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Au Royaume de DisnHåland

Depuis son arrivée à Dortmund cet hiver, il est présenté comme la menace numéro un pour le PSG à l'approche des huitièmes de finale de Ligue des champions. En l'espace de quelques mois, le phénomène Erling Braut Håland s’est imposé comme un buteur de premier plan à seulement 19 ans. Après avoir vendu du rêve à Salzbourg, en championnat comme en C1, le géant norvégien explose déjà les records sous le maillot du Borussia. Et il ne compte pas s'arrêter là. Portrait d'un joueur décidé à tout casser.

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On joue la 56e minute à la SGL Arena, au cœur de la Bavière en Allemagne. En ce samedi 18 janvier, date de reprise pour la Bundesliga en 2020, Dortmund est mené 3-1 sur le terrain d’Augsbourg. Le moment est venu, et Lucien Favre, l’entraîneur des visiteurs, n’a pas vraiment le choix. Erling Håland, maillot jaune et noir orné du numéro 17 dans le dos, sort du banc et frappe dans les mains de Łukasz Piszczek avant d’aller se positionner à la pointe de l’attaque des Borussen. Le jeune attaquant norvégien de 19 ans ne le sait pas encore, mais il s’apprête à vivre 22 minutes de folie. Et à ouvrir, surtout, les portes de l’enfer à Tomáš Koubek, l’ancien gardien du Stade rennais, et ses coéquipiers. Durant ce court laps de temps, Håland va tirer à trois reprises. Du gauche et dans la surface, à chaque fois. Pour la même finalité, avec le même constat de fatalité pour Koubek. Vous l’aurez compris : pour sa première avec Dortmund, couronnée d’un succès 5-3, Erling Håland a inscrit un triplé. En 22 minutes. Fou, mais le pire, c’est que ça n’a surpris personne.


Chasseur de buts


Car depuis le printemps dernier, le Viking est sur une autre planète. Dans une autre galaxie. Il faut remonter au 30 mai 2019 pour assister au point de départ de cette folle ascension : dans un match pour du beurre à la Coupe du monde U20, la Norvège colle une raclée au Honduras (12-0), et un attaquant de 18 ans se permet de planter neuf buts, tous marqués depuis l’intérieur de la surface. Le pauvre José Omar Garcia Martin, le portier hondurien, a eu le malheur de croiser ce jour-là la route d’Erling Braut Håland, l’auteur de ce nonuplé bluffant.
« Ce qui m’a le plus impressionné, c’est son humilité et sa manière de se déplacer dans les espaces. » José Omar Garcia Martin, victime hondurienne
« Je ne le connaissais pas du tout avant ce Mondial, précise le gardien des U19 du Real España au Honduras. C’est de loin le meilleur attaquant que j’ai affronté jusque-là. C’est un très bon joueur, qui se sent comme chez lui lorsqu'il est dans la surface de réparation. Ce qui m’a le plus impressionné, c’est son humilité et sa manière de se déplacer dans les espaces. Je n’avais qu’une idée en tête: que le match se termine le plus vite possible. » Pas de panique : il ne sera pas la seule victime du grand dadais norvégien, loin de là.


Håland ne pouvait pas se satisfaire d’un coup d’éclat à l’Arena Lublin, dans une compétition peu médiatisée. Il veut désormais se faire un nom en Europe. La mission démarre bien : lors de la première partie de la saison 2019-2020, il inscrit 24 buts en 20 apparitions avec le RB Salzbourg, dont huit en six matchs de poules de Ligue des champions. Il devient même le troisième plus jeune joueur de l’histoire de la compétition à signer un triplé (contre Genk), après Raúl en 1995 et Rooney en 2004. Voilà qui pose un homme. « C’est Ibra! On le compare à lui, mais c’est ça. Ce n’est pas un joueur arrogant, il est cool, c’est un super gars. Mais dans la confiance, dans la manière de faire, c’est ça, développait son désormais ex-coéquipier Jérôme Onguéné en décembre dernier. Il veut marquer, il ne pense qu’à ça. S’il met un but à l’entraînement, il va célébrer. Il travaille beaucoup en dehors. » L’histoire de sa vie.

