (USF) et le Stade universitaire lorrain (SUL), club omnisports créé en 1901 et présidé par Marcel Picot, qui comprend notamment une section football. Le SUL évolue au Parc des Sports du Pont d’Essey (actuel Stade Marcel Picot), tandis que l’USF dispose d’un stade municipal au cœur de la Pépinière (actuel Stade Maurice de Vienne).

En 1928, l’USF, dont les joueurs sont vêtus d’un maillot bleu frappé d’un chardon, devient l’Association Sportive Lorraine (ASL). Les Lorrains parviennent même en trente-deuxièmes de finale de la Coupe de France, à l’époque seule compétition nationale. Mais l’ASL rate le virage du professionnalisme au début des années 1930. En effet, depuis 1932, il existe un championnat professionnel de football. Si l’ASL n’y participa jamais, le SUL, quant à lui, accepte, en 1935, de se séparer de sa section football. Reprise par Auguste « Napoléon » Schalbar, un cafetier de Lunéville, et par Georges Bouillet, elle devient le FC Nancy (FCN). Le premier est ainsi entraîneur de l’équipe, le second président du club.

Soutenu financièrement par les Grandes Brasseries de Champigneulles, disposant d’une enceinte moderne au Pont d’Essey, le FCN fait son apparition en division 2 lors de la saison 1935-1936. Il termine dix-septième sur dix-neuf, marquant 33 buts et en encaissant… 122 ! Le premier point n’est obtenu qu’au soir de la onzième journée, à domicile contre Montpellier (2-2). Auparavant, lors d’un déplacement à Caen, le masseur de l’équipe s’était dévoué pour jouer gardien de but ! Les Lorrains repartirent avec neuf buts dans la valise. Alors, pour se renforcer, le FCN pioche à l’étranger. Au poste d’entraîneur, l’Autrichien Karl Heinlein, puis l’Anglais Stanley Hillier passent chacun une saison en Lorraine. Les Hongrois Lengyel, Heim et Szépès, les Polonais Gustav Pollak et Josepf Wana posent leurs valisent dans la cité des ducs de Lorraine.

Les résultats ne se font pas attendre. Nancy achève la saison 1938-1939 à la troisième place et atteint les quarts de finale de la Coupe de France (défaite face à Lille). Malheureusement, le nouvel élan trouvé par le FCN est coupé par la guerre et la mise en place des équipes fédérales sous l’Occupation. La saison 1945-1946 voit la mise en place d’un nouveau format pour la division 2. Désormais, les équipes sont placées dans deux groupes (le Nord et le Sud). Maurice Henry, le nouveau président du FCN, vise l’accession la plus rapide possible en division 1. Pour réussir dans cette entreprise, il place René Dedieu aux commandes de l’équipe. Vainqueur de la Coupe de France 1929 en tant que joueur avec Montpellier, sélectionné à six reprises en équipe de France, celui-ci conduit les Lorrains à un sacre immédiat. Ne subissant que deux défaites dans la saison, le FCN remporte le titre de champion de France de division 2 lors d’une confrontation aller-retour avec Montpellier. Le Danois Kaj Andrup prend ensuite la direction technique de l’équipe pour la saison 1946-1947. Il permet au FCN de terminer douzième de division 1.

Désormais installé en division 1, le FCN va progressivement se renforcer sous la présidence de Raymond Pinchard. Dès 1947, les dirigeants lorrains attirent le milieu de terrain islandais Albert Gudmundsson, en provenance du club londonien d’Arsenal. Celui-ci ne reste qu’une saison, avant de partir pour le grand Milan AC, puis le Racing Club de Paris et Nice. En 1950, c’est l’attaquant argentin Roberto Aballay qui débarque en Lorraine, en provenance du Genoa. Il reste deux saisons à Nancy avant de rejoindre Metz. Son compatriote, Juan Carlos Lorenzo, en provenance de la Sampdoria, prend sa place pour deux saisons également. Il rejoint ensuite l’Atlético. Mais c’est surtout la doublette offensive Roger Piantoni (20 sélections à l’époque où il portait le maillot du FCN, meilleur buteur de division 1 dès sa première saison parmi l’élite avec 28 réalisations) et Léon Deladerrière (11 sélections) qui marquent les esprits. Associés à partir de 1950, les deux brillent pendant sept saisons sous le même maillot, notamment à l’occasion des Coupes de France 1951 (demi-finale perdue contre Strasbourg), 1953 (finale perdue contre Lille) et 1956 (demi-finale perdue contre Troyes). Recruté à l’US Piennes, Roger « la classe » est néanmoins rapidement revendu au Stade de Reims. Alors qu’il rêvait d’Italie, de l’Internazionale ou de la Juventus, les dirigeants lorrains avaient, à son insu, négocié de longue date sont transfert en Champagne.

Charles Boileau succède à son beau-père à la présidence du FCN en 1952. Il y restera douze ans. En 1953, les Lorrains parviennent en finale de la Coupe de France (défaite 1-2 contre Lille). Relégué une première fois en division 2 en 1957, le FCN plonge à nouveau à l’étage inférieur en 1959. C’est alors que Mario Zatelli, ancienne (en tant que joueur) et future (en tant qu’entraîneur) gloire de l’OM, prend les commandes de l’équipe. Vice-champions de division 2 dès 1960, les Meurthe-et-Mosellans réussissent ensuite une très belle saison 1961-1962. Ils se classent quatrièmes de division 1 et parviennent à nouveau en finale de la Coupe de France (défaite 0-1 contre Saint-Etienne). Mais, miné par des soucis financiers, le FCN peine à conserver sa place parmi l’élite. En effet, à Nancy, les mécènes qui soutiennent le club sont trop rares et trop discrets et la municipalité en a assez de financer à perte le football professionnel. Les seules recettes du club sont, dès lors, celles effectuées aux guichets. Mais le Parc des Sports ne compte jamais plus de 10 000 spectateurs. Les joueurs sont alors bradés pour essayer de sauver le club du naufrage. Relégué en 1963, le FCN achève la saison 1963-1964 à la seizième place de division 2. La caution de six millions de francs, qui doit parvenir à la FFF avant le 26 juin, n’est pas réglée. Nancy redémarre la saison 1964-1965 en CFA. Le professionnalisme a fait son temps sur les bords de Meurthe.

A l’automne 1966, Claude Cuny, 34 ans et bourré d’énergie à défaut de diplômes, décide de se démener pour reconstruire un club professionnel dans l’ancienne capitale du duché de Lorraine. Pour prouver la motivation du public lorrain, il crée la « BP 17 » dans laquelle il espère recueillir 6 000 lettres d’encouragement. Il en reçoit trois fois plus ! La campagne promotionnelle de Cuny est aussi appuyée par la presse locale : l’Est Républicain et, dans une moindre mesure, Le Républicain Lorrain. Cuny se rapproche aussi de son ami Serge Etienne, alors entraîneur-joueur à l’ASL. Quelques mois plus tard, il fait fusionner son projet avec l’ASL, laquelle apporte six équipes amateurs. Voulant ressusciter le professionnalisme sans évoquer le douloureux passé, Cuny écarte toute référence explicite au FCN. Il se souvient : « Plusieurs propositions de noms circulaient. Football Club Lorrain, Olympique de Nancy, Racing-Club Nancéien ou Association Sportive de Nancy étaient suggérés. Nous avons retenu la dernière suggestion en y accolant Lorraine. Question de patriotisme régional et de notre association avec l’ASL. En plus, le docteur Jeanblanc, président de ce club, soutenait notre action. » A la recherche de financeurs, Claude Cuny obtient de rencontrer le maire de Nancy, Pierre Wéber. Après l’exposé du projet, l’édile, qui a le sens de la formule, annonce à l’entrepreneur : « Lorsque vous aurez trouvé deux francs, je vous en donnerai la moitié. » L’entreprise Total accepte de sponsoriser l’aventure. L’AS Nancy-Lorraine (ASNL) jouera la saison 1967-1968 en division 2. Toujours dans la crainte de la faillite, Cuny mènera, tout au long de sa carrière de président-fondateur, une politique financière prudente et, sportivement, privilégiera la formation à l’achat de joueurs.

René Pleimelding, ancien du FC Nancy et de Toulouse, signe un contrat de trois ans comme entraîneur. Parmi les joueurs, il faut surtout signaler le défenseur Antoine Redin, également ancien du FC Nancy et de Toulouse. La saison 1967-1968 démarre très mal avec un cinglant revers à Béziers (0-4). Au final, les Nancéiens se classent dixième. La saison suivante, ils passent très près de l’accession en première division, terminant troisième. Finalement, dès 1970 et dans la dernière année du contrat de Pleimelding, l’ASNL se hisse en division 1 en éliminant successivement en barrages les clubs de Bastia et d’Ajaccio. Antoine Redin prend la suite de Pleimelding sur le banc de l’ASNL. Les deux premières saisons en division 1 sont mitigées, la troisième conduit le club lorrain à la sixième place. En 1974, malgré les jeunes Carlos Curbelo, Olivier Rouyer et Michel Platini, en dépit des sept matchs joués en fin de saison par Antoine Redin à 39 ans, l’ASNL ne peut pas éviter la relégation. Mais l’ASNL ne traîne pas longtemps en division 2. Les hommes de Redin sont champions dès la saison de leur descente, marquant 73 buts dont 29 pour l’attaquant argentin Joaquim Martinez et 17 pour Michel Platini. Revenue en division 1, l’ASNL squatte la première moitié du classement pendant trois saisons où Platini inscrit 65 buts. Au Stade du Ray, le 13 janvier 1978, le « Platini Football-Club » (But) écrase le leader du moment, l’OGCN, par 7 buts à 3. Michel Platini signe 4 buts. Les deux clubs se retrouvent quatre mois plus tard au Parc des Princes, pour la finale de la Coupe de France.

