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Et au milieu coule Jean-Pierre Rivère

S’il lui est arrivé à de multiples reprises de monter au créneau pour dénoncer les agissements de ses supporters, quitte à déposer plainte parfois, Jean-Pierre Rivère a eu faux sur toute la ligne ce dimanche face à l’OM. Prêt à reprendre le match, confiant face à ses supporters, repoussant le naufrage de la soirée sur les Olympiens, le président niçois a voulu jouer le dernier rempart face à l’indéfendable. Gênant.

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L’éternel recommencement de l’histoire s’applique aussi à Nice, mais les dérapages sont plus ou moins contrôlés en fonction de l’époque. Prenez Jean-Pierre Rivère par exemple. Quand le président du Gym s’est installé en conférence de presse ce dimanche soir à minuit après plus d’une heure d’incertitude et de chaos sur la pelouse de l’Allianz Riviera, le placard à archives s’est ouvert et a envoyé dans le magnétoscope – si tant est que le dirigeant niçois en ait un – une cassette un brin recouverte de poussière. Un petit tour dans la DeLorean et l’on retrouve Jean-Pierre Rivère face aux même micros des journalistes, le 24 octobre 2014. Une semaine plus tôt, des énergumènes de la Populaire Sud sont descendus sur la pelouse de l’Allianz pour tenter d’en découdre avec Jean-Louis Leca, alors à Bastia, venu les haranguer avec un drapeau corse à l’issue du derby. Après les pralines, y compris par des agents de sécurité privés, Rivère martèle : « Chacun doit assumer ses responsabilités. On n’accepte pas de violence dans nos stades. Dans notre Populaire Sud, il y a 6000 personnes, il y a quelques perturbateurs dedans, il faut que ces perturbateurs comprennent que nous n’acceptons pas ça et qu’un jour, tout sera pacifié. Nous avons demandé à la Ligue de nous aider sur certains points, on n’est pas des victimes, mais ça fait longtemps qu’on alerte sur certains sujets. Chaque fois qu’il se passe quelque chose, on agit après. On souhaite être entendu pour sécuriser notre stade. Il faut faire un investissement qui empêche d’envahir les terrains. Nous sommes transparents, on dit toujours la même chose. » Vraiment ? Même Pinocchio n’a jamais eu son nez aussi long. Au Figaro, toujours après Nice-Bastia de 2014, Rivère jurait que « les envahissements de terrain sont devenus assez rares » et pointait là aussi la configuration de l’Allianz Riviera, « un stade entièrement ouvert, sans grillage. C’est compliqué de gérer ce type de débordement » .

De la trempe de Cersei Lannister


Sept ans plus tard, le boomerang lui est revenu en pleine face. Quelques secondes ont suffi aux insurgés de la Populaire Sud pour descendre sur la pelouse et se croire sur un ring de boxe où l’unique objectif était d’aller coller une beigne aux Marseillais. Trois Olympiens sont touchés, Luan Peres, Dimitri Payet et Matteo Guendouzi, la rencontre est interrompue, et Jean-Pierre Rivère, histoire de calmer les esprits, s’en va checker des gars de la tribune concernée par les jets de bouteille. Pire, là où il avait décidé de déposer plainte contre quatre supporters après Bastia en 2014, Rivère sort le bouclier pour protéger son kop. Telle Cersei Lannister prête à tout pour défendre les siens dans Game of Thrones, le président niçois inculpe dans un procès express les Marseillais. « Ce qui a mis le feu aux poudres, c'est la réaction de deux joueurs marseillais qui ont rejeté ces bouteilles et d'autres bouteilles sur la tribune de nos supporters. » Mieux, il était prêt à disputer le dernier quart d’heure comme si l’envahissement de terrain n’avait été qu’un vulgaire entracte d’une pièce de théâtre. Argument ultime d’un président soit dans le déni, soit dépassé, surtout flippant face à la scène qui vient de se dérouler, il assure avoir la garantie des supporters de reprendre. « Je leur ai dit "Garantissez-moi qu’il n’y aura pas de problèmes." Ils l’ont garanti deux fois. » Du La Fontaine dans le texte ce Jean-Pierre Rivère. Deux précautions valent mieux qu’une selon le poète. Sauf que le chevreau, ici le dirigeant, s’est pris les pieds dans le tapis. Surtout pour ne pas se mettre à dos une Populaire Sud qui avait hurlé à sa démission en 2014. On aurait aussi pu s’attarder sur cet envahissement de terrain « contrôlé » dixit le boss azuréen et l’absence de protection anti-intrusion comme n’étant « pas de notre ressort » et que de toute manière, « on voit ça un peu partout » . C’est peu dire qu’il s’est noyé dans une piscine olympique de honte et que de tels agissements, après un an et demi sans stade plein, un an et demi à se vautrer sur son canapé au lieu de gueuler dans les gradins, méritaient l’indignation et pas la complaisance. Un dernier coup d’œil dans le rétro, Jean-Pierre ? Après les violents affrontements entre supporters stéphanois et niçois, toujours à l’Allianz Riviera, en 2013, le président Rivère avait intimé chez 20 minutes son homologue du Forez Roland Romeyer, en tant que dirigeant, de « prendre un peu de recul, de la hauteur » . Et si Jean-Pierre Rivère analysait tranquillement la situation en s'asseyant à une table avec Jean-Pierre Rivère ?


Par Florent Caffery
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