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Di Meco : « Je pensais que Paris allait punir l’OM par le jeu »

Ancien joueur de l'OM et aujourd'hui consultant sur RMC, Éric Di Meco a suivi la victoire de l'OM face au PSG à Marseille, sur le Vieux-Port. Il livre aujourd'hui son analyse de la rencontre, à froid, et ne s'explique toujours pas comment les Parisiens ont pu sortir du match aussi facilement.

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« Je comprends cette passion, car ce sont des années et des années de frustration. »
L'OM a battu le PSG après neuf ans de disette. Une victoire qui a donné lieu à des scènes de joie dans tout Marseille. Comprends-tu la passion qu'a soulevée cette victoire ?
C'est une constante à Marseille, et encore un peu plus depuis qu’il y a Mediapro, de se retrouver pour regarder les matchs. Il y a toujours eu pas mal de monde. J’étais sur le Vieux-Port pour regarder le match avec des potes dans un resto, et j’ai vu la ferveur monter au fil des minutes. Les restaurants qui retransmettaient le match étaient pleins en terrasses et il y avait encore 4-5 rangées de gens qui suivaient aussi dans la rue. Dans le dernier quart d’heure, c’était le feu. Je savais très bien que ça allait partir en fusion à la fin du match, et c’est pour cela que je me suis éclipsé cinq minutes avant le coup de sifflet final pour être tranquille. Je comprends cette passion, car ce sont des années et des années de frustration. Ce sont neuf ans de défaites, d’impuissance, de résignation qui ont pris fin avec cette victoire. Ce moment-là, beaucoup pensaient qu’il n’arriverait plus ou pas avant longtemps. Pour beaucoup, c’était l’année ou jamais. Notamment avec tout ce qu’il s’est passé chez eux ces derniers temps : la défaite en finale de Ligue des champions, le repos donné aux joueurs, les cas de Covid, les joueurs qui ne sont pas encore au top, l’absence de public... Il y avait pas mal de planètes alignées pour que les gens pensent, ici à Marseille, que l’on puisse arriver à ce résultat.

Pour revenir au match, on a eu le droit à une rencontre extrêmement engagée. Qu'est-ce que tu en as pensé ?
J’ai adoré. J’ai vu beaucoup de commentaires comme quoi c’était le match de la honte, que c’était une mauvaise publicité pour la Ligue 1... Moi, je te le dis : je préfère avoir honte une fois par an si ça se passe comme cela tous les ans ! Parce que l’an dernier, nous, on a eu honte quand on en a pris quatre. J’étais au même endroit pour voir le match et j’étais parti à la mi-temps, car il y avait déjà 4-0. Pour ceux qui suivent le foot de loin, c’est facile de dire : « l’OM a essayé de jouer en repartant proprement de derrière comme le Barça des grandes années et Paris a mis quatre buts, c’est merveilleux. » Sur les neuf dernières années, l’OM avait tout essayé. Il y a eu le bus mis par Rudi Garcia alors qu’il venait juste d’arriver, Marcelo Bielsa et son pressing qui avait malheureusement été puni. Cette année, ils ont pourri le match avant avec le chambrage et, même si je n’aime pas trop cela, force est de constater que ça a été productif, car ils ont continué ensuite sur le terrain et ça a fait péter les plombs des Parisiens. Ce n’est peut-être pas beau, mais je n’ai vu personne à Marseille se plaindre de la qualité du match.

« À la place de Paris, j’aurais surtout voulu mettre une branlée dans le jeu comme ils l’ont déjà fait les années précédentes. Ils ont complètement déjoué de manière un peu stupide. »

Tu avais mis en garde Dimitri Payet en disant qu’il allait devoir se montrer fort après son petit chambrage, car il serait une cible. Et il l’a été. Comment expliques-tu que les Parisiens aient autant dégoupillé ?
Je n’arrive pas à me l’expliquer. Outre le fait que je ne sois pas de la génération chambrage via les réseaux sociaux, j’avais moyennement aimé ce chambrage-là, car je me disais : « Dans trois semaines il y a le match, on risque d’être punis. » Mais puni dans le jeu, comme l’an dernier ! Je pensais que Paris allait punir l’OM par le jeu. Au lieu de ça, ils ont tenté de nous punir avec une agressivité mal placée et surtout mal faite. Ils n'ont pas les joueurs pour faire ça, et ils sont sortis du match tout seuls. À la place de Paris, j’aurais surtout voulu mettre une branlée dans le jeu comme ils l’ont déjà fait les années précédentes. Ils ont complètement déjoué de manière un peu stupide. Après, on ne saura jamais si, sans l’arrêt exceptionnel de Mandanda au bout de deux minutes, le match n’aurait pas été différent.

Pour beaucoup, cette rencontre a renvoyé aux PSG-OM des années 1990. Notamment à celui de 1992 que vous aviez gagné au Parc des Princes avec Michel Girard au sifflet. Tu y trouves de réelles similitudes ?
Des similitudes non, car ce n’est pas le même football. Il y a des gestes que l’on pouvait faire à l’époque que l’on ne peut plus faire aujourd’hui. Comme certains tacles ou des coups que l’on ne peut plus mettre car tout est épié. Peut-être à raison d'ailleurs. Et puis, on boxait dans la même catégorie. Après, le côté match rugueux qui dégénère et qui tourne en faveur de l’OM, là oui, ça peut faire énormément penser au match de 1992.


Il y a eu de très mauvais gestes au cours de ce match : le crachat de Di María, peut-être des insultes racistes d'Álvaro González, des coups entre Layvin Kurzawa et Jordan Amavi pendant la bagarre générale...
Avant d’accuser d’un côté comme de l’autre, il va falloir le prouver. Il va falloir prouver qu’Ángel Di María a bien craché sur Álvaro, comme il va falloir prouver qu’Álvaro a bien prononcé des insultes racistes à l’encontre de Neymar. Pour le moment, ce sont juste des supputations. La bagarre, elle, a bien existé par exemple. C’est en ce sens qu’on ne peut pas comparer avec le match de 1992, car il n’y avait pas eu de mots, mais davantage de coups dans le jeu. Si je me souviens, on n'était pas loin du record de fautes ce soir-là. Sur ce PSG-OM, si les accusations sont avérées des deux côtés, on sortira même du cadre du football.

Est-ce que tu penses, pour finir, que ce succès peut décomplexer l'OM par rapport à Paris ? Après tant d'années sans gagner ?
Je ne sais pas. J’ai hâte de voir les prochains matchs de l’OM pour savoir si ça leur sert ou non, déjà. Notamment pour la Ligue des champions, où il faudra d’une part bien jouer au football, mais aussi montrer des valeurs d’engagement qui n’ont pas toujours été là. Après, au-delà du match de dimanche à partir du 20 octobre, il y aura match tous les trois jours entre la Ligue des champions et le championnat pendant deux mois. Et cette période-là peut-être inquiétante vu la profondeur de banc de l’OM. Capitaliser dans les prochaines semaines en engrangeant des points avant le début de la C1, ça me paraît quand même plus intéressant que de « seulement » battre le PSG, aussi importante cette victoire soit-elle dans le cœur des supporters. On l’a vu avec Lyon l’an dernier : jouer les deux compétitions peut te coûter cher en Ligue 1 derrière.

Propos recueillis par Andrea Chazy
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