Bryne de Torth


C’est en Angleterre, à Leeds, qu’Erling Håland voit le jour le 21 juillet 2000. Son père, Alf-Inge Håland, évolue en tant que défenseur central chez les Peacocks et s’apprête à rejoindre Manchester City.
« Ce n’est qu’à l’âge de 14 ans qu’il a énormément grandi. Puis à 16 ans qu’il a commencé à se muscler pour devenir l’athlète qu’il est aujourd’hui. » Alf-Ingve Berntsen, son premier coach
À la suite d’un terrible tacle au niveau du genou gauche de Roy Keane en 2001, considéré comme l’un des plus dangereux de l’histoire, Håland père met sa carrière de footballeur entre parenthèses deux ans plus tard et rentre en Norvège. À Bryne, dans le Rogaland, la terre qui l’a vu grandir et qui verra aussi son fils Erling y couler son enfance. Dès l’âge de 5 ans et demi, le fiston toque à la porte du Bryne FK, le club de la ville, pour y prendre sa première licence. Alf-Ingve Berntsen, qui sera son coach jusqu’à ses 14 ans, se souvient de son arrivée : « La première fois que j’ai vu Erling, il avait 5 ans et demi. Il s’est inscrit au club cette année-là, mais il s’entraînait avec des enfants plus vieux que lui, ceux nés en 1999, dont j’étais le coach. Il avait déjà une mentalité de vainqueur. Le fait d’avoir eu un père professionnel avec une belle carrière a aidé à cela, mais aussi de grandir dans une ville où le sport prend une part importante. »


À côté des entraînements en semaine, Erling et ses amis jouent régulièrement les week-ends dans le complexe indoor Jaerhallen, situé juste à côté du stade. Physiquement, le petit Håland n’a alors rien du géant qu’il est aujourd’hui. « Petit, Erling n’était ni grand ni petit, poursuit Berntsen. Il était de taille normale, mais très mince. Quand il avait 9 ans, et que les autres garçons en avaient 10, sa situation physique l’a obligé à s’adapter. À devenir plus intelligent dans ses déplacements, notamment dans la surface, car il ne faisait pas le poids à ce moment-là dans le duel. Ce n’est qu’à l’âge de 14 ans qu’il a énormément grandi. Puis à 16 ans qu’il a commencé à se muscler pour devenir ensuite l’athlète qu’il est aujourd’hui. »



En Norvège, les enfants font beaucoup de sport, et Erling n’échappe pas à la norme. En plus du foot, il fait de la course et du handball. « En Norvège, lorsqu'ils sont jeunes, les enfants font plusieurs sports, et à 11-12 ans, ils en choisissent un. Le football était déjà son sport de prédilection, mais la pratique et la compétition dans ces autres disciplines ont aussi permis à son corps de se développer. Notamment pendant l’hiver, où l’on fait moins de sports extérieurs et davantage de sport indoor. » Oui, mais Håland est comme son père. Il aime le foot et commence à montrer des signes, des aptitudes, qui le font sortir du lot. « Il était très bon dès le premier jour. Et il devenait de plus en plus fort à mesure que les années s’écoulaient. Quand il a été plus âgé, nous voulions le pousser à toujours se dépasser. Nous étions conscients de son potentiel, mais il était dans un groupe talentueux où ce n’était pas non plus gagné d’avance. Ça l’a obligé à toujours donner davantage » , conclut Berntsen. Et ça paye : à l’âge de 15 ans et 9 mois, Erling Håland dispute ses premières minutes avec l’équipe première du Bryne FK, alors en D2 norvégienne. À cette période, Håland joue sur l’aile et n’est pas encore le buteur qui affole toutes les défenses d’Europe. Ce n’est qu’une question de temps, comme toujours avec lui. Un an plus tard seulement, Molde, en première division et entraîné par Ole Gunnar Solskjær, flaire le bon coup et le convainc de quitter son nid.

