Une caméraUne caméra qui illustre les papiers contenant une vidéo PhylactèrePictogramme représentant un phylactère (bulle utilisée dans les bandes déssinées) servant à illsutrer les commentaires envoyés par les lecteursTrophéePictogramme représentant un trophée. Ce picto illustre la section résultats / classement de SOFOOT.com Logo FacebookIcone facebook faisant le lien avec la page Facebook de notre siteFlècheUne flèche servant à la navigation. Le sens de la flèche change en fonction du contexte où elle est utiliséeLogo Google +Lien vers notre page Google+Icone "Hamburger"Icone composé de trois lignes noires horizontales identiques, les unes au dessus des autres, servant à illustrer la notion de "menu".Logo, InstagramPetit appareil photo servant à lier vers notre page InstagramPouce vers le hautPictogramme représentant une main fermée en poing avec le pouce dressé vers le haut. Illustration de la notion de "like" des réseaux sociauxMoinsLe signe mathématique "moins" Appareil photoUn appareil photo qsui illustre les articles avec photoPlusLe signe mathématique "plus" LoupePictogramme représentant une loupe, illsutrant la notion de "recherche" sur le site.Répondre àUne flèche arrondie, pointant vers la gauche et servant à évoquer la réponse à un commentaireEtoileEtoile à 5 branches, illustrant la notion de "mise en favoris"Logo twitterPetit oiseau illustrant le lien vers notre compte Twitter
MATCHS 7 Résultats Classements Options
  1. // Coupe du monde 2014
  2. // Le peuple de l'herbe
  3. // Billet d'humeur

Être Luis Suárez

S'il fallait un jour devenir quelqu'un d'autre, on n'aurait pas le choix. On serait bien obligé de devenir Luis Suárez. Mais pas à n'importe quel moment. Être Luis Suárez lors d'une Coupe du monde au Brésil avec l'Uruguay contre l'Angleterre.

Modififié
Il y a des joueurs dont le potentiel métaphorique est indépassable. Il est impossible de ne pas deviner dans leurs démarches, leurs célébrations, leurs cris de joie ou leurs yeux humides un peu de nos existences soumises aux caprices du destin et bien habituées aux contraintes de la vie en société. Depuis que nous avons l'âge d'aller à l'école, on nous a appris à être civilisés. Les heures passées à corriger nos travers d'enfants sauvages ont dessiné, peu à peu, l'être normal et policé qui dit aujourd'hui bonjour quand on lui parle, sert la main quand on lui demande et retient sa haine au lieu de mordre quand on le blesse. Grâce à l'éducation des peuples, personne ne se mettra jamais à genoux au milieu d'une salle de réunion, ne pointera les mains au ciel, ni ne braillera quelques prières en espagnol pour remercier des ancêtres magiques à la moindre émotion ressentie.

À nos supporters imaginaires

Personne ne déboulera jamais dans les couloirs tête baissée et bras ouverts, n'haranguera jamais un open-space devenu hystérique avec nous, quand on nous annoncera que notre demande de mutation a enfin été acceptée, qu'après des mois d'attente on avait enfin reçu notre carte de presse ou qu'au bout de la patience et du sacrifice, justice avait été rendue, et qu'on accédait enfin au prestigieux statut d'intermittent du spectacle. Dans nos vies normales, on nous a appris à célébrer nos joies en privé. Si l'on s'est créé quelques gestes rituels destinés à ces supporters imaginaires qui nous accompagnent partout où l'on va depuis notre naissance, c'est pour nous sentir un peu moins seuls quand une émotion violente nous prend la gorge et qu'on aimerait la partager au milieu d'un stade uruguayen criant notre nom. En vrai, le seul moment de notre existence où on a le droit de courir partout, d'embrasser notre pote et la femme de notre pote, d'écraser une larme de joie pour un motif dérisoire, c'est quand on vibre vraiment et qu'on est transporté par l'extase d'un but qui donne la victoire finale à quelques minutes de la fin. Heureusement qu'il y a le football, heureusement qu'il y a Luis Suárez.