Finale de la Coupe de France (13 ami 1978).
Nancy-Nice 1-0 (0-0).
Parc des Princes (45 998 spectateurs).
Arbitre : Monsieur Verbeke.
But : Platini (55e).
Nancy : Moutier – Perdrieau (puis Raczinski, 79e), Neubert, Curbelo, Cloet – Jeannol, Caron, Rubio – Rouyer, Platini, Chebel.
Nice : Baratelli – Barraja, Zambelli, Katalinski, Cappadona (puis Toko, 75e) – Juve, Huck, Guillou – Morabito, Bjekovic, Sanchez.

Engagée en Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupes, l’ASNL renforce son attaque en faisant signer Bernard Zénier (FC Metz) et l’Uruguayen Ruben Umpierrez. Mais avec un Platini absent une bonne partie de la saison (fracture de la cheville), le club lorrain est éliminé dès les huitièmes de finale par le Servette de Genève. Michel Platini part à Saint-Etienne en 1979, Antoine Redin prend la direction de Bastia l’année suivante. En 1981, les deux hommes se retrouvent en finale de la Coupe de France. Les Corses l’emportent 2-1. Le départ des deux hommes symboles des années 1970, et des succès de l’ASNL, annonce une décennie 1980 compliquée. De 1980 à 1987, trois entraîneurs se succèdent sur le banc de touche (Georges Huard, Hervé Collot, Arsène Wenger), tous impuissants à enrayer la lente descente du club lorrain. Malgré des recrutements astucieux (Fernando Zappia, Ray Stephen, Bruno Martini, Eric di Meco), des jeunes prometteurs (Franck Gava, David Zitelli), l’ASNL est reléguée en division 2 à l’issue de la saison 1986-1987.

En division 2, l’équipe est entraînée par Robert Dewilder. En conservant l’attaquant écossais Ray Stephen, en rappelant le défenseur argentin Fernando Zappia, et surtout en intégrant de plus en plus les jeunes David Zitelli, Franck Gava et Paul Fischer, l’ASNL réussit à être à nouveau, vingt ans après, champion de France de division 2. Pour son retour en division 1, le club du président Gérard Parentin met les petits plats dans les grands. Dewilder est débarqué, et Aimé Jacquet, triple champion de France avec Bordeaux, arrive en Lorraine. Gava, Zitelli et Stephen, les meilleurs joueurs de la saison précédente, sont conservés. Viennent s’y ajouter une brochette d’internationaux de l’ex-Europe de l’Est : le Yougoslave Nenad Stojkovic, le Polonais Rijard Tarasiewicz et le Soviétique Sacha Zavarov, ce dernier en provenance de la Juventus. Le jeune Eric Rabesandratana fait aussi son apparition dans l’équipe meurthe-et-mosellane. Mais la saison 1990-1991 est décevante, l’ASNL échappant de peur à la relégation. Jacquet quitte le club pour la DTN. Olivier Rouyer est incapable d’éviter la dégringolade. L’ASNL achève la saison 1991-1992 à la dernière place, malgré l’intégration d’un nouvel espoir promis à un bel avenir : Tony Vairelles. A seulement 18 ans, le Nancéien marque 7 buts en 14 matchs de division 1.

C’est le début d’une longue traversée du désert qui voit le club lorrain faire plusieurs fois l’ascenseur entre la division 2 et la division 1, et vice-versa, jusqu’à l’arrivée sur le banc de Pablo Correa (novembre 2002). Correa est un ancien de la maison. Arrivé d’Uruguay en 1995, il joue au poste d’attaquant jusqu’en 2000. En 1996-1997, à la faveur d’une saison en division 1, l’ASNL fait signer le buteur irlandais de l’OM, Tony Cascarino. L’international reste à Nancy jusqu’en 2000, marquant 44 buts en trois saisons et demie. Lors de la même saison, Grégory Wimbée est le premier gardien de but à marquer sur une action de jeu en division 1. C’était contre Lens, en novembre 1996. Une troisième fois championne de France de division 2, en 1998, l’ASNL ne se maintient que deux saisons en division 1, au terme desquelles Laszlo Bölöni quitte le club. Engluée en division 2, devenue ligue 2 en 2002, l’équipe frôle la relégation en national. L’artisan du sauvetage sera aussi celui de la renaissance du club lorrain, celui qui lui apportera une deuxième ligne à son palmarès (si on ne tient pas compte des « titres » de champions de France de D2…) : Pablo Correa, à qui le président Jacques Rousselot fait une totale confiance.

L’entraîneur franco-uruguayen conduit le club meurthe-et-mosellan d’abord en ligue 1. Avec une doublette offensive Elie Kroupi-Laurent Dufresne efficace (24 buts à eux deux) et une solide charnière centrale Sébastien Puygrenier-Pape Diakhaté, l’ASNL réussit encore à décrocher le titre de champion de France de division 2. C’est la quatrième fois. Mais, surtout, la saison suivante est celle du sacre en Coupe de la Ligue.

Finale de la Coupe de la Ligue (22 avril 2006).
Nancy-Nice 2-1 (1-0).
Stade de France (76 700 spectateurs).
Arbitre : Bertrand Layec.
Buts pour Nancy : Zerka (22e), Kim (65e) ; pour Nice : Vahirua (48e).
Nancy : Sorin – Chrétien, Diakhaté, Puygrenier, Lecluse – Biancalani, Gavanon, Berenguer, Duchemin (puis Brison, 64e) – Zerka (puis Andre Luiz, 82e), Kim (puis Sarkisian, 90e).
Nice : Lloris – Fanni, Traore, Abardonado, Varrault – Balmont, Echouafni (puis Bagayoko, 84e), Rool (puis Roudet, 78e) – Vahirua (puis Ederson, 70e), Bellion, Koné.

Cette victoire fait basculer l’ASNL dans une nouvelle dimension. Comme l’exprime Jacques Rousselot : « Il y a cinq ans, le foot à Nancy était ringard. En Lorraine, il y avait le FC Metz et les basketteurs du SLUC Nancy. L’ASNL, c’était 2 000 spectateurs et la honte de la ville. Aujourd’hui, c’est tendance. Les bourgeois et les professions libérales reviennent au stade. Ils sont même fiers de mettre le maillot. » En Coupe de l’UEFA, lors de la saison 2006-2007, l’ASNL échoue en seizièmes de finale face à Donetsk. La saison suivante, 2007-2008, le club lorrain rate la Ligue des Champions lors de la dernière journée de championnat. A Marcel Picot, les Lorrains sont battus par Rennes 3-2. A nouveau qualifié pour la Coupe de l’UEFA, l’équipe ne passe pas la phase de poules.

Focus : le Stade Marcel Picot.

Marcel Picot naquit le 16 juin 1893 dans une famille de brodeurs célèbres qui recevait, entre autres, des commandes de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Tout le désignait donc pour continuer la tradition familiale. Tout, sauf son tempérament. Peu de temps avant la Grande Guerre, il s’engagea dans l’armée. Comme officier, il participa à la bataille de Verdun où il fut fait prisonnier. Il passa alors le reste de la guerre au fort d’Ingolstadt. Pour tromper l’ennui, le jeune officier créa une équipe de hockey sur gazon. De retour en France, Picot s’associa à son futur beau-frère et ouvrit une chapellerie au centre de Nancy. Le succès fut rapide et important. Les ventes s’étendaient dans toute la Lorraine et jusqu’en Alsace. Engagé politiquement, passionné de rugby, Picot devint président du Stade Universitaire Lorrain (SUL).

Si les premières études pour un parc universitaire apte à favoriser l’entraînement et l’organisation de grandes manifestations remontaient à 1913, elles avaient été interrompues par la guerre et laissées lettre morte après celle-ci. Le chapelier déploya alors sa fortune, son immense activité et son réseau de relations pour permettre la concrétisation du projet. En 1921 la municipalité accorda au SUL six hectares de friches (destinés initialement à devenir un cimetière…), situés au Pont d’Essey à Tomblaine. Moins de cinq ans plus tard, et le compte en banque de Picot largement entamé, le Parc des Sports du Pont d’Essey vit le jour.

« Au départ, il n’existait qu’une seule tribune, celle nommée Jacquet en mémoire d’un ancien speaker du stade. Autour des trois autres côtés, les spectateurs prenaient place sur des monticules de terre arrangés en forme d’escalier » (asnl.net). Le Parc des Sports disposait alors d’une piste d’athlétisme, de terrains d’entraînement, de courts de tennis, et même d’un poste scientifique destiné à l’étude des exercices physiques. Constamment à la recherche d’investisseurs et d’événements à organiser pour rentabiliser le complexe, Picot sollicita la municipalité et la population, mit en place une tombola finalement interdite, invita des Cosaques et des sportifs roumains… Les premiers matchs du FC Nancy s’y déroulèrent à partir de 1935. Mais avec la professionnalisation, le chapelier s’effaça progressivement. Vexé de ne pas avoir de place réservée en tribune officielle, il devint un simple spectateur. Il mourut le 11 octobre 1967, et le Parc des Sports devint le Stade Marcel Picot dès le 12 mai 1968.

