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Fatale Foudre

Un soir d'octobre 1998, sur un terrain détrempé de Kinshasa, la foudre frappe 22 joueurs lors d'une rencontre de championnat congolais. Tous, sur le terrain, meurent sur le coup. Tous ? Pas tout à fait. Tandis qu'une équipe est décimée, l'autre, inexplicablement, est entièrement sauve. Une histoire où les enquêteurs concluent à l'époque en premier lieu à « un acte de sorcellerie » d'une partie des supporters…

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Ce jour-là, personne ne s'y attendait. Pas comme ça. Pas là-bas. Pas en short et en crampons, le protège-tibias vissé aux guiboles et le torse encore humide. Lorsque l'on se représente sa mort, c'est souvent glauque, parfois drôle et généralement faux. Si elle peut apparaître classique, un bouquet d'acanthe ou de chrysanthème entre les doigts, les proches au chevet et la lumière tamisée, la Faucheuse peut parfois se montrer moins subtile, et organiser la chose sur une pelouse de football. Mais comme ça ? C'est du jamais-vu. En ce soir du samedi 27 octobre 1998, un orage alerte pourtant ses victimes dans le ciel congolais. La foudre, invitée surprise, frappe à plusieurs reprises sur Kinshasa, la capitale. Sur son chemin : la petite équipe du village de Bena Tshadi, qui, le menton relevé et les yeux scrutant les nuages avec inquiétude, fait lentement tourner le ballon face à ses opposants du soir. Un coup de tonnerre, et c'est le coup de massue : les onze titulaires sont tués sur le coup. Leurs adversaires de Basangana, pantois et éparpillés au milieu des lignes de corps, sont sains et saufs. Comme si le ciel avait choisi ses victimes.

« En Afrique, on dit qu'il n'y a pas de mort naturelle  »


C'est le quotidien L'Avenir, dont les bureaux sont situés à Kinshasa qui, le premier, relaie la folle dépêche d'Associated Press dans son édition du lundi : « La foudre a tué onze joueurs d'une même équipe de soccer lors d'un match disputé le week-end dernier à Bena Tashadi, village de la province du Kasai oriental, dans le Sud-centre de la République démocratique du Congo. Une trentaine de personnes qui assistaient à la partie ont également été blessées, mais leur vie n'était pas en danger. Les enquêteurs locaux ont imputé l'éclair à l'origine de cet incident rarissime à un acte de sorcellerie, aucun des joueurs de l'équipe visiteuse de Basangana, un village voisin, n'ayant été frappé. Les deux équipes en étaient à 1-1 lorsque la foudre a interrompu ce match de championnat régional, disputé en plein orage. » Dingue. Même la police s'y perd, et impute le coup de sort à un excès de zèle dans une manipulation vaudou. Pour ne rien aider, sur place, la population prend la rumeur très au sérieux.

Pour Antoine Glaser, spécialiste de la Françafrique et auteur de AfricaFrance aux éditions Fayard, le phénomène « n'a rien de surprenant » : « On dit toujours qu'en Afrique, il n'y a pas de "mort naturelle". Quand quelque chose va mal ou que quelqu'un meurt, c'est toujours à l'origine d'une personne tierce. De même, quand les enfants commencent à jouer dans des petits clubs de foot, on les emmène avant les matchs voir des marabouts : ils vont avoir sur eux des petits fétiches, peut-être un grigri, une mèche de cheveux… De fait, la majorité des Africains cultive un fond d'animisme. Le grand-père de la famille peut être enterré debout dans le jardin, un descendant va discuter avec lui parce qu'il a une décision importante à prendre, et, si en se relevant, il voit une branche d'arbre qui bouge, il va penser que c'est le grand-père qui lui a fait un signe. » Et de conclure, taquin : « En fait, globalement, rien n'est naturel. »