La croissance d’un géant


Chez le quadruple champion de Norvège, Håland bascule dans une autre dimension et met du temps à digérer ce changement. Résultat, il peine à convaincre son monde les premiers mois.
« À Molde, les autres disaient qu’il n’était pas exceptionnel techniquement, et ils ne comprenaient pas ce que Solskjær avait pu voir en lui. » Christophe Psyché, ancien de Kristiansund
« J’ai joué avec un ami qui était à Molde à ce moment-là, il me racontait qu’au début, il se moquait d’Håland avec d’autres joueurs, raconte le défenseur français Christophe Psyché, qui a croisé la route du phénomène avec son club norvégien de Kristiansund. Ils disaient qu’il n’était pas exceptionnel techniquement, et ils ne comprenaient pas ce que Solskjær avait pu voir en lui pour aller le chercher en D2 norvégienne. » Il faut dire que l’adolescent est miné par les pépins physiques, la faute à des problèmes liés à sa croissance soudaine. Dans le comté de Møre og Romsdal, Håland devient un adulte, et sa transformation est impressionnante : en quelques mois, il prend 11 centimètres et près de 13 kilos. Les soucis sont derrière lui, l’heure est venue pour le nouveau géant d’épater la galerie.



À Molde, le jeune homme parfait son intégration, vit dans un immeuble occupé par plusieurs autres membres de l’équipe et se construit une réputation de blagueur dans le vestiaire. Il finit même par gagner le surnom de « Manchild » (l’homme-enfant). « Il n’aimait pas trop quand je l’appelais comme ça » , sourit Ruben Gabrielsen, capitaine de Molde entre 2016 et 2018. Puis, il y a le déclic, le 1er juillet 2018, lors d’un déplacement à Bergen. « La semaine qui précédait ce fameux match, il avait absolument tout raté à l’entraînement : des reprises à un mètre, deux mètres, trois mètres, hallucine encore Gabrielsen, désormais défenseur à Toulouse. Je rigolais, je lui disais qu’il allait peut-être falloir qu’il marque un jour. Pour être honnête, je ne pensais même pas qu’il allait jouer ce match face à Brann. » Non seulement Håland est titulaire, mais il se permet surtout de claquer un quadruplé en 21 minutes chrono sur la pelouse du deuxième au classement. De quoi estomaquer son partenaire Gabrielsen : « Dans le vestiaire à la pause, j’en riais en le regardant. Je me disais : c’est quoi cette magie chez ce gamin ? C’était fantastique. » Le fruit du talent, mais aussi du travail de Solskjær. Depuis son arrivée à Molde, le technicien norvégien couve son petit protégé : il lui parle beaucoup, passe du temps avec lui et une « bonne alchimie » naît entre les deux hommes.

Emmener la Norvège à l’Euro


Håland est lancé, il enquille les pions et ne cesse d’éblouir ses coéquipiers. Suffisant pour taper dans l’œil des recruteurs du RB Salzbourg, où il doit filer pour continuer sa progression fulgurante. Surtout qu’il commence à faire le beau sur la scène européenne, comme lors d’un barrage de C3 contre le Zénith Saint-Pétersbourg en août 2018.
« Il allait quand même se retrouver face à Branislav Ivanović. Finalement, il l’a tué. Là, je me suis dit que c’était vraiment incroyable. » Ruben Gabrielsen, ancien compère
Gabrielsen se souvient : « Il allait quand même se retrouver face à Branislav Ivanović, et cela ne s’annonçait pas simple. Finalement, il l’a tué. Là, je me suis dit que c’était vraiment incroyable. Je ne sais pas où il va s’arrêter. » À vrai dire, personne ne le sait vraiment. Au pays, pas de prédictions, mais un grand espoir : celui de voir Håland remettre la sélection norvégienne sur une carte, en lui redonnant le goût d’une phase finale de compétition internationale après un désert de deux décennies. En septembre dernier, Lars Lagerbäck lui a offert ses deux premières capes contre Malte et la Suède, sans qu’il ne parvienne à marquer. Fin mars, il aura pour mission d’ouvrir son compteur contre la Serbie en demi-finales des barrages pour accéder à l’Euro 2020. Avant, il pourra déjà se mesurer au PSG en huitièmes de finale de Ligue des champions sous le maillot du Borussia, avec cette folle envie de prouver qu’il a sa place dans la cour des très grands. Par Andrea Chazy et Clément Gavard Portrait initialement paru dans SO FOOT CLUB #59

Tous propos recueillis par AC et CG, sauf José Omar Garcia Martin par SO et Jérôme Onguéné par L’Équipe.