Claude Cuny, ambitieux président-fondateur de l’ASNL, pas à une idée visionnaire près (il est à l’origine du bonus offensif, ancêtre de la victoire à trois points, qui, ironie de l’histoire, coûta sa place en division 1 à l’ASNL à l’issue de la saison 1973-1974), voulait porter la capacité du stade à plus de 30 000 places et bâtir sous les tribunes un important complexe commercial. Le projet tomba à l’eau, mais en 1973 une deuxième tribune (Hazotte) sortit tout de même de terre. En 1978, la piste d’athlétisme fut supprimée pour permettre l’érection des tribunes derrière les buts (Marmite et Chaudron). De 1999 à 2003, la Communauté urbaine du Grand Nancy (CUGN) finança la rénovation des tribuns Jacquet, Marmite et Chaudron et la réhabilitation de la tribune Hazotte. A cette occasion, les tribunes derrière les buts furent rebaptisées Schuth et Piantoni.

Sélectionné pour accueillir des matchs de l’Euro 2016, le Stade Marcel Picot ne reçut finalement aucune des vingt-quatre meilleures équipes nationales européennes. En effet, alors que la CUGN et l’ASNL s’étaient mises d’accord pour financer ensemble un projet comparable à celui voulu par Cuny quarante ans auparavant, la première a finalement lâché la seconde. Sur fond de crise économique et d’inquiétudes pour le financement des collectivités territoriales françaises avec la faillite de la banque Dexia, et malgré les efforts consentis par le club lorrain avec la vente de presque tous les titulaires de la saison précédente, l’EPCI avait choisi de laisser le stade tel quel.
Ce message a été modifié.
Réponse de bobbysanno
le 26/09/2019 à 12:04
Une anecdote à propos de Fathi Chebel, Français d'origine algérienne (il sera d'ailleurs sélectionné en équipe nationale d'Algérie en 81) né à Lyon : lors de la présentation des équipes au président de la République, avant le début de la finale de Coupe 78, VGE, voyant que Chebel est d'origine étrangère, lui demande : "D'où venez-vous ?" Et l'attaquant nancéien de répondre : "De Lyon, monsieur le président !"
Ce message a été modifié.
Réponse de Fred Astaire
le 26/09/2019 à 14:11
Message posté par bobbysanno
Une histoire du football à Nancy (1906-2009).

Dès 1906, Maurice Mathieu de Vienne crée une société sportive appelée La Frontière (qui n’est alors pas bien loin…). Après la Grande Guerre, celle-ci devient un club omnisports : l’US Frontière. Ainsi, dans les années 1920, le football de haut niveau à Nancy se partage entre l’US Frontière (USF) et le Stade universitaire lorrain (SUL), club omnisports créé en 1901 et présidé par Marcel Picot, qui comprend notamment une section football. Le SUL évolue au Parc des Sports du Pont d’Essey (actuel Stade Marcel Picot), tandis que l’USF dispose d’un stade municipal au cœur de la Pépinière (actuel Stade Maurice de Vienne).

En 1928, l’USF, dont les joueurs sont vêtus d’un maillot bleu frappé d’un chardon, devient l’Association Sportive Lorraine (ASL). Les Lorrains parviennent même en trente-deuxièmes de finale de la Coupe de France, à l’époque seule compétition nationale. Mais l’ASL rate le virage du professionnalisme au début des années 1930. En effet, depuis 1932, il existe un championnat professionnel de football. Si l’ASL n’y participa jamais, le SUL, quant à lui, accepte, en 1935, de se séparer de sa section football. Reprise par Auguste « Napoléon » Schalbar, un cafetier de Lunéville, et par Georges Bouillet, elle devient le FC Nancy (FCN). Le premier est ainsi entraîneur de l’équipe, le second président du club.

Soutenu financièrement par les Grandes Brasseries de Champigneulles, disposant d’une enceinte moderne au Pont d’Essey, le FCN fait son apparition en division 2 lors de la saison 1935-1936. Il termine dix-septième sur dix-neuf, marquant 33 buts et en encaissant… 122 ! Le premier point n’est obtenu qu’au soir de la onzième journée, à domicile contre Montpellier (2-2). Auparavant, lors d’un déplacement à Caen, le masseur de l’équipe s’était dévoué pour jouer gardien de but ! Les Lorrains repartirent avec neuf buts dans la valise. Alors, pour se renforcer, le FCN pioche à l’étranger. Au poste d’entraîneur, l’Autrichien Karl Heinlein, puis l’Anglais Stanley Hillier passent chacun une saison en Lorraine. Les Hongrois Lengyel, Heim et Szépès, les Polonais Gustav Pollak et Josepf Wana posent leurs valisent dans la cité des ducs de Lorraine.

Les résultats ne se font pas attendre. Nancy achève la saison 1938-1939 à la troisième place et atteint les quarts de finale de la Coupe de France (défaite face à Lille). Malheureusement, le nouvel élan trouvé par le FCN est coupé par la guerre et la mise en place des équipes fédérales sous l’Occupation. La saison 1945-1946 voit la mise en place d’un nouveau format pour la division 2. Désormais, les équipes sont placées dans deux groupes (le Nord et le Sud). Maurice Henry, le nouveau président du FCN, vise l’accession la plus rapide possible en division 1. Pour réussir dans cette entreprise, il place René Dedieu aux commandes de l’équipe. Vainqueur de la Coupe de France 1929 en tant que joueur avec Montpellier, sélectionné à six reprises en équipe de France, celui-ci conduit les Lorrains à un sacre immédiat. Ne subissant que deux défaites dans la saison, le FCN remporte le titre de champion de France de division 2 lors d’une confrontation aller-retour avec Montpellier. Le Danois Kaj Andrup prend ensuite la direction technique de l’équipe pour la saison 1946-1947. Il permet au FCN de terminer douzième de division 1.

Désormais installé en division 1, le FCN va progressivement se renforcer sous la présidence de Raymond Pinchard. Dès 1947, les dirigeants lorrains attirent le milieu de terrain islandais Albert Gudmundsson, en provenance du club londonien d’Arsenal. Celui-ci ne reste qu’une saison, avant de partir pour le grand Milan AC, puis le Racing Club de Paris et Nice. En 1950, c’est l’attaquant argentin Roberto Aballay qui débarque en Lorraine, en provenance du Genoa. Il reste deux saisons à Nancy avant de rejoindre Metz. Son compatriote, Juan Carlos Lorenzo, en provenance de la Sampdoria, prend sa place pour deux saisons également. Il rejoint ensuite l’Atlético. Mais c’est surtout la doublette offensive Roger Piantoni (20 sélections à l’époque où il portait le maillot du FCN, meilleur buteur de division 1 dès sa première saison parmi l’élite avec 28 réalisations) et Léon Deladerrière (11 sélections) qui marquent les esprits. Associés à partir de 1950, les deux brillent pendant sept saisons sous le même maillot, notamment à l’occasion des Coupes de France 1951 (demi-finale perdue contre Strasbourg), 1953 (finale perdue contre Lille) et 1956 (demi-finale perdue contre Troyes). Recruté à l’US Piennes, Roger « la classe » est néanmoins rapidement revendu au Stade de Reims. Alors qu’il rêvait d’Italie, de l’Internazionale ou de la Juventus, les dirigeants lorrains avaient, à son insu, négocié de longue date sont transfert en Champagne.

Charles Boileau succède à son beau-père à la présidence du FCN en 1952. Il y restera douze ans. En 1953, les Lorrains parviennent en finale de la Coupe de France (défaite 1-2 contre Lille). Relégué une première fois en division 2 en 1957, le FCN plonge à nouveau à l’étage inférieur en 1959. C’est alors que Mario Zatelli, ancienne (en tant que joueur) et future (en tant qu’entraîneur) gloire de l’OM, prend les commandes de l’équipe. Vice-champions de division 2 dès 1960, les Meurthe-et-Mosellans réussissent ensuite une très belle saison 1961-1962. Ils se classent quatrièmes de division 1 et parviennent à nouveau en finale de la Coupe de France (défaite 0-1 contre Saint-Etienne). Mais, miné par des soucis financiers, le FCN peine à conserver sa place parmi l’élite. En effet, à Nancy, les mécènes qui soutiennent le club sont trop rares et trop discrets et la municipalité en a assez de financer à perte le football professionnel. Les seules recettes du club sont, dès lors, celles effectuées aux guichets. Mais le Parc des Sports ne compte jamais plus de 10 000 spectateurs. Les joueurs sont alors bradés pour essayer de sauver le club du naufrage. Relégué en 1963, le FCN achève la saison 1963-1964 à la seizième place de division 2. La caution de six millions de francs, qui doit parvenir à la FFF avant le 26 juin, n’est pas réglée. Nancy redémarre la saison 1964-1965 en CFA. Le professionnalisme a fait son temps sur les bords de Meurthe.

