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Éric Carrière : « Tu ne peux pas aller plus vite que celui qui décide »

Plus qu’une semaine avant qu’il ne soit retiré des kiosques et remplacé par notre numéro anniversaire des 15 ans, entièrement écrit par les joueurs. Qui ça, « il » ? Le So Foot consacré à l’intelligence football, dans lequel Éric Carrière aurait eu toute sa place. La preuve avec cette interview de haut vol. L’ancien élève de Coco Suaudeau, élu meilleur joueur de D1 en 2001, disserte vision du jeu, instinct du buteur, Unai Emery et Olympique lyonnais. Entre mille autres vérités footballistiques.

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C’est quoi ta définition de l’intelligence ? Et plus particulièrement de l’intelligence football ?
J’aime bien parler d’intelligence situationnelle, parce que c’est valable dans la société et pas seulement dans le football. Pendant des années, c’était aussi ça le problème en France, on automatisait le football. Il y a encore des entraîneurs qui le font, mais on s’est un peu amélioré, avec l’évolution de l’Espagne et notamment de Barcelone. Au lieu de dire aux joueurs « t’aurais dû la mettre à droite » , la DTN a demandé aux éducateurs de poser la question aux joueurs, pour l’amener à avoir une réflexion : « Alors, qu’est-ce que tu aurais dû faire dans cette situation-là ? » Tu en appelles alors à une réflexion, donc à l’intelligence du joueur, et là, l’éducateur peut revenir dessus et dire : « Non, tu vois, tu avais aussi cette solution-là.  »

On s’attache surtout au jeu avec ballon, mais il y a tout le jeu sans ballon dans l’intelligence.
Ça se joue énormément là-dedans. C’est avoir une intelligence qui communique avec les autres joueurs, c’est-à-dire que si toi tu penses une action et que tu es le seul à la penser, c’est mort.
« Ça m’est arrivé plein de fois d’avoir manipulé l’adversaire, sauf que mon partenaire ne l’avait pas senti, donc ça ne servait à rien. Il faut qu’il y ait un langage commun dans cette réflexion et dans cette intelligence-là. »
Ça m’est arrivé plein de fois d’avoir manipulé l’adversaire, sauf que mon partenaire ne l’avait pas senti, donc ça ne servait à rien. Il faut qu’il y ait un langage commun dans cette réflexion et dans cette intelligence-là. C’est complexe. C’est-à-dire que j’ai le ballon, un partenaire part dans mon dos, j’ai vu qu’il était parti et c’est à lui qu’il faut donner la balle, donc je vais me retourner pour lui donner. Sauf que lui, ce qu’il voulait, c’était que je la remette en retrait à celui qui est dans de meilleures conditions, et a donc plus de chances de réussir à lui remettre. Tout seul je vais peut-être y arriver deux fois sur trois, mais si je te la mets à toi qui es face au jeu, sur ton bon pied, on a plus de chances d’avoir 90% de réussite. Ça, c'est Coco Suaudeau qui me l'a fait comprendre à mon arrivée à Nantes, et une fois que tu l’intègres, ça y est, tu as compris que le jeu et la vitesse du jeu ne vont pas dépendre que d’une seule personne.

Si je te demande un joueur de football avec un gros QI football, tu me cites qui ?
Verratti. Modrić aussi. En France, Valère Germain a un gros QI football, mais n’a pas les capacités qui sont en lien avec celui-ci. Les meilleurs joueurs athlétiques devraient développer leur QI en s’imposant des difficultés. Par exemple, s’il y a un joueur qui court trop vite, tu lui mets un poids. Des fois, il faut arrêter de vouloir sortir du marquage, et au contraire rester au marquage avec le mec : mets-toi dans son dos, et là tu vas l’emmerder. La vidéo aide beaucoup à visionner ça.