L'homme à la tête de loup

La simple évocation d'un Angleterre-Uruguay (ou d'un Angleterre-Argentine, ou d'un Angleterre-Chili) dévoile déjà des trésors de mythologies footballistiques. L'Angleterre c'est un peu les États-Unis du foot, il y a toujours une bonne raison de leur en vouloir. Mais quand Muslera tape un ballon en demi-volée comme le font tous les gardiens de l'autre hémisphère pour dégager un ballon rasant, et que le cuir ricoche sur la tête du capitaine de Liverpool pour se glisser ensuite dans la profondeur de l'attaquant uruguayen à la tête de loup, Luis Suárez, on se dit qu'il y a encore une justice. Cette déviation était si parfaite qu'elle eût mérité que son auteur en fut el Matador Cavani. Pourtant, ce fut bien Steven Gerrard le coupable de cette passe décisive contre son camp. Suárez - hors-jeu selon certains - n'eut qu'à contrôler légèrement ce ballon pour le placer dans l'axe de tir et mettre en joue. L'angle était fermé, Cahill était à ses trousses, mais son visage était calme et ses gestes de béquillard appliqué étaient parfaitement coordonnés. Garder son calme, respirer un coup, se planter au milieu d'une surface et placer un ballon au seul endroit de vide possible (entre l'épaule et la tête du gardien) sans que nos mains ne deviennent moites, sans que notre cœur ne s'emballe. Du pied droit, Luis Suárez exécuta Joe Hart sans une seule seconde de pitié.


Spectateur de lui-même

Et alors son expression de bandit de grand chemin se changea en celle d'un chérubin bouleversé qui n'en revenait pas de ses propres facéties. La mâchoire grande ouverte, il embrassa rituellement son poignet, puis son pouce, puis son index, puis son majeur, ouvrit les bras, fit signe à quelqu'un au fond de la tribune et s'effondra enfin face contre terre comme s'il avait souhaité mourir ici, maintenant, devant les siens, juste après un doublé qui donnerait la victoire à son pays. Ce qu'il y a de bouleversant et peut-être parfois même d'insupportable, c'est le génie qu'a Suárez de célébrer ses deux buts comme s'ils n'étaient pas les siens, comme s'il était lui aussi installé dans les tribunes et qu'il venait de voir son attaquant offrir à son pays une de ses plus belles joies. Quand, à la fin du match, il fut remplacé (et dire qu'il n'était qu'à 50%...), il prit un à un ses coéquipiers par la tête, s'agrippa à eux comme on s'accroche à sa peluche avant de s'endormir quand on a 3 ou 4 ans, et les serra contre lui. Le reporter qui s'approcha de Luis confirma ce qu'on avait deviné : « Luis, tu nous avais dit que tu avais rêvé de ce moment-là ? Tu l'avais dit à tes coéquipiers, n'est-ce pas ... » Et Suárez craqua de nouveau. Dans une espèce de vagissement de nouveau-né, il confirma : « Siiii, lo soñé...(sanglot)... lo soñééé » ( «  oui, je l'ai rêvé, je l'ai rêvé » ). Cet homme dont le métier consistait à marquer des buts et à affronter chaque semaine une foule de 50 000 personnes (sans compter les millions d'yeux impudiques guettant le moindre de ses gestes) était encore ému par un ballon qui était rentré dans des filets, par des bonheurs qu'on imaginait dans le secret de nos nuits et qui, peu de temps après, se réalisaient comme par magie. Avoir le droit d'être content, pouvoir hurler un bon coup, savoir pleurer pour rien, réaliser son rêve, qualifier son pays. Être Luis Suárez, encore une fois.

Par Thibaud Leplat
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié



il y a 5 heures Il marque après 729 jours de disette 30
il y a 7 heures La troisième Coupe d'Europe officialisée en décembre 55

Le Kiosque SO PRESS

il y a 9 heures Carrasco offre 10 000 euros à un coéquipier qu'il a envoyé à l'hôpital 14
Partenaires
Un autre t-shirt de foot est possible MAILLOTS FOOT VINTAGE Gérez comme un pro votre équipe de sport amateur Olive & Tom Tsugi
il y a 13 heures Mediapro ne revendra pas ses droits 40 il y a 14 heures Rivelino dézingue le jeu de l'équipe de France 166 il y a 14 heures Football Leaks : pour Agnelli et Čeferin, c'est une « fiction » 23