A l’automne 1966, Claude Cuny, 34 ans et bourré d’énergie à défaut de diplômes, décide de se démener pour reconstruire un club professionnel dans l’ancienne capitale du duché de Lorraine. Pour prouver la motivation du public lorrain, il crée la « BP 17 » dans laquelle il espère recueillir 6 000 lettres d’encouragement. Il en reçoit trois fois plus ! La campagne promotionnelle de Cuny est aussi appuyée par la presse locale : l’Est Républicain et, dans une moindre mesure, Le Républicain Lorrain. Cuny se rapproche aussi de son ami Serge Etienne, alors entraîneur-joueur à l’ASL. Quelques mois plus tard, il fait fusionner son projet avec l’ASL, laquelle apporte six équipes amateurs. Voulant ressusciter le professionnalisme sans évoquer le douloureux passé, Cuny écarte toute référence explicite au FCN. Il se souvient : « Plusieurs propositions de noms circulaient. Football Club Lorrain, Olympique de Nancy, Racing-Club Nancéien ou Association Sportive de Nancy étaient suggérés. Nous avons retenu la dernière suggestion en y accolant Lorraine. Question de patriotisme régional et de notre association avec l’ASL. En plus, le docteur Jeanblanc, président de ce club, soutenait notre action. » A la recherche de financeurs, Claude Cuny obtient de rencontrer le maire de Nancy, Pierre Wéber. Après l’exposé du projet, l’édile, qui a le sens de la formule, annonce à l’entrepreneur : « Lorsque vous aurez trouvé deux francs, je vous en donnerai la moitié. » L’entreprise Total accepte de sponsoriser l’aventure. L’AS Nancy-Lorraine (ASNL) jouera la saison 1967-1968 en division 2. Toujours dans la crainte de la faillite, Cuny mènera, tout au long de sa carrière de président-fondateur, une politique financière prudente et, sportivement, privilégiera la formation à l’achat de joueurs.

René Pleimelding, ancien du FC Nancy et de Toulouse, signe un contrat de trois ans comme entraîneur. Parmi les joueurs, il faut surtout signaler le défenseur Antoine Redin, également ancien du FC Nancy et de Toulouse. La saison 1967-1968 démarre très mal avec un cinglant revers à Béziers (0-4). Au final, les Nancéiens se classent dixième. La saison suivante, ils passent très près de l’accession en première division, terminant troisième. Finalement, dès 1970 et dans la dernière année du contrat de Pleimelding, l’ASNL se hisse en division 1 en éliminant successivement en barrages les clubs de Bastia et d’Ajaccio. Antoine Redin prend la suite de Pleimelding sur le banc de l’ASNL. Les deux premières saisons en division 1 sont mitigées, la troisième conduit le club lorrain à la sixième place. En 1974, malgré les jeunes Carlos Curbelo, Olivier Rouyer et Michel Platini, en dépit des sept matchs joués en fin de saison par Antoine Redin à 39 ans, l’ASNL ne peut pas éviter la relégation. Mais l’ASNL ne traîne pas longtemps en division 2. Les hommes de Redin sont champions dès la saison de leur descente, marquant 73 buts dont 29 pour l’attaquant argentin Joaquim Martinez et 17 pour Michel Platini. Revenue en division 1, l’ASNL squatte la première moitié du classement pendant trois saisons où Platini inscrit 65 buts. Au Stade du Ray, le 13 janvier 1978, le « Platini Football-Club » (But) écrase le leader du moment, l’OGCN, par 7 buts à 3. Michel Platini signe 4 buts. Les deux clubs se retrouvent quatre mois plus tard au Parc des Princes, pour la finale de la Coupe de France.

Finale de la Coupe de France (13 ami 1978).
Nancy-Nice 1-0 (0-0).
Parc des Princes (45 998 spectateurs).
Arbitre : Monsieur Verbeke.
But : Platini (55e).
Nancy : Moutier – Perdrieau (puis Raczinski, 79e), Neubert, Curbelo, Cloet – Jeannol, Caron, Rubio – Rouyer, Platini, Chebel.
Nice : Baratelli – Barraja, Zambelli, Katalinski, Cappadona (puis Toko, 75e) – Juve, Huck, Guillou – Morabito, Bjekovic, Sanchez.

Engagée en Coupe d’Europe des Vainqueurs de Coupes, l’ASNL renforce son attaque en faisant signer Bernard Zénier (FC Metz) et l’Uruguayen Ruben Umpierrez. Mais avec un Platini absent une bonne partie de la saison (fracture de la cheville), le club lorrain est éliminé dès les huitièmes de finale par le Servette de Genève. Michel Platini part à Saint-Etienne en 1979, Antoine Redin prend la direction de Bastia l’année suivante. En 1981, les deux hommes se retrouvent en finale de la Coupe de France. Les Corses l’emportent 2-1. Le départ des deux hommes symboles des années 1970, et des succès de l’ASNL, annonce une décennie 1980 compliquée. De 1980 à 1987, trois entraîneurs se succèdent sur le banc de touche (Georges Huard, Hervé Collot, Arsène Wenger), tous impuissants à enrayer la lente descente du club lorrain. Malgré des recrutements astucieux (Fernando Zappia, Ray Stephen, Bruno Martini, Eric di Meco), des jeunes prometteurs (Franck Gava, David Zitelli), l’ASNL est reléguée en division 2 à l’issue de la saison 1986-1987.

En division 2, l’équipe est entraînée par Robert Dewilder. En conservant l’attaquant écossais Ray Stephen, en rappelant le défenseur argentin Fernando Zappia, et surtout en intégrant de plus en plus les jeunes David Zitelli, Franck Gava et Paul Fischer, l’ASNL réussit à être à nouveau, vingt ans après, champion de France de division 2. Pour son retour en division 1, le club du président Gérard Parentin met les petits plats dans les grands. Dewilder est débarqué, et Aimé Jacquet, triple champion de France avec Bordeaux, arrive en Lorraine. Gava, Zitelli et Stephen, les meilleurs joueurs de la saison précédente, sont conservés. Viennent s’y ajouter une brochette d’internationaux de l’ex-Europe de l’Est : le Yougoslave Nenad Stojkovic, le Polonais Rijard Tarasiewicz et le Soviétique Sacha Zavarov, ce dernier en provenance de la Juventus. Le jeune Eric Rabesandratana fait aussi son apparition dans l’équipe meurthe-et-mosellane. Mais la saison 1990-1991 est décevante, l’ASNL échappant de peur à la relégation. Jacquet quitte le club pour la DTN. Olivier Rouyer est incapable d’éviter la dégringolade. L’ASNL achève la saison 1991-1992 à la dernière place, malgré l’intégration d’un nouvel espoir promis à un bel avenir : Tony Vairelles. A seulement 18 ans, le Nancéien marque 7 buts en 14 matchs de division 1.

C’est le début d’une longue traversée du désert qui voit le club lorrain faire plusieurs fois l’ascenseur entre la division 2 et la division 1, et vice-versa, jusqu’à l’arrivée sur le banc de Pablo Correa (novembre 2002). Correa est un ancien de la maison. Arrivé d’Uruguay en 1995, il joue au poste d’attaquant jusqu’en 2000. En 1996-1997, à la faveur d’une saison en division 1, l’ASNL fait signer le buteur irlandais de l’OM, Tony Cascarino. L’international reste à Nancy jusqu’en 2000, marquant 44 buts en trois saisons et demie. Lors de la même saison, Grégory Wimbée est le premier gardien de but à marquer sur une action de jeu en division 1. C’était contre Lens, en novembre 1996. Une troisième fois championne de France de division 2, en 1998, l’ASNL ne se maintient que deux saisons en division 1, au terme desquelles Laszlo Bölöni quitte le club. Engluée en division 2, devenue ligue 2 en 2002, l’équipe frôle la relégation en national. L’artisan du sauvetage sera aussi celui de la renaissance du club lorrain, celui qui lui apportera une deuxième ligne à son palmarès (si on ne tient pas compte des « titres » de champions de France de D2…) : Pablo Correa, à qui le président Jacques Rousselot fait une totale confiance.

L’entraîneur franco-uruguayen conduit le club meurthe-et-mosellan d’abord en ligue 1. Avec une doublette offensive Elie Kroupi-Laurent Dufresne efficace (24 buts à eux deux) et une solide charnière centrale Sébastien Puygrenier-Pape Diakhaté, l’ASNL réussit encore à décrocher le titre de champion de France de division 2. C’est la quatrième fois. Mais, surtout, la saison suivante est celle du sacre en Coupe de la Ligue.

Finale de la Coupe de la Ligue (22 avril 2006).
Nancy-Nice 2-1 (1-0).
Stade de France (76 700 spectateurs).
Arbitre : Bertrand Layec.
Buts pour Nancy : Zerka (22e), Kim (65e) ; pour Nice : Vahirua (48e).
Nancy : Sorin – Chrétien, Diakhaté, Puygrenier, Lecluse – Biancalani, Gavanon, Berenguer, Duchemin (puis Brison, 64e) – Zerka (puis Andre Luiz, 82e), Kim (puis Sarkisian, 90e).
Nice : Lloris – Fanni, Traore, Abardonado, Varrault – Balmont, Echouafni (puis Bagayoko, 84e), Rool (puis Roudet, 78e) – Vahirua (puis Ederson, 70e), Bellion, Koné.

