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Faut-il créer un Boxing Day français ?

Flop relatif en Italie, où il avait été instauré cette saison, l'expérience du Boxing Day transalpin a tourné court, alors que la Lega Serie A a annoncé cette semaine la reprise de la classique trêve hivernale dès le prochain exercice. Reste encore à savoir si cette tradition footballistique anglaise peut s'exporter favorablement ailleurs, alors que la mise en place d'un Boxing Day à la française, auquel semble favorable le syndicat Première Ligue, pose aujourd'hui question.

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En matière d'image, la séquence avait été désastreuse. En cette fin d'année 2018, la Serie A s'essayait à l'exercice du Boxing Day, et le match Inter-Napoli, disputé le 26 décembre, devait constituer le clou d'une formule spectacle chipée à l'Angleterre et sa Premier League. Bilan de l'opération ? Kalidou Koulibaly est victime d'insultes racistes révoltantes pendant la rencontre, et un ultra de l'Inter, Daniele Belardinelli, décède avant le match. Pour ne rien arranger, les stades italiens ne se remplissent plus globalement qu'à moitié lors de cette séquence de trois matchs jouée fin décembre. De quoi inciter la Lega Serie A à mettre fin à l'expérience la saison prochaine.

Le semi-échec italien


Pas de quoi décourager certains dirigeants de Ligue 1, qui, à l'image du président du syndicat Première Ligue et de Saint-Étienne Bernard Caïazzo, soulevaient fin janvier dernier l'idée d'un Boxing Day à la française. Avant de s'épancher sur le concept, il s'agirait d'abord de regarder ce qu'ont fait les voisins. Et notamment d'établir le bilan du dernier Boxing Day italien qui, exception faite de son lot regrettable de scandales et de drames, ne relève pas non plus du bide total d'un point de vue purement comptable : côté stades, on tournait autour de 25 000 spectateurs de moyenne lors des 17e, 18e et 19e journées, toutes disputées fin décembre. Des chiffres standards : avant le Boxing Day, les stades de Serie A avaient rassemblé autour de 25 500 spectateurs de moyenne cette saison. Signe que les fêtes n'ont pas franchement contribué à ramener plus de monde dans les enceintes sportives.


La réussite du Boxing Day version transalpine réside plutôt dans les audiences télévisuelles qu'il a engendrées : Sky s'en est notamment mis plein la panse, alors que la chaîne italienne, détentrice des droits de la Serie A, aurait rassemblé 5 millions de spectateurs en moyenne cumulée pour les matchs de la 18e journée. À lui seul, le match Inter-Napoli aurait même engendré des pics d'audience dépassant les 2,2 millions de téléspectateurs, soit l'équivalent de presque 9,37% des parts de marché de la TV italienne.

French Boxing Day


Insuffisant, néanmoins, pour pousser la Lega Serie A à prolonger l'expérience. Le caractère événementiel du Boxing Day ne fait par ailleurs pas que cogiter en Italie, alors que l'idée d'un Boxing Day hexagonal fait son bout de chemin depuis plusieurs années. Bernard Caïazzo a remis la chose sur la table fin janvier dernier, en soufflant l'idée d'un « Boxing Day à la française » . Comprendre : avec un calendrier différent de celui de nos voisins d'outre-Manche. « Faire un Boxing Day comme les Anglais ou les Italiens, je suis contre, pose Caïazzo. Un Boxing Day à la française, en revanche, oui, mais à condition qu'on laisse deux semaines de vacances aux joueurs à partir du 31 décembre, par exemple. »


Et après les fêtes ? Les équipes de Ligue 1 reprendraient piano piano, en disputant des rencontres de coupes nationales. Soit des échéances moins cruciales pour les clubs que le championnat, alors que certaines formations de Ligue 1 pourraient éventuellement se permettre de mettre quelques cadres au frigo. «  On pourrait disputer les coupes en janvier, avant que le championnat ne redémarre début février. De plus, un mois de janvier allégé permettrait aux grosses écuries françaises de souffler physiquement, avant la reprise des matchs de Coupe d'Europe, en février » , déroule Bernard Caïazzo. Parmi les autres pistes de réflexion du syndicat Première Ligue, Caïazzo évoquait aussi dernièrement « une éventuelle suppression de la Coupe de la Ligue » afin d'alléger un calendrier que les joueurs professionnels décrivent comme surchargé.

Le veto de l’UNFP


Le calendrier, justement, est évidemment au cœur du schmilblick. Inutile de dire que les joueurs, représentés par leur syndicat, l'UNFP, voient d'un très mauvais œil l'arrivée d'une pratique qui saccagerait leurs fêtes de fin d'année. Pas question de se mettre aussi à jouer lors d'une période où « on est particulièrement soumis au froid, aux intempéries, à la neige » , explique le président de l'UNFP Philippe Piat. Et quand il s’agit de répondre à ceux qui expliquent que la mise en place d’un Boxing Day engendrerait des affluences au stade et des audiences TV supérieures, l'UNFP préfère citer une solution alternative, qu'elle estime plus efficace : faire commencer la Ligue 1 fin juillet, plutôt que début août. « Faisons une expérience, reprend Piat. Faisons 2-3 matchs fin juillet et regardons ce que ça donne. Je parie que, pour un match le 25 juillet, on ramènera significativement plus de spectateurs que pour une rencontre le 25 décembre. »


Un scénario qui ne convient malheureusement pas aux clubs de Ligue 1 : « C'est une alternative qu'on a proposée au conseil d'administration de la Ligue, mais les clubs y sont majoritaires. Ils sont opposés à cette idée, car certains d’entre eux effectuent des tournées sponsorisées à cette période de l’année » , déroule Piat. « Sauf que si on jouait fin juillet, notre calendrier serait en décalage avec ceux des autres championnats, rétorque Caïazzo. Et notre mercato aussi, car, grosso modo, le mercato se termine quand le championnat commence. D'autant plus que si on commence le championnat très tôt, les joueurs seront encore plus crevés lorsqu'il s'agira de jouer les premiers matchs européens de la saison. » Difficile, dès lors, de trancher sur le bien-fondé ou non d'un Boxing Day made in France. Même si le récent échec de l'Italie pour copier la formule anglaise pourrait bien contribuer à refroidir la Ligue, au moins pour les années à venir.

Par Adrien Candau Propos de Bernard Caïazzo et Philippe Piat recueillis par AC
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