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  1. // Coupe du monde 2014 – 8e de finale – Brésil/Chili

Djalminha : « Seul Neymar procure du plaisir »

Avant Ronaldinho, Djalminha était le grand prestidigitateur du ballon brésilien. Inventeur de gestes insensés, premier Auriverde à envoyer de la Panenka, l'ex-showman du Super Depor, désormais consultant télé, s'attarde sur l'évolution d'un football brésilien toujours moins fantaisiste, et sur son rendez-vous manqué avec la Seleção.

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Comment évaluez-vous cette Seleção qui ne séduit pas pour le moment ?
Le Brésil a beaucoup changé. On n'a plus quatre ou cinq cracks, on a seulement Neymar. Felipe Scolari a donc privilégié la solidité, ce qui est logique. Pour moi, il a appelé les meilleurs. Il n'y a eu aucune injustice criante dans sa liste. Un joueur comme Paulo Henrique Ganso (São Paulo FC, ex-coéquipier de Neymar à Santos) est, par exemple, extrêmement talentueux, mais il ne joue pas bien depuis un moment.

Que pensez-vous de Lucas du PSG ?

Il a évidemment de la qualité, mais il a bénéficié d'opportunités avec la Seleção et il n'a pas convaincu. En plus, William a fait une grosse saison avec Chelsea, et c'est plutôt logique que Scolari l'ait choisi. Mais Lucas est encore jeune, il a une grande marge de progression, d'autant qu'il joue dans une équipe où la concurrence est forte, avec Cavani et Lavezzi, entre autres, et où il est souvent remplaçant. Je ne doute pas de sa réussite.

Pourquoi le Brésil ne forme plus autant de grands créateurs et attaquants ?
Pour moi, le problème se situe à la base. On ne retient plus ce type de joueurs dans la plupart des centres de formation. La volonté de vouloir vendre les joueurs en Europe a fait évoluer les critères de sélection. Aujourd'hui, on préfère des joueurs plus forts physiquement, prêts à se sacrifier tactiquement pour l'équipe. On doit changer et privilégier à nouveau les joueurs techniques pour qu'ils puissent arriver ensuite en pro. Enfin, le Brésil produit encore des phénomènes : Nerymar en est la preuve.

Vous prenez plaisir à regarder la Seleção ?

Le plaisir, c'est de voir Neymar jouer. La Seleção n'est pas mauvaise, elle joue même bien, mais elle ne fait clairement pas rêver. Je me répète, le plaisir, seul Neymar le procure.

Djalminha dans ses œuvres :
Vidéo

En 2002, avec le Deportivo La Corogne, vous avez participé à une sorte de Maracanazo, en gagnant la Coupe du Roi à Santiago Bernabéu, contre le Real Madrid qui fêtait son 100e anniversaire. Un nouveau Maracanazo est-il possible ?
Non, impossible. Si le Brésil arrive en finale, il ne va pas perdre. Ce groupe est bien préparé mentalement sur son objectif, qui n'est pas de jouer un football plaisant, mais de gagner le Mondial. Évidemment, le plus difficile sera d'arriver en finale. Il existe notamment cette possibilité que l'on rencontre l'Allemagne en demies, un match qui sera forcément compliqué. Après, il faut bien avouer que de réaliser un « Maracanazo » est une sensation extrêmement plaisante. Sentir que ton adversaire pense avoir gagné avant même que ne débute le match, et montrer qu'au football, tout se gagne sur le terrain, c'est grisant.

Vous avez peu joué avec la Seleção. Pourquoi ?
C'était un autre temps. Mes concurrents étaient de grande qualité : Rivaldo, Ronaldinho, Ronaldo ... J'ai joué le Copa América 2001, en réalisant de bons matchs, mais je n'ai plus été retenu ensuite. Il s'agit de choix liés à la tactique, à une question de goût aussi.

Mais Scolari vous a-t-il expliqué personnellement pourquoi il s'est passé de vous ?