Cette victoire fait basculer l’ASNL dans une nouvelle dimension. Comme l’exprime Jacques Rousselot : « Il y a cinq ans, le foot à Nancy était ringard. En Lorraine, il y avait le FC Metz et les basketteurs du SLUC Nancy. L’ASNL, c’était 2 000 spectateurs et la honte de la ville. Aujourd’hui, c’est tendance. Les bourgeois et les professions libérales reviennent au stade. Ils sont même fiers de mettre le maillot. » En Coupe de l’UEFA, lors de la saison 2006-2007, l’ASNL échoue en seizièmes de finale face à Donetsk. La saison suivante, 2007-2008, le club lorrain rate la Ligue des Champions lors de la dernière journée de championnat. A Marcel Picot, les Lorrains sont battus par Rennes 3-2. A nouveau qualifié pour la Coupe de l’UEFA, l’équipe ne passe pas la phase de poules.

Focus : le Stade Marcel Picot.

Marcel Picot naquit le 16 juin 1893 dans une famille de brodeurs célèbres qui recevait, entre autres, des commandes de l’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III. Tout le désignait donc pour continuer la tradition familiale. Tout, sauf son tempérament. Peu de temps avant la Grande Guerre, il s’engagea dans l’armée. Comme officier, il participa à la bataille de Verdun où il fut fait prisonnier. Il passa alors le reste de la guerre au fort d’Ingolstadt. Pour tromper l’ennui, le jeune officier créa une équipe de hockey sur gazon. De retour en France, Picot s’associa à son futur beau-frère et ouvrit une chapellerie au centre de Nancy. Le succès fut rapide et important. Les ventes s’étendaient dans toute la Lorraine et jusqu’en Alsace. Engagé politiquement, passionné de rugby, Picot devint président du Stade Universitaire Lorrain (SUL).

Si les premières études pour un parc universitaire apte à favoriser l’entraînement et l’organisation de grandes manifestations remontaient à 1913, elles avaient été interrompues par la guerre et laissées lettre morte après celle-ci. Le chapelier déploya alors sa fortune, son immense activité et son réseau de relations pour permettre la concrétisation du projet. En 1921 la municipalité accorda au SUL six hectares de friches (destinés initialement à devenir un cimetière…), situés au Pont d’Essey à Tomblaine. Moins de cinq ans plus tard, et le compte en banque de Picot largement entamé, le Parc des Sports du Pont d’Essey vit le jour.

« Au départ, il n’existait qu’une seule tribune, celle nommée Jacquet en mémoire d’un ancien speaker du stade. Autour des trois autres côtés, les spectateurs prenaient place sur des monticules de terre arrangés en forme d’escalier » (asnl.net). Le Parc des Sports disposait alors d’une piste d’athlétisme, de terrains d’entraînement, de courts de tennis, et même d’un poste scientifique destiné à l’étude des exercices physiques. Constamment à la recherche d’investisseurs et d’événements à organiser pour rentabiliser le complexe, Picot sollicita la municipalité et la population, mit en place une tombola finalement interdite, invita des Cosaques et des sportifs roumains… Les premiers matchs du FC Nancy s’y déroulèrent à partir de 1935. Mais avec la professionnalisation, le chapelier s’effaça progressivement. Vexé de ne pas avoir de place réservée en tribune officielle, il devint un simple spectateur. Il mourut le 11 octobre 1967, et le Parc des Sports devint le Stade Marcel Picot dès le 12 mai 1968.

Claude Cuny, ambitieux président-fondateur de l’ASNL, pas à une idée visionnaire près (il est à l’origine du bonus offensif, ancêtre de la victoire à trois points, qui, ironie de l’histoire, coûta sa place en division 1 à l’ASNL à l’issue de la saison 1973-1974), voulait porter la capacité du stade à plus de 30 000 places et bâtir sous les tribunes un important complexe commercial. Le projet tomba à l’eau, mais en 1973 une deuxième tribune (Hazotte) sortit tout de même de terre. En 1978, la piste d’athlétisme fut supprimée pour permettre l’érection des tribunes derrière les buts (Marmite et Chaudron). De 1999 à 2003, la Communauté urbaine du Grand Nancy (CUGN) finança la rénovation des tribuns Jacquet, Marmite et Chaudron et la réhabilitation de la tribune Hazotte. A cette occasion, les tribunes derrière les buts furent rebaptisées Schuth et Piantoni.

Sélectionné pour accueillir des matchs de l’Euro 2016, le Stade Marcel Picot ne reçut finalement aucune des vingt-quatre meilleures équipes nationales européennes. En effet, alors que la CUGN et l’ASNL s’étaient mises d’accord pour financer ensemble un projet comparable à celui voulu par Cuny quarante ans auparavant, la première a finalement lâché la seconde. Sur fond de crise économique et d’inquiétudes pour le financement des collectivités territoriales françaises avec la faillite de la banque Dexia, et malgré les efforts consentis par le club lorrain avec la vente de presque tous les titulaires de la saison précédente, l’EPCI avait choisi de laisser le stade tel quel.


Magnifique travail Bobby !
Réponse de Elji haz14
le 26/09/2019 à 15:09


Merci Fred ! Ça me fera de la lecture cette nuit ou le week-end.
Réponse de bobbysanno
le 27/09/2019 à 08:01


Merci. Personnalité intéressante. J'ai trouvé, rapidement, des textes sur lui en italien et en allemand. Il y a certainement à creuser, en particulier sur sa faible participation en équipe d'Allemagne (le texte d'Yves se contentant de suppositions).
Réponse de Fred Astaire
le 27/09/2019 à 21:44
LA GRANDE EQUIPE DU FC SOCHAUX CHAMPIONNE DE FRANCE en 1934-1935
- Où l'on apprend qu'elle aurait pu disputer la première Coupe d'Europe !
- Ou l'on parle du Real Madrid et de Di Stefano !!

...Le grand homme de cette saison nouvelle qui s'ouvre en juillet 1934 va être un beau gaillard brun, aux cheveux frisés, à la prestance de danseur de tango et aux allures de conquérant: il s'appelle Duhart et se prénomme Pedro, comme le héros d'une chanson que la chanteuse-diseuse de l'époque, Marie Dubas, a rendu célèbre. Ce Pedro Duhart débarque à Boulogne le 16 août et signe aussitôt une licence «d'étranger» (très important, retenez-le bien) pour le FC Sochaux.
Il faut dire que sous l'impulsion de dirigeants particulièrement dynamiques qui se nomment Jean-Pierre Peugeot et Sam Wyler, le club franc-comtois qui s'est trouvé à l'origine du championnat professionnel grâce à la creation de sa fameuse Coupe Sochaux, a décidé de frapper un grand coup. C'est qu'on en arrive à la troisième édition de la grande compétition nationale. Et le FC Sochaux n' a pas pour l'instant décrocher le moindre trophée.
...Dans cette formation doubiste sont arrivés également deux autres footballeurs de très grande classe, l'international helvétique André (Trello) Abbegglen qui jouait aux Grasshoppers de Zürich, et l'Uruguayen Conrad Ross, ex-demi centre de l'Urania de Genève qui va entraîner l'equipe sochalienne.
...en janvier 1935, les dirigeants sochaliens poussent un soupir de soulagement: parce qu'il a pu demontrer les origines francaises de son père né en 1889 au pays Basque, parce qu'il n'a pas fait de service militaire en Uruguay, Pedro Duhart est enfin considéré comme un citoyen et un joueur français. Cela va permettre à l'équipe sochalienne de retrouver son brillant ailier gauche Leslie Miller, un Anglais aux courses rapides et aux dribbles tranchants.
Ainsi le FC Sochaux tire-t-il le meilleur parti d'une formation assez cosmopolite ou se trouvent réunis Conrad Ross (que va bientôt remplacer en cours de saison le Hongrois Szabo), deux Franco-Suisses (Roger Courtois et son fidèle ami Gougain), un Franco-Uruguayen (Pedro Duhart), un Suisse (Trello Abbegglen) et un Anglais (Leslie Miller). Tous ces hommes faisant bon ménage avec le gardien alsacien Willy Wagner, solide Strasbourgeois qui est revenu dans l'Est de la France après un court sejour à Hyeres, avec les Parisiens Lalloué et Louis Finot , avec le «Lion» de Belfort Etienne Mattler, attaché à son maillot bouton d'or comme le lierre au mur du bungalow du stade Bonal ou battra toujours le cœur du club, avec enfin le fidèle Roger Hug qui sera fort utile en fin de saison.
Equipe au destin international, sorte de Real Madrid avant la lettre, qui aurait sans doute pu rivaliser avec les plus grandes formations européennes. C'est d'ailleurs à ce moment précis que Gabriel Hanot conçoit dans le Miroir des Sports cette Coupe d'Europe des clubs qu'il fera naître vingt ans plus tard...» les matchs entre équipes nationales, écrit-il alors, sont loin de donner entière satisfaction. Car ils ne permettent pas de fixer la valeur du football d'une nation, et ils sont à même de devenir des manifestations où le chauvinisme refoulera le sport à l'arrière plan. Proposons que les nations désignent certaines de leurs équipes pour participer au championnat d'un autre pays: Lille pourrait aller chez les Belges, Sochaux en Suisse ou en Autriche, Tottenham viendrait en France, la Juventus en Angleterre, etc...Envisageons même que l'Amerique du Sud soit comprise dans ce mouvement. Resserrons les liens internationaux».
Deja l'idee d'une vaste confrontation européenne est lancée...bien que le football prenne un visage de plus en plus fermé et rebarbatif. Le 6 fevrier, dans l'Auto, un entrefilet souligne les dangers que court le football anglais lui-meme. «les recents matchs en Angleterre ont été si violents qu'on parle de mesures radicales pour enrayer le péril: suppression des primes, abolition des transferts, modification de decompte des points».
Sochaux, lui, s'accroche a son esperance et s'en va gagner à Strasbourg (1-0) devant 25 000 Alsaciens. Le 21 avril, l'équipe doubiste gagne à Mulhouse (5-1), alors que les Strasbourgeois perdent un point à Montpellier. Cette fois-ci, le championnat semble joué: car Sochaux possède cinq points d'avance sur son rival, alors qu'il ne reste plus que trois matchs à jouer. Mais huit jours après, c'est la déroute à Montbeliard devant Antibes qui crée une enorme surprise en gagnant 7-3. Sochaux va-t-il s'écrouler sur la fin, comme l'avait déjà fait Marseille un an auparavant ? Avant-dernière journée à Lille, nouvelle défaite, plus qu'un seul point d'avance ! On tremble cette fois pour Mattler et ses amis !
D'autant plus que le dernier match, joué devant le public sochalien, va les opposer aux Marseillais qui sortent àpeine d'une finale de Coupe disputée une semaine avant à Colombes. Le stade de la Forge est trop petit, en ce dimanche 12 mai 1935, pour accueillir tous les ouvriers et employés de chez Peugeot, accourus des quatre coins du pays de Montbeliard, de cette région de 100 000 âmes où l'on ne parle – hors du football – que d'automobiles, de motos, de vélos, et d'outillages. De Beaulieu à Mandeure en passant par Audincourt, Valentigney et Pont-de-Roide.
Alors, c'est le feu d'artifice qui éclate tout à coup sur la tête des braves footballeurs marseillais. Leur gardien Laurent Di Lorto, qui ne tardera guère à venir s'installer, d'une facon définitive, à Sochaux, a beau multiplier les prodiges et les parades, va en voir de toutes les couleurs devant une attaque sochalienne déchaînée, au centre de laquelle le rondouillard mais virevoltant Roger Courtois réalise l'exploit de marquer trois buts à lui tout seul, tandis que Duhart, le beau Pedro, charmeur de ballon diabolique, obtient le quatrième point d'une victoire indiscutable.
Une victoire qui consacre la supériorité sochalienne et donne le titre au club de Jean-Pierre Peugeot.
Son triomphe, le FC Sochaux 1935, l'a surtout bâti à la force de son attaque qui a été, de loin avec 94 buts, la plus percutante du championnat. Dans ce festin, Roger Courtois a bien sur dévoré sa part du gâteau, lui qui a marqué 29 buts. Mais c'est pourtant l'inépuisable et merveilleux Trello Abbegglen, sorte de Di Stefano des premiers âges, qui a décroché la Couronne des Buteurs (30 buts). Comme ça, sans avoir l'air d'y toucher, avec son crâne chauve, son corps frêle, son souffle inépuisable, sa lucidité toujours vive, et sa foi inébranlable qui le faisait s'agenouiller et se signer au bord de la touche, avant d'entrer sur le terrain. Un modèle de footballeur dit «d'avant-guerre» qui serait encore aujourd'hui, sans discussion, l'une des super-vedettes du football mondial...
Extrait de «La fabuleuse histoire du football»