En train d'humilier Jari Litmanen

Le problème aujourd’hui, c’est que quand on parle d’intelligence, on ne parle que de l’intelligence intellectuelle. Ce qui fait dire aux gens que Ribéry est un débile, alors qu’en fait, il y a plein de types d’intelligence : émotionnelle, psychomotrice, visiospatiale, affective... Et de ce point de vue, c’est un surdoué.
La plus grande intelligence, c’est de savoir quelles sont ses capacités, et prendre ce que l’on va t’apprendre. Si tu connais tes capacités, tu peux les améliorer. Le pire, c’est de vouloir montrer plus de capacités que celles qu’on a.
« En France, si on va chez le psy, ça veut dire qu’on est malade... C’est une connerie ! Moi, j’ai été aidé toute ma carrière et j’en suis ravi. »
Quand tu veux quelque chose que tu ne pourras jamais avoir, tu es malheureux et aigri. À l’inverse, une personne peut penser qu’elle est moins intelligente qu’elle ne l’est en réalité, ça peut créer des déséquilibres dans les relations. Moi, je me battais émotionnellement pour me mettre au niveau des autres. Quand je ratais quelque chose, j’avais envie de disparaître du terrain. J’ai dû faire un gros travail mental, parce que je n’avais pas le cursus de la plupart des joueurs, qui étaient un peu plus préparés dans la tête. Aujourd’hui, je les sens plus préparés, mais par rapport aux médias, montrer ses faiblesses, c’est toujours très compliqué. J’ai fait une intervention avec des jeunes à Lyon, je leur ai dit : « Avoir peur quand tu entres sur un terrain, c’est quasiment normal » , mais ça ne se dit pas. Le problème, c’est que si tu ne le dis pas, c’est pire. En France, si on va chez le psy, ça veut dire qu’on est malade... C’est une connerie ! J’ai été aidé toute ma carrière et j’en suis ravi. Des fois, on est dans un cycle très négatif et pour en sortir tout seul, ce n’est pas le staff qui va t’aider. Ils ont trente mecs à gérer et si tu n’es pas compétent, ils en prennent un autre. Je ne leur jette pas la pierre. Souvent, on se dit qu’on va aller consulter quand on est en bas, mais c’est un peu trop tard, ce n’est pas bon. Avant, quand je devais jouer devant mille personnes, c’était déjà le bout du monde. Après, tu te retrouves à être acheté 80 millions de francs par Lyon... Quelque part tu es fier, mais derrière, il faut le porter. Des fois, on se fait siffler par son public, et si, ça, au niveau émotionnel, on ne sait pas le vivre... C’est très difficile de gérer ça tout seul. Il y en a qui disent que ça ne les touche pas parce qu’ils doivent montrer qu’ils sont forts, mais quand le mec ne parle pas à la presse, c’est qu’il est touché.

Dans le livre que le journaliste anglais Ben Lyttleton vient de publier, The Edge, et qui nous a donné l’idée de faire un dossier sur le QI football, il consacre quelques chapitres aux travaux de scientifiques. L’un d’eux énumère les critères liés à la haute performance dans le sport : la motivation, le sacrifice, la capacité à se remettre de la fatigue et la tendance à chercher le soutien d’amis ou de proches face aux problèmes. L’étude montre même que ceux qui ont le plus réussi, ce sont souvent des fils de parents divorcés ou des jumeaux.
J’ai un frère plus vieux d’un an et quand tu es le deuxième, avec très peu d’écart, par mimétisme, tu veux faire comme lui, tu as envie de le bouffer.
« Il faut limiter l’injustice évidemment, mais on s’aperçoit qu’elle permet le dépassement. Par exemple, c’est injuste que je coure moins vite que d’autres personnes, mais tu le compenses. Ça s'appelle l’intelligence. »
Il faut limiter l’injustice évidemment, mais on s’aperçoit qu’elle permet le dépassement. Par exemple, c’est injuste que je coure moins vite que d’autres personnes, mais tu le compenses. Ça s'appelle l’intelligence. Tous les sportifs de haut niveau ont leurs histoires, des fois peut-être que ce n’est même pas vrai, mais eux ils ont senti qu’il y avait une injustice. Tu vois, Ibra, il disait : « Moi, je ne m’appelais pas Ericsson. Je n’étais pas blond, donc je n’ai jamais été accepté et c’était injuste. » Moi, quand j’étais en équipe minimes et cadets, je jouais à Auch dans le Gers, et l’entraîneur de la une ne me voulait pas. Je jouais en équipe réserve... Ce n’était pas un idiot. Si j’avais le niveau, il me faisait jouer. J’ai analysé après. J’ai appris à prendre le rythme de l’anticipation et de comprendre que tel ou tel joueur fait tel ou tel type de déplacement. Le fait d’avoir l’intelligence de me dire : « Okay, ça je ne sais pas faire, bah je vais essayer autre chose » , je pense que c’est ce qui m’a aidé.

L’intelligence, c’est donc de la compensation : compenser certains défauts par certaines qualités. Ce qui rejoint la phrase de Cruyff : « Tu joues au football avec ton cerveau et tes jambes sont là pour t’aider. »
C’est vrai que quand tu n’as pas beaucoup de vitesse et pas de détente, tu dois faire autrement. Chez moi, ça s’est fait naturellement et c’est pour ça que j’ai réussi à venir dans le milieu pro. Je suis arrivé à Nantes en provenance du milieu amateur. J’étais à l’état brut, avec un peu de technique. Au niveau athlétique c’était difficile aussi, mais dans le jeu avec les autres, j’étais dans une relation « moi et le partenaire » , ce qui est déjà pas mal. Ce n’était pas que « moi » . De toute façon, ça ne pouvait pas être que moi, je n’avais pas les capacités individuelles. (Rires.) Ensuite, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes au niveau thérapeutique et psychologique, avec qui j’ai pu aborder certaines choses, un coach perso que je payais de ma poche.

