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Lyon, la chasse au gros

Cinq jours après son exploit contre Manchester City, Lyon retrouve ce soir le stade José-Alvalade de Lisbonne pour disputer une demi-finale de Ligue des champions avec l'envie de perpétuer sa tradition européenne. Pour cela, il faudra résister au Bayern Munich, une machine de guerre qui s'impose comme l'inévitable favori de la compétition. Le jeu en vaut la chandelle.


Dans les dernières longueurs d'une saison interminable et chamboulée comme jamais, l'Olympique lyonnais a la possibilité d'écrire l'une des plus belles pages de son histoire. Une perspective improbable il y a encore quelques semaines, quand l'OL faisait essentiellement parler de lui pour les jérémiades incessantes de Jean-Michel Aulas. À l'époque, Lyon s'était retrouvé à la place du con et devait difficilement accepter d'avoir raté la saison qui devait marquer le début d'une nouvelle ère. Près de quatre mois plus tard, le vent a tourné, et le président lyonnais est persuadé que « l'injustice » subie au printemps a conditionné ses joueurs pour se faire une place dans le dernier carré de cette Ligue des champions au format aussi inédit qu'excitant.


Une compétition que les Gones auraient pu quitter en décembre dernier, un soir de match couperet face au RB Leipzig au Groupama Stadium. Un soir où l'OL avait dû remonter deux buts après la pause (2-2), arrachant sa qualification grâce à Memphis Depay, cinq jours avant la grave blessure du taulier néerlandais. Depuis, Lyon s'est offert le scalp de la Juventus de Cristiano Ronaldo et du Manchester City de Pep Guardiola, deux favoris à la victoire finale. « On a une équipe de talent, assurait JMA samedi soir. Au-delà du talent, il faut avoir un peu de réussite, il faut le reconnaître. C'est pour ça qu'il faut rester humble, et savourer ce moment de joie et de sérénité. » L'euphorie est déjà passée, l'heure est venue pour l'OL d'ajouter le Bayern Munich à son tableau de chasse.

À Lyon, un ADN européen

Dix ans après sa dernière demi-finale de C1, la seule de son histoire, Lyon va donc retrouver son bourreau de l'époque. De cette double confrontation facilement remportée par le Bayern (1-0, 3-0), il ne reste plus grand-chose, si ce n'est le fantôme d'Ivica Olić. Les deux clubs ont vécu, mais une chose n'a pas changé au sein du club rhodanien : l'appétence pour les grands rendez-vous. « Je sais de quoi ils sont capables, a prévenu Corentin Tolisso, ramasseur de balles à Gerland en 2010 et désormais milieu de terrain chez le Rekordmeister, en conférence de presse lundi. Ils répondent toujours présents dans les gros matchs. Après, éliminer la Juventus puis Manchester City, c'est vrai que c'était compliqué à imaginer. » Peu importe les entraîneurs, les joueurs ou les enceintes, les Gones aiment répondre présents lors des grandes soirées européennes.


Lyon n'a plus besoin de se faire un nom dans la cour des très grands, Juninho et compagnie s'en occupaient dans les années 2000 au moment de croiser la route du Real Madrid et d'autres cadors. L'équipe d'aujourd'hui n'est pas de la même trempe, mais elle s'est parfaitement imprégnée de cette histoire récente. Au-delà des scènes de joie sur la pelouse du stade José-Alvalade de Lisbonne, samedi soir, il y avait les discours des uns et des autres. « Il ne faut pas s'arrêter en si bon chemin, expliquait Rudi Garcia. On n'est qu'en demi-finales, il nous reste des étapes à franchir. » Cornet : « Nous savons qu'il y a encore de grandes choses devant nous, avec deux grands matchs à venir si nous allons jusqu'au bout. » Anthony Lopes, aussi : « On a encore le droit de rêver. » La confirmation que cet OL n'est pas rassasié.

Enrayer la machine bavaroise

Sauf que cette fois, la bande à Garcia ne devrait pas se retrouver en face d'une équipe en panne d'inspiration ou d'un entraîneur dogmatique à souhait. Non, en face, il y aura le Bayern Munich, une machine de guerre relancée à l'automne par Hansi Flick, et qui écrase absolument tout sur son passage depuis le début de l'année 2020 (22 matchs, 21 victoires). Et surtout, qui s'est définitivement étiqueté le statut de favori après sa démonstration contre le Barça (8-2), la semaine dernière. « Certains nous voient comme tel, c'est vrai, assume Tolisso. Ça reste dans nos têtes et ça nous donne encore plus envie de montrer que les gens ont raison. Ça ne nous met pas de frein, au contraire. Chacun sait de quoi il est capable et il y a beaucoup de détermination. »



Et aussi de la confiance, sans excès, dans les rangs d'une équipe qui s'attendait plutôt à affronter Manchester City à ce stade du tournoi. « Je ne dirais pas que nous étions heureux, mais nous avons tous été surpris par ce résultat, a développé l'expérimenté Jérôme Boateng face aux médias. Il faut dire que Lyon est une équipe très disciplinée et ce sera difficile pour nous. » Si la presse allemande a déjà annoncé que le Bayern allait « démolir » l'OL, il ne fallait pas compter sur les gars bavarois pour faire les fanfarons. Reste une ribambelle d'interrogations du côté de Lyon. Comment stopper ce rouleau-compresseur ? Comment éteindre Thomas Müller ? Comment ne pas craquer face à Robert Lewandowski ? Pour y répondre, Garcia peut compter sur une grosse certitude : son système en 3-5-2 a fait ses preuves et peut encore fonctionner contre l'ogre bavarois. « Il ne faut pas s'arrêter aux stats du Bayern, a jugé Garcia à la veille du choc. On est capable de bien conserver le ballon et d'avoir des attitudes défensives et offensives de qualité. On est capable de poser des problèmes à toutes les équipes. » Il faudra sûrement tout ça pour emmener l'OL vers une première finale de Ligue des champions, dont l'affiche pourrait être la même que celle de la dernière Coupe de la Ligue, et surtout pour écrire une fin heureuse à cette saison pas comme les autres.



Par Clément Gavard
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