L'ECOLE DES ARTISTES SOCHALIENS

La rivalité féroce qui oppose depuis quatre ans le FC Sochaux à l'Olympique de Marseille n'est pas près de s'éteindre. La saison 1937-1938 lui donnera l'occasion de rebondir. En championnat d'abord où le club de l'Est a échoué d'un souffle la saison précédente. Les dirigeants sochaliens ont décidé de rénover l'équipe: Trello Abbegglen est reparti en Suisse au Servette, tandis que Lauri regagnait l'Argentine, afin d'échapper au service militaire français. Mais un autreTchécoslovaque a remplacé Bradac: Faczinek l'inter droit du Sparta de Prague, tandis que deux ailiers alsaciens débarquentde Strasbourg (Curt Keller) et e Mulhouse (Korb). Les dirigeant sochaliens avaient même cherché un moment à engager le demi centre de la Squadra Azzura Andreolo; mais les italiens n'ont pas voulu laisser partir leur meneur de jeu. Cette équipe sochalienne va être accablée tout le long de la saison par les pépins et les blessures: mais ses principales rivales ne seront guère mieux loties: l'OM n'a pas pu renforcer sa formation et va être bientôt accaparé par la Coupe qui lui plaît tant, car le RC Paris qui a perdu Dupuis et Delfour (passés au Red Star et à Roubaix) n'a pas retrouvé sa grande équipe malgré l'arrivée des Espagnols Luis Regueiro, du Real, et Ramon Zabalo, de Barcelone. Lille végète, bien que la venue de Darui ait renforcé sa défense. Seuls Strasbourg, Rouen et Sète, avec leurs redoutables buteurs Oskar Rohr, Jean Nicolas et Désiré Koranyi, se montrent menaçants.
Mais Sochaux prend tout de suite un départ en fanfare, écrasant Fives et Rouen (11 buts en 2 matchs) et s'installant d'entrée à la tête de la division I qui a perdu Rennes et Mulhouse, mais récupéré Lens et Valenciennes. Le Racing Club de Paris (4-0) Strasbourg (6-1), Roubaix (3-0), Sète (1-0), Lens (4-0), Valenciennes (6-1), Rouen (3-1), Lille (2-0),
le Red Star (3-1), personne ne peut résister à Roger Courtois et à ses coéquipiers. Quand les titulaires sont blessés ou absents, ce sont les remplaçants qui prennent la situation en mains: si Courtois n'est pas là, c'est un nommé Sarrieux qui marque trois buts contre le Red Star; quand Laurent Di Lorto souffre d'une blessure aux côtes, le jeune
gardien Pretto le fait presque oublier. La défense «tricolore»
est si impressionnante d'efficacité qu'on a donné au trio Di Lorto-Cazenave-Mattler, le nom très imagé et significatif de «Ligne Maginot». Le demi centre hongrois Janos Szabo plane sur cette équipe comme l'aigle sur la vallée. Les deux demis et Lehman abattent un travail de Romains. Le grand Pedro Duhart revient bientôt placer ses dribbles chaloupés et ses feintes de prestidigateur, tandis que le Tchècoslovaque Faczinek marque but sur but, renforçant auprès de Roger Courtois la puissance de feu de l'attaque sochalienne où sont venus s'incorporer également, en cours de saison, deux autres Franco-Uruguayens, Ithurbide et Irrigaray.
Ce Sochaux-là ne va subir que quatre défaites en trente matchs, dont deux face à l'OM, sa bête noire, qui terminera d'ailleurs deuxième à deux points du nouveau champion sacré le 1er mai, grâce à une victoire remportée à Lens (2-0, deux buts de Keller) sans Courtois.
Sochaux 1938, c'est un champion de France au style séduisant et spectaculaire qui a battu et fait battre tous les records de recette sur son passage et qui a pris rang finalement de véritable école, par la finesse et l'élégance de son jeu, par sa recherche technique et même son dilettantisme, savant mélange où la double influence de l'Europe Centrale et de l'Amérique du Sud s'est faite constamment sentir.
Réponse de bobbysanno
le 28/09/2019 à 08:54
Message posté par Fred Astaire
LA GRANDE EQUIPE DU FC SOCHAUX CHAMPIONNE DE FRANCE en 1934-1935
- Où l'on apprend qu'elle aurait pu disputer la première Coupe d'Europe !
- Ou l'on parle du Real Madrid et de Di Stefano !!