Tu as déjà parlé de ce coach personnel autour de toi ?
À Nantes, j’avais proposé qu’il vienne voir une séance de terrain, mais ils n’ont rien voulu savoir. Des fois, j’hallucinais. Pour un mec comme moi, élu meilleur joueur du championnat, c’était une anomalie, sauf que c’était réel. Je l’ai mal vécu, parce que je pense que de par mon éducation, je ne voyais pas le côté négatif. Personnellement, je pensais : « Tu bosses plus, tu essayes d’être le meilleur possible. » Il y a même certaines personnes qui pensaient que j’étais individualiste en faisant un travail à côté.
« Parfois, j’avais un problème : quand je ne regardais pas mes partenaires, ils pensaient que je ne les avais pas vus. »
Par exemple, ma fille est très forte à l’école, mais elle prend quand même des cours particuliers. Ce n’est pas pour ça qu’elle est individualiste. En ayant des personnes qui sont dans des staffs un peu fermés, tu crées aussi des joueurs qui se ferment. Sur un terrain, c’est pareil. C’est un défaut de coaching. Il faut prendre les outils qu’on vous donne pour réussir, c’est un milieu qui est très concurrentiel. J’ai ainsi eu la chance de rencontrer quelqu’un qui m’a dit : « Je peux améliorer ton jeu » , alors je me suis dit : « OK, montre-moi. » Sur l’aspect de la perception du jeu, il me faisait faire des séances d’entraînement personnalisées. Il y avait notamment un exercice que j’adorais. J’étais dans un carré, je recevais un long ballon, le mec arrivait face à moi et changeait de trajectoire au dernier moment. Je devais toujours faire ma prise de balle dans son contre-pied. Le jeu, c’était aller au contre-pied, pour travailler la perception. Évidemment, il faut avoir de la technique parce que si tu n’en as pas, tu vas seulement regarder le ballon, mais quand tu as un certain niveau, tu sais où le ballon va tomber. Tu te focalises sur le mec, tu n’as pas besoin de le regarder. Sauf que parfois, j’avais un problème : quand je ne regardais pas mes partenaires, ils pensaient que je ne les avais pas vus. C’est surtout cette visualisation du jeu que j’ai développée finalement.

Eric Carrière a croisé la route des plus grands

Ben Lyttleton consacre un chapitre de son livre au travail de Geir Jordet, professeur norvégien en psychologie, qui a fait une thèse sur le rôle de la vision. Il établit une corrélation entre le nombre de prises d’information par seconde et le pourcentage de passes réussies, notamment vers l’avant et dans le camp adverse. Ce scientifique avance ainsi que celui qui a le meilleur taux, c’est Xavi avec 0,83 prise d’informations par seconde. Ce qui va à l’encontre de l’expression « avoir des yeux derrière la tête » . On se rend compte qu’en réalité, il s’agit juste de la mémoire courte.
Moi, je conscientisais tout. La spontanéité, ce n’était pas mon truc, j’étais une quiche. D’ailleurs, c’était un frein pour d’autres actions. Dans les tests de personnalité, on voit si tu es déclencheur interne ou externe. Externe, c’est quand dans la vie, tu vas avoir des opportunités que tu vas saisir rapidement, les attaquants sont comme ça. Ils développent au niveau mécanique des gestes que d’autres n’auront pas. Le manager par exemple est plutôt déclencheur interne, il va manager et organiser. Il va s’imposer, lui-même, le travail qu’il doit réaliser pour réussir ce qu’il veut faire, alors que l’attaquant non. Il ne va pas se dire : « Il faut que j’aille me replacer là, parce que lui il est parti là. » Le déclencheur externe, parfois, ça doit aussi être un partenaire, qui pourrait être en charge de ces gars-là.