La mort s'est jouée à une paire de crampons


À Kinshasa, l'enquête piétine. Difficile à l'époque de faire la lumière sur ce coup d'éclair dévastateur alors que la guerre civile fait rage entre le gouvernement de Laurent Kabila et les forces rebelles, soutenues à l'est par le Rwanda. La deuxième guerre du Congo bloque les réseaux de communication, et, question de proportion, 5,5 autres millions de morts sont à pleurer. Difficile également aujourd'hui de consulter les archives du journal L'Avenir : « Il faut payer 100 dollars » , indique un journaliste sur place, qui glisse au passage que « si vous allez voir un match à Mazembe, vous verrez souvent le public avec des féticheurs. Quand l'équipe ne parvient pas à marquer, ils viennent libérer les buts en cassant des œufs derrière les poteaux, avec des bouts de papiers ou en faisant des incantations. » Mais comme dans la plupart des histoires de fantômes, il suffit parfois au curieux de soulever un coin de drap blanc pour découvrir le pot aux roses. Ce soir-là, pas d'incantations, pas d'appels aux enfers ou de rites vaudous : c'est presque sûr, la mort s'est jouée à une paire de crampons.

Sur une pelouse détrempée, les visiteurs de Basangana décident en cette soirée de 1998 de porter des crampons moulés en plastique. Question d'adhérence, peut-être, mais de moyens, surtout. Côté domicile, le onze titulaire de Bena Tashadi chausse des crampons vissés métalliques qui s'enfoncent dans l'herbe molle. Surtout, il tombe des cordes. En pleine Afrique des forêts, les joueurs courent, taclent, trempent leurs semelles. Le début de la fin : « Une personne qui porte des crampons métalliques fonctionne un peu comme un paratonnerre » , explique Alain Rousseau, président du comité scientifique de l'Association Protection Foudre. Sûrement, le fantôme perd de son mystère. Mais une simple question scientifique de conduction du courant ? Pas si sûr. Au téléphone, Alain Rousseau se prend au jeu, et expose sa théorie. La troisième. Celle qui bouscule tout.

Des éclairs… et pas mal de vent


« Avec la foudre, il y a deux phénomènes possibles : vous la prenez sur vous, de haut en bas, et vous mourrez. Dans ce cas, les personnes dans un rayon de trois mètres autour de vous peuvent éventuellement mourir d'un effet de désamorçage. C'est par exemple le cas lorsque la foudre tombe sur un arbre, dans un bateau, ou même au cœur d'une mêlée dans un match de rugby. Mais c'est la deuxième explication qui correspond à ce match de foot : lorsque la foudre frappe au sol. Le courant se propage, et plus l'espace entre vos deux pieds est important, plus la différence de potentiel est importante. C'est un phénomène qui peut faire tomber beaucoup de personnes, provoquer une tétanie musculaire. » En conséquence, dans ce type de situation, ce sont souvent les gardiens, jambes serrées, et les spectateurs isolés qui s'en sortent le mieux, au contraire des galopants du milieu de terrain. « Mais ceci étant dit, on ne meurt pas parce que le courant passe par les jambes. On meurt parce qu'il passe par le cœur. » Alors, si un coup de tonnerre au sol ne peut tout au plus qu'assommer, et que la foudre n'a pu se propager de joueurs en joueurs, tous dispersés sur la pelouse à ce moment-là, qu'a-t-il bien pu réellement se passer ?

Pour notre spécialiste, la solution est claire. Limpide, comme une clean-sheet de Robert Kidiaba en Coupe d'Afrique des nations : dans l'histoire, ce ne sont pas les explications qui sont fantômes. C'est l'histoire elle-même. « Toute l'équipe qui meurt ? Ça me paraît très surprenant… voire impossible. Aujourd'hui, je ne peux pas expliquer ce phénomène avec la physique. Dans le monde entier, ce n'est jamais arrivé ! Pour moi, il y a eu exagération des médias. » Le contexte de guerre n'aidant en rien, c'est un flou absolu qui entoure ce récit lancé par les médias locaux. Du vent fondé sur une dépêche écrite à la hâte ? Une histoire de crampons mortels ? Ou bien un rite vaudou sournoisement efficace ? Rares sont ceux qui savent réellement, à condition encore que le match ait bien été joué. À se demander si la version sorcellaire n'est finalement pas celle du consensus. La plus folle, d'un point de vue européen, et donc la plus belle. Après tout, « globalement, rien n'est jamais naturel » en Afrique…

Par Théo Denmat
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