...Le grand homme de cette saison nouvelle qui s'ouvre en juillet 1934 va être un beau gaillard brun, aux cheveux frisés, à la prestance de danseur de tango et aux allures de conquérant: il s'appelle Duhart et se prénomme Pedro, comme le héros d'une chanson que la chanteuse-diseuse de l'époque, Marie Dubas, a rendu célèbre. Ce Pedro Duhart débarque à Boulogne le 16 août et signe aussitôt une licence «d'étranger» (très important, retenez-le bien) pour le FC Sochaux.
Il faut dire que sous l'impulsion de dirigeants particulièrement dynamiques qui se nomment Jean-Pierre Peugeot et Sam Wyler, le club franc-comtois qui s'est trouvé à l'origine du championnat professionnel grâce à la creation de sa fameuse Coupe Sochaux, a décidé de frapper un grand coup. C'est qu'on en arrive à la troisième édition de la grande compétition nationale. Et le FC Sochaux n' a pas pour l'instant décrocher le moindre trophée.
...Dans cette formation doubiste sont arrivés également deux autres footballeurs de très grande classe, l'international helvétique André (Trello) Abbegglen qui jouait aux Grasshoppers de Zürich, et l'Uruguayen Conrad Ross, ex-demi centre de l'Urania de Genève qui va entraîner l'equipe sochalienne.
...en janvier 1935, les dirigeants sochaliens poussent un soupir de soulagement: parce qu'il a pu demontrer les origines francaises de son père né en 1889 au pays Basque, parce qu'il n'a pas fait de service militaire en Uruguay, Pedro Duhart est enfin considéré comme un citoyen et un joueur français. Cela va permettre à l'équipe sochalienne de retrouver son brillant ailier gauche Leslie Miller, un Anglais aux courses rapides et aux dribbles tranchants.
Ainsi le FC Sochaux tire-t-il le meilleur parti d'une formation assez cosmopolite ou se trouvent réunis Conrad Ross (que va bientôt remplacer en cours de saison le Hongrois Szabo), deux Franco-Suisses (Roger Courtois et son fidèle ami Gougain), un Franco-Uruguayen (Pedro Duhart), un Suisse (Trello Abbegglen) et un Anglais (Leslie Miller). Tous ces hommes faisant bon ménage avec le gardien alsacien Willy Wagner, solide Strasbourgeois qui est revenu dans l'Est de la France après un court sejour à Hyeres, avec les Parisiens Lalloué et Louis Finot , avec le «Lion» de Belfort Etienne Mattler, attaché à son maillot bouton d'or comme le lierre au mur du bungalow du stade Bonal ou battra toujours le cœur du club, avec enfin le fidèle Roger Hug qui sera fort utile en fin de saison.
Equipe au destin international, sorte de Real Madrid avant la lettre, qui aurait sans doute pu rivaliser avec les plus grandes formations européennes. C'est d'ailleurs à ce moment précis que Gabriel Hanot conçoit dans le Miroir des Sports cette Coupe d'Europe des clubs qu'il fera naître vingt ans plus tard...» les matchs entre équipes nationales, écrit-il alors, sont loin de donner entière satisfaction. Car ils ne permettent pas de fixer la valeur du football d'une nation, et ils sont à même de devenir des manifestations où le chauvinisme refoulera le sport à l'arrière plan. Proposons que les nations désignent certaines de leurs équipes pour participer au championnat d'un autre pays: Lille pourrait aller chez les Belges, Sochaux en Suisse ou en Autriche, Tottenham viendrait en France, la Juventus en Angleterre, etc...Envisageons même que l'Amerique du Sud soit comprise dans ce mouvement. Resserrons les liens internationaux».
Deja l'idee d'une vaste confrontation européenne est lancée...bien que le football prenne un visage de plus en plus fermé et rebarbatif. Le 6 fevrier, dans l'Auto, un entrefilet souligne les dangers que court le football anglais lui-meme. «les recents matchs en Angleterre ont été si violents qu'on parle de mesures radicales pour enrayer le péril: suppression des primes, abolition des transferts, modification de decompte des points».
Sochaux, lui, s'accroche a son esperance et s'en va gagner à Strasbourg (1-0) devant 25 000 Alsaciens. Le 21 avril, l'équipe doubiste gagne à Mulhouse (5-1), alors que les Strasbourgeois perdent un point à Montpellier. Cette fois-ci, le championnat semble joué: car Sochaux possède cinq points d'avance sur son rival, alors qu'il ne reste plus que trois matchs à jouer. Mais huit jours après, c'est la déroute à Montbeliard devant Antibes qui crée une enorme surprise en gagnant 7-3. Sochaux va-t-il s'écrouler sur la fin, comme l'avait déjà fait Marseille un an auparavant ? Avant-dernière journée à Lille, nouvelle défaite, plus qu'un seul point d'avance ! On tremble cette fois pour Mattler et ses amis !
D'autant plus que le dernier match, joué devant le public sochalien, va les opposer aux Marseillais qui sortent àpeine d'une finale de Coupe disputée une semaine avant à Colombes. Le stade de la Forge est trop petit, en ce dimanche 12 mai 1935, pour accueillir tous les ouvriers et employés de chez Peugeot, accourus des quatre coins du pays de Montbeliard, de cette région de 100 000 âmes où l'on ne parle – hors du football – que d'automobiles, de motos, de vélos, et d'outillages. De Beaulieu à Mandeure en passant par Audincourt, Valentigney et Pont-de-Roide.
Alors, c'est le feu d'artifice qui éclate tout à coup sur la tête des braves footballeurs marseillais. Leur gardien Laurent Di Lorto, qui ne tardera guère à venir s'installer, d'une facon définitive, à Sochaux, a beau multiplier les prodiges et les parades, va en voir de toutes les couleurs devant une attaque sochalienne déchaînée, au centre de laquelle le rondouillard mais virevoltant Roger Courtois réalise l'exploit de marquer trois buts à lui tout seul, tandis que Duhart, le beau Pedro, charmeur de ballon diabolique, obtient le quatrième point d'une victoire indiscutable.
Une victoire qui consacre la supériorité sochalienne et donne le titre au club de Jean-Pierre Peugeot.
Son triomphe, le FC Sochaux 1935, l'a surtout bâti à la force de son attaque qui a été, de loin avec 94 buts, la plus percutante du championnat. Dans ce festin, Roger Courtois a bien sur dévoré sa part du gâteau, lui qui a marqué 29 buts. Mais c'est pourtant l'inépuisable et merveilleux Trello Abbegglen, sorte de Di Stefano des premiers âges, qui a décroché la Couronne des Buteurs (30 buts). Comme ça, sans avoir l'air d'y toucher, avec son crâne chauve, son corps frêle, son souffle inépuisable, sa lucidité toujours vive, et sa foi inébranlable qui le faisait s'agenouiller et se signer au bord de la touche, avant d'entrer sur le terrain. Un modèle de footballeur dit «d'avant-guerre» qui serait encore aujourd'hui, sans discussion, l'une des super-vedettes du football mondial...
Extrait de «La fabuleuse histoire du football»

L'ECOLE DES ARTISTES SOCHALIENS

La rivalité féroce qui oppose depuis quatre ans le FC Sochaux à l'Olympique de Marseille n'est pas près de s'éteindre. La saison 1937-1938 lui donnera l'occasion de rebondir. En championnat d'abord où le club de l'Est a échoué d'un souffle la saison précédente. Les dirigeants sochaliens ont décidé de rénover l'équipe: Trello Abbegglen est reparti en Suisse au Servette, tandis que Lauri regagnait l'Argentine, afin d'échapper au service militaire français. Mais un autreTchécoslovaque a remplacé Bradac: Faczinek l'inter droit du Sparta de Prague, tandis que deux ailiers alsaciens débarquentde Strasbourg (Curt Keller) et e Mulhouse (Korb). Les dirigeant sochaliens avaient même cherché un moment à engager le demi centre de la Squadra Azzura Andreolo; mais les italiens n'ont pas voulu laisser partir leur meneur de jeu. Cette équipe sochalienne va être accablée tout le long de la saison par les pépins et les blessures: mais ses principales rivales ne seront guère mieux loties: l'OM n'a pas pu renforcer sa formation et va être bientôt accaparé par la Coupe qui lui plaît tant, car le RC Paris qui a perdu Dupuis et Delfour (passés au Red Star et à Roubaix) n'a pas retrouvé sa grande équipe malgré l'arrivée des Espagnols Luis Regueiro, du Real, et Ramon Zabalo, de Barcelone. Lille végète, bien que la venue de Darui ait renforcé sa défense. Seuls Strasbourg, Rouen et Sète, avec leurs redoutables buteurs Oskar Rohr, Jean Nicolas et Désiré Koranyi, se montrent menaçants.
Mais Sochaux prend tout de suite un départ en fanfare, écrasant Fives et Rouen (11 buts en 2 matchs) et s'installant d'entrée à la tête de la division I qui a perdu Rennes et Mulhouse, mais récupéré Lens et Valenciennes. Le Racing Club de Paris (4-0) Strasbourg (6-1), Roubaix (3-0), Sète (1-0), Lens (4-0), Valenciennes (6-1), Rouen (3-1), Lille (2-0),
le Red Star (3-1), personne ne peut résister à Roger Courtois et à ses coéquipiers. Quand les titulaires sont blessés ou absents, ce sont les remplaçants qui prennent la situation en mains: si Courtois n'est pas là, c'est un nommé Sarrieux qui marque trois buts contre le Red Star; quand Laurent Di Lorto souffre d'une blessure aux côtes, le jeune
gardien Pretto le fait presque oublier. La défense «tricolore»
est si impressionnante d'efficacité qu'on a donné au trio Di Lorto-Cazenave-Mattler, le nom très imagé et significatif de «Ligne Maginot». Le demi centre hongrois Janos Szabo plane sur cette équipe comme l'aigle sur la vallée. Les deux demis et Lehman abattent un travail de Romains. Le grand Pedro Duhart revient bientôt placer ses dribbles chaloupés et ses feintes de prestidigateur, tandis que le Tchècoslovaque Faczinek marque but sur but, renforçant auprès de Roger Courtois la puissance de feu de l'attaque sochalienne où sont venus s'incorporer également, en cours de saison, deux autres Franco-Uruguayens, Ithurbide et Irrigaray.
Ce Sochaux-là ne va subir que quatre défaites en trente matchs, dont deux face à l'OM, sa bête noire, qui terminera d'ailleurs deuxième à deux points du nouveau champion sacré le 1er mai, grâce à une victoire remportée à Lens (2-0, deux buts de Keller) sans Courtois.
Sochaux 1938, c'est un champion de France au style séduisant et spectaculaire qui a battu et fait battre tous les records de recette sur son passage et qui a pris rang finalement de véritable école, par la finesse et l'élégance de son jeu, par sa recherche technique et même son dilettantisme, savant mélange où la double influence de l'Europe Centrale et de l'Amérique du Sud s'est faite constamment sentir.