Dans le foot, on parle beaucoup d’instinct. Mais en travaillant sur l’intelligence foot, on se rend compte que ça sert surtout à désigner ce qu’on n’arrive pas encore à expliquer.
L’instinct, c’est juste la répétition des situations. Moins tu as de temps pour jouer, plus il y a de l’instinct ou de la spontanéité, surtout chez les buteurs. Cavani a cette capacité, par exemple. D’ailleurs, quand il est à 40 ou 50 mètres des buts, il ne sait pas quoi faire. Il la donne souvent en retrait, parce qu’il ne sait pas faire ce que faisait Xavi, par exemple. Cavani ne sait pas créer. Ibra était un peu des deux, il avait cette capacité de se poser avec le ballon et d’être hyper spontané. Souvent les gens disent « oui, mais il n’était pas au marquage » , mais tu ne peux pas aller plus vite que celui qui décide, parce qu’il aura toujours ce petit temps d’avance.

Quand est-ce-que tu t’es rendu compte que ton cerveau fonctionnait différemment de celui d’un coéquipier ou d’une personne qui n’est pas un athlète ?
Je ne me suis pas trop posé cette question, c’est arrivé assez tard. J’avais du mal à tolérer qu’on ne se comprenne pas sur le terrain, et l’expérience a fait que j’ai compris que tout le monde n’avait pas le même mode de fonctionnement. Il a fallu que je le comprenne avec mes propres outils, notamment grâce à la concentration. Il y a des mecs qui ne sont pas comme ça, qui ne sont pas concentrés du début à la fin, mais qui ont d’autres qualités. Par exemple, ils vont prendre la bonne décision, là où toi, tu ne l’aurais pas fait, parce que tu étais trop concentré et que tu t’es noyé dans plein d’informations. On a tous une manière de penser et on pense que tout le monde pense comme nous, mais ce n’est pas le cas. Par exemple, quand je voyais certains attaquants, je me disais souvent : « Oh les enfoirés, ils ne défendent pas. » Mais en fait, le mec est focalisé sur marquer des buts, ce n’est pas égoïste. C’est sa personnalité. Des fois, un attaquant lâche un peu défensivement, parce qu’il a besoin de jus pour aller marquer. Après, en tant que coach, tu peux lui faire comprendre les attentes des mecs qui sont derrière.

Se pose en effet la question du coach et du coaching dans le QI football des joueurs. Notamment dans la maximisation des capacités individuelles des joueurs et le développement de l’intelligence collective.

On en revient à la partie mentale. Si quelqu’un est dans l’empathie, je vais lui dire : « Écoute c’est super ce que tu fais, je suis content de t’avoir comme joueur. »
« Quand un entraîneur dit : "Ne prenez pas de but", ça m’horripile. Comme si un joueur avait envie de se prendre un but... »
Quand il va entrer sur le terrain, il va peut-être douter, mais il sera quand même bien. Moi, je n’ai jamais entendu ça. Jamais. Le pire que j’ai entendu, c’était grosso modo : « Te loupe pas. » En France, on a une éducation par la négation. Les enfants, on leur dit « non, non » . J’ai fait un peu de préparation mentale à Dijon, avec deux femmes, qui disaient : «  Le cerveau n’entend pas la négation. » Donc, quand un entraîneur dit : « Ne prenez pas de but » , comme si un joueur avait envie de se prendre un but, » alors que si l’entraîneur te dit qu' « il faut bien défendre, ce n’est pas pareil. Dans ce monde, je pense qu’il faut avoir de l’humilité et je pense que le football en manque. Notamment au niveau de certains staffs. Je suis dans le milieu de l’entreprise et des fois, je recrute des gens qui sont plus forts que moi dans ce que je fais. Ça ne me pose aucun problème, au contraire. C’est moi qui dois les manager. Quand on est coach, il y a l’aspect du jeu qui compte, mais c’est quand même plus du management et le management, ça veut dire : être ouvert à tout ce qu’il se passe. J’avais lu dans un article que Fréderic Hantz avait dit qu’on pourrait mettre n’importe quel entraîneur de Ligue 1 pour diriger une entreprise du CAC 40... Je me suis : « Non, tu ne peux pas penser ça ! » C’est probable qu’un gars du CAC 40 n’arrive pas à diriger une équipe de Ligue 1, car ce n’est pas la même gestion, mais dans l’autre sens... Alors là, c’est sûr que c’est impossible, c’est des pointures, les mecs. Dans les entreprises, il y a beaucoup de sportifs qui interviennent, mais l’inverse n’est pas vrai, alors qu’eux sont beaucoup plus en avance sur le management. Tous ces tests-là, ils les font depuis très longtemps. Dans le foot, il y a un gros côté suffisant quand ils se disent : « Nous on va apprendre les choses aux entreprises, car ils ont tout à apprendre. »

