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Du Payet dans leur vie

Double buteur, le meneur de l’Olympique de Marseille s’est servi de la pression autour de ce Marseille-Lyon pour faire basculer cette rencontre. L’affirmation que ce type fonctionne aux émotions, sans oublier d’en donner aux autres quand il est dans cet état d’esprit conquérant.

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Les 120 ans du club, une affluence record, l’affiche la plus alléchante de Ligue 1, un tournant dans la saison marseillaise, le retour de Rudi Garcia, un début de saison mitigé... Tant de poids sous lesquels pouvait crouler Dimitri Payet en ce dimanche d’Olympico. Mais malgré ça, il avait tenu à en rajouter lui-même une couche en conférence de presse précédant ce « match spécial » dans lequel « beaucoup d’éléments servent cette rivalité » . Lui, l’ancien capitaine olympien, était décidé à capter une bonne partie de l’attention, notamment en soufflant sur les braises des retrouvailles avec Rudi Garcia, pour faire glisser cette rencontre sur le terrain des émotions.


Déjà en balançant son ancien coach. « Ça fait bizarre de le voir dans le camp d’en face, surtout au vu de ses causeries et de ses discours sur les joueurs, les supporters et le président de l’OL. Je n’irai pas dans le détail, mais je n’aimerais pas qu’ils parlent de nous ainsi, caftait-il. Il ne faut pas qu’on mette nos sentiments dans ce match, ça pourrait nous faire déjouer. Il faut qu’on mette ça dans un coin pour nous booster, pour s’en servir. » Certes, Rudi Garcia est celui qui a insisté pour faire revenir Dim’ à Marseille en 2016, celui avec qui il a pu étaler un niveau de jeu formidable par séquence et connaître une finale de Ligue Europa. Pourtant, le Réunionnais se voulait franc : « J’ai des souvenirs mitigés avec Rudi Garcia. Nos rapports se sont détériorés. La communication ne passait plus, il y a eu des prises de tête. On ne peut pas dire qu’on se soit séparés en bons termes. » Difficile d'être plus transparent.

Adrénaline, pour qu'il revienne


Pourtant, ce dimanche, Rudi Garcia a dû avoir du mal à reconnaître le Dimitri Payet de ses dernières semaines sur le banc olympien. Car c’est un joueur habité d’une mission, comme possédé, qu’il a recroisé au Vélodrome. C’est simple : le meneur de jeu, installé sur la gauche de la ligne d’attaque, a été partout. Notamment en première mi-temps, on l’a vu redescendre au niveau de Jordan Amavi pour bloquer Léo Dubois, orienter le jeu de transmissions impeccables, aller provoquer balle au pied, distribuer quelques coups de pied arrêtés intéressants, mais surtout débloquer la situation. À la 13e minute, Thiago Mendes se sert de sa main pour ressortir un ballon et concède un penalty. Le maître artificier prend alors ses responsabilités et se présente face à Anthony Lopes. Mais entre le coup de sifflet de M. Gautier et le moment de s’élancer, cinq bonnes minutes se sont écoulées. Il a fallu relever Léo Dubois, sonné après deux tartes dans le cou de Dario Benedetto, et s’assurer que le gardien lyonnais n’était pas dérangé par les lasers pointés sur lui. Pendant ce temps, Payet patientait, avec le sort du match entre ses mains. « Je suis resté à l’écart de tout ça, dans ma bulle, concentré sur le geste que j’avais à faire » , confiait-il au micro de Canal+. La lucarne sera finalement trouvée, le joueur pouvant enfin exulter. Il tenait là sa revanche. Vingt minutes plus tard, sa frappe croisée confirmera que Dimitri Payet était ce soir baigné dans une douce euphorie comme il pouvait l’être autour de l’Euro 2016 avec les Bleus.



Payet est le prototype du joueur qui alterne les hauts et les bas, mais qui ne peut atteindre les premiers qu’avec l’adrénaline. Cette fois, c’est un Vélodrome bouillant qui lui a « donné des ailes » , mais aussi son nouveau coach, André Villas-Boas, qui lui a indiqué le chemin à suivre lors du match à Lille (2-1) la semaine passée. « Ça a été la première fois que le coach a eu un tel discours mobilisateur. Il n’a pas eu tort, cela nous a fait réagir, concédait-il vendredi. On a su montrer du caractère, de l’intensité, de l’agressivité face à une équipe qui a fini deuxième, qui joue la LDC. L’équipe a été justement récompensée. On pourra dire qu’on aura battu un gros, si on garde les mêmes valeurs et le même état d’esprit ce week-end, on pourra faire en sorte de prendre les trois points. » La malédiction de l’OM face aux gros semble, selon Payet, avoir été renversée grâce à « un coach qui parle avec son cœur, qui ne fait pas de langue de bois » . Toute « la différence avec l'ancien entraîneur » , si ce n’était pas suffisamment clair.

Certainement pas la dernière séance


Mais ce qui est frappant dans le match de Dimitri Payet, c’est qu’il a mis cette fois son caractère au service de son équipe et de manière positive. À l’inverse du coup de sang qu’il a eu contre Montpellier, causant une suspension de quatre matchs. À l’époque, cette réaction pouvait être interprétée comme celle d’un homme de 32 ans, frustré par lui-même et sans solution face à un déclin inévitable. Ce dimanche, la réponse a été diamétralement opposée, comme s’il avait pris conscience qu’il ne pourrait repousser la fin que par de telles prouesses. « J’ai beaucoup bossé, je reviens d’une longue suspension. J’ai dit que plus les matchs passaient, plus le rythme allait revenir, débriefait-il avant de revenir sur ses sorties médiatiques. J’ai dit ce que j’avais à dire, j’ai parlé avec mon cœur. J’avais des choses en moi, il fallait que ça sorte. Ça a fait parler, mais ça ne m’a pas empêché de resté focus. Je me suis servi de ça pour me motiver. » Les crampes en fin de match ont peut-être montré que Payet était en sur-régime lors de cette rencontre, et les Marseillais sont aussi habitués à ce joueur branché sur courant alternatif. Mais quitte à ce qu'il choisisse ses matchs, autant que ça soit pour sortir des prestations pareilles.

Par Mathieu Rollinger
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