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Elle vaut quoi cette Ligue des champions asiatique ?

Avec le premier but de Forlán il y a quelques semaines pour Cerezo Osaka, la Ligue des champions asiatique s’est retrouvée (un peu) au centre de l’actualité. Mais que vaut-elle concrètement ? Plongée dans une compétition où les inégalités entre clubs sont aussi fortes que celles de la Champions League européenne.

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Avant tout, il s’agit de comprendre le fonctionnement de cette compétition. Depuis 2003, la Coupe d’Asie des clubs champions s’appelle la Ligue des champions. Volonté de rénover une compétition mourante tout en améliorant le niveau ? Sans doute. Car dans le même esprit, deux ans plus tard, la Confédération asiatique de football (AFC) décide d’ouvrir sa compétition à un plus grand nombre d’équipes. Désormais, 14 pays ont le droit d’envoyer leurs deux meilleures équipes en Ligue des champions, là où les autres pays dépêchent leur unique champion. À 32 équipes réparties en huit groupes (comme en Europe), la compétition semble plus démocratique, même si de nombreux clubs se sont déjà fait exclure par manque de professionnalisme : ils envoyaient ainsi le formulaire d’inscription de leurs joueurs beaucoup trop tard.

« Il y a une grosse différence de niveau »

Les bases étant jetées, passons à l’analyse du niveau… Christian Pérez est une des premières « stars » occidentales à avoir franchi le Dniepr pour découvrir les terrains d’Asie. En 1996, le Français a ainsi rejoint Shanghai Shenhua dans un championnat qui lui donnait « l’impression que c’était la Coupe de France » . Rapidement, il va cependant découvrir un autre niveau en prenant part à la Coupe des champions. « Le premier match, on l’avait gagné contre une équipe de Hong-Kong. C’était très faible comme niveau, ils venaient d’un championnat peu relevé. Mais bon, après on tombe sur un niveau encore supérieur au nôtre, il n’y avait pas photo au niveau d’une quelconque rivalité, ils avaient de très très bons joueurs par rapport à nous : plus techniques, avec un meilleur mental... »

À cette époque, la compétition était divisée en deux : les équipes d’Asie de l’Ouest et d’Asie de l’Est s’évitaient donc jusqu’en demi-finales. Ce n’est plus le cas désormais, ce qui n’est pour autant pas une bonne nouvelle, comme le confirme Emilio Ferrera, actuellement entraîneur de Genk et ancien adjoint du belge Michel Preud’homme à Al-Shabab de 2011 à 2014. « Quand on tombe contre des équipes du Japon, de Chine, là, il y a une grosse différence de niveau. Ça devient infranchissable, alors que je me souviens qu’on a été éliminé par une équipe japonaise qui était moyenne dans son championnat. » En fait, la Champions League asiatique, c’est un peu comme si Valenciennes tombait contre Quevilly avant d’affronter le Real Madrid au tour suivant. Confirmation auprès de Ferrera. « Quand on est en phase de poules, les équipes saoudiennes tiraient leurs épingles du jeu, et le championnat est d’ailleurs une bonne préparation pour cette étape. Ça devient plus compliqué après, le championnat local n’est en effet pas assez fort pour se préparer à affronter des équipes japonaises ou chinoises. » Inégalités à tous les niveaux, donc.

Inégalités intra et extra-muros

Mais qu’est-ce qui explique ces différences de force ? Ce n’est en tout cas pas l’argent, présent à outrance dans les clubs des pays du Golfe. Il faut donc une autre explication, que donne Ferrera : « Vous êtes limités par le nombre d’étrangers, vous n’en avez que trois. L’Arabie est un petit pays en terme de population, et on ne peut pas la comparer à celle du Japon, où le choix est plus vaste au niveau des joueurs locaux, ce qui leur donne un meilleur réservoir de sélection. » Quand ils évoquent le niveau de la compétition, les deux anciens routards sont unanimes : on est loin de celui de l’Europe. « Chez nous, il y a une tactique supérieure à celle de l’Asie, lance Pérez. Puis le niveau physique n’a rien à voir : les joueurs sont beaucoup plus préparés en Europe qu’en Asie. » Même son de cloche auprès de Ferrera : « On voit bien la différence quand les deux vainqueurs des Champions League asiatique et européenne s’affrontent (au championnat du monde des clubs, ndlr). Le niveau n’est pas comparable : la compétition européenne est plus physique, plus technique… »


Autre grand contraste avec l’Europe : l’engouement autour de la compétition. L’Asie n’étant pas un grand continent de football, la Ligue des champions n’est donc pas vraiment un événement incontournable et cela se ressent à certains niveaux. « Je n’ai pas de souvenir d’un hymne de la Champions League comme en Europe, par exemple, assure Pérez. Mais elle a de toute façon moins d’impact en Asie au niveau médiatique. Pour les Européens, ça représente énormément en termes de visibilité, d’enjeux… » Qui dit peu d’enjeu dit peu de suivi médiatique et donc peu… de supporters dans certains pays. « Je me rappelle d’un quart de finale avec Al-Shabab où il n’y avait même pas 1000 personnes, explique Ferrera. On n’avait pas vraiment un gros potentiel de supporters, mais quand on jouait contre une équipe des Émirats, eux non plus n’avaient pas beaucoup de supporters, et ils ne faisaient pas vraiment le déplacement. C’est quand on jouait à l’extérieur qu’il y en avait : en Iran ou au Japon, on a joué dans des stades combles, mais chez nous… rien du tout. »

L’Europe pour améliorer le niveau ?

Pour beaucoup, les venues des stars européennes pourraient sensiblement améliorer le niveau de la Ligue des champions asiatique. « Il y a beaucoup d’entraîneurs qui commencent à émigrer, comme Lippi, et ils apportent quelque chose là-bas. En Chine, il y a de plus en plus d’entraîneurs européens, le niveau va forcément augmenter. » Pérez partage d’ailleurs l’avis d’Emilio Ferrera : « Ça peut marcher à partir du moment où ils ont des très bons entraîneurs européens. Je suppose que ça a de toute façon bien évolué, car Drogba et Anelka ont quand même joué dans le même club que moi. Maintenant, jouer en Asie est un dépaysement, il ne faut pas le prendre à la légère, car si on manque de concentration et de motivation, on ne répondra pas aux attentes que l’on a sur soi. »

Par Émilien Hofman
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