La question du management du coach, il y a une situation classique qui la résume : celle de l’attaquant qui ne marque pas un but, il y a un changement d’entraîneur et il les empile.
C’est la différence entre un manager et un coach. Je pense que je n’ai eu aucun manager, je n'ai eu que des entraîneurs. Personnellement, j’ai besoin d’avoir des séances où tu m’expliques les choses, alors qu’il y a des mecs qui n’ont pas besoin de ça, ils ne veulent pas que tu leur casses la tête. Il y en a qui aiment que tu ailles les challenger. Ce qu’il me manquait, c’était le côté humain. À un moment donné, tu prends ton joueur et tu lui parles, comme Guardiola ou Mourinho. Beaucoup d’entraîneurs sont à des années-lumière, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais. Tu vois Paris, c’est vraiment énorme, ils ont des joueurs fantastiques, mais il s’est passé quelque chose, hors cadre football, qui n’a pas été traité. Ça n’a pas été clarifié, alors qu’il n’y a rien de gravissime. Moi, j’avais énormément d’attente dans ma relation avec l’entraîneur, pour comprendre les choses. Il pouvait ne pas me faire jouer - alors bien sûr je préférais jouer -, mais j’avais besoin de le comprendre, de le capter.



Un des intervenants de la table ronde dans le magazine nous parlait d’intelligence football des clubs. Et il prenait l’exemple du PSG, soulignant qu’il n’avait pas de projet de jeu, sinon il n’y aurait pas une liste de successeurs d’Emery aussi disparate. D’abord, tu détermines un projet de jeu et après, tu prends des entraîneurs en fonction de ce projet-là. Alors que là, le PSG va prendre un coach qui n’a rien à voir avec Emery, mais qui aura son effectif.
Ça revient à ce que faisait Nantes à l’époque. On s’intéressait plus aux joueurs qui avaient une réflexion de jeu, qu’aux joueurs purement athlétiques. C’est pareil pour les coachs. Dans notre organisation en France, personne ne porte un projet, sauf à Lyon. Souvent, c’est l’entraîneur qui devient un peu trop important. L’organisation la plus moderne serait d’avoir un président actionnaire qui prendrait un manager fort pour apporter un projet. Si demain il y a un problème avec l’entraîneur, il peut partir car c’est un salarié. Pourtant, c’est eux qu’on entend le plus dans la presse.

Selon toi, qui doit choisir les joueurs ?
Pour moi, le manager doit avoir le pouvoir sur l’entraîneur. Si jamais je devenais entraîneur, c’est sûr que je préférerais choisir moi-même les mecs qui vont venir, mais si tu as un projet cohérent avec le club, tu échanges sur les profils avec ton président. Il n’y a quasiment aucun entraîneur qui assume les recrutements, sauf les recrutements réussis. C’est quoi le métier d’un entraîneur ? Très souvent, c’est de choisir ses joueurs et de les faire jouer le mieux possible. Mais si un jour ton latéral droit n’est pas terrible, tu vas en chercher un autre ou alors ton latéral droit est bon et il va peut-être partir. Pourquoi le président ne pourrait pas faire la même chose avec son entraîneur ? J’ai une boîte et j’anticipe que les mecs peuvent partir. Pourquoi je ne pourrais pas rencontrer quelqu’un qui pourrait remplacer l’un de mes gars ? Ça fait partie de la vie de la société, ça serait catastrophique si les présidents ne faisaient pas ça. Quand tu fais ce métier-là, il faut partir du principe que c’est comme ça. Au lieu de se dire que ce n’est pas bien que le président ait vu tel entraîneur, surtout que s’il a vu un autre entraîneur, c’est parce que ton équipe n’a pas de bons résultats. Peut-être que tu es compétent, mais le rôle de ton président, c’est de réfléchir à un plan B.

En résumé, qu’est-ce qu’il faut selon toi pour développer le QI football et l’intelligence des joueurs ?
La première chose, c’est de bien connaître chaque joueur. Le rôle du manager, c’est de tirer le maximum des joueurs. Ce n’est pas à lui d’avoir une réussite, ça, ça arrivera après. C’est la façon dont tu vas jouer qui va t’apporter des résultats. Gérer une équipe, c’est bien connaître les personnes et puis créer des liens entre ces personnes-là. Ensuite, il faut développer la perception, mais si tu n’as pas de technique, c’est très difficile de la développer. Je le vois avec les mecs qui ne savent pas trop jouer au foot, parce qu’ils ne lèvent pas leur tête. Il y a la technique pure et la lecture des trajectoires. Un joueur de haut niveau, tu le remarques déjà sur le dégagement d’un gardien, par rapport au positionnement qu’il va prendre sur le terrain. C’est une lecture de la trajectoire magnifique.



Propos recueillis par Maxime Marchon
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