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Éloge démesuré de Cristiano Ronaldo

Cristiano Ronaldo a éclaboussé le clásico hier soir. Le héros portugais a marqué ses septièmes et huitièmes buts en six visites au Camp Nou. Ce doublé méritait un hommage.

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Quand Cristiano marque son deuxième but de la soirée, il n’a plus envie de sourire. Le ballon franchit la ligne et Barcelone tombe. Alors le Crist s’approche des tribunes, la mine grave et l’oreille tendue. Son plaisir à lui, c’est de marquer au Camp Nou, de se tourner vers ses 90 000 adversaires, de ralentir le pas en s’approchant d’eux, d’écouter leur respiration déçue et puis de se toucher la poitrine comme pour leur dire à chacun « votre meilleur ennemi vous salue avant de vous achever » . Les femmes ne disent plus rien et les hommes détournent les yeux de la Méduse portugaise. Angel Di Maria lève les bras au ciel comme un possédé et n’en revient pas d’autant de bravoure. Comme Achille, Ronaldo est passé par tous les enfers avant de devenir invincible et de commettre son plus beau match au Real depuis 2009. En 90 minutes de courses folles, de diagonales impossibles, de frappes inhumaines et de buts venus du côté droit, Ronaldo a fait d’une rencontre classique, un poème épique. Voici son éloge.

Les buts de Ronaldo au Real, c’est de la descente à ski. Messi glisse, se faufile, passe les défenseurs comme des piquets rouge et bleu et slalome en équilibre. Ronaldo, lui, dévale les pentes et les espaces comme un descendeur bien affûté. Il frôle les crevasses à tombeau ouvert. Chaque courbe, chaque accident sur le relief, est l’occasion de trembler et de retenir son souffle. Quand Arbeloa récupère un ballon en phase défensive, le Real saute rapidement la première ligne de pression du Barça. Arbeloa à Özil, Özil à Higuain, Higuain au héros. A peine le ballon perdu par le Barça qu’Achille est déjà en marche. Les enjambées diaboliques de Ronaldo sont le plaisir secret de tous les madridistes. Sa course dantesque démarre dès sa moitié de terrain. Le relief de la pelouse penche toujours du côté de Ronaldo. Piqué ne peut rien faire. Ni au premier contrôle, ni au second. À la quatrième touche de balle, il est dépassé et attaque le talon du héros. Cristiano chute en pleine descente. Le talent d’Achille a fait basculer la rencontre.


Plaisirs défendus


Mais les buts de Ronaldo sont des plaisirs interdits. Hier soir Ronaldo, ne s’est jamais vraiment approché des buts catalans (7 frappes du dehors de la surface) mais il en a marqué 2, a provoqué un pénalty, a frappé 10 fois (dont 5 fois dans le cadre et 2 fois à plus de 35 mètres). Sa force à lui n’est pas de multiplier les occasions à bout portant, d’entretenir dans la surface rivale une sensation de sursis ou de danger dans les espaces réduits façon Falcao ou Raúl. Ronaldo ne se faufile pas, n’anticipe pas les erreurs des adversaires. Non, ce qui fait de Ronaldo un cauchemar pour les opposants, c’est sa faculté à distiller des doses d’angoisse dans les défenses un peu avancées. Ronaldo peut frapper de n’importe quel endroit du terrain, à n’importe quel instant, avec n’importe quelle partie du corps. Ronaldo est un sniper installé en face d’un bâtiment public. Peu importe la distance, ce qui compte, c’est la cible et le résultat. Les buts de Ronaldo sont subversifs parce qu’ils n’obéissent qu’à une logique épique individuelle. Pour briller, Ronaldo n’a pas besoin d’un excellent passeur ou d’une action trop élaborée. Il n’a besoin que de quelques ballons flottants et de couloirs dégagés dans les équipes adverses. Ronaldo n’a pas de coéquipiers, il n’a que des assistants. Les buts de Cristiano sont un coup d’État permanent.

Mais Ronaldo est un joueur du Real Madrid parce qu’il aime l’adversité et les pentes difficiles. Il est de la race des Juanito, Raúl et Di Stefano. Ces joueurs sont devenus grands parce qu’ils ont appris qu’au Real, le génie est autant admiré que la responsabilité. À Madrid, le grand joueur a raison d’être égoïste parce qu’au Real, le grand joueur a toujours raison. Peu importe le système ou le contexte. Ronaldo a juste besoin d’un ou deux duels, de deux ou trois courses, de trois ou quatre passements de jambes. Le héros n’a rien à voir avec la technique ou l’artifice. Le héros ne partage pas les honneurs et n’est pas le fruit d’une construction collective. Le héros madrilène, c’est celui qui a une mission et un rival à sa hauteur. Le héros dit « nous » pour dire « je » : « Nous nous sentons beaucoup mieux maintenant quand nous jouons contre eux (Barcelone, ndrl). (…). Le cauchemar du 5-0, c’est maintenant du passé. En sept matchs, nous n’avons perdu qu’une seule fois » . Ronaldo a lavé un affront. Le Real tient son idole. Jusqu’à samedi.

Par Thibaud Leplat
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