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« Desports » , jeux de l’esprit

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On l’oublie un peu aujourd’hui, mais le sport a eu droit dès le départ à ses lettres de noblesse. En 1894, Léon Blum et Tristan Bernard exprimèrent de la sorte dans la Revue Blanche leur intime sentiment que quelque chose d’unique se jouait dans les stades : « Pour l’élite qui nous occupe, le sport est autre chose que le vertige du risque ou que le désir du gain. Il prend peu à peu la valeur d’un travail intellectuel ou d’une émotion esthétique. »

Le sport fut donc autant dit et écrit que vécu, y compris par ses promoteurs. Pierre de Coubertin était un lettré conservateur qui a laissé derrière lui une montagne de pages. Tous les premiers pontes bourgeois du sport français y sont allés aussi de leur petite contribution manuscrite. Même Emmanuel Gambardella (président de la FFF de 1949 à 1953 et dirigeant légendaire du FC Sète, également journaliste) publia en 1926 une pièce de théâtre prémonitoire : Le supporter. Comédie en un acte.

De fait, la relation du sport, et donc le foot, avec l’acte éditorial, dans toute sa diversité (journalistique, fictionnel ou bien sûr dramaturgique), ne se limita jamais à un sens unique dans lequel les plus ou moins grandes plumes viendraient honorer la chose athlétique de leur magistère intellectuel. Mais, en effet, de Montherlant à John King, sans oublier Blondin et Albert Camus, de prestigieux noms se sont essayés au sujet, pour le plus grand bonheur des maisons d’éditions en manque d’inspiration et des universitaires en quête de notes de bas de page.

Mais revenons à cette belle revue, dans la veine actuelle à succès des Mook (mi-magazine, mi-livre), qui avec ce titre « old school » semble donc annoncer sa volonté de replonger à l’origine de l’affaire : la façon dont l’homme ou la femme de lettre peut rendre grâce ou gorge à cet étrange objet du désir humain pour l’usage ludique de son corps. Naturellement c’est d’abord la presse qui accueillit massivement ces petits écarts aux choses sérieuses de la littérature et dont la trace se retrouve ici largement représentée (le texte de Jean Hatzfeld sur les échecs à Sarajevo, paru d’abord dans Libération). Toutefois le vrai point de jonction, de convergence, se situe dans la quête de l’héroïsme, et dans cette figure désormais galvaudée du héros. Rapidement, le sport sembla le champ par excellence pour traquer ces personnages hors du commun. Un espace où puiser des matériaux humains d’autant plus malléables pour les scribouillards professionnels que leur parole est souvent rare. Et la matière est parfois trop belle pour y résister, qu’il s’agisse de chercher les raisons profondes de l’exploit (les portraits des basketteuses tricolores par Maylis de Kerengal) ou les coulisses des matchs légendaires (Arthur Cravan versus Jack Johnson par Adrien Bosc, le noble art demeurant une inépuisable source d’inspiration, il suffit de se rappeler le Night Train de Nock Tosches).


Et le foot dans tout cela ? Au-delà de l’équipe type que propose la revue, conseillons, entre autres, la guerre du foot, évidemment celle de 1969 entre le Honduras et le Salvador, sujet souvent traité, mais ici exposé par l’écrivain Ryszard Kapuściński, témoin direct, (à la réputation d’agent secret du bloc communiste), ou l’éternelle madeleine de Proust – si souvent usité par Pasolini - que manie ici l’auteur chilien Luis Sepulveda en découvrant que les filles n’aiment pas les obsédés du foot. On vous laisse découvrir le reste. NKM
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