Je suis ami avec Scolari, et il m'a dit que la raison pour laquelle il ne m'a pas appelé est liée au problème que j'avais rencontré avec Irureta (nda : il lui avait mis un petit coup de tête, cf vidéo). À ce moment-là, Scolari devait affronter une polémique, car il avait décidé de ne pas retenir Romário, justement à cause de ses indisciplines. Ce n'aurait donc pas été cohérent de me retenir.

Coup de tête sur son entraîneur :
Vidéo

Vous étiez un joueur qui aimait tenter des gestes insensés. Comment vous êtes-vous adapté en Europe ?
En fait, j'ai toujours eu une grande confiance en mon football. Je voulais démontrer à mes entraîneurs qu'en jouant ainsi, je pouvais quand même apporter à l'équipe. Je tentais des gestes difficiles, mais toujours en pensant à l'efficacité. Petit à petit, j'ai changé l'opinion de mes entraîneurs. Avec Irureta, on n'a toutefois jamais eu de bonnes relations, je trouvais cet entraîneur trop focalisé sur la défense. Étant donné la qualité de nos joueurs, on aurait pu proposer un football plus offensif.

Comment avez-vous vécu la décadence du Deportivo La Corogne ?
En fait, la situation normale du club, c'est celle d'aujourd'hui. Nous, on a vécu une période exceptionnelle. La Corogne est une petite ville, le Depor ne peut rivaliser sur la durée avec le Barça et le Real. Un an et demi avant la fin de mon contrat, le Barça m'avait d'ailleurs contacté, mais j'avais fini par prolonger mon contrôle avec La Corogne.

Vous avez inventé un geste comme la Lambretta (une sorte de roulette-sombrero). Comment avez-vous acquis cette virtuosité technique ?

En fait, Dieu m'a donné un don, et après il s'agit de répéter, de s'entraîner. C'est quelque chose qui est en toi, sans que tu saches vraiment pourquoi. La Lambretta, par exemple, je la faisais depuis petit, pour moi c'était un jeu, mais je me suis rendu compte que cela pouvait aussi être un recours lors de grands matchs. Le fait de l'avoir réalisée face au Real Madrid a aussi aidé à ce que ce geste soit connu.



La fameuse Lambretta :
Vidéo

Au Brésil, vous avez été le premier à faire une Panenka...
Pour tout vous dire, j'ai appris que ce geste s'appelait la Panenka en arrivant en Europe. Moi, j'ai commencé à le faire au Brésil après avoir vu Vialli à la télé. J'étais encore au centre de formation et j'ai commencé à travailler ce geste qui me paraissait une très bonne option car les gardiens choisissent presque toujours un côté. La première fois que je l'ai fait en pro, c'était face au gardien argentin, Sergio Goycochea, qui était connu pour être un grand spécialiste des pénaltys, mais moi, je me suis dit que ce serait facile face à lui, car il plongeait avant même la frappe de l'attaquant. Et ça a marché.

Quelles ont été les répercussions de cette première au Brésil ?
Les gens aimaient, mais un entraîneur comme Vanderlei Luxemburgo n'appréciait pas, car pour lui c'était une manière d'humilier l'adversaire. Je lui ai toutefois expliqué que c'était aussi une stratégie, que parfois c'était la meilleure manière de tirer un pénalty, et il a fini par comprendre.

Avez-vous des regrets concernant votre carrière ?

Non, quand j'ai commencé à jouer au foot, jamais je n'ai pensé que je pourrais arriver en Seleção et joué en Europe tant d'années. Après, évidemment, j'aurais aimé jouer une Coupe du monde. Mais pour le reste, gagner une Liga avec le Depor signifie beaucoup plus que de le faire avec le Real ou le Barça.

Pour terminer, quel est votre favori pour la Coupe du monde ?

Moi, je suis avec le Brésil. Après, l'Allemagne est forte, et je me méfie aussi de l'Argentine si Messi évolue à son meilleur niveau. La France m'a surpris. Je trouve que c'est une sélection physiquement imposante, disciplinée, et qui dispose de très bons joueurs. Je pense que la France peut aller loin, mais qu'elle ne peut pas gagner le Mondial. Il vous manque sans doute deux joueurs de très haut niveau pour accompagner Benzema.


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