Merci beaucoup pour ce beau récit, Fred !

Je me permets de fournir quelques infos complémentaires.

Rebaptisé Pierre, Duhart disputa quelques matchs avec l'équipe de France dans la deuxième moitié des années 30.

Les Suisses Roger Courtois et André Abegglen furent sélectionnés pour la Coupe du monde 1938 mais pas dans la même équipe : le premier le fut sous le maillot de la France (mais ne disputa aucun match), le second le fut sous le maillot de la Suisse et planta 3 buts (en deux matchs) à la prestigieuse équipe allemande (renforcée d'éléments du Wunderteam suite à l'Anschluss) et participa ainsi à son élimination.

Etienne Mattler fut, tout au long des années 30, un solide défenseur de l'équipe de France. Il participa aux Coupes du monde 30, 34 et 38 (capitaine pour cette dernière). En 1930 il joua aux côtés d'Alexandre Villaplane, excellent milieu de terrain dont l'avenir fut pour le moins contrasté. Devenu escroc dans les années 30, il fut sous l'Occupation des sinistres Gestapo française de Bony-Laffont et Légion nord-africaine. Mattler, quant à lui, intégra la Résistance.

Quant à la Dubas, elle fut l'interprète originale de la célèbre chanson "Mon légionnaire".

Voilà qui me donne envie de republier ici quelques-uns de mes textes consacrés au sport des années 30.
Ce message a été modifié.
Réponse de Fred Astaire
le 28/09/2019 à 11:09
Message posté par bobbysanno
Merci beaucoup pour ce beau récit, Fred !

Je me permets de fournir quelques infos complémentaires.

Rebaptisé Pierre, Duhart disputa quelques matchs avec l'équipe de France dans la deuxième moitié des années 30.

Les Suisses Roger Courtois et André Abegglen furent sélectionnés pour la Coupe du monde 1938 mais pas dans la même équipe : le premier le fut sous le maillot de la France (mais ne disputa aucun match), le second le fut sous le maillot de la Suisse et planta 3 buts (en deux matchs) à la prestigieuse équipe allemande (renforcée d'éléments du Wunderteam suite à l'Anschluss) et participa ainsi à son élimination.

Etienne Mattler fut, tout au long des années 30, un solide défenseur de l'équipe de France. Il participa aux Coupes du monde 30, 34 et 38 (capitaine pour cette dernière). En 1930 il joua aux côtés d'Alexandre Villaplane, excellent milieu de terrain dont l'avenir fut pour le moins contrasté. Devenu escroc dans les années 30, il fut sous l'Occupation des sinistres Gestapo française de Bony-Laffont et Légion nord-africaine. Mattler, quant à lui, intégra la Résistance.

Quant à la Dubas, elle fut l'interprète originale de la célèbre chanson "Mon légionnaire".

Voilà qui me donne envie de republier ici quelques-uns de mes textes consacrés au sport des années 30.


Te gênes surtout pas !

Aurait-tu un texte en français sur Arthur Johnson (Real Madrid) ?
Je ne sais plus plus si Yves avait fait un article sur lui, de toutes façons il serait pas encore réédité.

https://thesefootballtimes.co/2019/02/2 … -football/
Réponse de bobbysanno
le 28/09/2019 à 11:43
Message posté par Fred Astaire
Te gênes surtout pas !

Aurait-tu un texte en français sur Arthur Johnson (Real Madrid) ?
Je ne sais plus plus si Yves avait fait un article sur lui, de toutes façons il serait pas encore réédité.

https://thesefootballtimes.co/2019/02/2 … -football/


Pas du tout ! J'ai d'ailleurs découvert Arthur Johnson il n'y a pas longtemps (peut-être grâce à toi). Je ne connais pas bien ces années-là.
Réponse de Fred Astaire
le 29/09/2019 à 14:39
JOSE ARRIBAS, RAMON MULLER ET JACKY SIMON

José Arribas, lui-même néophyte au niveau de l'élite, choisit un style collectif, rationnel et offensif. Il est aidé en cela par la présence de Ramon Muller, un extraordinaire distilleur de ballons dont la vision instantanée de la passe à faire est prodigieuse; et par l'éclosion incroyable d'un jeune Normand nommé Jacky Simon qui marque les buts les plus décisifs au point d'être sacré le meilleur buteur du championnat avec 24 buts. Simon n'a pas la morphologie d'un destructeur de défenses mais il possède au plus haut point le sens du but et l'art d'appeler le ballon. Il est le prototype parfait du buteur nouvelle vague, rapide, bon technicien, intelligent et adroit.
José Arribas porte ce jugement sur lui: « j'ai l'impression que Jacky a fait une saison exceptionnelle et qu'il se retrouvera difficilement dans un tel état d'euphorie et de réussite. Il va progresser encore en maturité de jeu, en autorité sur le terrain, en dosage de ses efforts, oui, il va progresser, même s'il n'a plus la même réussite. Il finira par devenir sinon un Piantoni, du moins un garçon approchant avec des qualités différentes.

«Sa qualité essentielle: les avoir toutes. En plus d'une résistance physique phénoménale qui lui permet de s'entraîner tous les jours et de disputer deux matchs par semaine sans en souffrir, il recupère très rapidement car ses qualités physiologiques sont exceptionnelles (46 pulsations minute, et moins de 6 litres au spiromètre). Jackie a besoin de ne pas être nerveux; avant un match, j'aime beaucoup le voir plaisanter car cela démontre qu'il est en bon état de décontraction et prêt à exploser. Il a besoin de se relâcher.
«Il est difficile sans doute à situer au point de vue caractère car il n'est pas encore assez maître de ses réactions. Il n'est pas suffisamment mûr, mais il est vrai qu'il n'a que 23 ans et il n'est pas encore assez solide pour résister à la gloire qui lui est tombée sur la tête depuis un an. Cependant, il s'en est fort bien tiré et c'est ce qui laisse supposer une stabilisation très prochaine et du même coup, pour l'homme et pour le joueur, un avenir très prometteur».

Le FC Nantes fait une grosse impression sur les foules. Il a un petit côté fleur bleue qui le rend sympathique et fragile. On l'aime pour son panache, ses buts et sa couleur. Et on interroge Arribas pour savoir comment il en est arrivé là: «Avec des amateurs, à Noyeux, j'avais déjà essayé il y a dix ans d'adopter un système souple de 4-2-4 qui renforçait la défense centrale et donnait à chacun la possibilité de mieux s'exprimer. J'ai fait de même à Nantes et notre organisation de jeu s'est polie avec le temps. Il ne faudrait pas croire pourtant que tout est prévu dans notre équipe et que tout y est immuable».

FOOTBALL NANTAIS EN LIBERTE

«Je veux éviter que les automatismes deviennent trop fréquents et trop machinaux, parce que nous risquerions alors de tomber dans un jeu monocorde. Le cheminement de mon idée a été logique: d'abord un souci défensif, ensuite lorsque les arrières furent assurés, une prise de conscience offensive. Mais avant tout, pour chaque joueur, la possibilité de s'exprimer totalement sur le terrain, le moyen de trouver constamment autour de lui les conditions de jeu qui lui conviennent. Pour cela il faut qu'il ait des partenaires toujours regroupés autour de lui. Mon idée maîtresse qui s'est introduite petit a petit au fil des progrès, c'est que les joueurs devaient bénéficier d'un certain bien-être pour s'exprimer totalement. De même l'artiste a besoin souvent d'un cadre agréable pour trouver la bonne inspiration. Dans notre équipe, c'est pareil. Pour qu'un joueur puisse créer et improviser, il faut le placer dans les meilleures conditions de jeu collectif.
«Je pense que le Français a besoin de cette liberté d'esprit, d'expression, d'action. Je crois d'ailleurs que l'équipe nantaise est une de celles qui s'apparentent le mieux à l'esprit français. Il est curieux de constater par coïncidence sans doute, que Budzinski et Siatka (d'origine polonaise), Ramon Muller (d'origine argentine)sont les trois joueurs qui, tout en nous rendant les plus grands services, rentrent le moins bien dans notre jeu, et s'éloignent le plus de notre idée maîtresse. C'est dans l'imagination, l'esprit d'initiative, la variété du 4-2-4, que nous avons trouvé une méthode nous convenant très bien.
Je pense que les progrès rapides accomplis par nos nos joueurs sont à mettre sur le compte de notre système de jeu. Chacun d'entre eux a pu se libérer d'une certaine façon de jouer qui les bridait quelque peu».

Cet aspect tactique est important dans la prise de pouvoir du FC Nantes en 1965. En effet, les techniciens français ont tâtonné pour définir quel était le meilleur système dans notre pays. Et ils se sont partagés en deux camps: les «réalistes» comme le Lyonnais Jasseron, vainqueur de la Coupe un an plus tôt mais qui, en perdant Combin, a perdu le moteur de son système; et les rationalistes, comme Arribas, qui considèrent que le footballeur français n'est ni un physique comme l'anglais, ni un jaillissant comme le latin, ni un guerrier comme l'allemand.

Jacques Thibert et Jean-Philippe Réthacker
" La fabuleuse histoire du football "
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